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Notre-Dame brûle – Jean-Jacques Annaud – 2022

35. Notre-Dame brûle - Jean-Jacques Annaud - 2022Quelque chose cloche.

   3.0   Quand tu grandis avec La tour infernale (John Guillermin, 1975) et L’aventure du Poséidon (Ronald Neame, 1973) jusqu’à les mater en boucle, « le film catastrophe » est un genre aussi sacré qu’il est régulièrement frustrant tant peu de divertissements de ce genre n’arrivent à la cheville de ces deux films, quand bien même tu aimes beaucoup Twister, Le pic de Dante, Alerte, Deep Impact, Apollo 13 ou En pleine tempête.

     C’est donc une rafale de déceptions, que tu les découvres sur le tard (Tremblement de terre, Mark Robson, 1974), qu’ils soient trop bourrins pour toi (Armageddon, Michael Bay, 1998), beaucoup trop embarrassants (The impossible, Juan Antonio Bayona, 2012), qu’il s’agisse de remake ni fait ni à faire (Poséidon, Wolfgang Petersen, 2006) ou de purs nanars astronomiques (2012, Roland Emmerich).

     Et tu n’as pas douze ans quand tu te ramasses l’onde de choc que fut Titanic, qui cumule tellement de génie qu’il est difficile de parler de simple film catastrophe, d’autant qu’il embrasse brillamment réel et fiction, et que la fiction est encore plus intense que le réel, que le film dès son entame annonce le programme : Il y a l’histoire célèbre du naufrage, mais Cameron via Rose, va nous raconter sa propre histoire. Dès lors ce sera plus compliqué pour les films qui suivront.

     Tout ce préambule pour dire que le projet d’Annaud, quand bien même je le trouvais obscène sur le papier (l’incendie de Notre-Dame n’a pas trois ans) et pas hyper bandant en tant que sujet de film catastrophe, m’intéressait pour un point essentiel : Comment allait-il filmer le feu ? Est-ce qu’il sera aussi réussi que celui de Ron Howard, dans Backdraft ? Est-ce qu’il sera aussi intense que celui des cuisines et de la salle des machines dans L’aventure du Poséidon ?

     Annaud retrace les heures durant lesquelles la cathédrale était en feu, le 15 avril 2019, jusqu’à ce qu’elle soit sauvée par les pompiers de Paris. Le projet est donc une forme d’hommage héroïque avant tout. On peut donc s’interroger sur la place du cinéma là-dedans, d’autant que les grandes images qui traversent le film sont celles glanées à droite à gauche utilisées par tous les médias du monde ce soir-là. Ce qui relève du réel garde en effet toute sa puissance tragique, mais Annaud n’y est pas pour grand-chose : Toutes proportions gardées, les nombreuses images qu’on a vu de la tragédie du World Trade Center c’était pareil, aucune fiction ne sera en mesure d’égaler la force du réel et surtout pas quand c’est Oliver Stone qui s’en empare en 2006 pour livrer ce film absolument catastrophique que l’on connait.

     Annaud joue aussi sur ce terrain hybride (partagés entre décors studios et naturels, reconstitutions et vidéos d’archives, réel et fiction, mais aussi déchiré entre son respect pour le lieu (la cathédrale), sa fascination pour le monstre (le feu) et son désir de faire interagir des personnages) et son film, quoique bien plus intéressant, est raté car il ne choisit pas. Il est dans l’hommage aux pompiers, on l’a dit. Mais il voudrait aussi raconter un peu de l’ambiance de cette funeste soirée, en montrant à la fois les travaux et les embouteillages monstrueux – qui empêchent notamment les gardiens du feu d’approcher les lieux – mais aussi la foule agglutinée devant ce macabre spectacle ; il voudrait montrer l’inquiétude des politiciens, Hidalgo jouant son propre rôle dans le film, Macron étant lui aussi présent au moyen seulement d’images d’archives ; il voudrait montrer les pompiers au travail (clairement ce qu’il réussit de mieux) mais aussi insérer la détresse dans laquelle se trouvent d’autres personnes : l’archevêque, l’architecte, le chef des pompiers et surtout le régisseur qui détient les clés du coffre de la couronne d’épine et qui doit faire tout Paris, galérer dans les transports, pour sauver la relique sacrée.

     Annaud multiplie les actions, le rythme, les personnages, au point que tout s’annule. On a même le droit à un running-gag d’une vieille dame qui appelle la caserne pour venir au secours de son chat coincé sur son toit : Qu’est ce que ça vient foutre là ? Qu’est-ce que ça raconte ? Pire, toutes les scènes avec le maître des clés, qui rate son RER, qui essaie trois Vélib’ avant d’en trouver un qui fonctionne, qui se fait sèchement arrêter par les flics au moment de passer les barrières, auraient pu être accompagnés par la musique de Fort Boyard que ça n’aurait pas fait tâche. C’est Passe pas Partout, en l’occurrence.

     Pour être honnête, tout ce qui se déroule en dehors de la cathédrale et du feu, n’a strictement aucun intérêt, d’autant plus que les acteurs ne sont pas bons et que les personnages n’existent pas. Annaud n’est définitivement pas Cameron et Titanic peut dormir tranquille. Mais si le défi technique ne m’intéresse pas beaucoup, il faut reconnaître qu’Annaud y est plus à son aise, qu’il fait de grandes scènes, notamment dans l’exiguïté des marches de la cathédrale, très oppressantes ou lorsque les pompiers progressent dans la fumée et se retrouvent dans le beffroi.

     Il ne choisit pas car il veut à la fois coller au réel, faire de la fiction mais aussi être plus abstrait. Et c’est peut-être sur ce dernier point que le film trouve ses meilleures inspirations, quand il donne à voir deux personnages qui le passionnent vraiment, à savoir la cathédrale et le feu. A ce titre l’ouverture du film est bien trouvée : Fond noir, on entend le sons des cloches. Puis c’est le craquement d’une allumette qui viendra mettre fin à ce son de cloche. Il eut fallu faire un film uniquement sur la cathédrale et le feu. On y aurait vu les pompiers travailler mais débarrassés de ces dialogues ridicules qu’ils débitent. On y aurait vu la foule, mais dans une forme abstraite et pas débile comme lorsque des touristes québécois se désolent du spectacle « Allez les pompiers, arrêtez de niaiser ! » Oui il y a vraiment cette phrase dans le film.

     Il eut fallu changer beaucoup de choses encore malheureusement, notamment cette musique insupportable mais aussi toute cette charge symbolique outrancière qui irrigue tout le film à l’image de la statue de la vierge qui pleure. On sait qu’Annaud n’a plus tourné en France depuis longtemps, mais c’est dingue de singer à ce point le modèle hollywoodien avec si peu de réussite. Dans un registre similaire, il me semble que la série Le bazar de la charité (2020) parvenait à donner vie à son tragique incendie, à la fois d’un point de vue visuel mais aussi dans son traitement des personnages.

     Il n’y a pas de vie dans Notre-Dame brûle. Car il ne sait pas filmer l’humain. Au début, quand la cathédrale est évacuée, une petite fille trompe la vigilance de sa mère pour aller allumer un cierge et y déposer l’élastique qui attache ses cheveux. Est-ce que le film se fermera sur un plan de cette bougie et de cet élastique intact ? Bah oui. Annaud coche tout, mais ne réussit rien. Un aveu d’échec permanent, à l’image de ces incessants split-screen, car tu vois, il faut montrer le champ et le contre-champ, le réel et la fiction.

     Il tente un moment une idée de mise en scène à travers ce dispositif, au moment de la chute de la flèche. J’étais curieux de voir comment il allait traiter cet instant. Il montre les images réelles de la chute de la flèche et dans la foulée nous fait vivre le bruit et le violent blast qu’elle provoque dans la cathédrale, aux côtés des pompiers. Et c’est plutôt pas mal. Ça aurait pu être mieux, mais c’est pas mal, on ressent enfin quelque chose.

     Bref, si le film gommait sa musique lourdingue et étirait davantage ses scènes plutôt que de les monter à la truelle, il resterait une vraie force sonore et quelques idées graphiques assez impressionnantes. Or les maigres bonnes idées sont systématiquement gâchées.

     Je me rends compte que je suis très dur avec le recul, bien plus que durant la projection car la salle de cinéma probablement, mais aussi car il parvient à saisir quelque chose du temps réel malgré tout. Mais finalement, les images de Notre-Dame brulant ce 15 avril qui m’ont véritablement ému et scotchées je les avais déjà vues.

     Désolé pour ce pavé aussi indigeste que le film.

Sept ans au Tibet (Seven years in Tibet) – Jean-Jacques Annaud – 1997

17. Sept ans au Tibet - Seven years in Tibet - Jean-Jacques Annaud - 1997Ramollo, l’odyssée d’Heinrich.

    3.5   Je n’avais jamais vu ce Jean-Jacques Annaud super connu que j’ai l’impression de voir passer à la télé tous les ans depuis mon adolescence. Purée, c’est un gros nanar, non ? Quelques jolies scènes, malgré tout, notamment quand l’auteur s’intéresse aux lieux, aux extérieurs, filme un peu plus les déplacements que les joutes verbales. Quelques petites choses qui nous réveillent de ce marasme mais globalement, en tant que fresque et construction narrative, c’est aussi embarrassant que l’accent allemand ridicule de Brad Pitt. Sans parler d’un tournage aux quatre coins du monde alors que tout doit se dérouler dans l’Himalaya, et d’un choix de langue plutôt bizarre, puisque les tibétains parlent aussi l’anglais. Outre ce problème d’authenticité sur lequel on peut passer si le film séduit autrement, l’évident défaut de Sept ans au Tibet c’est de ne jamais parvenir à donner de l’intérêt à son récit, de corps, ni par l’histoire, ni par la mise en scène. On se fiche autant des personnages au début qu’à la fin, ce qu’ils sont, ce qu’ils deviennent. Et puis Annaud a jadis été plus subtil dans ses dénonciations, là il y va à grands coups de surligneur.

Sa majesté Minor – Jean-Jacques Annaud – 2007

20. Sa majesté Minor - Jean-Jacques Annaud - 2007Web-screwball-discussion mineure.

   1.0   Moi : Consternant.

S : Qu’est-ce que c’était nul dans mon souvenir.

Moi : Un frisson de la honte permanent, oui.

S : Rien que l’image, là, c’est quelque chose.

Moi : Et encore, j’en ai choisis une sobre.

B : Horrible.

T : On l’avait lancé chez toi, on n’avait pas tenu longtemps, mais bon souvenir quand même.

B : Purée, je me souviens plus.

T : Je ne sais plus si on était tombé dessus à la télé ou bien si tu voulais m’initier au trip.

B : Je penche pour la première option.

V : Mélanie Bernier en parlait hier chez Ruquier, elle pense que le film va devenir culte.

Moi : Tout ça parce qu’elle y passe son temps les nichons à l’air, ça.

T : Faut que je revoie ce film.

Moi : Haha.

B : À l’époque j’avais lu des critiques évoquant Pasolini.

Moi : Haha.

N : Nul à iech.

Coup de tête – Jean-Jacques Annaud – 1979

01_-coup-de-tete-jean-jacques-annaud-19791La revanche des loosers.

   9.5   Prendre l’initiative d’écrire sur un film qui me suit depuis que je suis gamin c’est tenter de relever le défi de l’objectivité, souci qui ne m’a jamais interpellé concernant Coup de tête, tant ce film me fait rire, tant il m’a toujours semblé intelligent dans sa manière de brasser l’univers du football, sans pour autant être un film sur le football, et tant, bien entendu, je suis un inconditionnel du jeu Dewaere. Coup de tête était un sublime compromis dans la mesure où mes deux autres films chouchou mettant Dewaere en image n’étaient pas les plus accessibles, trash pour l’un (Les valseuses) violent pour l’autre (Série noire), des films à conseiller mais dont il faut se méfier, ce qui n’est pas le cas du film d’Annaud, à même de réconcilier tout le monde, détracteurs de Dewaere compris. Coup de tête, qui plus est, est un film pour Patrick Dewaere. Personne n’aurait réussi à camper ce François Perrin aussi bien que lui.

      C’est le film d’une revanche. Qu’on l’aborde d’un point de vue diégétique ou non. Revanche d’un pauvre type sur ses hiérarchies, d’abord dindon de la farce d’une machinerie embarrassante avant d’être érigé, un peu malgré lui, en messie d’un village, Trincamp, devenu, grâce au miracle d’un soir, ville de football, qui vibre grâce au pauvre type, Perrin. Et c’est évidemment la revanche d’un autre homme, d’un acteur, Patrick Dewaere, qui renoue avec le beau cinéma populaire et pour une fois ne partage pas la tête d’affiche, l’apogée de sa carrière avec le film de Corneau, avant cette période douloureuse dont on connait l’aboutissement tragique.

     Coup de tête est une formidable satire sociale trouvant sa dynamique dans les nombreuses séquences hilarantes que le récit lui offre, généralement par l’intermédiaire du génial Dewaere. C’est tout de même l’histoire d’un type que l’on met en prison à la place d’un autre parce qu’il n’est pas grand-chose comparé à l’autre. Au centre, il y a un club de foot amateur embarqué dans une aventure improbable en coupe de France. Souvenez-vous de Calais ou Libourne Saint Seurin il y a quelques années, et bien là c’est Trincamp. Allez Trincamp, allez Trincamp, but, but, but ! Scande un public émerveillé par ses joueurs, dignes représentants d’un club anormalement performant, qui ne sont rien d’autre que leurs collègues de boulot.

     A l’instar des gros clubs, il y a dans celui-ci aussi un leader, le buteur régulier de l’équipe, celui qu’il ne vaut mieux ne pas toucher. C’est l’irremplaçable Berthier. Et il y a cet inconnu, sombre attaquant discret, François Perrin, qui par excès d’éloquence et de jalousie d’un instant, tamponne Berthier pendant l’entrainement et se fait finalement virer sur-le-champ du club de foot ainsi que de son travail à l’usine (dans ces petites villes les deux vont de pairs, les dirigeants cumulent les fonctions).

     Mais voilà, c’est Berthier qui viole une nana un soir et c’est Perrin qui est accusé, ça passe inaperçu. La victime n’ayant rien vu et les pontes de Trincamp étant tous de mèches, flics compris, pour déplacer la culpabilité où ça les arrange. Jean-Jacques Annaud embraye alors sur un fait hautement improbable tout en trouvant un équilibre de crédibilité qui permet au film d’être davantage qu’une simple farce cynique : Lors d’un énième déplacement en coupe, seizième de finale me semble-t-il, le bus des joueurs est accidenté. L’équipe est décimée, il faut donc colmater les brèches avec ce qu’on a sous les mains (Il est même un moment question que l’entraineur bedonnant soit de la partie) de façon à présenter onze joueurs sur le terrain. Perrin sera l’un d’eux, extrait de force de prison. Le jouet idéal, un maillon inutile seul mais important pour le groupe, que l’on remettra en taule aussitôt le match terminé.

     Après une escapade en guise d’interlude où il rendra visite à la femme qu’il est censé avoir violé (une séquence désopilante) il finit par jouer au sein de l’équipe et ironie du sort, il plante deux buts qui permettent à son équipe de se qualifier et de rêver encore. « Que crie tous ces gens ? Loserand ? Silvadière ? Non, ils crient Perrin et jusqu’à dimanche c’est lui le roi ». Les actionnaires du club sont perdus, ils n’ont plus qu’à patienter le match retour pour que le roi soit délogé de son trône. La revanche jouissive prend acte dès cet instant-là. Perrin, le mec manipulé, devient le héros aux pleins pouvoirs. Mais il n’en veut à personne, il continue seulement de s’amuser. Il y aura un diner règlement de comptes verbal assez jubilatoire. Puis il y a aura le lendemain, le règlement de comptes physique tant attendu, où Perrin lui préfèrera finalement la passivité, plutôt la vengeance pacifique, pour un résultat insolite et réjouissant.


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silencio


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