Archives pour la catégorie Jean-Pierre Melville

Le silence de la mer – Jean-Pierre Melville – 1949

02. Le silence de la mer - Jean-Pierre Melville - 1949Monologue en uniforme.

   5.0   Sous l’occupation, un officier allemand loge chez un couple de français, dans une maison de campagne. Il parle, ils écoutent. Tandis qu’il raconte son dégoût de la guerre, son amour de la France, fantasme qu’après s’être combattu « le pays de la musique et celui de la littérature » se marieront, le couple ne répond que par un lourd silence, accompagné du tic-tac des horloges. Une voix-off vient émailler les pensées de l’hôte à la pipe quand les gestes de l’hôtesse à la pelote de laine trahissent son agacement profond. La texture est peut-être moins melvilienne que bresonnienne néanmoins le film m’a semblé forcé, cadenassé, trop écrit, sans doute par respect pour la nouvelle, de Vercors, qu’il adapte. Ennui poli.

Le cercle rouge – Jean-Pierre Melville – 1970

23. Le cercle rouge - Jean-Pierre Melville - 1970« Tous coupables »

   8.0   Que dire si ce n’est que c’est un film-emblème assez parfait, la quintessence de l’art melvilien : Délestés au maximum, dégraissés jusqu’à l’os, le récit et son déploiement formel touchent à la grâce. Dans son épure de film noir, Melville s’y révèle plus souverain que jamais. Pourtant, Le cercle rouge arrive juste après L’armée des ombres, qui déboulait juste après Le samouraï, qui était lui précédé par Le deuxième souffle : C’est dire le niveau d’excellence dans lequel se situe l’auteur en l’espace de quatre ans.

     Le film s’ouvre sur une citation de Rama Krishna, qui lui donne son titre. Au départ, le film est éclaté entre plusieurs pôles, personnages qui n’ont à priori rien pour se chevaucher. C’est une histoire de cercle, de carrefour : Une rencontre entre un repris de justice, un commissaire, un évadé et un vieux flic corrompu. Une magnifique combinaison Delon, Bourvil, Volonte, Montand. Melville prendra toutefois le temps de faire éclore cette rencontre, de tracer l’entièreté du cercle.

     Ici, les flics et les truands s’y confondent. Le quotidien minutieux du flic solitaire, qui chez lui parle à ses chats et se fait couler un bain, pourrait être celui d’un ancien prisonnier en réinsertion. Quant à l’ancien flic, passé alcoolique, c’est en acceptant de se lancer dans un casse de grande envergure qu’il est extirpé de ses cauchemars. Les frontières sont minces. Après tout, Bourvil ne partage-t-il pas les menottes avec Volonte, accrochés à la couchette d’un train ?

     Le cercle rouge est un film incroyablement silencieux. Les dialogues ne sont jamais de trop, systématiquement nécessaires. Toutefois, j’ai compris pourquoi je ne l’avais jamais revu, contrairement au Samouraï par exemple : Tout y est tellement bien agencé, minutieux, millimétré, ascétique que le film, c’est sa limite – imposante ou non suivant l’humeur – ne laisse pas vraiment entrer l’émotion. Sans doute aussi que l’on sait trop vite où il nous emmène, dans un récit circulaire où les hommes, prisonniers de leur destin, chutent inéluctablement.

     Ceci étant, certaines séquences sont parmi les plus magistrales que Melville ait tournées. Le casse Place-Vendôme en tête, bien sûr et ses vingt-cinq minutes sans aucun dialogue. On n’oubliera pas non plus la lente fabrication de l’équipe d’élite qui mène à ce casse. Et plus tôt l’évasion du train puis la traque de Vogel qui s’ensuit. Jusque dans le coffre de la Plymouth, dans un champ boueux, le dialogue qui s’ensuit avec Delon. Très fort.

Vingt-quatre heures de la vie d’un clown – Jean-Pierre Melville – 1947

31. Vingt-quatre heures de la vie d'un clown - Jean-Pierre Melville - 1947L’amour du cirque.

   6.0   Premier film et unique court métrage réalisé par Jean-Pierre Melville, Vingt-quatre heures de la vie d’un clown propose comme son titre l’indique de passer une journée en compagnie de Béby, alors vedette du cirque Medrano de Paris. Si cet amour pour les clowns apparaît peu dans la filmographie du réalisateur du Samouraï – qui disait qu’avant d’aimer le cinéma il aimait le cirque – on y trouve déjà, au moyen d’un précis quasi documentaire, cette peinture de la solitude et de la répétition, d’autant plus surprenante qu’il le suit moins dans ses numéros comiques qu’en dehors, lors de son retour à la maison, dévoilant son ingratitude envers sa femme, sa complicité avec son chien, sa volonté de se réfugier dans de vieux albums photos. Melville recherche moins le clown qui fait rire les enfants que l’homme triste sous le maquillage. L’autre particularité du film c’est que les dialogues (et pensées de son personnage) de cette petite chronique sont intégralement donnés off par Melville lui-même, occasionnant une narration plutôt originale. Et ça fonctionne. Ça participe de cet aspect conte. Bref c’est une chouette curiosité.

Le deuxième souffle – Jean-Pierre Melville – 1966

07. Le deuxième souffle - Jean-Pierre Melville - 1966Violentes solitudes.

   8.0   Melville reprend les codes du Doulos, mais remplace l’aspect ramassé de ce dernier par une densité avec laquelle il semble entièrement à son aise. Le polar, en tant que genre, est transcendé au point qu’il semble acquérir, au fil des minutes, une pureté sans précédent. Par son esthétique, son ambiance (Une utilisation musicale discrète, notamment), sa durée et son écriture : Moins de tiroirs, davantage d’épure. Pas de gras, un équilibre idéal tandis que le film avoisine les 2h30.

     Qu’il se déploie dans les extérieurs marseillais, en ville ou dans ses routes de campagne, ou bien dans les intérieurs de ces appartements, le film est très méticuleux. De nombreuses scènes resteront sans dialogue, à l’image de cette ouverture, évasion d’une prison parisienne, course à travers la forêt puis le train ; ou plus tard lors du hold-up d’un fourgon transportant une demi-tonne de platine sur la route des Crêtes.

     Impressionnante séquence – un sommet du genre, clairement – qui prépare, entre autre, tout le cinéma de Michael Mann (qui saura se souvenir de Melville, c’est évident) et évoque très largement Le salaire de la peur, de Clouzot voire Cent mille dollars au soleil, de Verneuil (déjà avec Lino Ventura) notamment dans sa façon de s’accaparer l’immensité de ce paysage, désert, rocheux et ces routes en bord de falaise.

     Meurisse & Ventura forment un superbe duo de flic et voyou qui évoque celui formé par Pacino & De Niro dans Heat, trente années plus tard. Il suffit de voir comment Melville les présente, chacun dans une introduction légendaire, pour se convaincre qu’il aime infiniment les personnages qu’il a écrits, pensé. Leur affrontement à distance sera le cœur du film. Et inévitablement, le final en sera déchirant.

Le samouraï – Jean-Pierre Melville – 1967

Le samouraï - Jean-Pierre Melville - 1967 dans * 250 17.-le-samourai-jean-pierre-melville-1967-300x213

 Le dernier souffle.   

   9.5   Le samouraï représente à mes yeux le film Melvillien par excellence. C’est un condensé de ses plus belles réussites où son style s’affirme de la manière la plus radicale. Il se déroule en une suite de séquences monstrueuses, quasi muettes où le cinéaste se contente de filmer l’action, le mouvement, contenus dans un contexte temporel restreint.

     Un moment donné, Jef Costello rentre chez lui. Le spectateur a de l’avance sur lui puisqu’il a vu précédemment une séquence où deux hommes y déposaient un micro. Cette scène de retour est filmée comme celle de départ qui ouvrait le film, en temps réel. Le temps réel chez Melville est un temps d’attente, la mèche d’un pétard qui se consume, un sablier qui se vide. C’est une attente qui génère forcément un dérèglement. En l’occurrence, il se dévêtit, puis s’apprête à passer un coup de fil mais un détail attire sa méfiance : l’oiseau, dans la cage. Dans un schéma classique, l’oiseau serait mort, le spectateur garderait donc son avance sur le personnage et attendrait uniquement le moment où le personnage découvrirait la supercherie. Chez Melville, l’oiseau se déplume, à force de cogner, craintif, les parois de sa cage. Ce n’est que cela qui attire le regard de Costello et fait qu’il raccroche aussitôt le combiné et se met à chercher ce que cette pièce a de changé.

     Le style Melvillien est à l’image une affaire de contrastes, dans un cadre monochrome, sec, grisé, à la recherche d’une épure de trait, entre l’abstraction et le vertige d’un réel fantasmé du film noir. Style hautement influencé qui aura séduit d’érudits cinéastes qui s’en sont magnifiquement inspiré autant qu’il aura contaminé bon nombre de films de gangsters qui n’auront fait que de singer le style. Qui auront tenté de reproduite la sécheresse formelle sans se plier, comme l’osait parfaitement Melville, à une épure dramaturgique.

     Si l’action intéresse évidemment Melville c’est l’action au sens de processus pour parvenir à ses fins. Pas le spectaculaire. Ni le jubilatoire. La première séquence de meurtre est un modèle de déplacement éternel en temps que préparatifs du futur travail accompli. L’exécution n’intéresse Melville que dans sa plus plate représentation. Premier plan large : Deux hommes face à face. Le suivant : Un coup de feu tiré, plan serré sur l’arme. Troisième plan à nouveau large : Le tableau de l’exécution accomplie, avec la personne tuée et le nuage de fumée de l’arme encore chaude. Ce n’est qu’affaire de précision. Affaire de gestes parfaits. La mise en scène se plie à ce qu’elle traite : la rigueur exemplaire à laquelle se soumet le tueur à gage.

     La dimension dramaturgique est évacuée ou évasive, pourtant Melville ne lui tourne pas entièrement le dos, il préfère lui attribué une dimension sous-jacente, inexpliquée pour laisser surgir l’âme enfouie de la machine dans une dernière scène magnifique. Costello n’a ni passé ni présent, nous n’apprendrons rien de lui, il n’existe qu’au gré de ses déplacements et de la minutie de ses gestes. Malgré cette épure du romanesque, cette douce agonie de la froideur incarnée se révèle être d’une tristesse absolue.

Un flic – Jean-Pierre Melville – 1972

Un flic - Jean-Pierre Melville - 1972 dans Jean-Pierre Melville Un-Flic-bank-heist     7.5   Il y a un rythme, une ambiance chez Melville. Tout est silence. A l’image de la superbe séquence du train, où le cinéaste s’attarde sur l’image, le son, une scène plein de tension. Les personnages auront dit quelques temps plus tôt que leur affaire ne devait pas dépasser les vingt minutes. On n’est probablement pas loin de cela dans la retranscription, c’est quasi du temps réel. Et sans aucune parole. La première séquence aussi est fascinante. C’est un braquage, mais pas un braquage comme les autres. L’univers prime ici. St Jean de Monts, son vent, le bruit des vagues, la ville est calme, une banque, des hommes marchent, entrent, attendent… Melville effectue un travail grandiose, Melville l’ennemi du dialogue, fait comme dans le seul film que j’ai vu de lui auparavant, Le Samouraï, un film de genre doté d’une mise en scène extra, que l’on ne retrouve dans nul autre film de genre…


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