Archives pour la catégorie John Ford

Steamboat Round the Bend – John Ford – 1935

ExtraitCadet d’eaux mississippiennes.

   5.0   Je crois bien que c’est le tout premier Ford que je voie de sa toute première période parlante. Là où elle serait prolifique chez un autre auteur, 1935 est une année comme les autres pour lui, puisqu’il y réalise trois films. Dont Steamboat round the bend. C’est pas mal. A la fois proche d’un burlesque keatonien (Difficile de ne pas penser à Steamboat Bill Jr dans sa mécanique comique) tout en étant déjà ancré dans un dispositif fordien, humain, juste, puisqu’il s’agit vite de faire une course de bateaux à aube pour délivrer un homme (qui a tué un homme en portant secours à celle qu’il aime, puis confessé son crime) de la corde. C’est très engagé mais relativement anecdotique de par sa construction brouillonne, soit trop ralentie (au début) soit trop effrénée (à la fin).

Le fils du désert (3 Godfathers) – John Ford – 1950

06. Le fils du désert - 3 Godfathers - John Ford - 1950Les compères.

   8.5   C’est bien simple, il s’agit de ma plus belle rencontre fordienne depuis dix ans, depuis ma découverte de L’homme qui tua Liberty Valance. J’imagine que la forte imprégnation religieuse peut gêner, puisqu’en plus d’être une relecture du mythe des Rois Mages, le film est parcouru de symboles explicites, à renfort de bible, nouveau-né, étoile du berger, ânesse et son petit.

     Moi j’adore, d’une part car l’on sait les croyances de Ford, ce serait comme dire qu’on est gêné par le jansénisme bressonnien ou la mystique tarkovskienne. D’autre part car la dimension miraculeuse sert aussi ce récit de cow-boy en fuite en plein désert, faisant vite la route sans leur monture, volatilisée après avoir affronté une tempête de sable, puis bientôt sans eau, avant de retrouver la foi face à l’apparition de cette femme sur le point d’accoucher, leur demandant de s’occuper de son enfant, en les sacrant parrains.

     C’est aussi par son glissement que le film s’avère agréablement surprenant, glissement qui s’immisce d’emblée que les trois cowboys arrivent en ville pour faire leur casse : ils font une halte devant un portail sur lequel est écrit B.Sweet, vont en rire avec le bien nommé, boire le café que son épouse va leur offrir, avant de découvrir que Buck Sweet n’est autre que le shérif du village. Il y a déjà cette incongruité, à la fois douce et violente.

     Le simple casse se transforme bientôt en fuite désertique, ralentie par le la blessure de l’un d’eux, avant qu’il n’y ait plus rien d’autre que la quête pour sauver le nourrisson. Par cette drôle de destinée, le film trouve ses plus belles inspirations, aussi bien dans son récit de survie – extirper l’eau des cactus, donner le biberon au bébé, le protéger de la chaleur, rejoindre un village – que dans sa forme, ses cadres, ses couleurs, à l’image de cette roulote perdue entre les dunes, de cette longue traversée d’un lac salé ou de cette arrivée providentielle dans les grottes.

     Il fait chaud dans la vallée de la mort, le ciel est écrasant, les sols sont hirsutes, les corps s’affaissent, les gourdes deviennent le Graal, et Ford, ça, en rend compte à merveille. J’aime tellement ce qui se joue entre ces trois hommes, la relation qu’ils nouent chacun avec l’enfant, le running gag autour de son prénom, dommage qu’on insère ci et là les avancées du shérif et ses hommes. Quant à la fin, on peut là aussi la trouver excessive dans sa volonté de confirmer la dimension religieuse, on peut aussi être ému par l’humanisme qui s’en dégage, cette légèreté apparente mâtinée d’une certaine gravité, qui en fait une sortie absolument bouleversante.

La taverne de l’Irlandais (Donovan’s Reef) – John Ford – 1963

36. La taverne de l'Irlandais - Donovan's Reef - John Ford - 1963Les vieux briscards de la castagne.

   5.0   Un petit Ford de fin de carrière dans lequel il va pour la dernière fois tourner avec John Wayne. Il faut voir ce dernier et Lee Marvin se distribuer des bourre-pif toutes les deux minutes. Je n’ai pas compris grand-chose à l’histoire sinon que ce sont deux anciens soldats du Pacifique, définitivement installés sur une ile de Polynésie après la fin de la guerre, tous deux nés le même jour et se livrant à un combat traditionnel pour la population locale. Ils se la mettent donc en permanence dans la taverne du titre, vieille guinguette délaissée, qui renferme un juke-box cassé qui servira pour plein de petits gags pour lesquels il est difficile de se marrer excepté si t’es bourré. Y a aussi une histoire de fille et d’héritage, enfin qu’importe. C’est surtout l’occasion pour Ford de filmer les lieux (En l’occurrence l’archipel de Hawaii) et c’est très beau, aussi bien ses paysages, ses plages que ses rites, ses gens, on sent qu’il prend un malin plaisir à tourner là-bas. Beaucoup aimé la séquence de l’orage pendant la cérémonie religieuse, parce que Ford prend son temps pour la mettre en place avant de tout liquider lors d’une généreuse tempête. Le cinéaste venait pourtant de tourner l’un de ses plus beaux films, avec L’homme qui tua Liberty Valance, il a dû se dire qu’il était temps pour lui de se relâcher un peu, il n’en a donc plus rien à cirer et pond cette farce attachante. Je l’aurais sans doute vite oublié mais je suis content d’y avoir jeté un coup d’œil.

Les deux cavaliers (Two Rode Together) – John Ford – 1961

33. Les deux cavaliers - Two Rode Together - John Ford - 1961Les prisonniers du désert.

   6.0   L’un des tous derniers films de Ford, inégal certes, mais loin du faux-pas revendiqué par son auteur lui-même. Comme Hawks refaisait Rio Bravo dans El Dorado, Ford refait La prisonnière du désert, ici avec James Stewart et Richard Widmark, qui partent à la recherche de jeunes blancs enlevés quelques années plus tôt par des Comanches dans un village. Si Widmark joue un officier de camaraderie, dévoué, juste et patient, Stewart campe un shérif cynique et pourri, bien plus préoccupé par ce que va lui rapporter sa mission que l’objet-même de la mission. Le film trouve un équilibre très étrange puisqu’il est à la fois hyper sombre, parfois émouvant et cruel (le garçon qu’on vient d’arracher une deuxième fois à sa famille et qui est touché par un air de musique de son enfance) et dans le même temps volontiers potache, alcoolisé, c’est comme s’il préparait la farce de La taverne de l’Irlandais. T’as des moments où Ford abuse un peu de ces légèretés occasionnant de vraies grosses fautes de goût, mais globalement c’est pas mal.

Le convoi des braves (Wagon Master) – John Ford – 1950

01. Le convoi des braves - Wagon Master - John Ford - 1950Tous à l’Ouest.

   7.0   Je connais très mal le cinéma de John Ford, pourtant j’aime toujours ce que j’y trouve, qu’ils s’agissent d’incontournables tardifs comme La prisonnière du désert ou L’homme qui tua Liberty Valance ou bien de ses films ancrés dans les années 40, je pense à La poursuite infernale ou à mon préféré : Les raisins de la colère. En fait je connais rien sitôt que ce soit plus discret dans sa filmo (Sans parler de sa période muette) et je compte bien rattraper ça. Etant donné qu’il a réalisé plus de cent quarante films, il y a du choix.

     On commence donc avec Le convoi des braves, sorte de « John Ford idéal » tant il ressemble fortement à l’idée que je me faisais de son cinéma. Une histoire de vendeurs de chevaux qui guident et accompagnent une caravane de Mormons à travers l’Utah. Un voyage de groupe vers une Terre Promise avec les embuches, la gouaille, l’humanisme et l’attention portée aux grands espaces cher au cinéma Fordien. Je pense que Kelly Reichardt s’en est pas mal inspiré : J’ai beaucoup pensé à La dernière piste. En moins minimaliste, cela va de soi.


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