Pierre de touche.
6.0 Sachant ce que le film représente pour beaucoup – et notamment aux yeux de ma chère et tendre – je tenais à revoir un jour La leçon de piano, qui avait littéralement glissé sur moi il y a bien vingt ans. Depuis, j’ai découvert, aimé (ou non) certaines choses de Jane Campion, notamment sa très belle série en six épisodes, Top of the lake.
Le revoir m’a plu. D’une part car l’édition Blu Ray Ultra Collector Carlotta est sublime d’autre part car je ne m’en souvenais plus du tout. Ni de son ambiance ni de son rythme, encore moins de son intrigue. Et cette dernière fait tenir l’édifice fragile, à mes yeux, en partie grâce à son étrange casting, qui parvient à rendre Harvey Keitel plus sexy que Sam Neil ou à te passer l’envie de faire des gamins, Anna Paquin jouant le rôle d’une petite fille insupportable qui aura en plus un rôle majeur dans un rebondissement traumatisant du film.
Si le film ne m’émeut pas vraiment, c’est en grande partie, je crois, parce qu’il ne parvient pas à donner vie à son décor, à filmer la vie sur cette île. Il devient presque un simple film de chambre alors qu’on souhaite le voir davantage s’aventurer dans cette jungle boueuse, sur cette plage déserte et dans le quotidien des familles maoris.
J’ai l’impression que ça ne l’intéresse pas tellement, ce lieu, à Campion. Que le récit aurait pu se dérouler en Écosse (il s’y ouvre brièvement) ce serait pareil. J’exagère évidemment car les lieux ont leur importance, la dureté du climat et la difficulté des sentiers sont pris en compte, mais uniquement pour faire avancer le récit – et le piano – plutôt que pour créer un décor vivant, mouvant.
J’en ressors avec le regret d’avoir si peu entendu la pluie, le vent, les vagues : le film est par ailleurs inondé de musique. Elle est très jolie mais je pense qu’on aurait gagné à s’en passer, à n’utiliser que celle s’échappant du piano, joué par Holy Hunter. Je me dis que la vraie subversion eut été d’en faire un film muet – avec des cartons – afin d’entrer plus en communion avec ce personnage muet. Reste un beau film classique, malgré tout.

4.
Visages noyés.