Archives pour la catégorie Isabelle Czajka

La vie domestique – Isabelle Czajka – 2013

La vie domestique     6.0   Sorte de remake français sur 1h30 et une seule journée de Desperate Housewives. Il y a des choses un peu attendues (les maris sont quasi des clones, jusqu’au coup de la veste à la fin, plutôt bien vu cela dit) mais aussi des idées assez belles sur l’idée du drame qui couve dans chaque foyer, avec cette disparition d’enfant en filigrane. J’ai trouvé ça très déprimant mais assez fort dans ses choix, même si on est loin du modèle inégalable : Jeanne Dielman, de Chantal Akerman. Pas sur que la réalisatrice trouve une vraie identité un jour mais c’est un cinéma qui me parle infiniment, quoi qu’il en soit.

Un bébé tout neuf – Isabelle Czajka – 2007

46005_10151932960912106_603746940_n     5.5   Dans la foulée de son très beau long, L’année suivante, Czajka réalise cette demi-heure d’angoisse absolue, à tel point qu’il me serait difficile de le
revoir. En gros c’est une maman (presque) seule avec son bébé qui va progressivement péter un boulon avant de commettre l’impensable. J’ai fini dans un tel état que sur un format long il m’aurait été impossible de tenir jusqu’au bout. Un cinéma post Akerman/Haneke est alors en germe, en gros.

La cible – Isabelle Czajka – 2002

1653623_10151932960997106_1921703093_n     5.0   Un premier court très intéressant, très mystérieux, s’intéressant à une mère affrontant un sondage dans lequel elle s’invente plus ou moins une autre vie où elle aurait deux enfants, alors que nous la savons seulement avec un petit garçon, ce qui laisse à penser une multitude de possibilité. Le plan sur le jeu final semble évoquer une perte. Il y a une gravité stupéfiante là-dedans sans que l’on sache encore où ce cinéma peut nous mener.

L’année suivante – Isabelle Czajka – 2007

l-annee-suivanteAu-delà des collines.

     6.9   C’est le meilleur film d’Isabelle Czajka, haut la main. J’aime tout particulièrement cette façon de mettre en scène cette banlieue, construite comme un centre commercial géant. Anais Demoustier et Ariane Ascaride y sont bouleversantes, campant mère et fille appréhendant différemment la mort de leur père/mari.

     Emmanuelle est dans une période délicate de sa vie, elle a 17 ans, âge des possibles et âge de la peur d’être et de grandir. Elle doit depuis peu affronter la maladie de son père puis bientôt son décès. Le film n’est qu’un tissu d’errances quotidiennes, qu’elle passe majoritairement dans des trains, des bus, des tramways, lieux transitoires où l’identité géographique s’abolit. Le cinéma de Czajka est marqué par ce rêve de l’ailleurs, mais toujours gêné par le plaisir de collecter les objets du passé. Emmanuelle garde l’œil loin, derrière les tours, les panneaux publicitaires, mais elle ne peut empêcher son regard de scruter ce qui a toujours été là et que l’on a enfoui, comme un cadre photo ou un livre. Chercher un eldorado mineur, qu’elle ne peut définir mais dont elle se satisfait tandis que l’assaille cette vision, comme échappée du passé, avec cette jeune fille sur les épaules de son père en pleine fête de l’huma ou les souvenirs d’un père prostré dans son canapé à qui elle pouvait raconter ses mésaventures quotidiennes.

     Le film semble vouloir faire cohabiter deux renaissances disjointes sans y parvenir, toutes deux forcées mais l’une plus volontaire que l’autre. Un voyage à Djerba ne suffira pas à les rapprocher. Le film se ferme d’ailleurs sur l’évocation d’une séparation, deux chemins de vie différents, une veuve qui se relève et une adolescente qui tente de tracer sa route. Le film pourrait alors se contenter de n’être qu’un douloureux passage à l’âge adulte mais la réalisatrice est plus intelligente et sombre que cela. Si le paysage ne cesse d’emprisonner Emmanuelle pendant tout le film (panneaux de pub, gares et collines) c’est en s’y mouvant qu’elle parvient à résister à sa propre déliquescence. Le dernier amer plan semble dire qu’être figé là sur un banc, dans un centre commercial, durant une pause repas, participe à l’extinction invisible de l’individu, dévoré par le cadre au point de s’y dissoudre littéralement. Il faudra attendre son prochain film (D’amour et d’eau fraîche) pour que la cinéaste nous offre enfin l’éventualité d’un sursaut idyllique.

D’amour et d’eau fraîche – Isabelle Czajka – 2010

D'amour et d'eau fraîche - Isabelle Czajka - 2010 dans Isabelle Czajka Anais-Demoustier-Pio-Marmai-D-amour-et-d-eau-fraiche-300x199 Utopia.

   6.2   C’est dans des séquences comme le repas de famille, ou bien les étreintes sexuelles avec des inconnus, ou encore dans les échappées bucoliques de la deuxième partie que le petit film d’Isabelle Czajka devient magnifique. Le fait de suivre ce personnage d’un bout à l’autre, sans entrée en matière ni même sans réelle fin, d’être avec elle dans son intimité ou tout le contraire, permet de plonger véritablement dans ce qu’elle vit, partager ses doutes, ses angoisses, ses coups de gueule, et même par moments ne pas comprendre certains de ses actes.

     Il y a deux parties nettes dans le film. Une première d’installation si l’on peut dire où il s’agit de suivre Julie en train de se battre au quotidien pour trouver un meilleur job que celui dans lequel elle est, galérer pour payer son appartement, se confronter d’une part à un père rabougri qui semble avoir baissé les bras, à une mère radine et à la ramasse, à un frère moralisateur et bien installé lui dans cette société capitaliste. Et puis il y a une rencontre (Ah, Pio Marmaï !) dans cette première partie qui ouvrira les portes d’une seconde, plus mouvementée, plus tendue aussi, mais par la même plus passionnante. Un récit de fuite vers le sud, une vie de galère qui se transforme d’un coup en vie de bohème, malheureusement moins légale aussi.

     Il y a une phrase que dit Julie lors de la scène du repas familial, lors du fameux clash avec le grand frère, que je trouve géniale. Il cherche à lui faire accepter que dans la vie il faut bosser pour y arriver, que tout ne tombe pas tout cuit comme ça, que pour construire une vie de famille il faut probablement avoir passer des week-end à bosser avant, que lui encore aujourd’hui travaille plus qu’il n’en faut et qu’il en est ravi, que sa famille vit bien. Julie lui répond alors quelque chose comme : « Moi aussi j’aimerai bien être heureuse d’aller bosser 60h par semaine, de revenir chez moi le soir, de voir mes enfants, d’être contente, mais ce n’est pas ce que j’ai envie, je n’arrive pas à me dire que je suis heureuse quand je fais ça ! ».

     D’amour et d’eau fraîche m’est apparu tel un écho au mien de quotidien, et même si j’ai sans doute eu plus de chance que Julie dans la recherche et la trouvaille d’un boulot qui me convient, je pense tous les jours à l’idée de me barrer, de quitter cette vie, ce carcan routinier éternel qui fait davantage penser à la mort qu’une simple arrestation pour vol en supermarché. C’est ce qui arrive à la jeune femme à la toute fin du film, avec son compagnon téméraire. Dans le dernier plan on les voit nager paisiblement, et se demander ce qu’ils feront demain. C’est sans doute moins confortable à long-terme mais c’est pourtant beaucoup plus excitant que ce qu’on a vu dans la première moitié du film. Et je ne dis pas que le film est meilleur dans telle ou telle partie, je le trouve très bon de bout en bout.


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Auteur:

silencio


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