Archives pour la catégorie Joane

Ernest & Celestine, le voyage en Charabie – Jean-Christophe Roger & Julien Chheng – 2022

16. Ernest & Celestine, le voyage en Charabie - Jean-Christophe Roger & Julien Chheng - 2022En avant la musique.

   6.0   Si l’on fait exception de l’importante série de livres qui porte le nom de ces deux personnages emblématiques, l’ours grincheux & la souris énergique, Ernest & Célestine sont apparus la première fois au cinéma en 2012 dans un long-métrage magnifique, retraçant le quotidien puis la rencontre de deux êtres qui à priori ne doivent pas se rencontrer et qui finissent par s’apprécier et s’unir contre l’ordre des choses. C’était un vibrant film politique, social, une puissante ode à l’amitié et la différence, dessinée à l’aquarelle. Aussi bien pour les petits que les grands. Une réussite majeure dans l’animation, à mon humble avis. Mes enfants en sont fans.

     Plus tard, nous avions vu Ernest & Célestine en hier, constitué de quatre épisodes, assez proches de l’esprit des livres et littéralement fait pour les fêtes de Noel. Ernest & Célestine, le voyage en Charabie est donc le deuxième long-métrage des aventures de nos deux trublions. Une séance avec les enfants, bien entendu, qui ont adoré. Il me semble que cet épisode marque toutefois le pas, si on le compare à celui réalisé il y a dix ans. On en retrouve le ton, le charme, le rythme, la dimension satirique, mais peut-être avec beaucoup plus de lourdeur.

     Afin de réparer le violon de son ami et contre son avis ronchon, Célestine part en Charabie – le pays d’Ernest, où se trouve notamment le luthier en question – et essuie une tempête de neige, sauvée in-extrémis par son ours préféré. Arrivés en Charabie, pays sublime, coloré, entouré par les montagnes, la petite souris découvre que l’endroit renferme un régime totalitaire qui traque tous les musiciens, les instruments et les notes interdites. On y tolère que le Do. Un voyage qui révélera donc ses surprises et en premier lieu les origines d’Ernest et ce qui conduisit à soin exil.

     La seule devise qui règne ici « C’est comme ça et pas autrement » n’est bien entendu pas du goût de certains – dont un mystérieux justicier masqué (je n’y ai vu que du feu), allié à un réseau de maquisards auquel Ernest & Célestine vont apporter leur précieuse aide et faire souffler un vent de poésie et de liberté. Attendu, par les temps qui courent, mais salvateur, toujours tant la Charabie fait évidemment pot-pourri de tous les régimes de notre monde. Moins réussi que le précédent, dans l’ensemble, mais chouette malgré tout.

Le pharaon, le sauvage et la princesse – Michel Ocelot – 2022

09. Le pharaon, le sauvage et la princesse - Michel Ocelot - 2022Liberté au cube.

   5.5   En sortant, mon fils me dit que le point en commun entre ces trois contes c’est qu’ils sont à chaque fois des histoires d’amour. C’est un peu mon regret. Que le noyau soit systématiquement cet amour impossible entre une femme et un homme, qu’on navigue dans l’antiquité égyptienne, l’Auvergne médiévale ou l’empire ottoman. D’autant qu’à l’exception du second conte (Le plus beau et de loin) c’est le point de vue du prince qui nous guide. Bon, Ocelot a bientôt quatre-vingts ans aussi. Et Dilili à Paris, avec son ancrage dans La belle époque, son name-dropping, son discours politique, était adapté au circuit pédagogique. Ici on va dire que si ces romances impossibles et ces personnages au fort désir de liberté ne révolutionnent rien, l’écrin formel dans lequel ces trois récits évoluent est on ne peut plus séduisant, tant tout y est beau, magnifiquement cadré, très doux, raffiné dans ses contrastes mais aussi dans son verbe. Ocelot y reprend la recette de ses collections de courts réunis dans un long, avec en exergue de chaque une narratrice s’adressant à un public – nous, bien entendu – et écoutant ce qu’ils souhaitent qu’on leur raconte, afin d’en créer une histoire, plutôt plusieurs car « ceux qui n’ont qu’une histoire à raconter n’ont pas beaucoup d’imagination » dit-elle. Ici les ombres chinoises dans le deuxième conte, m’évoquent la beauté plastique de Princes et Princesses (2000) ou Ivan Tsarevitch et la princesse changeante (2016). Celui des trois que je retiendrai vraiment. Peut-être ce qu’Ocelot a fait de plus beau. Ce qui écrase (trop) les deux autres, à mon avis. Cette structure et ce rythme semblent avoir bien fonctionné sur mes enfants, en tout cas.

 

Buzz l’éclair (Lightyear) – Angus MacLane – 2022

07. Buzz l'éclair - Lightyear - Angus MacLane - 2022Vers l’infini, mais pas au-delà.

   6.5   Le film est globalement rejeté, par le public et la presse, je ne comprends pas. C’est vraiment super. Peut-être pas du niveau des quatre Toy Story mais qu’importe.

     C’est un spin-off en forme de one shot assez parfait : C’est vrai, pourquoi toujours vouloir faire des ponts, des suites ? Ce film-là se suffit à lui-même. Il est un peu à Toy Story ce que Rogue One est à Star Wars.

     L’idée de base est géniale : Buzz l’éclair se réclame d’être le film qui rendit Andy, le petit garçon de la franchise Toy story, fan du jouet ranger de l’espace.

     Après avoir condamné, à la suite d’une erreur de pilotage, les habitants d’un vaisseau à vivre sur une planète inconnue, Buzz tente de s’en échapper mais dans une succession de ratés aux vertiges temporels imposants : à chacun de ses retours, quatre ans se sont écoulés pour les autres. C’est l’ouverture de Là-haut qui croise Interstellar.

     Le reste fait seulement office de film d’action, avec une drôle d’équipe à construire et un méchant à affronter (Zurg, évidemment), ainsi Buzz l’éclair manque clairement d’émotion, surtout au regard de la franchise et de la belle promesse que constituent ses vingt premières minutes.

     Mais ce serait grossier de bouder son plaisir, tant de plaisir j’en ai eu durant cette agréable projection de juillet avec mes enfants. Quel bonheur de les entendre rire à gorges déployées à chacune des apparitions / répliques du chat Sox, qui est génial.

     Dieu sait que l’idée, pourtant, ne m’emballait au préalable pas des masses. Enfin pas moins que celle de faire un Toy Story 4 après le sublime final de l’épisode 3. Finalement j’ai préféré ce Pixar-là à un autre sorti cette année, Turning red, qu’on encense, à mon avis, beaucoup trop.

     A part ça, on ne le dira jamais assez, mais quel plaisir de revoir un Pixar en salle : Buzz l’éclair étant le premier du studio à sortir sur grand écran depuis le début de la pandémie. Foutue plateformes… Y a que sur grand écran que l’on profiter d’une telle animation, encore une fois, aux petits oignons !

Le chêne – Laurent Charbonnier & Michel Seydoux – 2022

04. Le chêne - Laurent Charbonnier & Michel Seydoux - 2022Crise d’épilepsie.

    3.0   C’était un petit coup de poker que d’emmener les enfants voir cela. D’une part car s’ils ont l’habitude de voir des docus animaliers à la télé, ils regardent souvent par intermittences. Ils glanent des images. D’autre part car c’est un film sans parole. C’est tout ce dont je savais. Vu le titre on se doutait qu’on allait voir la vie d’un vieux chêne, plutôt la vie sur et autour de ce vieux chêne.

     Mon fils a plutôt bien vécu la séance, surtout les aventures du petit écureuil. Il a aimé sursauter quand le balanin chevauche un crapaud qui ouvre soudain grand la gueule. Il a aimé voir des sangliers d’autant qu’on venait d’en voir un traverser la route devant nous quelques jours plus tôt. « C’était mignon » a-t-il dit en sortant.

     Ma fille a trouvé le temps très long. Distraite en grande partie par les mulots, l’épisode de la couleuvre ou celui de l’aigle coursant le pauvre geai. Et bien entendu requinquée pendant le chapitre bébés (marcassins, geais, mulot…). Mais globalement elle a passé son temps à me signaler qu’elle s’ennuyait.

     Ennui total pour moi aussi. Je vais tenter d’expliquer pourquoi. Charbonnier & Seydoux optent pour le docu sous forme de rollercoaster jusqu’à intégrer des séquences souterraines de champignons en CGI. Ils vont donc filmer dans les recoins, avec de minuscules caméras, j’imagine. Et quand ils simulent un temps orageux il n’est pas difficile de voir la faune effrayée, puisque c’est leur façon de filmer, de bouger la caméra, qui les effraie. C’est peut-être un mauvais procès, qu’importe ça m’a beaucoup dérangé.

     Ça et le fait qu’il n’y ait pas un plan qui dure plus de trois secondes. C’est un truc de monteur épileptique, pour tenter d’insuffler du rythme, de façon complément artificielle. C’est un film qui refuse le calme et la lenteur. Quand le serpent grimpe l’arbre, c’est un enchaînement de gros plans sur une faune pétrifiée, accompagnés d’une musique adéquate. Mais au final il n’y a aucun danger. La nature est vue comme un terrain de jeu rigolo pour tout le monde.

     C’est un film tout sauf documenté. Tout sauf contemplatif. C’est un tour de manège. Avec les attractions « inondation chez les mulots », « le geai millenium », « Comme un serpent sur la branche » et autre « Le mulot et le renard ». Entre ces attractions, on s’ennuie, on fait la queue – sans pouvoir parler – et on est abreuvé d’images jolies mais publicitaires, épileptiques.

Vaillante (Fireheart) – Laurent Zeitoun & Theodore Ty – 2022

34. Vaillante - Fireheart - Laurent Zeitoun & Theodore Ty - 2022Entre deux feux.

   5.0   Sorte de Backdraft féminisé mixé à du Tootsie inversé, dans le New York des années 30, Vaillante, production franco-canadienne (Les studios L’atelier Animation, qui avaient précédemment fait Ballerina) ne brille ni par son animation, passe-partout, sans invention ni par son récit, ultra prévisible et programmatique. On est vraiment sur un terrain balisé, singeant les standards hollywoodiens. On s’en remet à cette relation père/fille et au travestissement de Georgia, qui se rêve pompier dans une époque où les femmes sont encore loin de pouvoir être des gardiennes du feu. Le film est parsemé de gags burlesques archi lourds – pour faire marrer les gamins – et running gags réchauffés comme les vingt séquences où le chauffeur narcoleptique s’endort. Il ne suffit pas de balancer un gag référence à Safety Last pour réussir un film. Et encore moins de placarder un discours féministe aussi neuneu. Moins désagréable à voir toutefois quand on accompagne les enfants. Surtout en salle.

Encanto – Charise Castro Smith, Byron Howard & Jared Bush – 2021

20. Encanto - Charise Castro Smith, Byron Howard & Jared Bush - 2021La vie est un miracle.

    6.5   C’est un beau film sur le poids de la famille. Il est rare chez Disney de voir un antagoniste aussi invisible, ici il est représenté par la grand-mère, mais c’est plutôt le dit-miracle qui l’incarne : L’histoire d’une famille, les Madrigal, vivant dans une maison enchantée au sein des montagnes colombiennes. Maison offrant à chaque enfant un pouvoir surnaturel, tant vanté, tant espéré qu’on le fête comme une bar/bat mitzvah. Ici il ne s’agit pas de célébrer une majorité religieuse mais d’ouvrir une porte et de faire la rencontre avec son pouvoir magique : une force herculéenne, une faculté de guérison, la possibilité de dialoguer avec les animaux ou encore un don de métamorphose, un don de voyance.

     Mirabel est la seule qui n’a rien reçu. Sans explication, la porte est restée fermée. Et c’est ce personnage, héroïne du film, qui va troubler le rituel et bousculer le quotidien de cette cour des miracles. Par jalousie (notamment envers sa grande sœur, qui fait apparaître des fleurs) et frustration de constater que son petit frère reçoit aussi un don, confirmant qu’elle n’est qu’un maillon oublié. « C’est un pouvoir qui sera à ton image » ne cesse de leur répéter à tous cette matriarche qui les enferme dans une bulle – jusqu’aux mariages arrangés – que Mirabel ne peut supporter puisqu’elle n’a hérité de rien. Elle n’est rien, sans pouvoir.

     La belle idée du film, une fois que la casita commence à se craqueler de partout et que le récit s’emballe, est de libérer les personnages de leurs chaînes, tant chacun éprouve sans le dire, son pouvoir magique comme une malédiction. La réapparition d’un membre disparu redistribue les cartes. Et le film libère bientôt, grâce à Mirabel, le poids de cette histoire familiale et d’un enchantement qui ne peut renaître qu’en étant détruit et relancé sur des fondations plus saines. Avec des pics très émouvants. Larmes aux yeux lors de la scène au bord de la rivière, qui m’a rappelé « la plus belle scène au bord de la rivière ever » dans Pat Garrett & Billy the kid.

     On peut certes regretter que le film ne dessine pas plus loin que cette famille, cette maison. C’est d’autant plus flagrant que la petite communauté (le village) dans laquelle évolue cette petite communauté (La famille) n’est jamais traitée. C’est une toile de fond. Reste qu’au sein de la famille, il y a de beaux personnages, qui sont empêchés aussi car c’est le sujet, de les faire exister uniquement au travers des désirs de la matriarche. Voilà pourquoi Bruno est si beau. De très loin mon personnage préféré.

     Encanto est très beau visuellement, notamment tout le design de cette maison magique, l’animation est fluide, pleine de détails. Le point faible c’est le même que pour Vaiana à mes yeux, les musiques de Lin-Manuel Miranda, qui sont franchement lourdingues. Quant à Coco, son cousin de chez Pixar auquel on pense beaucoup, il est bien au-dessus, évidemment. Reste que ce fut pour moi un enchantement total de voir ça en salle avec mes deux petits gremlins qui ont tous deux adoré.

La Pat’ Patrouille, le film (Paw Patrol,the movie) – Cal Brunker – 2021

03. La Pat' Patrouille, le film - Paw Patrol,the movie - Cal Brunker - 2021« Chase est sur le coup ! »

   5.0   C’est un simple prolongement des épisodes télévisés : Les enfants ne seront pas trop dépaysés. Reste qu’il ne faut plus tenir dix minutes mais une heure et demie. L’occasion de changer de lieu (arpenter la grande ville d’à côté), d’y injecter un nouveau personnage (Liberty, le basset errant) et d’y insuffler un peu plus de romanesque qu’à l’accoutumée : La mission des chiots patrouilleurs se déploie en effet là où Chase fut jadis abandonné. Bref, c’est clairement un épisode pour le chiot berger allemand (gageons que les prochains mettront davantage en avant Ruben, Stella ou Marcus) et pour la petite nouvelle, Liberty, qui apporte un doux vent de fraicheur. Les autres se font discrets. Et ma foi ça se regarde. Surtout aux côtés de ma fille, les yeux écarquillés dans la salle, entre deux baignades estivales.

La petite taupe aime la nature – Zdeněk Miler – 1969-1982

10. La petite taupe aime la nature - Zdeněk Miler - 1969-1982Feu vert.

   6.0   En découvrant C’est nous les héros, sur Netflix, avec mon garçon, je me suis demandé depuis quand n’avions-nous pas été dans une salle de cinéma, ensemble ? J’ai songé à Toy story 4. C’était à la fin de l’été 2019, quand l’idée d’une pandémie comme celle que l’on vit actuellement n’était encore que de la science-fiction.

     C’est alors que j’ai réalisé ne pas avoir parlé ici de ma première séance avec ma fille. C’était il y a tout juste six mois, cet été, le matin du douze juillet, entre deux confinements, en somme. Le seul film qu’elle ait vu en salle, Covid oblige, à l’heure où j’écris ces lignes. Moi qui rêvais d’en faire un rituel hebdomadaire, c’est raté, enfin pour le moment. Croisons les doigts.

     La petite taupe aime la nature est une collection de trois petites aventures pas d’aujourd’hui. Il y a une histoire de chewing-gum (1969), une sur les affres de la télévision (1979), une autre sur la construction d’une ville au milieu d’une forêt (1982). Des thèmes dans l’air du temps, avec une forte dimension écolo. C’est pédagogique et chouette.

     C’était donc ma toute première séance de cinéma avec ma fille, trois ans. Mon fils, huit ans, nous accompagnait, évidemment. Souvenir d’autant plus gravé qu’il me rappelle que la première séance cinéma de mon fiston c’était déjà pour la petite taupe, il y a six ans. La boucle est bouclée.


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