Archives pour la catégorie Jacques Demy

Model Shop – Jacques Demy – 1969

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Now or anywhere.

   8.2   Il y a dans ce Model Shop, suite sublime et mélancolique de Lola, tout ce que j’aime dans le cinéma.

     Le film raconte en gros vingt-quatre heures de la vie de George, un type paumé, sans le sou, qui désire faire dans l’architecture mais n’obtient pas sa place, et s’achète une voiture qu’il n’a pas les moyens de se payer. Avant tout on voit George et sa petite amie Gloria, un couple pas loin de la crise, entre lui coincé dans son système qui l’empêche d’avancer, et elle, plus naïve quant à sa possible réussite professionnelle. Puis il y a cette longue scène d’errance, et cette rencontre avec Lola, celle du Cabaret de Nantes qui à Los Angeles est devenue l’une de ces femmes « modèles » qui se font photographier en sous-vêtements pour de l’argent.

     Model Shop prend un détour encore plus intense lorsque l’on apprend – mais ça ne reste finalement qu’une toile de fond (mais une toile de fond importante, une date butoire en quelques sortes, un peu comme dans les Parapluies…) – que George est appellé pour le Vietnam. Le film qui n’avait ni repère temporel (excepté la récupération de la voiture à un temps donné) ni repère géographique (on ne dit pas qu’il s’agit de Los Angeles, on le devine) change de cap. George doit être lundi à San Francisco. Lola va repartir pour Paris. Tout est précipité.

     Model Shop est un film magnifique, sur le temps, sur les coups durs de la vie, sur les belles rencontres. Il me touche davantage que Lola, et surtout, cette séquence où l’on découvre le vieil album photo avec le fils de Lola, son ex-mari Michel est un moment somptueux. Chez Demy il y a quelque chose qui me frappe tout particulièrement, ce sont les regards, la direction de ces regards et donc les visages. J’y vois de la noirceur, de l’abandon, de l’espoir et beaucoup de mélancolie. C’est sublime.

Les Parapluies de Cherbourg – Jacques Demy – 1964

les-parapluies-de-cherbourgCritique de la séparation.

   9.5   En fin de compte très peu de cinéastes français, durant les années 60, évoquaient la guerre d’Algérie dans leurs films (si, Godard, Rozier bien entendu). Frontalement ou non d’ailleurs. C’est bien entendu la toile de fond de celui de Demy, même si le véritable thème abordé est l’absence, la dégénérescence du couple par le temps.

     Geneviève et Guy sont jeunes mais ils s’aiment et rien ne semble pourvoir se mettre en travers de leur amour. Elle travaille au magasin de sa mère ‘les parapluies de Cherbourg’. Il travaille comme garagiste pas si loin. Le soir ils se retrouvent, feignent les sorties théâtres et se baladent le long des quais cherbourgeois pour vivre leur passion, imaginer la vie à deux, s’en aller. Finalement, vient le temps où tout déraille. De son côté il est appelé pour deux ans de régiment. Tandis que la mère de la jeune femme lui fait savoir que les comptes sont au plus mal, et le jour où elle va pour vendre une bague qui lui est cher, elle fait la rencontre d’un type très riche, tombé sous le charme de Geneviève qui serait sans doute une parfaite porte de sortie à toute cette galère financière.

     Le départ, l’absence, le retour. Trois titres de parties funestes, qui apparaissent tels des coups de massue. Et cette dernière séquence où le décor est planté : Décembre 1963, on sait dès lors que cinq ans sont passés. Il neige, annonciateur d’une fin brumeuse, délicate, sensible. Une station service, celle que Geneviève et Guy avaient pour dessein dans leurs discussions amoureuses sans fin. Chacun est marié, chacun a son enfant. Elle lui demandera s’il veut voir Françoise, sa fille tout de même. Il refusera. Rien ne sera plus échangé. Elle repartira. Il restera là, sous la neige et accueillera sa petite famille. Dans le premier plan du film on apercevait six parapluies, quatre grands, deux petits. Un début de film qui annonce l’une des fins les plus fortes, tristes du cinéma, sans pour autant qu’elle soit funeste. Juste que le couple qui faisait un ne fera plus jamais que deux.

     Il y a quelque chose au départ qui pourra en gêner certains, quelque chose comme un détachement. Entre la légèreté du traitement, et la gravité de la situation. Tout est chanté. La vie semble même être chantée après. Comme si le parlé était dépourvu de tout rythme, de toute poésie, de toute vérité. Chaque musique est un thème. On semble y percevoir celui de la tristesse ou de la fatalité, celui de l’amour, celui de la colère. Selon moi c’est une grande force. Car c’est lui aussi qui guide nos émotions, mais je suis intimement persuadé que l’on peut ne pas être touché par les parapluies de Cherbourg. Et c’est très certainement d’une grande prétention, mais je pense aussi sincèrement qu’il est impossible de recevoir une émotion aussi pleine si l’on n’a pas vécu l’absence, d’une manière générale. Si l’on n’a pas vécu l’absence sous n’importe quelle forme. Si l’on n’a pas ressenti cette impression de crever d’amour. Jacques Demy disait : Les Parapluies de Cherbourg est un film contre la guerre, contre l’absence, contre tout ce que l’on déteste et qui brise un bonheur… Oui, les Parapluies de Cherbourg est un film sur l’absence, mais aussi sur le cruel pouvoir du temps, qui efface, qui invite à l’oubli.

     C’est simple, je suis sorti complètement terrassé, anéanti et aussi bouleversé. Jamais je n’avais eu autant le cafard après un film, longtemps après le film. Mais c’est une trace indélébile qui restera, une trace optimiste même. D’une part parce qu’il me fait prendre davantage conscience de la valeur du présent, d’autre part parce qu’il m’invite à aimer, à aimer davantage, à profiter de cet amour. Le cafard oui. Mais l’espoir aussi… Je le voyais pour la seconde fois. Ce fut comme une redécouverte. Et c’est devenu ‘notre film’ avec ma très chère, tant il a éveillé en nous des sentiments intenses.


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silencio


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