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Inside Llewyn Davis – Joel & Ethan Coen – 2013

21002832_20130806152430151_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxBesides Bob Dylan.

     8.8   C’est dans des teintes glaciales que se trame le petit dernier des frères Coen – peut-être leur plus beau film – dans un New York gris, un Greenwich village cotonneux. Le climat est rigoureux, les nuages semblent s’abattre sur le personnage, tignasse noire en bataille, marchant dans les rues enneigées, épaules rentrés, barbe de réchauffe faisant prolongement de l’écharpe, un sac en bandoulière et une guitare. Les cinéastes expliquent que l’ambiance du film est née du sentiment se dégageant de la pochette d’un album de Bob Dylan, The freewheelin’ sur lequel le chanteur marche vers nous, à pas enlevés, quelque peu frigorifié semble-t-il, dans une rue cernée par des voitures et recouverte d’une fine pellicule neigeuse. Sur la photo, Dylan est accompagné d’une jeune femme. Ce n’est pas vraiment le cas de Llewyn qui lui, foule le bitume le plus souvent seul ou accompagné d’un chat.

     Le film s’ouvre sur un visage, l’apprivoise d’emblée, curieuse silhouette, à la fois massive et frêle, l’œil habité et triste, un micro est érigé devant son nez, une guitare s’imprime entre ses doigts. Le personnage entonne un Hang me, oh hang me très touchant, accompagné de ses quelques discrètes notes d’arpège. Le Gaslight Cafe écoute, comme il en a écouté et en écoutera des milliers proposer leur folk incandescent. La chanson est laissée en son entier. Les mouvements de caméra sont doux, fluides, le plan d’ensemble puis resserré sur lui et déployer dans le fond de cette salle une ombre massive, quand elle prend le parti de ne faire plus qu’un avec le musicien, entré en communion avec sa musique, spleen de ses (més)aventures qu’il déverse à un public qu’il essaie d’étreindre en douceur. Dès lors, on sait que pour comprendre ou ne serait-ce qu’écouter Llewyn il faudra d’abord commencer par entendre sa musique. Lancer le film ainsi implique nécessairement un abandon du spectateur, cinq minutes sans compromis, une attention particulière qui s’il le souhaite, lui sera rendue au centuple ensuite. Le film restera alors sur sa lancée mais il aura déjà cueilli (ou non) son spectateur qui se laissera happé par le dispositif entièrement dévoué au personnage et à sa musique dont les paroles qui traversent tout le film, jamais élaguées, ne sont que le reflet de sa douloureuse vie.

     Inside Llewyn Davis, faux biopic pourrait-on dire. Les Coen ne respectent pas les conventions du genre, l’écriture du personnage central s’inspirant des mémoires du musicien Dave Van Ronk, s’en inspirant seulement, dans sa manière de vouloir vivre de sa musique, en song-stylist, mais une partie de la fabrication de ce personnage et des situations est une construction hasardeuse, accouplement de personnalités, croisant par exemple celle de Dylan lui-même puisque lorsque Llewyn rend visite à son père à l’hôpital la séquence rejoint le moment où Dylan avait rendu visite à Woody Guthrie, maître de la folk, mourant, un peu avant de se produire au Gaslight Cafe et d’embrasser le succès que l’on sait. Quand l’un saisit une sorte de relais métaphysique devenant une icône au chevet d’une icône, l’autre veille la mort d’un père en lui jouant une chanson qu’il aime, ne récoltant qu’un infime hochement de tête et un caca dans la couche. Le film semble souvent sous-tendre ce questionnement insoluble sur la destinée d’une success story, montrer que tout est lié au hasard, à l’air du temps, à un moment propice plutôt qu’à un autre. Récolter l’indifférence ou la célébrité, tout se joue dans un mouchoir de poche.

     Llewyn est un éternel gentil qui, lorsqu’il se permet, éméché, un petit écart de méchanceté à l’égard d’une pauvre dame qui entonne une ballade gnangnan, le paie au prix fort, roué de coups le lendemain, comme rappelé à l’ordre par sa triste vie de looser éternel. Il faut savoir qu’en l’espace de quelques jours, une semaine tout au plus, Llewyn apprend que son ex petite amie est enceinte et désire se faire avorter à ses frais à lui, qu’elle juge responsable de l’avoir engrossé accidentellement. Avant d’apprendre un peu plus tard, par l’intermédiaire du médecin qu’il a (re)débusqué qu’il est père d’un enfant de deux ans, que son amie d’époque avait finalement gardé cachant à Llewyn son choix de ne pas mettre un terme à sa grossesse. Seule satisfaction à son égard, ce nouvel avortement sera gratuit puisque déjà payé, pour rien. Ce second degré n’aura eu de cesse d’alimenter le cinéma des frères Coen, depuis Blood simple, leur premier film. C’est pourtant la première fois que je ressens une telle douceur dans le portrait qu’ils font de leur personnage, exit le côté moqueur, le ridicule, il y a ici une vraie empathie pour lui. La constante de la loose intégrale trouverait donc son climax optimiste ici, via ces enchainements sur une infime temporalité, traversé par un personnage magnifique, si sublime qu’il donnerait presque envie d’en être un, de voyager de canapé en canapé, guitare sous le bras, avec des chats roux en tant que compagnons d’infortune, dans une grande ville enneigée.

     Inside Llewyn Davis (on dirait le titre d’un album et c’est le titre que Llewyn donne à l’album qu’il aimerait sortir) garde cette ambiguïté qui consiste à ne pas dicter au spectateur si ce que fait Llewyn est beau ou non, chacun de ses morceaux étant joué en son entier et le public, quand il n’est pas dans la pénombre masqué par les volutes de fumée de cigarette, applaudissant les performances sans que l’on sache s’il est poli ou conquis, est représenté par cet agent à Chicago qui écoute Llewyn avant de lui conseiller de reformer son binôme (il me semble qu’il lui dit même de le rejoindre, maladroitement) ne sachant évidemment pas que cet élément disparu s’est jeté du haut d’un pont il y a peu. C’est aussi la grande tragédie du film, de voir un Llewyn qui pourrait, mais ne le montre jamais, rejoindre son ami (son frère ?) dans le royaume des morts. Le fait que les cinéastes soient frères ajoute une force mélancolique très forte dans la mesure où cet homme laissé par son binôme pourrait aussi symboliser la peur de l’un comme de l’autre à envisager et affronter l’éventualité d’une solitude à venir.

     Le film est parcouru d’un grand mystère, il y a très peu de choses qui soient clairement définies, au sein d’une catégorisation comme il est coutume d’en voir dans ce genre de film, dans les biopic. On sait rarement les liens qui unissent les personnages entre eux alors on se fait une idée, à l’image de ce gars disparu dont on ne sait rien. Nous ne saurons rien de ce qui animait ce duo avant qu’il ne se brise bien que quelques indices soient disséminés ci et là, à l’image de ce vinyle enfoui chez les Gorfein. Ni vraiment entre Jean et Jim que nous ne verrons ensemble que sur scène. On découvre tout au rythme du quotidien de Llewyn. Des idées, Llewyn doit aussi s’en faire, lorsqu’il voyage vers Chicago, aux côtés d’un gros pianiste boiteux tout près de l’attaque cardiaque qu’accompagne ce jeune chauffeur aussi chanteur. Ce fameux voyage dans lequel s’engouffre le personnage prend une tournure quasi fantasmatique, inaccessible, sorte de flottement au sein du film où rien ne peut se produire de l’extérieur, laissant le film suspendu, le spectateur attendant comme Llewyn son audition au mythique club « The gate of horn ». Le voyage se révèle complètement inattendu, avec cette voiture de police, ce chat abandonné à l’aller, renversé au retour et cette progéniture surprise qui clignote pour Llewyn sur le panneau « Akron 80 miles ».

     O ’Brother racontait l’histoire de prisonniers évadés en quête d’un trésor inventé avant qu’ils ne deviennent célèbres grâce à une chanson qu’ils s’étaient empressés d’enregistrer pour dix dollars afin de ne pas avoir à manger d’écureuil pour les uns, de ne pas devoir mettre de la gomina bon marché pour l’autre. C’était beau et loufoque. Inside Llewyn Davis raconte la même chose dans son approche mais à peu près le contraire dans sa finalité : Llewyn ne cherche pas de trésor, lui, son paradis serait plutôt celui de vivre de sa musique, mais il finit prisonnier d’une boucle temporelle qui le fait revivre indéfiniment les mêmes obstacles, les mêmes déceptions, toujours dans les mauvais choix, le mauvais timing, réduit à l’errance éternelle du condamné. Bien sûr, on peut réduire le film à un immense flashback, mais il me semble que c’est l’arbre qui cache la forêt, puisque rien ne le définit clairement ainsi, il est tout du moins possible de concevoir la boucle autant que le flashback.

     Ulysse aussi revient mais ce n’est plus le nom d’un aventurier humain et pittoresque mais celui d’un chat roux qui profite d’un maître de substitution pour faire le mur, voyager dans le froid New-yorkais avant de rentrer comme un grand au bercail – C’est le profil de l’aventurier moderne : Une balade dominicale puis home sweet home. Llewyn n’a rien de cet Ulysse ni de celui de O’brother, d’abord il ne regarde pas dans la même direction (sublime scène de métro) mais surtout il ne fait que se perdre dans tout ce qu’il entreprend, s’il était un chat on le verra davantage s’incarner en cet autre chat roux, errant dans les rues, sage sur une banquette arrière, malchanceux sur une route déserte. C’est une odyssée bien plus dépressive qui se joue ici, pas de rencontre d’un devin prévoyant réussites et miracles.

     Pourtant, le film est doté de chaleureux moments de comédies burlesques chères aux cinéastes. L’enregistrement de la chanson Please mister Kennedy est une pure séquence jubilatoire rappelant indubitablement le Constant sorrow de O’brother, même si cette fois ce n’est pas tant la performances des acteurs (génialissimes Clooney, Turturro et Nelson) qui fait mouche qu’une science imparable du montage accentuant les poussées rythmiques et les onomatopées. Preuve que les deux films, s’ils se rejoignent parfois, n’adoptent pas du tout la même ambiance globale. Si la scène en question brille donc par sa construction et sa soudaineté, on peut souligner la délicieuse prestation d’Adam Driver (immense dans la série Girls) qui si on le voit peu dans le film est particulièrement désopilant dans cette séquence. Et cela simplement en ouvrant la bouche. Inutile d’évoquer le cas Justin Timberlake encore et encore, qui prouve film après film, qu’il est un acteur incroyable, capable aussi bien de jouer la tchatche ou la grâce. Il serait du coup dommage de ne pas évoquer Oscar Isaac, le beau Llewyn, tant il porte le film de tout son long par sa gestuelle si singulière, ce visage plein de mystères. En fin de compte, les grimaces d’O’brother ont disparu c’est toute la beauté et la difficulté de Inside Llewyn Davis qui fait émerger un rire ou une larme sans forcer.

     A l’instar de Llewyn, Dylan aussi traverse le film. Si l’on considère la boucle, le chanteur est aux deux extrémités. Il l’ouvre hors-champ en passant sur les planches juste après Llewyn et le ferme glorieusement en passant juste après, un peu avant que celui-ci aille se faire casser la figure. Ironie magnifique que ce personnage à la voix d’ange soit supplanté par ce natif du Minnesota et sa voix effilée. L’héroïsme de Llewyn est de s’entêter à faire un folk angélique, classique et bien troussé, une synthèse de ce qu’il admire (il reprend beaucoup les chansons des autres) mais son échec est inévitable puisque l’heure est à la révolution, à Dylan.

True Grit – Joel & Ethan Coen – 2011

True Grit - Joel & Ethan Coen - 2011 dans Joel & Ethan Coen arts-true-grit-584

     5.2   Inéluctablement, il fallait que les frangins passent par le genre western. Les prémisses avaient déjà été ressenties avec No country for old men, mais surtout le cinéma des Coen a toujours été emprunt de cette espèce d’ambiance funèbre, absurde et glauque, que l’on retrouve essentiellement dans les western. Que True Grit soit le remake d’un film des années 60 avec John Wayne ajoute de la nostalgie à ce choix et par la même occasion nous éloigne de leur mayonnaise habituelle, soit très convaincante, soit carrément insupportable. True Grit ne donne pas non plus l’apparence d’une commande, mais la magie des Coen s’est diluée. C’est un western moderne de facture très classique, une chasse à l’homme quelconque munie de rebondissements efficaces, un film qui débouche dans son dernier quart sur quelque chose de plus absurde et poétique dans laquelle on retrouve un peu de la personnalité des cinéastes, mais ça reste quoiqu’il en soit tout à fait mineur.

     Nous sommes au début du siècle dernier. Une jeune demoiselle d’à peine quinze ans se met aux trousses de l’assassin de son père, tué pour deux malheureuses pièces d’or et sa jument, déterminée, pas farouche, elle ne lâchera pas le morceau. Le récit convient aux Coen dans l’évolution et ces rencontres diverses au gré de cette traversée forestière vers l’Ouest. Jeff Bridges joue Rooster Cogburn, un marshall aux méthodes peu adoubées, réputés pour sa violence sans scrupules (une scène très drôle voit le choix de la jeune fille se poser sur cet homme alors qu’on lui propose aussi des marshall meilleurs, plus organisés mais sans doute aussi moins impressionnant) que la jeune fille rencontre une première fois derrière une porte alors qu’il est sur le trône, puis vraiment en plein tribunal où il est jugé pour ses abus de gâchettes faciles. C’est facile mais c’est assez drôle. Mattie rencontrera aussi un shérif du Texas, à la recherche lui aussi de son Tom Chaney, qu’il voudrait faire juger dans son Etat. Première véritable mésentente pour Mattie qui ne le voit pas de cet œil là et voudrait que Chaney soit pendu là où il a tué son père. Proposition d’argent et marchandage sont monnaie courante et Mattie se voit obligée, le matin où elle devait partir aux côtés de Rooster, de traverser la rivière en se mouillant, sur le dos de son cheval, parce que le vieux briscard a, durant la nuit, été acheté plus convenablement par le shérif (très belle scène une fois encore). Et puis de toute façon quelle idée de se trimballer une gamine ? Comme attendu, au fur et à mesure, le bougon mais pas antipathique Rooster va se prendre d’amitié et d’affection pour Mattie, sorte d’histoire amoureuse jamais avouée qui se répercutera dans cette très belle séquence finale de course contre l’agonie.

     True Grit est aussi un film en forêt, où l’on croise un homme pendu à une branche à dix mètres du sol, un refuge où l’on doit bloquer la fumée de la sortie de la cheminée pour qu’on vous laisse entrer, où l’on croise un médecin capable de faire des miracles avec rien puis plus tard une bande de hors-la-loi, dont le leader Ned Pepper, campé par un Barry Pepper méconnaissable, pourrait très bien être le point de raccord avec ce tant recherché Tom Chaney. Ce que j’aime essentiellement ici, c’est cette façon très Coennienne tout de même de redistribuer les cartes régulièrement. Par exemple, la scène imprévue du refuge, où Rooster est surpris que ces prévisions n’aient pas été vérifiées. Puis sa façon de surprendre en détruisant l’attente, cette langueur quant à notre empressement de voir la rencontre se faire. Les personnages se croisent quand on l’attend le moins et c’est Mattie qui se retrouve la première devant Chaney, qui la kidnappe et l’embarque avec tout le reste de la troupe, Ned et ses acolytes. Chaney devient alors une sorte de petit tueur, relégué au second plan quand on prend peur devant le visage tout balafrés de Ned. Le film ne s’arrêtera pas là-dessus, d’ailleurs ce dernier quart est très beau, surtout lorsque Rooster se doit de sauver Mattie en pleine agonie après qu’un serpent l’a mordu. J’aime moins ces va-et-vient incessants et attendus du jeune shérif qui arrive au pire des moments ou au meilleur. Je le disais c’est un film très classique, qui je pense ne se revoit pas. Mais ça se regarde tout de même très bien. C’est très soigné, bien écrit, agréable. Et puis il y a des moments qui ont quand même la classe !

The barber, l’homme qui n’était pas là (The man who wasn’t there) – Joel & Ethan Coen – 2001

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     6.0   Les frères Coen dans ce qu’ils font de mieux : le film noir. Pas celui, un peu lourd, qui risque de s’embourber dans son propre dispositif et se referme dans son austérité, au contraire, celui, détaché, qui pigmente le récit d’humour noir, de fulgurances et sait se renouveler toutes les cinq minutes. Devant The barber on pense énormément à Blood simple, leur meilleur film. Comme souvent ce n’est pas le début du film, sa présentation, la mise en place de ce monde un rien loufoque dans lequel j’entre facilement, il faut un certain temps. Et puis une fois que cette noirceur commence à pointer, en l’occurrence cette spirale infernale dans laquelle s’engage ce coiffeur, du chantage jusqu’au crime, je trouve alors tout passionnant. Il lui manque sans doute ce truc qui me fait revoir, ou tout simplement vouloir revoir d’autres de leurs films, comme Fargo, No country for old men ou Blood simple mais il entre indéniablement dans la bonne catégorie. Parce qu’avec ces zouaves c’est généralement tout ou rien, si ce n’est pire que rien. Là, j’aime la direction que prennent les évènements, le film ne cesse de surprendre. Le noir et blanc qui fait office d’hommage aux vieux films noirs, est très léché, très beau, il est aux antipodes de ce qui arrive au personnage, qui dérive en plein cauchemar, alors qu’il était simplement parti pour faire chanter l’amant de sa femme. C’est rien de dire qu’il ne devait pas s’attendre à ce destin là, que je me garde de raconter, bien entendu.

No country for old men – Joel & Ethan Coen – 2008

No country for old men - Joel & Ethan Coen - 2008 dans Joel & Ethan Coen no-country-for-old-men

   7.4   Voilà des mois que je voulais le revoir. Se le mater après A serious man n’est pas un hasard, il fallait que je me décrasse. Ce n’est que mon second visionnage mais mince, quelle merveille ce film ! Il y a une science de l’absurde mélangée au western moderne qui est remarquable. C’est très bien dosé. On a le sourire aux lèvres et en même temps le climat est des plus tendu. On a donc envie d’y croire comme rarement chez les Coen.

     On pourrait le voir comme un film choral, très proche d’un Fargo, ou d’un Blood simple. Cette façon si singulière qu’ils ont de s’occuper de leurs personnages. Ainsi nous ne verrons pas Tommy Lee Jones tout de suite. De la même manière Javier Bardem est très présent mais rarement dans le cadre. Et puis il y a Woody Harrelson que l’on voit peu mais son apparition me suffit à dire que c’est mon personnage préféré du film. Il est à l’image de No country for old men. C’est le doseur. Il m’effraie autant qu’il me fait marrer. Là ce n’est pas un film séquentiel. Chaque moment est plus ou moins dépendant d’un autre. Il y a une linéarité qui me plait énormément.

     On est en plein Texas, dans les années 80. Un modeste chasseur trouve malgré lui une mallette de billets que deux groupes de trafiquants mexicains n’ont pas réussi à se départager. Il décide de la garder. John Chigurgh, un gars qui fait flipper avec une coiffure de palymobil, est un personnage bien curieux, sorte d’électron libre, dira quelqu’un dans le film, qui recherche cette fameuse mallette, qui contient un transpondeur. Et il y a le vieil homme, ce policier qui ramasse les miettes derrière.

     Je ne pense pas qu’il y ait de grande réflexion à tirer de ce film fabuleux. Comme il n’y en avait pas dans les western spaghetti de Léone. C’est une chasse à l’homme. Avec très peu d’émotion. Il y a les grands espaces naturelles désertiques le jour. Et une ville dépeuplée la nuit. Sur les trois personnages majeurs, l’un ne parle pas beaucoup, il tente de s’en sortir. Le second joue la vie de ses rencontres à pile ou face, remplace l’arme à feu par une bombonne d’oxygène et semble tout droit sorti d’une autre planète. Le troisième, le vieil homme, constate qu’il est dépassé. Il pense que les choses ont trop changé, qu’aujourd’hui n’est plus comme avant, que l’ère est mauvaise. Un ami, en fin de film, lui dira que ce n’est que vanité de penser cela. Qu’un homme de son âge, il y a cent ans, dirait la même chose. Il se rend compte alors qu’il n’est pas que dépassé, il est vieux tout simplement.

A serious man – Joel & Ethan Coen – 2010

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     1.3   Voici mon incompréhension totale de ce début d’année. Au sens propre d’une part parce que je n’ai vraiment rien compris au film, je ne sais même pas de quoi ça parle et je n’ai pas dormi. Et comme si ça ne suffisait pas j’ai eu droit à une salle complètement hilare durant la projection. Bref le gros bad. Devant l’effervescence générale, j’ai tenté de me raccrocher aux branches à de nombreuses reprises, en vain. J’ai eu l’impression de voir, d’un bout à l’autre, une caricature du cinéma des Coen. De voir un film carrément déjanté mais très écrit, très limité. Un film de scènes aussi. Car je ne voyais pas de rapport – à l’image de la première séquence du film – d’une scène à une autre. J’ai alors pensé à Tarantino : je me suis dis que lui aussi avait réalisé avec Inglourious basterds un film séquentiel. La tension s’installait doucement, progressivement et en plus il nous offrait quelque chose à la fin. Chaque scène du dernier Coen ne mène à rien, je me sens manipulé, baladé, je m’emmerde incroyablement et pour rien recevoir. Toutes leurs redondances habituelles qui parfois passent (Fargo, O’brother…) ou cassent (The big Lebowski, Burn after reading…) sont ici surdéveloppées et indigestes. Comme une concentration de running ‘bad’ gag à l’intérieur d’un cinéma assez moche, faussement cool, très pantouflard. Un film moins dialogué m’aurait peut-être davantage parlé je ne sais pas. Là je n’ai pas desserré les dents.


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silencio


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