Archives pour la catégorie Ken Loach

Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) – Ken Loach – 2016

23Society Life.

   5.9   Ravi de revoir Loach, 80 printemps au compteur, revenir à un cinéma plus incisif (Que les récents plus légers et anecdotiques Jimmy’s hall et La part des anges) dans la veine de Sweet sixteen (son dernier beau film ?) avec un film dépouillé, éminemment actuel et totalement à charge du système administratif anglais – mais en fait européen. Le récit d’un charpentier, veuf, qui suite à un récent AVC doit batailler (contre un ennemi numérique) pour toucher ses indemnités d’invalidité puisque les médecins lui interdisent, dans l’immédiat, de retourner travailler. Le film est une succession de rencontres, agaçantes et salvatrices, d’absurdités en tout genre, pas toujours fait avec grande subtilité (mais l’ambiguïté, Loach, connait pas vraiment) mais avec une force de l’irritation qu’il est l’un des seuls à si bien maîtriser. Surtout, il me semble que le film, aussi chargé soit-il, fait toujours les bons choix, de distance, de durée, à l’image de cette fin qui aurait été atroce ailleurs et qui chez lui s’avère simple, brutale et entièrement dans la dynamique du reste de son film. De la même manière Moi, Daniel Blake n’aurait pu être qu’un catalogue de toutes les merdes qui peut t’arriver quand tu te bats avec Pole Emploi – Ou Job Center, en l’occurrence – mais Loach y insuffle des moments d’intimité d’une pureté sidérante (Tous les passages avec les enfants, notamment). Après, est-ce que le film méritait la palme ? Je n’en sais rien. Moi je lui aurais préféré plein d’autres trucs (Aquarius eut été un représentant plus adéquat, Elle un choix plus rock’n roll) mais je ne trouve pas scandaleux d’offrir la récompense à Loach pour le film qui représente le mieux son cinéma depuis Family Life. En tout cas, je préfère nettement cette palme aux deux dernières.

La part des anges (The angel’s share) – Ken Loach – 2012

la-part-des-anges-the-angel-s-share-27-06-2012-4-gComédie alcoolisée.

   5.0   Après les multiples déceptions Loachiennes (insipide Looking for Eric, raté It’s a free world) c’est le retour de Ken Loach, qui assume son penchant pour le feel good movie (toute la deuxième partie du film) quand le début semble davantage s’ancrer dans sa veine archi sociale façon Family Life ou Sweet sixteen. C’est un peu appuyé, comme souvent chez le bonhomme, mais je trouve que ça fonctionne plutôt bien. C’est un chouette film, avec de beaux personnages. Le gars du début, par exemple, sur la voie ferrée c’est une mine d’or à lui tout seul, il m’a fait rire le bougre. La scène Mona Lisa/ Einstein, le « J’ai les burnes en feu, part 2″ ou le cassage de bouteilles, c’est très drôle. En tout cas, perso, j’gouterais bien une gorgée de Malt Mill.

Jimmy’s hall – Ken Loach – 2014

1465274_10152547231652106_8309773757749365753_n Jazzy Loach.

   4.9   Voilà belle lurette que Loach a perdu de sa superbe, par ailleurs si je suis constamment à distance de ses films d’aujourd’hui je les trouve souvent corrects, intéressants. Disons qu’il n’y a plus la fulgurance des débuts mais qu’il a gardé une certaine vitalité. Il faut vraiment voir Jimmy’s hall comme un petit film et ça passe. Enfin ça passe moins que le précédent quand même. Parce que Loach veut tout montrer : la « résistance », les flics, l’église, les familles. Il aurait mieux valu qu’il plonge corps et âme quelque part. Je retiens tout de même que c’est – bien qu’on le savait déjà – un excellent directeur d’acteurs. Toutes les scènes de groupe, notamment, sont très belles. Bon, j’aurai oublié le film dès demain mais je ne suis pas mécontent d’y avoir jeté un œil.

Kes – Ken Loach – 1970

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L’oiseau au plumage de cristal.    

   6.4   Un petit bonhomme d’une quinzaine d’années, souffre douleur de son grand frère minier – dont la seule préoccupation extraprofessionnel se résume à tenir son beau brushing et se regarder dans la glace, jouer au tiercé et s’enivrer le soir entre potes jusqu’à ne plus tenir debout, et même à ne plus pouvoir retirer son pantalon obligeant son petit frère alors en plein sommeil à s’en occuper… – et fils invisible d’une mère qui n’a d’yeux que sur les petits célibataires de la ville qui pourrait lui donner un peu de plaisir dans sa vie misérable, se voit passer ses journées à travailler tôt le matin comme distributeur de journaux, avant d’aller à l’école, puis de recommencer sa tâche le soir. Sans compter que l’école n’est pas son refuge non plus, n’ayant ni véritables amis, ni bonnes relations avec ses professeurs embourbés dans un système de répression dont ils sont les plus fidèles moutons. Mais voilà, ce garçon, nommé Billy Kasper, surnommé Casper, se découvre très vite un intérêt tout particulier pour la fauconnerie. La lecture d’un livre d’abord (qu’il volera au libraire, la femme de la bibliothèque n’ayant pas voulu qu’il l’emprunte parce qu’il avait les mains sales) qu’il lira une nuit entière, pendant que ses proches s’adonnent à leur quotidienne débauche désespérée (Magnifique séquence en trois temps). Le vol d’un jeune faucon à sa mère ensuite, dans une campagne reculée de la vie industrielle, où il avait cru voir, et à raison, l’un des oiseaux entrer dans la brèche d’un mur en ruine d’une propriété privée. Et le dressage de cet oiseau, dans un climat silencieux, où sublime séquence encore, avec beaucoup de patience, Billy appellera de nombreuses fois Kes avant qu’il ne vienne finalement se posé sur son gant afin de chipper ce petit bout de viande. Jusqu’ici, selon moi, Kes (le film) était un ovni, un pur chef d’œuvre. A partir de cet instant, on navigue entre le bon et le moins bon, le sublime et le maladroit, le subtil et le grossier. Grossier dans cette partie de football (on sait maintenant combien Ken Loach aime le foot) où dans un climat très froid (on le devine aux plaintes des élèves dont les pieds sont gelés) une saleté de professeur de sport leur ordonne de jouer, de bien jouer sous peine de grosses mandales. Le professeur modèle : celui qui se dit capitaine, qui choisit ses coéquipiers (les gros, les maigres, les Casper sont évidemment pris en dernier par défaut), son équipe de foot, son joueur fétiche, qui ne fait pas de passes, tire tout les penaltys, et crie sur son gardien (Casper par défaut) quand il encaisse un but. Il y a une exagération de la situation, c’est éprouvant, manipulateur, bref cette longue séquence m’a donné la nausée. Et puis la suite dans le vestiaire enfonçait le clou lorsque ce monstre ordonne au jeune garçon de prendre sa douche (alors qu’il dit être enrhumé), l’enferme à l’intérieur et le gèle complètement. Là je n’en pouvais plus, le type c’est un prof, qu’il soit con d’accord mais de là à en faire un dignitaire nazi… Heureusement le film se veut plus subtil par moments. En fait dès l’instant où enfin, en face de cette classe, on nous offre un prof compréhensif, intelligent. Fabuleuse scène où lors d’un cours/débat « facts and fiction » ce prof oblige notre petit garnement à raconter un fait de sa vie. Fait qui sera bien entendu porté sur sa relation avec Kes. Et là ce qui se passe est miraculeux. Absolument inespéré. Son histoire est magnifique. Chaque élève l’écoute, attentifs, lui posent des questions et au terme, à la demande de ce prof, l’applaudissent. Plus tard cet homme rendra visite à son élève dans sa campagne où il l’observera faisant voler son oiseau, dans un sublime ballet, aérien et silencieux. Le dialogue qu’ils s’échangeront après, dont la spiritualité effacera les défauts du film que j’expliquais précédemment, est une fois encore un miracle. Malheureusement, le cinéaste anglais retombera dans ses travers ensuite, dans une fin que je trouve attendue et facile. Bref, c’est très beau, parfois proche de la perfection, dommage que par moment Ken Loach prenne les gros sabots pour dégueulasser tout le reste.


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silencio


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