Archives pour la catégorie Jean-Pierre Mocky

Snobs ! – Jean-Pierre Mocky – 1962

32. Snobs ! - Jean-Pierre Mocky - 1962Les quatre cavaliers de l’apocalypse.

   4.0   Dans l’une des nombreuses brèves scènes du film, un moment donné, au cours d’un match de boxe, quelqu’un dit « leurs uppercuts sont un peu mous ». Eu la sensation que cette réplique d’apparence anodine définissait le film pour ne pas dire tous les films (ou presque) de Mocky. Oui c’est punk, irrévérencieux mais tellement brouillon et inachevé, tout de même.

     Le directeur d’une laiterie s’est noyé dans une cuve de lait. Dufaut, Tousseur, Lainé et Courtin (« J’crois même qu’y avait Franquart, c’est pour te dire! »), candidats postulants à son remplacement, vont se manipuler les uns les autres, pour obtenir le poste.

     Troisième film de Mocky, cette comédie méchante en forme de lutte pour le pouvoir, fait le portrait d’une société du profit : récit choral parsemé de personnages picaresques, individualistes, adoptant des stratégies toujours plus sournoises. De chouettes idées visuelles évidemment. Volontiers absurdes comme il faut. Et du texte. Mais ça manque d’une ligne claire, qui ferait moins passer l’ensemble pour un défilé de saynètes incongrues à peine liées entre elles.

L’albatros – Jean-Pierre Mocky – 1971

07. L'albatros - Jean-Pierre Mocky - 1971L’évadé.

   4.5   Déception. J’attendais un peu de ce Mocky réputé, qui m’a finalement laissé une sensation mitigée similaire à celle de La cité de l’indicible peur : La mise en scène est pourtant inspirée, aussi bien dans ces dix minutes introductives, une évasion silencieuse et en total mouvement, qui rend hommage aux pères des films noirs, que dans cette séquence finale sur un toit, tout en ombres chinoises… y a que Mocky pour oser une pareille scène et en tirer une poésie absurde se reflétant dans les visages des badauds. Ici le cinéaste incarne lui-même un évadé de prison, qui avait été incarcéré pour le meurtre d’un policier. Pour se faire il prend en otage la fille d’un politicien. Le style y est, la satire aussi, pourtant je m’y suis beaucoup ennuyé, de bout en bout.

Y a-t-il un Français dans la salle ? – Jean-Pierre Mocky – 1982

19. Y a-t-il un Français dans la salle - Jean-Pierre Mocky - 1982Le désordre et l’ennui.

   2.0   Mocky c’est toujours bancal. Parfois d’un film à l’autre. Souvent au sein d’un même film. Celui-ci est doté d’un prologue aussi étrange que prometteur. Puis plus rien sinon un machin d’une lourdeur infinie, un peu rigolo si on est bien luné, j’imagine. Je devais pas l’être suffisamment. J’ai trouvé ça consternant, vulgaire, avec sa provoc gratuite et ses acteurs en totale roue libre. On peut pas toujours se cacher derrière la truculence du verbe ou l’absurdité d’un plan. Les personnages sont tous plus infects les uns que les autres, et Mocky a l’idée saugrenue de nous faire entendre chaque fois leurs pensées. Au secours. La satire politique cynique se double pourtant in extremis d’un souffle romantique assez beau. Insuffisant pour faire oublier ce qui précède mais c’est à l’image de Mocky : même dans un film aussi insupportable que celui-ci, j’y trouve toujours un truc, une surprise.

Les Compagnons de la marguerite – Jean-Pierre Mocky – 1967

11. Les Compagnons de la marguerite - Jean-Pierre Mocky - 1967Chat perché.

   7.5   Matouzec est restaurateur de manuscrits anciens à la Bibliothèque nationale. Il se découvre bien vite un talent de faussaire et se plait à falsifier des documents d’état civil. Il fonde une société secrète permettant à des couples malheureux – le sien compris – de faire disparaitre les preuves de leurs mariages. Bref c’est totalement du Mocky dans le texte et à l’image c’est encore mieux. Le pitch c’est vraiment la partie visible de l’iceberg, le film est gorgé d’idées, de bifurcations en tout genre, de beaux running-gags à l’image de l’utilisation savoureuse des noms. Claude Rich est fabuleux, mais bon, comme d’habitude, c’est l’un de mes acteurs préférés de toute façon (je pourrais revoir Je t’aime je t’aime, de Resnais ou Le caporal épinglé, de Renoir, rien que pour lui). Paola Pitagora, qui venait de jouer dans l’excellent Les Poings dans les poches, de Bellochio, est magnifique. Bref, un grand Mocky, passionnant, malin, drôle, à la durée idéale, pour un Mocky.

La grande lessive – Jean-Pierre Mocky – 1968

??????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????Television rules the nation.

   4.0   Un professeur de lettres entreprend de saboter les antennes réceptrices sur les toits de Paris, afin d’évincer la télévision des foyers, qu’il juge responsable de l’abrutissement des masses et de l’endormissement constant de ses élèves. Postulat passionnant que Mocky revisite à la sauce du vaudeville, déployant un burlesque frénétique dans le vase clos d’un immeuble.

     Malheureusement, un peu comme pour La cité de l’indicible peur (aussi avec Bourvil), ça fonctionne vingt minutes puis le film s’essouffle ou épuise, au choix, pour presque ressembler à du Zidi. Quand il sort enfin de l’immeuble le film ne casse pas son énergie brute et répétitive faisant office de cases de BD superposées sans transitions efficaces. Bref c’est du Mocky pur jus : subversif et foutraque, a l’image de son trio désaccordé, mais ce cru-là me laisse à quai.

Les dragueurs – Jean-Pierre Mocky – 1959

04. Les dragueurs - Jean-Pierre Mocky - 1959Femmes, femmes.

   5.0   C’est fou comme Les dragueurs, le tout premier film de Jean-Pierre Mocky, ressemble moins à un film de Mocky qu’à un Chabrol première période (Les cousins, Le beau Serge). Le film s’inscrit pile dans le courant de la Nouvelle Vague, aussi étrange que cela puisse paraître, tant Mocky se tint vite éloigné des « jeunes turcs ». C’est un film parisien et noctambule, qui comme son titre l’indique, suit des garçons qui draguent, avec plus ou moins de lourdeur (beaucoup plus que moins) et avec plus ou moins de réussite. C’est une histoire de rencontres avec entre autres, deux suédoises à Montmartre et une immersion dans une soirée mondaine à Passy. Charrier (qui vient de tourner chez Carné) & Aznavour (qui s’apprête à jouer chez Truffaut) seront les séducteurs en question, un peu pathétiques, un peu maladroits, le premier en quête d’idéal, le second un cœur à prendre. Mais le casting sera quasi essentiellement féminin, souvent des apparitions très brèves, dont on retiendra bien sûr Anouk Aimée ou Véronique Nordey. Mocky saisit quelque chose de la jeunesse du Paris d’après-guerre. Le film reste néanmoins assez antipathique, je trouve, au diapason de son duo de personnages masculins.

Le témoin – Jean-Pierre Mocky – 1978

20. Le témoin - Jean-Pierre Mocky - 1978Contre le silence de cathédrale.

   7.0   Rares sont les films de Mocky qui soient si beaux (la photo est superbe) et aboutis, ne serait-ce que dans l’interprétation, les dialogues, le scénario. La dimension satirique dont il est coutumier reste présente, bien sûr, mais plus fine qu’à l’accoutumé. Entre la comédie italienne, la peinture chabrolienne et le thriller giovanniesque, Le témoin est un étonnant portrait de la France giscardienne, tourné à Reims.

     Robert Maurisson, un puissant industriel, fait appel à un vieil ami, Antonio Berti, restaurateur de tableaux, pour y faire une œuvre spéciale pour la cathédrale de Reims. Berti choisit comme modèle une jeune fille, qui sera retrouvée morte quelques heures après leur entrevue, près de l’une des propriétés de son ami. Noiret incarnera ce riche notable, banquier cynique et manipulateur, qui supervise aussi une équipe de foot et dirige une chorale de jeunes filles. Il est hyper sobre. Ce qui le rend plus salaud encore. Il est immense. Sordi en restaurateur d’art simplet, paumé, volubile, est très émouvant.

     Quelques éléments qui rappellent qu’on est bien chez Mocky : le jeu extravagant d’Alberto Sordi. L’homosexualité d’un duo de policiers. Et quelques pointes d’humour très bizarres. Et surtout c’est un film très ambigu : Ici les bourgeois provinciaux sont aussi respectables que les adolescentes sont innocentes.

     Qui plus est, Le témoin est un réquisitoire contre la peine de mort. Ou tout du moins pamphlet contre l’absurdité du système judiciaire. Il y a des scènes fabuleuses comme la partie de chasse. Et bien entendu la scène finale, à l’aube, entre quatre murs et un ciel bleu nuit, d’une simplicité, d’une cruauté et d’une brutalité, d’autant plus déconcertante dans un film de Mocky, fait froid dans le dos.

La cité de l’indicible peur – Jean-Pierre Mocky – 1964

03. La cité de l'indicible peur - Jean-Pierre Mocky - 1964Hélas…

   4.0   Sur les conseils de Raymond Queneau, Mocky adapte Jean Ray, afin de plonger à pieds joints dans un mélange d’enquête policière et de fantastique. A Salers, dans le Cantal, Bourvil est l’inspecteur Triquet qui recherche Mickey le bénédictin, un faussaire évadé, ivrogne, chauve et frileux qui n’aime pas le cassoulet. Ainsi présenté j’ai déjà envie d’adorer : Il y a quelque chose dans la tonalité douce et absurde qui m’évoque le Guiraudie du sublime Du soleil pour les gueux.

     Malheureusement, passé le (plutôt bon) premier quart d’heure – notamment une scène de guillotine récalcitrante – le film est assez fatiguant, à l’image de ces nombreux personnages qui seront tous affublés de tics divers et variés. Bourvil lui a une démarche étrange entre le saut de cabri et le cheval au trot. On y croisera aussi une voyante extra lucide. Ainsi qu’une bête auvergnate qu’on appelle aussi la bargeasque – véritable apparition Z assez exaltante.

     Deux ans plus tôt, Un drôle de paroissien, déjà avec Bourvil, était autrement plus réussi, beau, passionnant. Très différent aussi : le fantastique absurde ne sied pas si bien à Mocky, à mon humble avis. De cette curieuse enquête, absurde et bordélique, au sein de ce village auvergnat il ne reste que la farce, foutraque, délirante, répétitive, éreintante. Malgré la très belle photo d’Eugen Schufftan.

Chut ! – Jean-Pierre Mocky – 1972

08. Chut ! - Jean-Pierre Mocky - 1972Une heure de trop.

   0.5   J’ai de la sympathie pour Mocky et il m’arrive d’être sensible à son cinéma parfois subversif, fait de bric et de broc. Mais là c’est pas possible. Alors je ne sais pas si le montage (épileptique) que j’ai vu (Celui remonté, approuvé par Mocky, amputé d’une demi-heure par rapport à la projection initiale) casse tout le film ou non, mais purée, heureusement que ça ne dure que 62 minutes car c’est déjà beaucoup trop long. C’est simple, le film est un déferlement de tronches grimaçantes, bavardages incessants, petits bruits ajoutés, inserts chelous, gags embarrassants, et enchainements de séquences hystériques sans queue ni tête au point qu’il est tout bonnement impossible de démêler un semblant de récit (et d’intérêt) là-dedans. Mocky dédie son film à La Liberté (des travailleurs, des citoyens, mais surtout à la sienne) c’est bien, mais là liberté s’arrête où… Bref. Un beau calvaire.

Un linceul n’a pas de poches – Jean-Pierre Mocky – 1974

34. Un linceul n'a pas de poches - Jean-Pierre Mocky - 1974Le gars gênant.

   5.0   Comme à son habitude, Mocky ne s’embarrasse pas d’effets de séduction, son film est cheap, mal fagoté, le montage est parfois très étrange, l’interprétation est souvent à côté de la plaque (Mocky le premier, qui incarne un journaliste seul contre tous reconverti en chevalier blanc prêt à dénoncer toutes les casseroles politiques de sa région, des simples pots-de-vin aux soupçons de pédophilie) pourtant Un linceul n’a pas de poches est aussi visuellement réussi qu’il est foncièrement passionnant – Certes c’est l’adaptation d’un bouquin qu’on imagine pléthorique dans la description des magouilles, mais si l’écriture ne vient probablement pas de Mocky il en retranscrit bien la richesse et jongle admirablement avec l’ahurissante kyrielle de personnages (Et une quantité d’acteurs qui n’hésitaient pas à se mouiller dans des projets louches façon La Traque, c’est bluffant : Serrault, Carmet, Lonsdale, Marielle, Constantin, Galabru…) dont il dispose et qu’on arrive aisément à cibler et différencier. C’est un peu comme si le Sex shop, de Berri avait croisé le Coup de tête, d’Annaud. Mais en moins bien tant il y a des trucs vraiment gênants. D’abord car les rôles féminins sont TOUS honteux, sans exception. Ensuite car le pamphlet, aussi percutant soit-il, manque clairement de subtilité. Après ça reste du Mocky, on reconnait bien sa patte, il y a des trucs ridicules à se pisser dessus (Des répliques qu’on n’entendrait même pas chez Arcadi) et des trucs vraiment navrants (On flirte parfois avec le vulgaire film érotique et la présence de la belle Sylvia Kristel n’y est pas étrangère). Et bien que ça ne m’intéresse pas trop, on pourra toujours y voir une mise en abyme de Mocky cinéaste dans ce personnage qui trouble tout le système. Mais le gros bémol c’est que c’est franchement beaucoup trop long (2h05) pour du Mocky.

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silencio


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