Archives pour la catégorie James Cameron

True lies – James Cameron – 1994

30« C’est un appareil pour faire les cônes glacés ? »

   7.6   Etant donné que je le revoie tous les ans, je me répète probablement à chaque fois : True Lies est une merveille de film populaire, au sens noble donc cameronien du terme, qui brille par son génie rythmique, le juste dosage de son humour, sa générosité dans la pelleté de situations folles que le récit génère, ses jonctions (géographiques, elliptiques…), ses associations de personnages et son art de rester lisible malgré un assemblage un brin over the top. C’est toute la magie cameronienne. Capable de créer cette parenthèse purement récréative (entre Abyss et Titanic) sur une simple commande de Schwarzie, mais la traiter avec beaucoup de respect et de prodigalité instinctive.

     C’est simple, c’est la jubilation non-stop ce film. Un morceau de bravoure en entraine un autre. Ici, une poursuite sur un cheval entre les bagnoles puis dans l’ascenseur d’un building jusque sur son toit. Là un double sauvetage par les airs, dans un hélico au-dessus d’un pont détruit / dans un avion de chasse sous une grue de chantier. Et comme c’est Cameron, c’est forcément super bien fait. Gargantuesque et beau. Même quand il fait une comédie.

     Un bémol toutefois, qui n’entache certes pas la réussite de l’ensemble mais qui m’a plus sauté aux yeux qu’autrefois : La vision bien hollywoodienne du terroriste idiot. Si la CIA ne brille pas non plus pour ses absolues compétences, gageons que le grotesque avec lequel sont dessinés la bande de Art Malik & Tia Carrere n’est pas la meilleure idée du film. On préfère True Lies quand il filme son couple vedette. Autant lors de la transformation érotico-badass de Jamie Lee (entrée dans la postérité) que dans leur cohabitation dans un duo incongru dans le dernier tiers du film.

     A part ça, True Lies reste l’un des plus agréables divertissements du dimanche soir (Revu un dimanche soir, d’ailleurs) et une merveille de comédie d’espionnage et de remariage, avec un Schwarzie encore bien fringuant, qui cultive avec brio sa dimension caméléon aussi bien dans son travail d’infiltration (Superbe entrée en matière, à faire pâlir certains épisodes de James Bond) qu’au sein de sa famille, qui le croit représentant de commerce. Bref, Schwarzie doit jouer les agents secrets mais aussi soigner la pérennité de son couple. Sauver le monde et redorer une histoire conjugale un peu mise entre parenthèse.

     Tout le monde le sait, il s’agit évidemment d’un remake de La Totale, le film de Claude Zidi. Schwarzie ayant remplacé Thierry Lhermitte, Jamie Lee Curtis pris la place de Miou-Miou et Bill Paxton celle de Michel Boujenah. Bien que je garde une certaine affinité pour le film de Zidi, l’opus de Cameron  le surpasse dans les grandes largeurs, autant sur le plan visuel que dans l’orchestration de ses séquences d’action, son humour que l’implication de ses protagonistes. Pour l’anecdote, je crois n’avoir jamais vu True Lies dans sa version originale puisque systématiquement happé par sa diffusion télévisée. Le film doudou, quoi.

Titanic – James Cameron – 1998

15626413_10154254061627106_5054345512095717855_o« A woman’s heart is a deep ocean of secrets. »

   9.8   Chaque fois que je le revoie je me dis qu’il synthétise tout ce que j’aime dans le cinéma. C’est un film tour de magie, un état de grâce de trois heures. Ou comment raconter une histoire tout en dépassant le fait réel, combiner les genres, s’emparer du temps, faire des enchaînements / superpositions bouleversantes en permanence, faire résonner un naufrage en quasi temps réel et un hors champ temporel de 84 ans.

     Monument cinématographique, ni plus ni moins, Titanic est un film à la grandeur incomparable, un film que l’on ne fera plus, une œuvre patrimoine, incontournable. Le film de tous les superlatifs. James Cameron et sa flamboyance par excellence s’attaquent, après le remarquable Abyss, le jubilatoire Terminator, à un évènement de l’Histoire du XXe siècle, l’une des plus grandes catastrophes maritimes hors guerre : le géant des mers et son destin tragique, en enrobant le tout d’une envolée plus intimiste, histoire d’amour défiant les obstacles imposés par le Monde. Le souffle d’une reconstruction hors du commun couplé à une tragédie romantique éphémère.

     Tout a évidemment été plus ou moins dit, analysé sur la portée de ce film, qui n’en finit pas de fasciner et émerveiller près de vingt ans après sa sortie. On a parlé de plus grand succès de tous les temps. Du film le plus cher de tous les temps. De son ampleur alors sans égale – Et personnellement je ne lui trouve toujours pas d’égal. On a moins évoqué sa prise de position sociale, sans doute parce que dans les mémoires, Titanic c’est une histoire d’amour et un bateau qui coule. Constamment, Cameron poursuit son engagement, cette idée de renoncement d’un statut paramétré, d’un affranchissement des règles morales d’un mode de vie préétabli via Rose (Kate Winslet) qui se voit conviée par Jack (Léonardo DiCaprio) dans un mode de vie plus vivant, plus humain, où chacun a sa place, où l’on vit chaque jour comme une surprise.

     Jack est en troisième classe, vers le fond du bateau (la classe la première touchée pendant la catastrophe), vit au gré de ses dessins et se ses parties de poker qui lui ont entre autres permis d’embarquer à Southampton, puisque c’est une main chanceuse qui le fait voguer vers l’Amérique. Rose est en première. Fiancée à un certain Caledon Hockley, un riche héritier. Sa vie l’emmerde, pour rester poli. Mais sa mère fait pression parce qu’elle compte bien se refaire une santé financière avec ce mariage, ce qui leur permettra de se sortir de leur situation délicate dans laquelle le père les a laissé, sous les dettes. C’est de la prostitution en somme. L’un voit donc le rêve américain lui tendre les bras. L’autre veut couper le cordon. A défaut d’être délivrée par le suicide, Jack l’en empêchant in extremis, Rose sera sauvée par son aventure avec l’artiste, une histoire placée sous le signe de la liberté, qui malheureusement n’aura pas le temps d’éclore, mais aura existé suffisamment pour être racontée.

     Partout sont les symboles thématiques : les deux milieux sont constamment en opposition. Dans le fumoir de première on semble s’ennuyer (en tout cas nous on n’aimerait pas y être) en se perdant dans des discours politiques et masturbatoires sur la richesse de chacun. Les femmes n’y sont même pas conviées. Dans une salle dansante de troisième en revanche, ce que les riches appellent l’entrepont (ce n’est même pas un Pont, c’est un entrepont), la bière coule à flots, la musique irlandaise résonne, les gens rient, crient, bougent, vivent. Un sentiment de supériorité plane sans cesse, d’un étage envers l’autre. De la vie sur les ponts jusque dans le partage des canots. Ceux d’en bas seront les derniers à s’en sortir, les premiers à se noyer. Et leur pouvoir est absent. Lorsqu’un sbire d’Hockley suit la jeune femme, personne ne l’empêche de rentrer. Lorsque Jack monte pour voir Rose, il est bloqué par les gardes et on lui donne un bifton pour qu’il ne revienne pas. Lorsque Jack est invité, un peu plus tôt, à cette soirée pour le remercier de son acte de bravoure, on se moque, on le remarque, il est différent. Lorsque Rose danse en troisième, sapée comme une bourge, personne ne la remarque, elle est comme les autres, se fond dans le paysage. Il y a cette séquence où elle prend conscience de cette vie minable qui la poursuit : Devant elle, une fillette plie sa serviette sur ses genoux, sa mère lui demande de se tenir droite. Rose est horrifiée. Cette vie, depuis toujours c’est aussi la sienne. C’est là qu’elle rejoindra Jack dans cette fameuse scène de la proue. Et il y a d’autres symboles, plus allégorique donc plus discrets comme cette barrette papillon que Rose a dans les cheveux dès sa rencontre avec Jack, le citron dans le café du capitaine Murdoch juste avant la catastrophe, le tic-tac des pendules pendant la scène du dessin, l’évocation de la présence de glace dans la nuit. La menace gronde ici, le désir de vivre s’impose-là.

     Son replacement historique est lui aussi intéressant : outre les costumes, les coutumes, le paquebot, il y a aussi ce parallèle artistique. On évoque Monnet comme un grand. Hockley, qui croit tout savoir, pense que Picasso ne fera jamais parlé de lui. La dimension artistique est là, tout le temps. La qualité pas la taille, Rose remettra Ismay a sa place (l’architecte du paquebot qui ne considère la force qu’en fonction de la taille) en citant Freud, que lui ne connaît guère. Jack dessine, il entreprend une idée de l’art au sens noble, celui d’appréhender et retranscrire le réel. Jeune bourgeoise parée de bijou ou prostituée unijambiste, il ne fait pas de différence. Jack est le plus intelligent, le plus lucide, le plus libre de tous. Seule compte pour lui la mise à nu. Le nu abolit toutes les barrières. C’est la mise à nu qui scelle la transformation de Rose, dans l’entrepont lorsqu’elle s’enivre de bières et danse à l’irlandaise, dans la chambre lorsqu’elle s’offre en modèle. La culture n’est donc pas dans les mœurs bourgeoises, c’est la gente modeste qui la crée.

     La seconde partie du film (post iceberg) est plus trépidante, à la limite du soutenable – Reconnais que tu retiens aussi ton souffle quand Jack cherche la clé en tâtonnant derrière la grille, que tu pries pour tes mains quand Rose brandit une hache façon bûcheron du dimanche, que tu as le cœur serré quand le regard de Rose ne quitte pas celui de Jack lors de son embarcation sur le canot avant de s’en extirper in-extrémis. Centrée sur l’action, cette partie de film semble tout précipiter, comme s’il y avait mille à choses à dire et traiter et qu’il fallait tout régler au plus vite. On manque de temps, Cameron est donc moins subtil mais persévère dans sa critique sociale. La dignité suicidaire des uns affronte l’égoïsme impérieux des autres. Quand un agent ouvre le feu sur la foule et qu’il se rend compte de son geste, il retourne l’arme contre sa tempe. Quand Hockley n’a plus d’arrangements pour monter dans un canot il prend une enfant abandonnée et dit qu’elle n’a plus que lui au monde. Les musiciens, eux, continuent de jouer, se disent adieu avant de jouer encore. On ne peut pas vraiment en vouloir à Cameron de caricaturer certains rôles. Il étoffe en fait, cela lui permet d’être plus tranchant. Et puis on se doute bien que dans cette catégorie de gente aisée il devait bien y avoir une sacrée bande de salopards. La Dignité face à la Survie, tout le temps.

     Les vingt premières minutes pourraient être lourdes, elles sont une mise en abyme totale du cinéma : La quête du trésor se mue en récit romanesque ; On cherche un collier, on trouve un dessin, qui nous apporte une vieille femme qui va nous conter son histoire. Rose devient notre guide. Mais Cameron ne va pas se contenter de son souvenir et s’en va très vite là où elle ne peut savoir, du côté de Jack, avant qu’ils ne se rencontrent. Le film s’est comme émancipé, gagnant son combat contre le scénario. On reviendra au présent par deux fois seulement, avant le naufrage et à la fin, ça suffit, c’est le flash-back le plus élégant de la Terre. Et les visages face à Rose, lors de ce dernier retour, lessivés, silencieux, yeux embués, sont devenus les nôtres.

     Lors de cet épilogue, tout devient entièrement silencieux. Il n’y a plus que la musique, la douce mélodie angélique et funèbre qui résonne et orne le reste d’images, comme dernier cadeau. Images qui succèdent à celles où l’on découvre Rose aujourd’hui, jeter le cœur de l’océan par-dessus bord, montrant qu’elle l’avait toujours gardé, comme le souvenir inépuisable de ce moment érotique et magique passé en compagnie de Jack. Rose vient d’effectuer sa passation de relais, le temps du film. Jack qui n’existait que dans sa propre mémoire vivra désormais aussi dans celle de ceux à qui elle a raconté l’histoire du Titanic comme elle l’avait vécu. Ceux qui venait trouver un collier et nous, qui venions seulement voir un film. Rose peut donc s’en aller. La caméra se glisse dans sa chambre, on voit quelques photos de sa jeunesse, on imagine que Jack fut le moteur de cette vie bien remplie, cette nouvelle vie qu’elle a dû s’octroyer (sous le nom de Rose Dawson) après le naufrage de l’insubmersible. Cameron brise les convenances mélodramatiques, il en fait une fin joyeuse, où l’amour s’en va triompher de l’autre côté, parmi les fantômes : Des photos, une âme qui quitte un corps, entre à nouveau dans le Titanic, encore épave avant qu’il ne revive intégralement comme au premier jour. Rose entre à nouveau dans la grande pièce avec l’escalier et l’horloge (celle où Jack lui a baisé la main la première fois, parce qu’il voulait faire comme au cinéma) où tout le monde l’attend, comme s’il s’agissait d’un mariage, tous les visages qu’elle a croisés sur le paquebot, seulement ceux qui l’ont marqué positivement (on croise le visage de cette jeune fille lors de la danse à l’entrepont, le visage de M. Andrews et d’autres encore), elle rejoint Jack, beau comme au premier jour de leur rencontre, l’embrasse, et tout le monde autour se met à applaudir, tous les morts, ceux qui n’ont pas survécu au naufrage. Rose est acceptée parmi eux, Jack l’attendait. Ils se retrouvent de l’autre côté. Franchement ça donnerait presque envie de mourir.

     La réussite insolente de ce pur miracle cinématographique serait peu de chose sans la maestria de sa mise en scène. Car Titanic est probablement l’exemple le plus probant de la réconciliation entre le grand cinéma de divertissement et celui de la mise en scène – Mais Cameron n’avait pas attendu de faire Titanic pour qu’on s’en rende compte. Il a transformé l’essai. Ou comment parvenir à rendre l’intensité qu’elles méritent à des images d’une telle ampleur. Le travail sur le son, sur l’image est remarquable. Une mouvance permanente : travellings, plans grue, ellipses temporelles et raccords fulgurants, juxtaposition parfaite de plans lointains et proches. Oui c’est flamboyant, ça sent la tune, mais c’est beau. C’est la grâce dans l’excès.

     Au final, on peut se dire que c’est le film le plus rapide de tous les temps, à peine est-il commencé qu’il est déjà terminé, nous laissant avec nos bouches béats et nos larmes. Et surtout, Titanic n’est pas qu’une simple histoire d’amour ni qu’un simple film catastrophe, c’est une œuvre grandiose, multiple, qui côtoie le charme de l’expressionnisme, la dureté Buñuelienne, la douceur des plus belles rom’com et la flamboyance des grands mélos hollywoodiens. Un chef-d’œuvre inépuisable, que l’on redécouvre autrement, à chaque nouveau visionnage.

Terminator – James Cameron – 1985

33. Terminator - James Cameron - 1985Storm is coming.

    8.5   Premier volet d’une saga incontournable encore aujourd’hui, comme en témoigne les nombreuses suites qui s’enchainent à n’en plus finir, Terminator est le seul opus à avoir un climat aussi sombre. Quasiment tout le film se passe de nuit. Musicalement, hormis son thème principal, et le son qui accompagne le terminator (proche du bruit, du rythme d’une machine) il est très ancré dans les années 80, avec cette disco dans le Tech Noir par exemple, qui n’est pas sans rappeler certains thèmes du Scarface de De Palma, sorti un an plus tôt. Certaines séquences de ce premier volet sont inoubliables, forment ce que l’on pourrait appeler un manifeste bourrin de science-fiction. Justement, celle du Tech Noir, où Cameron use du ralenti comme s’il mettait en place un balai du crime, avec un tueur sans âme et une victime dans le flou le plus total. Les scènes de l’annuaire aussi sont superbes : La machine a besoin d’un annuaire pour rechercher la personne qu’elle veut éliminer, témoignant d’un développement encore bas de gamme – Si l’on effectue un comparatif avec les machines des opus suivants. Cette double recherche, trois Sarah Connor, un type qui semble patauger, l’autre qui paraît très efficace. L’un semble intouchable, l’autre complètement vulnérable. Mais au départ, un peu comme ces inspecteurs de police, on avance nous aussi à tâtons. Et puis il y a dans ce déluge de violence une poursuite finale, plus angoissante, haut fait du cinéma Cameronien, reprise et amplifiée dans T2.

     L’histoire : Le jugement dernier a été prononcé. Les hommes affrontent les machines, grâce à une poignée de résistants humains qui ont échappé à la radiation. Un terminator est envoyé en 1984 par Skynet, l’ordinateur qui gère les robots, pour tuer Sarah Connor, future mère de John Connor, chef de la résistance en 2029. En parallèle, les hommes parviennent à envoyer l’un des leurs, Kyle Reese, à travers le temps pour protéger Connor. Ce qu’il y a de fascinant ici concerne cette opposition sur laquelle s’appuie le cinéaste, par des détails une fois nettement visibles d’autres fois plus discrets, entre l’homme et la machine. Ce retard que l’homme semble accumulé sans s’en apercevoir de nos jours, et celui qui le fait courir à sa perte quelques décennies plus tard. La séquence rêvée où Kyle observe ce véhicule de chantier en l’assimilant (Cameron procédant au basculement dans le rêve de manière elliptique) à ceux qu’il affronte plus tard dans le temps est une scène épatante. Il prend conscience très souvent dans le film à quel point l’homme s’est tué ; Il contrôlait ce qu’il créait, il est désormais en guerre contre ses propres inventions.

     On pourrait aussi parler des nombreuses scènes d’action, toutes plus huilées les unes que les autres, qu’elles soient futuristes ou non, et même si le grain tremble un peu parfois quand il s’agit de mettre un effet énorme pour l’époque (le terminator sans son apparence humaine) où les petits défauts de maquillages suivant les plans (la scène de l’œil devant le miroir) on reste finalement admiratif parce que l’on en sort jamais de cette ambiance pré apocalypse. Et puis il y a ces innombrables répliques qui font le charme du film, le fameux « I’ll be back » prononcé dans un moment silencieux, avec l’impassibilité flippante de Schwarzie. La phrase a beau avoir un sens comique (son automatisme, son ton) on sait que s’il revient, et c’est ce qu’il se passe, l’avenir de Connor est vraiment compromis. Car même si ce T800, premier terminator d’une longue série en chaîne, est envoyé trop tôt, donc pas assez perfectionné, il survit aux balles, aux accidents de voitures, il peut se retirer un œil à sa guise jusqu’à garder son instinct de machine à tuer avec deux jambes en moins. J’ai longtemps gardé le souvenir d’un film mal rythmé, celui que je voyais peu étant môme, nettement battu à la concurrence par sa suite. En réalité il est différent, moins attachant au premier abord mais plus impressionnant, et puis c’est le premier, celui qui voit la découverte des personnages qui reviendront ensuite, celui qui voit les débuts de Sarah Connor, bientôt seule à croire au destin tragique imminent de l’humanité. Et une fois de plus (Chez Cameron) le récit est guidé par son histoire d’amour. « I came across time for you » avoue Kyle à Sarah lors d’une séquence magnifique. Une parmi d’autres, dont on pourrait signaler celle finale au Mexique, qui fait passerelle avec cette photo dont Kyle parle un peu plus tôt, ce cliché de Sarah qu’il a longtemps minutieusement gardé et observé, jusqu’à tomber amoureux d’elle. Parvenir à injecter cette douceur au sein d’un récit aussi brutale et d’une esthétique aussi noire, prouve encore à quel point le génie Cameronien est sans limite et inébranlable.

Avatar – James Cameron – 2009

avatarPandora.

   6.2   L’idée d’appartenance à un statut est une donnée importante dans Avatar: Jake est en fauteuil roulant, il est réduit à n’être que le frère de celui, décédé, qui devait partir faire cette mission. Il fait les frais de moqueries diverses au départ, bref c’est l’incapable de la bande, puisqu’en plus d’être invalide il ne connaît absolument rien de la mission. Cette plongée dans un autre monde est pour lui comme un nouveau départ. Un lieu où il sera vide (il le dira d’ailleurs plus tard à Neytiri et gagnera sa confiance) de toute éducation typique humaine et malvenue sur Pandora. Un lieu où il pourra bien entendu courir, s’épanouir et où il découvrira un nouveau dialecte.

     Cameron a effectué un va-et-vient intéressant (pour ce qu’il procure) entre le vaisseau humain, très robotisé, qui ne vit pas et celui de Pandora, idyllique, nature, très beau, très pur. Cette sensation lorsque Jake se réveille dans cette espèce de cercueil téléporteur (magnifique plan un moment qui imiterait une incinération et rappelle son frère) où il retrouve ses jambes paralysées, ce monde sans intérêt sinon la recherche d’un profit. Le spectateur le ressent autant que Jake. Comme il ressentait très intimement le parallèle temporel dans Titanic en écoutant l’histoire de Rose. Le spectateur rêve lui aussi d’être sur Pandora, de voler sur ces petits dragons, de parler à Neytiri, de marcher sur une nature qui s’allumerait façon clip de Billie Jean. Ce film est une porte d’entrée au rêve. Cameron le dit, il a fait ce film pour l’ado qui sommeille en lui, car il y a quelque chose de très naïf, très utopique dans cette démarche salutaire, et pourtant comme à son habitude ses messages sont d’une richesse incroyable.

     Avatar parle du monde. Et parle de l’humain, se ses choix face à sa survie. De son intransigeance et son égoïsme. Du pouvoir de la technologie qu’il a crée. De sa substitution à la technologie. L’homme/profit dans Avatar n’a rien d’humain, il est T-800, machine à tuer, machine à détruire, machine en mission. On apprend très vite le pourquoi de cette opération. Une énergie importante à la survie de l’humanité se trouve sur Pandora. Jake est envoyé pour approcher la communauté Na’vi et négocier leur déménagement, les ressources recherchées se trouvant juste en dessous de leur pied. Jake qui revit peu à peu dans ce nouveau monde n’a pas le cœur à la mission. Il y a donc un apogée dans le film, ce moment où tout paraît intouchable, où tout est somptueux. Dans Titanic c’était avant que le bateau heurte l’iceberg (la grande balade de Rose et Jack, la soirée irlandaise, la scène d’amour) et dans Avatar c’est avant que les marines ne prennent la situation en main (le choix de l’ikra, l’acceptation dans la communauté, sa communion avec Neytiri). Autant dire exactement la même trame. On n’est pas chez Cameron pour rien.

     Je reviens un peu sur cette communion entre Jake et Neytiti. Elle s’effectue dans un lieu magnifique, coloré, divin. C’est un lieu de prière où les Na’vi imporent l’Eywa, sorte de mère-nature. Leur dieu (plutôt déesse) donc. J’ai perçu comme un pied de nez à notre civilisation qui ne peut se mettre en accord sur rien, même pas sur un dieu commun. Chez les Na’vi, alors qu’il semble y avoir différentes communautés (voir la résistance de la fin du film) le dieu reste unique. C’est l’utopie crée par James Cameron. Un monde qui s’en remettrai à un seul dieu, qui n’interviendrait que pour l’exact équitabilité naturel et pour la communion spirituelle des êtres (« je te vois », on en parlera après). Un monde où forcément on aimerait vivre.

     Mais le thème principal du film c’est la cohabitation. D’un cinéma loin d’être novateur et d’un support lui totalement nouveau, la 3D. De l’homme et d’une entité extra-terrestre. De l’homme et de la femme. Cette dernière a toujours une place majeure chez Cameron. Elle est désignée comme porteuse du futur chef de la résistance dans Terminator et donc amené à être liquidée. Elle est celle qui permettra à l’être humain de s’en tirer dans l’espace dans Aliens. Dans Abyss c’est plus qu’évident, l’un ne va pas sans l’autre. Même dans True Lies Jamie Lee Curtis a une place importante dans le récit alors qu’elle ne fait guère parti du processus de départ. D’ailleurs on peut créer un autre parallèle en évoquant la famille. Chez Cameron la cellule familiale est très souvent présente. Jake est là parce que son frère n’est plus là. Neytiri verra son père mourir sous les foudres des humains en guerre. Cameron parle souvent de cohabitation homme/femme. Souvent cela débouche sur une histoire d’amour, réussie ou non. Comme Rose et Jack étaient les objets qui permettaient la réunion des classes, Jake et Neytiri, tous deux bien entendu là-aussi très différents participent à la résistance pour préserver les richesses de cette différence. Il ne fait pas que montrer un bateau qui coule et un décor spatial new age, il parle de ce qui l’entoure et donne son opinion sur le monde et les valeurs morales humaines. Cette résistance elle se trouve dans tous ses films. Et très souvent cela passe par une histoire d’amour comme l’accouchement d’une force clairvoyante.

     Avatar parle de la connaissance, de la compréhension de l’autre. Inévitablement il fallait que tout commence par un mensonge. Jake rencontre Neytiri pour sa mission. Ils s’amourachent l’un de l’autre mais Jake est coincé et continue de lui mentir. J’ai beaucoup pensé au nouveau monde de Malick durant le film. Bien entendu le fait d’apprendre un nouveau dialecte, de s’immerger totalement dans une culture n’est pas étranger au mythe de Pocahontas que Malick adaptait à sa manière. J’étais presque déçu que les Navi ait cette facilité à comprendre l’anglais. J’aurais tellement aimé que nos deux tourtereaux passent du temps à communiquer dans un nouveau langage. Cameron n’utilise pas la poésie Malickienne mais dans ce Je te vois prononcé par Neytiri il y a un écho au nouveau monde, qui lui, n’avait guère besoin de parler. Je te vois. Je te sens. Je peux observer l’intérieur de ton âme, semblent vouloir dire Neytiri et Pocahontas. Le Je te vois comme le je ne t’abandonnerai jamais de Titanic. La fin d’Avatar n’a pas besoin de mots. Ce qu’il se passe à l’écran on l’attend depuis le début du film. La confrontation entre deux mondes. Le réel et le virtuel. Pourtant la force de ce baiser est telle que l’on est chaviré. Comme on pouvait l’être à la fin de ET de Spielberg qui lui restera à jamais un film enfantin. Dans les deux cas il y a un contact entre deux entités qui habituellement ne cohabitent pas. Que cette rencontre, ce contact, se fasse par l’intermédiaire d’un baiser amoureux en fait l’un des moments cinématographiques les plus émouvants de l’année.

Terminator, le jugement dernier (Judgement day) – James Cameron – 1991

Terminator, le jugement dernier (Judgement day) - James Cameron - 1991 dans James Cameron 18908822Bad to the bone.     

   7.8   Plus spectaculaire, plus cadencé, plus drôle, plus long, Cameron a mis la dose pour celui-ci. Le budget a été multiplié par on ne sait combien et les effets spéciaux sont encore aujourd’hui bluffants. Si le premier jouait sur un niveau indirect (le terminator devait tuer la mère du futur héros de la résistance, pas encore né), ici, un terminator est maintenant chargé de protéger le gamin, vieux de dix ans, la résistance ayant réussi à kidnapper un programme de Skynet dans le futur.

     Sauf qu’en face le niveau a changé. Pas de T800 modèle 1.01 mais un nouveau prototype, le T.1000, constitué de métal liquide (ou de poly alliage mimétique) qui peut reproduire certaines armes blanches voire se transformer en n’importe quel être humain qu’il touche. Dans le futur, même s’il semble combattre, l’homme a du retard. Un opus de retard.    

     Terminator, le jugement dernier, est un blockbuster flamboyant. Il est jouissif partout, une qualité que le premier n’a pas. Chaque personnage semble atteindre un caractère paroxystique. Ce jeune branleur de John Connor qu’on ne voit pas du tout maître d’un mouvement résistant avec l’avenir de l’humanité entre ses mains, même si son passe temps fétiche se résume à voler des cartes bleues (easy money !) et dépenser le fric dans des salles de jeux. Sa mère, Sarah, retenue dans un HP, pour avoir voulu faire exploser une société d’ordinateurs, qui représente la femme sauvage, intelligente, Cameronienne par excellence, qui sait admirablement bien se servir d’un fusil à pompe. Il y a ce terminator assez génial , cette fois même touchant (ah la scène de descente lente dans la fonderie) qui en vient à créer des liens forts avec ceux qu’il protège alors que son organisme est à priori dépourvu de toute sensibilité, de toute émotion. Il y a bien entendu le T1000, froid, sans demi-mesure, sans émotion qui fait son travail de brute. Et pour finir le docteur Sibermann, aperçu dans le premier volet, qui s’occupe du cas Sarah Connor durant son enfermement psychiatrique. Il n’admet pas sa version des faits et se sert d’elle pour attirer les touristes, pour mettre en valeur son établissement et sa personne. Et puis il y a Skynet (enfin l’avant Skynet : Cyberdine) qui prend une importance majeure ici. Et l’on prend conscience que la guerre nucléaire est entre les mains des grands informaticiens.

     Pour ce qui est des séquences énormes, se référer à la course poursuite finale jusque dans la fonderie qui est vraiment démente. Tout comme celle de Cyberdine où le terminator ayant juré à Connor qu’il ne tuerait plus personne se voit dans l’obligation d’y aller « molo » avec ces flics butés qui ont envahis les lieux. Et outre cet Hasta la vista, baby culte de chez culte (que Connor a appris au terminator parce qu’il le trouvait has been dans son vocabulaire) on notera le toujours efficace I’ll be back qui semble ici davantage jouer sur un niveau humoristique.

     Notons une chose importante : Ce T2 est doté d’une fin très belle, pas loin d’être bouleversante (l’homme et la machine n’ayant jamais été aussi proche qu’à cet instant) accompagné par cette musique funèbre, qui évoque le combat, le feu, peut-être la victoire mais une certaine mélancolie aussi d’une page historique qui se tourne.

     Dans le film, nous sommes en 1994, le jugement dernier (initialement prévu pour 1997) a apparemment été évité (la puce permettant de créer les programmes de Skynet étant détruite) et à l’instar de cette tirade finale prononcé par Sarah Connor, l’homme appréhende désormais le futur moins avec la certitude d’avoir gagner une bataille qu’avec une très grande inquiétude.


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