Archives pour la catégorie Henri Verneuil

Des gens sans importance – Henri Verneuil – 1956

Jean Gabin, Pierre MondyLa classe ouvrière va au paradis.

   7.5   C’est un beau titre, à double information : Lucide si on le prend du point de vue du monde, puisque ces routiers, ces bonnes et gérant de guinguette sont bien des gens sans importance, des olvidados comme chez Buñuel, de simples/pions employés comme dans le récent Nos batailles, des rebuts de la société comme les repris de justice de High life, qu’on abandonne aux abords d’un trou noir pour la science. Et c’est évidemment un titre mensonger dans la mesure où Verneuil leur donne cette importance : Ils sont le cœur du film, sa raison d’être. Avec chacun leurs défauts, l’auteur construit des personnages forts, hauts en gueule et en fragilité, à l’image d’un Gabin qui irradie le film à lui seul, et va au bout de son mélodrame – Car le film est un grand flashback et son issue est terrible. Par ailleurs, même si c’est d’une tristesse infinie et que c’est hyper intelligent d’évoquer le danger de ces interventions clandestines, je suis moins convaincu par cette idée de grossesse, d’avortement et de septicémie, j’avais l’impression que le récit avait tout pour s’en passer et rester hyper sobre : Filmer ces semi-remorques traversant la nuit, avec ces cabines où un routier conduit quand l’autre dort dans le fond en attendant de le remplacer ; Ainsi que ce bistrot de route nationale, ces chemins de campagne, ce garage, ces entrepôts, les docks de Bordeaux, l’appartement familial exigu, des lieux de passages pour Jean que Verneuil filme avec une approche documentaire étonnante pour l’époque. C’est simple je n’ai jamais vu Verneuil aussi passionné par ce qu’il raconte, une époque qu’il tente de figer, uniquement avec ces lieux et ces personnages. Des gens sans importance est un beau témoignage de la vie des routiers en 1956, en somme. Et puis répétons-le : Si Gabin entre parfois dans un jeu emphatique, il est aussi parfois, comme ici ou comme dans certains films de Duvivier, le meilleur sitôt qu’il faille crédibiliser un personnage, un homme exerçant son métier d’ouvrier. En ce sens, le film n’hésite pas à charger la mule concernant ceux qui écrasent la classe ouvrière : Ici on évoque beaucoup ces mouchards (des chronotachygraphes) imposés par les patrons dans les camions ; Et l’on ridiculise bien ces bons petits soldats que sont ces chefs d’équipe à leurs bottes. Comme il n’y a pas de méchant dans le film de Verneuil, sinon La Vie, il fallait bien, en bon film sur la lutte ouvrière qu’il est, qu’il s’incarne dans ceux qui participent à la déshumanisation des conditions de travail.

Cent mille dollars au soleil – Henri Verneuil – 1964

03. Cent mille dollars au soleil - Henri Verneuil - 1964« En somme, si je comprends bien, on serait plutôt des hommes d’affaires égarés dans le camionnage. »

   7.5   Il me faudrait revoir certains Verneuil évaporés dans ma mémoire, mais pour lesquels je garde un agréable (bien que maigre) souvenir : Le clan des Siciliens, Mélodies en sous-sol, Mille milliards de dollars. Je découvrais Cent mille dollars au soleil. J’ai enfin trouvé un Verneuil à la hauteur des attentes que j’avais placé en lui. J’ai marché entièrement, j’ai tout accepté, sa force et ses maladresses, sa générosité et ses lourdeurs. Dans son imposante filmographie, Cent mille dollars au soleil ressemble à s’y méprendre au film de celui qui s’est senti poussé des ailes, après les réussites (au box-office, notamment) d’Un singe en hiver et Mélodies en sous-sol. Dans chaque cas, c’est Michel Audiard aux manettes de dialogues porteurs, très « cinéma de papa » dont on ne pourra leur enlever qu’ils n’ont jamais si bien fonctionné sitôt interprétés par Belmondo ou Ventura. Cette écriture archi fabriquée va pourtant pleinement s’offrir dans ce Verneuil qui ne brille pas seulement pour ses dialogues et son interprétation mais surtout pour sa mise en scène, la construction de chaque séquence et sa multiplicité. Difficile en effet d’y voir seulement un film d’aventures, un polar ou une comédie. Il est un peu tout ça à la fois. Si l’on pense d’abord au Salaire de la peur, de Clouzot, ne serait-ce que dans sa longue introduction et la minutie du voyage, le filmage des camions, on constate que le drame chez Verneuil est évincé, son cinéma est moins ample puisqu’il s’intéresse aussi et surtout aux ressorts comiques et donc aux gags de situation. Mais avec une élégance inattendue et c’est là-dessus qu’il se révèle à mes yeux passionnant. La toute dernière scène ne symbolise que ça : Le lieu prend les contours de la tragédie mais le traitement flirte davantage avec la farce. Il y a du Leone, finalement, là-dedans et il n’est pas interdit de voir dans cette fin un léger clin d’œil aux duels mythiques des westerns spaghetti. Certes c’est très bavard, mais beaucoup moins gênant que dans Les tontons flingueurs, par exemple. Reste donc cette histoire de course-poursuite de camions dans le Maroc, agrémentée d’une marchandise mystérieuse, d’une ambiance virile et d’embûches diverses qui s’avère hyper divertissante, très drôle ici – notamment les apparitions sous forme de running gags à mourir de rire de Bernard Blier – et très beau plastiquement, dans sa façon de saisir la grandeur du paysage, de prendre en compte le cadre de l’action, la matière (C’est un film très sableux qui sent la sueur) et la sublime monstruosité de ces Berliet GLR. Toujours eu une fascination pour les camions au cinéma de toute façon et pour le coup il me semble que Verneuil s’en sort tout aussi dignement que Spielberg (Duel), Corneau (La menace), Friedkin (Sorcerer) ou Peckinpah (Le convoi) pour ne citer que des films qu’il a précédés.

Le grand chef – Henri Verneuil – 1959

06. Le grand chef - Henri Verneuil - 1959Le sauvage.

   6.0   Fernandel chez Verneuil, ça interpelle, surtout pour ceux qui comme moi ne savent pas qu’ils ont fait une dizaine de films ensemble. Pour moi, Verneuil c’est Mélodies en sous-sol, Le clan des siciliens, Peur sur la ville, bref souvent j’oublie qu’il est aussi aux commandes de La vache et le prisonnier. Je m’attendais à quelque chose d’au mieux bidon et infantilisant, au pire débile et imbuvable.

     Alors évidemment, Le grand chef tourne principalement autour des pitreries et grimaces de Fernandel, évidemment qu’il est dans chaque plan et qu’il dévore le semblant de récit mis en place – La scène du bloc de glace en est l’illustration parfaite : Elle ne sert strictement à rien sinon à permettre à Fernandel de jouer le maladroit ahuris, simplet et malchanceux, bref ce qu’il fait de mieux.

     Pourtant je m’y suis amusé. J’ai toujours eu de la tendresse pour ces trucs, que ce soit très beau comme Le jouet, de Veber ou tout naze comme Bébé part en vadrouille – Pour ratisser large. L’histoire est donc simplissime : Antoine et Paolo sont laveurs de voiture et aimeraient ouvrir une station service à leur compte mais il leur faut des fonds. Le second embarque donc le premier dans son idée de kidnapper un écolier en proposant une rançon à ses vieux, qui milliardaires, n’hésiteront pas faire l’échange.

     Les deux bougres sont plutôt ridicules mais le kidnapping se déroule presque sans heurts. Le problème c’est que le gamin s’avère rapidement insupportable. Vraiment insupportable, d’autant qu’il jubile de ces vacances improvisées. Mais il est finalement plus attachant qu’insupportable, tu vois l’idée. Le film est hyper rythmé, superbement dialogué. C’est donc agréablement récréatif et labellisé « Pour les grands et les petits ».

Week-end à Zuydcoote – Henri Verneuil – 1964

25. Week-end à Zuydcoote - Henri Verneuil - 1964Seuls (sur le sable).

   6.0   Intéressant de tomber là-dessus quelques jours après la découverte du Dunkerque, de Christopher Nolan, puisque le Verneuil lui aussi se déroule dans la poche dunkerquoise en pleine opération dynamo en mai/juin 1940. Et lui aussi est tourné directement sur les plages et la reconstitution est saisissante. On arrête pour la comparaison, quand Nolan jonglait avec les lieux et le temps, Verneuil reste sur cette plage et alentour, à hauteur de soldats français. Belmondo voudrait sortir de la poche et embarquer pour l’Angleterre, sans doute motivé par les affiches publicitaires « Passez-voir Zuydcoote le temps d’un week-end » placardées sur les vitrines des commerces évacués. Mais il n’y parviendra pas. Il fera le yoyo entre sa bande de copains, regroupés sur un dune à boire des cafés ou des whisky aux côtés d’une camionnette aménagée en bar, et le village un peu plus loin (Mais nous n’aurons aucune notion de la distance qu’il parcoure, comme s’il s’agissait de deux mondes distincts, comme si les dunes faisaient office de portail de téléportation) où il fera la rencontre d’une jeune française qui refuse de quitter la maison familiale malgré les récurrents bombardements qui la menacent. Verneuil alterne minutieusement ces instants d’attente, faits de petites camaraderies et de glissements doux, et ces rushs bombardiers qui se répètent à l’infini, toujours de la même manière, en jouant sur les hasards, la (mal)chance et constater qu’il n’y a plus vraiment de différence entre périr et s’en tirer. Probablement un peu trop formaté « divertissement » tant ses dialogues sont trop écrits, ses situations généralement téléphonées et son interprétation respire le jeu de stars – Qui font soldat autant que je fais curé. Mais bon film malgré tout.


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