Archives pour la catégorie Juan Antonio Bayona

Jurassic world, Fallen kingdom – Juan Antonio Bayona – 2018

36. Jurassic world, Fallen kingdom - Juan Antonio Bayona - 2018Eviter l’extinction.

   6.0   Si Fallen kingdom manque singulièrement de point de vue et il faut je pense mettre ça sur le compte de Trevorrow, plutôt que sur Bayona qui fait ce qu’il peut avec le matériau narratif qu’on lui impose, il trouve des élans plus personnels dans la mise en scène, via quelques scènes clés – La bataille finale sur le toit du manoir, entre les gargouilles et la charpente en verre c’est un éclat d’horreur gothique qui redonne un peu de magie, de caractère à une saga trop souvent bien dans ses pantoufles – ou de vraies visions – La créature qui entre dans la chambre de la petite fille et la suit jusque dans son lit, le prélèvement sanguin sur le tyrannosaure endormi – qui ne sont certes pas aussi puissantes que celles de Spielberg mais suffisamment bienvenues dans ce qui avait tout pour être un décalque de Jurassic world.

     Au sein de cette relative bouffée d’air frais, il faut malheureusement en passer par du déjà-vu à l’image du nouveau super dinosaure (Indoraptor : Fusion de vélociraptor et d’Indominus Rex), du dispositif militaire qu’on nous ressert encore,  du milliardaire arriviste sur qui repose les artifices d’un scénario ultra balisé. Sans parler de la thématique de l’enfant clone évoquée mais pas du tout exploitée. Les personnages ne sont toujours pas très bien dessinés, même s’il sera par instants amusant de voir l’informaticien peureux et la paléo vétérinaire valeureuse former un chouette duo, apportant un vent de fraîcheur.

     La bonne idée narrative de cet opus c’est de recréer l’Extinction du Crétacé : Les dinosaures vivent paisiblement sur Isla Nublar mais l’irruption imminente d’un volcan menace de les exterminer. Si l’on retient peu de cette séquence catastrophe c’est probablement qu’elle en fait trop, syndrome post King Kong, de Jackson, cherche à contenter et les fans de Jurassic park et ceux de Jurassic world. C’est comme si Bayona avait laissé les reines à Trevorrow. En revanche cette séquence grandiloquente s’achève sur une image, celle que l’on retiendra d’un ensemble assez peu stimulant, un cri, celui d’un bracchiosaure sur une jetée, dévoré par les flammes et le nuage volcanique.

     La scène est déchirante. Et c’est sans doute parce qu’il s’agit du bracchiosaure, qui outre d’être le plus sympa d’entre tous, se paie le luxe d’être celui sur lequel l’original de Spielberg cristallise notre découverte, puisqu’il est le premier à s’offrir à nous, pleinement, de jour, aux personnages (Impossible d’oublier les yeux écarquillés, les bouches béantes et les mains tremblantes de Laura Dern & Sam Neill dans les voitures) et donc aux spectateurs. Bayona nous offre la même vision mais inversée cette fois, macabre : Les yeux des personnages sont gagnés par les larmes, au même titre que les nôtres. C’est une icône qui disparaît, un mythe qui s’effondre à nouveau, sauf qu’on est dorénavant là pour le voir.

     Comme le précédent il m’a fallu le revoir, mais je l’ai davantage apprécié cette fois, essentiellement parce que j’y vois un auteur derrière la caméra, Bayona, qui tente d’imprimer un peu de sa personnalité, de son univers mais qui forcément n’y parvient qu’à de rares instants, lors de jolies séquences éparses et la plupart du temps se fait dévorer par le monstre, le studio. On peut dire qu’il s’est passé quelque chose. La saga n’a pas retrouvé sa superbe, mais une certaine dose de promesse et d’attachement – Preuve en est que j’ai tout revu avec grand plaisir – ce qui ma foi, n’est déjà pas si mal.

The impossible – Lo imposible – Juan Antonio Bayona – 2012

1526922_10151892597837106_1553597554_nTrue story.

     2.0   Le film nous informe d’emblée qu’il est le récit d’une histoire vraie, pas “tiré de” ni “reprenant des faits réels” non c’est l’histoire vraie d’une famille victime du tsunami le 26 décembre 2004, en Thaïlande. La phrase d’accroche finit par s’effacer en ne laissant finalement clignoter seul l’aphorisme « histoire vraie » qu’on ne vienne pas dire que l’on n’était pas prévenu. Ce procédé nullissime porte déjà en lui la lourdeur et le mensonge. Lourdeur de sa sursignification et mensonge de sa supposée exhaustivité. Il ne me dit pas que c’est le récit d’une famille qui s’en est sorti, donc il me ment, me manipule.

     Le problème est en réalité très simple : Le film ne sait pas s’il doit raconter une histoire vraie en considérant le recul du spectateur sur l’événement, soucieux de connaître toutes les circonstances du drame afin de s’interroger, d’être dans un réel documenté (ce qu’avait plutôt réussi la mini-série à l’époque avec Tim Roth, Tsunami : The aftermath, de Bharat Nalluri) ou de servir un suspense en nous plaçant, comme le veut le genre, à égalité avec les personnages. D’emblée, cette hésitation me rebute. Mais passons alors outre cet énorme détail. Et prenons le film pour ce qu’il est, un film catastrophe, puisque tout le monde semble vanter les mérites de son caractère initiatique. La mauvaise blague. Rien que de l’écrire j’en ai la chair de poule. Raconter la survie d’une famille dans un évènement aussi tragique, en faisant croire qu’ils ne vont peut-être pas s’en sortir, quelle abjection quand j’y pense. Mais passons. C’est un film de genre. C’est un film de genre. C’est bon j’y suis, je l’accepte. En effet, c’est pas mal. La reconstitution est minutieuse, la scène de la vague impressionnante, la partie Naomi Watts fonctionne, bien que le fiston pleurniche beaucoup trop selon moi. L’espace crée avec cet hôpital de fortune surchargé est ce que le film réussi de mieux.

     Mais d’un coup, hop, tout s’effrite : alors que la mère semble être morte (tout du moins on nous le fait croire) le récit fait son bond parallèle tant attendu puisqu’on sait depuis le début que le père n’est pas mort. It was impossible je te dis, c’est Ewan McGregor. Et même si là-aussi on veut te le faire avaler, je ne vois pas Ewan Mc Gregor signer dans un film aux cotés de Naomi Watts pour seulement cinq minutes d’apparition à l’écran. Le pire n’est pas tant qu’il réapparaisse étant donné qu’on s’y attendait. Le pire c’est que toute la mise en scène s’intéresse à tout faire pour nous duper, nous balancer une transition comme Shyamalan crache ses twists finaux. Palme du plan le plus grossier de l’année : celui de transition où la caméra cadre d’abord des pas en nous faisant croire que ce sont ceux de l’enfant avant de remonter le buste et cadrer la silhouette du père. Bim.

     Mais le pire est à venir… le père est seul, au travers des ruines, il recherche activement sa femme et le fils qu’il n’avait pas dans les bras lors de l’impact, forcément. On nous laisse alors bien le temps d’accepter la mort des deux autres (comment peut-il ne pas les avoir à ses côtés ?) avant de les faire apparaître dans un énième plan twist, à travers le trou d’un plafond. C’est dégueulasse de faire ça. C’est-à-dire qu’être au même niveau que les personnages je peux essayer de l’accepter mais être en retard sur eux, là éthiquement, ça va trop loin. La suite est donc une suite de pertes/retrouvailles les plus improbables les unes que les autres. A un tel degré d’incohérence dans la somme de rebondissements que même dans un film de genre il est impossible d’y croire. Là, j’entends déjà les défenseurs siffloter en se frottant les mains pour rappeler que c’est possible puisque c’est une histoire vraie. Cqfd.

     Mais alors qu’est-ce que c’est que ce film si ce n’est ni la chronique d’un drame ni un film catastrophe ? C’est une esbroufe manipulatrice, rien d’autre. Quand on apprend enfin que la vraie famille est espagnole, la coupe est pleine. C’est Hollywood qui parle. Qui s’empare de tout. Et le réalisateur du somme toute correct (mais déjà américanisé dans l’âme) L’orphelinat tombe dans le panneau, en livrant ce truc malhonnête car inattaquable, devant lequel il faut pleurer sous peine d’être un sans cœur. Ça rappelle quoi sinon les infâmes propos de Roselyne Bosch à la sortie de son non moins infâme film La rafle ?

     Et le film ne lésine sur aucune lourdeur symbolique, à l’image de la canette de coca-cola. Frisson de la honte. Ou encore la nuit mouvementée de la mère avant le jour J parce que les signes, les prémonitions, tout ça. Classique de chez classique. C’est vraiment les gros sabots, je pense qu’il n’aurait pas fallu en montrer tant, tous les plans sous l’eau sont superflus et ridicules, par exemple. Et puis la musique mielleuse. Et puis ces plans interminablement complaisants sur des yeux embués de larmes, des bouches qui s’égosillent, mon dieu. Oublions vite.


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