Archives pour la catégorie Jaws

Les dents de la mer 4, la revanche (Jaws, the revenge) – Joseph Sargent – 1987

dents-de-la-mer-4_1001933Nostalgie à plein tube.  

   2.1   Meilleur que l’insipide troisième volet. Bon, soyons clair, il y a zéro mise en scène et une fois encore ce sont des effets spéciaux au rabais ce qui est dommageable quand on voit tant le requin car c’est dans la lignée du précédent, on le voit beaucoup trop. Mais le film affiche aussi d’autres intentions : exister uniquement comme déclencheur nostalgique du chef d’œuvre de Spielberg. Il se veut en effet une suite du 1 et jamais une suite des deux autres, allant même jusqu’à reprendre maladroitement (au moyen de flash-back en noir et blanc) des séquences du 1 et les insérer dans les pensées de Madame Brody. C’est drôle parce que même cela c’est raté. Il y a une séquence en début de film où elle se souvient d’abord d’un affrontement de grimace entre Sean et Martin. Cet insert est plutôt touchant. Mais en fin de film elle se souvient de quelque chose qu’elle n’a pas vécu, soit Martin éliminant le requin. Cela prouve que le film n’existe pas pour lui seul, ce ne sont pas les personnages qui se souviennent mais c’est au spectateur à qui l’on propose de se souvenir, de se remémorer ce qu’il a aimé. Niveau histoire, Martin Brody a disparu, tout juste on apprendra qu’il est décédé d’une crise cardiaque, ce que n’accepte pas Ellen Brody qui pense que les requins s’acharnent sur leur famille. Et le film débute d’ailleurs sur la mort de Sean, le plus jeune des deux frères – en retrait chez Spielberg, manquant de se faire croquer chez Szwarc – littéralement déchiqueté comme une merde par un grand blanc. Rien à signaler de vraiment passionnant (un moment donné il vaut mieux s’arrêter) mais je préfère ça à la bouse précédente qui n’avait d’autre objectif que d’envoyer la 3D.

Les dents de la mer 3 (Jaws III) – Joe Alves – 1983

Les dents de la mer 3 (Jaws III) - Joe Alves - 1983 dans Jaws les-dents-de-la-mer-3d_879603

PVC.   

   0.7   Oh le nanar ! C’est, je crois, la seule franchise où plus ça va plus les effets spéciaux sont laids. Evidemment c’est mignon comme tout mais ce n’est pas ce qu’on demande ; chaque apparition du requin (en plastique) est un grand moment. Le film était initialement prévu pour la 3D et ça ne se voit que trop bien, on a par exemple droit à une séquence désopilante où le requin traverse une vitre de plexiglas et l’effet est tellement cheap qu’on se demande comment ça a pu être accepté. Concourt aisément pour the worst special effect ever. En fait le problème majeur du film c’est qu’il demeure hyper sérieux, dans la veine des deux précédents, sauf qu’on ne peut pas le prendre au sérieux, rien que les effets 3D c’est à se pisser dessus en 2D alors dans le format adéquat… Aja l’avait bien compris en refaisant le Piranha de Joe Dante : ni relecture ni semblant de suite, quitte à faire dans l’anecdote autant employer les grands moyens c’est à dire le délire sous forme de boucherie. En tout cas, les acteurs du 1 et du 2 avaient du sentir le nanar venir puisque aucun n’a osé rempilé pour affronter le requin le plus débile du monde, oui, là il est vraiment con comme la lune. En fait, dans le même style, je préfère me revoir Peur bleue, nanar haut de gamme.

 

Les dents de la mer 2 (Jaws II) – Jeannot Szwarc – 1978

Les dents de la mer 2 (Jaws II) - Jeannot Szwarc - 1978 dans Jaws jaws-2

Les enfants d’abord.   

   5.0   Souvenir quasi intact. C’était, quand j’étais gosse, celui des deux que je regardais le plus souvent et je comprends pourquoi : c’est un bon divertissement familial, avec trois fois plus de rebondissements et cette fois centrés sur des enfants. Avec le temps je l’avais un peu abandonné, lui préférant à juste titre le premier volet qui recèle qualités de mise en scène et obsessions Spielbergiennes, dont ce deuxième volet de Jeannot Szwarc est totalement dépourvu. Il est en effet incroyable de voir à quel point les partis pris radicaux du premier sont abandonnés ici où il ne reste qu’une construction archi classique. Prenons l’exemple de leur seconde partie. Les deux films sont construits sensiblement pareil à première vue : tout d’abord les multiples meurtres et la bataille de Brody avec le maire pour fermer les plages puis ensuite une partie en mer. Construction et montages les opposent alors. Longue chasse au requin dans le premier avec aucun contre-champs puisque toute cette partie se déroulait sur le bateau. Balade en catamarans dans le second avec un montage plus classique où le requin attaque les enfants d’une part, Brody part à leur rencontre avec son bateau d’autre part et le film va même jusqu’à insérer des moments sur terre, avec la maman des enfants ou le maire. Et puis ce film là n’a pas de véritable climax ni de dimensions poétiques (la mort abstraite du requin morcelé) ou de scènes détachées (le monologue sur Hiroshima) que Spielberg avait intelligemment glissé. Reste que c’est malgré tout un chouette divertissement pour toute la famille où tout est bien qui finit presque bien.

 

Les dents de la mer (Jaws) – Steven Spielberg – 1976

Les dents de la mer (Jaws) - Steven Spielberg - 1976 dans 100 jaws-facts-40th-anniversary

L’étrange créature du lac noir.

   9.4   Evoquons tout d’abord l’édition blu ray, une aubaine, tant la remasterisation est proche de la perfection. La plus belle copie dans ce format vue à ce jour. On sent que le film avait terriblement besoin de ça, d’une image à la mesure de sa beauté, avec cette première partie qui cloisonne clairement l’île d’Amity et cette seconde qui propose un horizon sans fin autour du bateau attaqué. A titre d’exemple, moi qui ai vu le film en boucle sur une vieille VHS, j’étais surpris de constater que la première séquence du film, au coin du feu, se déroule à la tombée de la nuit et non entièrement de nuit. J’ai le souvenir de pouvoir à peine discerner ce qu’il y a l’écran. La nouvelle copie est extraordinaire jusque dans les moindres contrastes.

     Jaws est sans doute l’un des tout premiers grands films à suspense, au sens blockbuster du terme, jouant habilement avec le hors-champ et l’hypothétique attaque. Durant l’une des séquences les plus étouffantes du film, Martin Brody, chef de la police, se charge de surveiller la plage d’Amity que le maire, contre l’avis de Brody, n’a pas souhaité fermer. Il fait beau, il y a beaucoup de monde dans l’eau. Deux vieilles dames font des brasses et discutent. Un chien ramène continuellement un bâton que son maître jette le plus loin possible dans l’eau. Un enfant défie les vaguelettes avec son matelas pneumatique. Deux amoureux se chamaillent. La séquence est tellement étirée qu’elle prévient d’une issue dramatique et joue beaucoup de ces espèces de rebondissements dus à l’inquiétude progressive de Brody, qui sursaute au moindre bruit singulier ou se braque dès qu’un mouvement semble suspect. Pourtant, le film n’exploite pas les facilités habituellement propres au genre, sa noirceur n’est jamais compensée, ce qui ne sera pas le cas dans les opus suivants.

     Le film est par ailleurs assez avare en attaques puisqu’il en compte seulement six dont deux hors-champ (un chien a disparu, le corps d’un pêcheur est retrouvé) et deux où l’on voit seulement la victime se débattre (la séquence d’ouverture et le garçon sur son matelas pneumatique). Il faut en effet attendre une heure de film pour voir apparaître le requin qui en deux secondes chrono renverse la barque d’un homme qu’il déchiquète aussitôt (on ne voit qu’une jambe s’échouer au fond de l’eau) tout cela sous les yeux du fils aîné de Brody, dans les eaux, tétanisé. C’est seulement après que le requin sera un peu plus visible, mais sans que le cinéaste en abuse, son maître-mot restera le hors-champ.

     Il y a donc cette fameuse deuxième partie, avec sa construction radicale, pour la simple et bonne raison que nous ne sortirons pas du bateau. Véritable tour de force en matière d’angoisse puisque les apparitions du requin, aussi brèves soient-elles, sont moins axées vers l’effet gore que sur une peur grandissante. En témoigne cette cultissime séquence où Brody, dos tourné à la mer, balance l’appât et se fait surprendre par le squale, gueule ouverte, tout près de l’engloutir. Le film joue énormément avec les cassures de rythme, endiablant la chasse, avec ses multiples procédés (ligne, harpons, barils, fusil…) avant de la laisser retomber. De la même manière, les climats se modifient, au sein du groupe. A l’extérieur, on se crie dessus et se méprise alors que dans la seule véritable séquence d’intérieur, l’ambiance est plus légère, quand Hooper et Quint se mettent à comparer leurs cicatrices.

     La dimension sociale est très intéressante : il y a comme souvent avec Spielberg l’idée de transmission de pouvoir/savoir qui chaque fois déclasse les personnages. Jurassik park aura cette écriture similaire. Ils se retrouvent systématiquement dans la peau de celui qui en sait plus avant d’être relégués derrière. Prenons Brody, il est père de famille, chef de la police et a raison de penser que c’est un requin qui attaque les touristes d’Amity Island. Il est donc très prudent, c’est en somme le héros tout tracé, celui à qui l’on peut se fier, s’identifier. Mais il sera déclassé par l’océanographe qui en connaît bien plus que lui sur la question. Il y a la très belle scène du requin-tigre où Brody affiche un sourire resplendissant, c’est la première fois où l’on se dit qu’il a tort de réagir ainsi, que ce requin est un leurre, que le vrai doit être cinq fois plus grand. Et c’est Hooper qui apporte la nuance. Et ensuite, dans ce qui sera la deuxième partie du film, à savoir la chasse au requin, un autre personnage fait son entrée, un spécialiste, un chasseur de requins, qui relègue aussi bien Brody au simple rang de spectateur obligé d’apprendre à faire des nœuds coulants autant qu’Hooper, homme de laboratoire, qui sait comment barrer un bateau de pêche parce qu’il l’a vu écrit dans un livre.

     En fait, chaque personnage perd son rang dès l’instant qu’il n’évolue plus dans son monde, et c’est paradoxalement ce qui va le sauver, ce qui le rendra plus prudent. Jusqu’à ce final terrifiant, qui voit l’ancien marine dans la gueule du squale, l’océanographe réfugié au fond de l’eau derrière des algues et Brody, qui tient bon sur le mât de l’Orca (nom du bateau, référence évidente à Moby Dick, Quint étant le nouveau Capitaine Achab) en train de sombrer (il faut rappeler que Brody n’aime pas l’eau ; Et pourquoi vivre sur une île quand on n’aime pas l’eau, lui demandera Hooper. Il n’y a que vue de la mer que l’on sait que c’est une île, répondra Brody). Il n’y a pas de vrai héros, pas de sauveur. Ce ne sont que des concours de circonstances. Les mêmes qui ont permis à Quint de survivre aux requins et aux torpilles japonaises dans le Pacifique de 1945 (l’une des plus belles scènes du film reste le monologue qu’il tient, post combat de cicatrices, racontant son expérience de cinq jours au milieu des requins, après que l’Indianapolis, sous-marin qui transportait « Little boy », dans lequel il se trouvait, ait sombré). Le chasseur de requins est englouti. L’océanographe a dû fuir sa cage et a perdu son harpon à tranquillisant. Le chef de la police aquaphobe rentre sur la terre ferme en nageant sur un radeau de fortune. Il faudrait vérifier mais je crois que l’on tient sensiblement la même répartition dans Jurassik park.

     Reste Le Maire, cas particulier, qui dès sa première apparition ne souhaite au grand jamais se méfier d’un éventuel grand blanc, lui préférant nettement d’autres causes de mort comme l’hélice d’un bateau ou la noyade, afin de préserver le tourisme. Dans le dernier plan que l’on verra de lui, il s’excusera auprès de Brody, parce que le fils de ce dernier était près d’y passer, alors que le maire n’avait pas souhaité donner son accord pour fermer les plages le jour de l’indépendance. C’est le personnage-enfant, celui au niveau de ces gosses qui enfilent un costume de requin pour faire peur aux mamies. Dans Jurassik park, ce personnage c’est le vieux qui ne se rend pas compte du danger et s’extasie devant la naissance d’un tyrannosaure.

     Il y a trois très belles séquences dans le film, très esthétisées, qui se détachent par leur atmosphère quasi surnaturelle. Il y a la sortie nocturne en mer à la rencontre d’un bateau de pêche abandonné où le cinéaste joue beaucoup d’une tension qui doit tout à la brume, à la nuit et au fait de plonger momentanément dans les eaux sombres. Pas de requin durant cette scène, pas besoin, tant l’angoisse est à son comble. Il y a aussi cette scène à la tombée de la nuit, plus avancée dans le film, où on peut apercevoir derrière Brody une source lumineuse dans le ciel, sans que l’on sache s’il s’agit d’une étoile filante. Elle apparaît deux fois, de manière d’autant plus évidente avec la nouvelle édition blu ray. C’est déjà une rencontre du troisième type. Et puis il y a aussi la mort du requin, long plan flottant qui voit le bleu de l’océan se faire progressivement recouvrir du sang du requin explosé, comme si le cinéaste faisait un adieu émouvant au monstre qu’il avait créé. C’est très beau.


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Auteur:

silencio


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