Archives pour la catégorie João Nicolau

L’épée et la rose (A espada e a rosa) – João Nicolau – 2011

12. L'épée et la rose - A espada e a rosa - João Nicolau - 2011Les orgueilleux.

   3.5   C’est un doux calvaire au sens où son vent de liberté est par instant plus fort que l’hermétisme qui l’habite. Parfois, seulement. Trop rarement, plutôt. John from, le dernier film de Joao Nicolau, est tout aussi insolite mais il est plus séduisant, plus cotonneux, plus écrit ce qui ne l’empêche pas d’offrir des espaces et des situations dans lesquels il est possible de se balader, de se disperser. Ici c’est vraiment délicat, on a tellement la sensation d’un film et son scénario en train de se faire, comme le personnage semble évoluer dans un rêve absurde, abstrait, que les enjeux n’existent pas. Impossible de se raccrocher à quoi que ce soit.

     C’est une parenthèse qui évoque rapidement Rozier, celui des Naufragés de l’île de la tortue, puisque le film se déroule sur un bateau, mais ça manque d’horizons, de personnages charismatiques ou auxquels on s’identifie, ça manque d’idées stimulantes, aussi, tout simplement. Si l’on touche à la comédie musicale, notamment ici lors de l’irruption d’un inspecteur des impôts chantant et qu’on file vers le récit de piraterie hédoniste en embarquant dans une caravelle, la folie et la beauté du film circulent uniquement par intermittences et en circuit fermé à mon sens. L’épée et la rose, c’est la sensation désagréable de voir un Guiraudie complètement raté ou un Rivette pas inspiré. En permanence.

     Et donc forcément, c’est interminable. Ça dure 2h15 mais j’ai l’impression de l’avoir subi dix heures. Et puis on a l’impression que ça pourrait durer une heure de plus, une heure de moins, ce serait pareil. C’est ce manque d’ossature, de structure et de finalité qui rend l’objet aussi abscons qu’arrogant. Ça m’a rappelé la grande souffrance éprouvée devant Ce cher mois d’août, de Miguel Gomes, il y a dix ans. Rien d’étonnant puisque Nicolau était assistant sur certains de ses premiers films. Je sauve quelques plans, quelques cadres et une utilisation musicale parfois étonnante, qui m’ont parfois sorti de l’ennui.

John From – João Nicolau – 2016

18. John From - João Nicolau - 2016Bulle solitaire.

   6.0   Mon fils s’est occupé du tirage au sort pour ce premier voyage. Je m’envole donc pour le Portugal.

     Fonctionnant souvent comme une bulle de rêve qui vient s’emparer d’un réel froid et ennuyeux (La famille, le voisinage, l’architecture) à l’exception de cette amitié et ses codes secrets (Les messages dans l’ascenseur dont on ne saura jamais le contenu, l’iPod oracle, le faux prénom commun) John From dégage une certaine chaleur, à l’image de la richesse de ses couleurs, son éclectique bande-son pop, agréable le temps d’un instant avant qu’on s’en détache au suivant.

     J’ai pensé à Wes Anderson, essentiellement, mais aussi à Aki Kaurismaki, tant leur cinéma se complait aussi dans la vignette, la géométrie du cadre et les couleurs franches – S’il m’arrive d’être admiratif, j’y reste aussi très en retrait. Visuellement c’est donc très beau, mais il y a quelque chose d’un peu trop propre et maîtrisé là-dedans, qui m’en garde systématiquement à distance.

     Je pense que ce sont les échappées oniriques qui m’ont le plus parlé, cette impression d’un Lisbonne transformé en fantasme mélanésien (Relié à l’exposition du voisin dont Rita, 16 ans, tombe éperdument amoureuse) tout en masques, peintures et déguisements.

     Enième conte d’été et variation autour du passage à l’âge adulte, John From m’a beaucoup fait penser à cette grande série de téléfilms Tous les garçons et les filles de mon âge, principalement Travolta et moi (Patricia Mazuy) et Us go home (Claire Denis). Si le film de Joao Nicolau n’atteint pas leur beauté, on retrouve cette même sensibilité flottante, cette liberté de ton qui l’éloigne des portraits classiques.

     Et puis il y a quelques idées de génie qui marquent un peu : Le balcon de Rita qu’elle remplit d’eau pour lui donner les apparences de plage, qui entre en écho à cette étrange expo de Mélanésie inondée. Ou cette réunion de copropriété (Qui rappelle Les bruits de Recife) dans laquelle chaque propriétaire semble plus éloigné l’un de l’autre que ne le sont le Portugal et la Mélanésie, l’artiste d’âge mûr et l’adolescente face à ses premiers émois.


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