La vie et la mort.
6.0 Au même titre que La rosière de Pessac, Eustache filme un lieu, ici une ferme dans un village des Cévennes et un événement, ici l’abattage, le dépeçage, le découpage, la préparation puis la dégustation conviviale d’un porc. Le cochon ouvre le film mais très vite des paysans vont le maintenir, l’immobiliser et l’attacher. L’animal hurle, se débat puis se vide de son sang après avoir été (mal) égorgé. Il se convulse de spasmes. Il agonise. Il est mort en cinq minutes de film. Il en reste quarante-cinq. On l’échaude, on le gratte. On lui coupe bientôt la tête, les pattes, on l’éventre, on sépare les entrailles. L’animal devient vite charcuterie, dispatché en jambon, boudin, terrine. Les paysans sont très organisés. Chacun sa tâche. Entre deux verres de gnôle. Entre deux discussions – difficile de capter ne serait-ce qu’un mot, tant l’accent et le verbe sont incompréhensibles. L’idée pour Eustache n’est évidemment pas de donner son avis ni d’envoyer un quelconque message. C’est de capturer un rituel, un quotidien, le travail de l’abattoir, aussi barbare soit-il, une chaîne de production d’un point A (le cochon) vers un point B (la charcuterie). C’est évidemment plus difficile à regarder que le couronnement de la Rosière mais le regard, le procédé, est le même. Il ne s’agit pas de condamner ni de s’identifier, mais de filmer, de voir, de laisser une trace du réel, de filmer aussi la vie et la mort dans un même élan.