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French connection II – John Frankenheimer – 1975

french-connection-2-1975-01-gL’ennemi public n°1.

   7.3   Je suis ravi de l’avoir revu. Déjà parce que mon souvenir du film était flou et surtout parce qu’il n’était pas bon. Cette suite du film mythique de Friedkin est un très bon polar, classique, nerveux, efficace, qui s’inscrit dans la veine des meilleurs Labro et Deray, parfois même pas si loin d’un Melville. Si je le compare à une certaine frange du cinéma français c’est que French Connection 2 bien que réalisé par un cinéaste américain se déroule entièrement sur le sol de l’hexagone, à Marseille plus exactement. En avril. Il y a donc un contraste éminemment climatique – en plus d’un contraste mise en scénique – entre les deux opus et tant mieux. Frankenheimer ne cherche pas à imiter Friedkin. En revanche il pari complètement sur l’idée de suite, complémentaire.

     L’action semble prendre place quelques mois plus tard. La police new-yorkaise nous envoie le valeureux et imprévisible Popeye (Gene Hackman toujours, heureusement tandis que Roy Scheider aura entièrement disparu du casting) pour clore cette affaire en interceptant définitivement l’anguille Charnier dont on devra se contenter d’accepter qu’il se soit littéralement évaporé dans cette incroyable séquence de hangar désaffecté qui fermait le chef d’œuvre de Friedkin. C’est sa punition : Aller se débarrasser de son obsession sur une terre qu’il ne connait pas. Punition somme toute relative tant on le sait obnubilé par ce trafiquant, Frog one comme il le surnomme.

     Le film accompagne donc Popeye au plus près, d’abord aux côtés de ses collègues français, qu’il méprise gentiment, sur un terrain où il n’est qu’un invité, où il ne peut qu’écouter et observer, ce qui évidemment ne va pas le satisfaire. On connait l’animal. On le suit jusque dans son kidnapping par les hommes de Charnier, qui l’avait débusqué un peu par hasard sur le remblai d’une plage. Oui, Popeye est censé être là incognito mais ça ne l’empêche pas de taquiner le ballon ni de porter des chemises à fleurs. Puis on le suit aussi dans sa désintox – après avoir été séquestré et drogué dans un hôtel miteux – et sa dernière course-poursuite haletante à travers Marseille et le Trolleybus.

     Le film est là aussi traversé de séquences virtuoses, à l’image de l’efficace scène de la cale-sèche. Mais c’est paradoxalement quand il se repli qu’il fascine, qu’il suive Popeye se murger dans un bar (la scène en question est désopilante, le film jouant aussi énormément sur le décalage entre les langues « Whisky avec glace ? – Yes, in a glass ! » Je n’imagine pas une seconde l’intérêt de voir le film dans sa version française, ça doit être ridicule) ou se lâcher dans un monologue génial sur le base-ball ou dans son agonie durant son enfermement. Il faut à ce titre rendre grâce au jeu habité et délirant de Gene Hackman qui est probablement le meilleur cabotin de la planète. Il en fait en effet beaucoup ici mais bordel ce qu’il le fait bien ! Mais c’est aussi la limite du film que de se reposer majoritairement sur lui. Attention je ne dis pas que les acteurs français du film ne sont pas bons, au contraire ils sont excellents (Fresson, Leotard, Castaldi…) mais que Hackman prend beaucoup de place ce qui brise un peu l’unité miraculeuse qui émanait du premier French Connection.

     A part ça j’adore la scène où Charnier découvre (et a donc un temps d’avance) que Popeye est à ses trousses sur ses propres terres. La mise en scène y est très simple, très belle et inventive : Une plage, une partie de volley-ball, un ballon, une femme. La scène parait anodine, détachée, comme si le policier américain était soudainement en vacances et nous avec. Puis la caméra virevolte lentement – abandonnant pour la première fois Popeye – vers un restaurant voisin dans lequel Charnier est en train de manger, parler affaire avec un probable client et découvre par le hasard d’un regard perdu, par le coin d’une fenêtre, le flic immobile au loin sur le remblai. Vraiment très fort.

     Ce n’est donc pas le même film que le précédent mais je le répète c’est tant mieux. Plus écrit, plus aéré, printanier, mais Frankenheimer lui insuffle suffisamment de matière et de punch pour en faire une suite digne, digeste et foisonnante.


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silencio


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