Archives pour la catégorie Kim Chapiron

La crème de la crème – Kim Chapiron – 2014

22. La crème de la crème - Kim Chapiron - 2014

The Firm. 

   6.1   Agréablement surpris par l’ensemble tant c’est un film qui au-delà ses référents et modèles récents ricains (Social Network, The bling ring, Spring breakers, pour faire vite) trouve une identité informe singulièrement française. Décidemment, j’apprécie Chapiron, je crois. Déjà Sheitan et son mauvais goût m’avait un peu séduit. Dog pound qui était un remake quasi au plan de Scum, le chef d’œuvre d’Alan Clarke était un truc hyper tendu et violent. Mais là je crois qu’on est au-dessus encore. La preuve : je le conseille vraiment à personne. Pas étonnant que ça ait fait un four. Et puis finir sur un roulage de pelle d’une minute en un plan sur du Tellier je trouve que ça envoie quand même du bois.

     Cette dernière scène a beaucoup fait parler. On accusait à tort Chapiron de finir en bien-pensant, où la critique virulente de façade serait balayée in extremis par une rom com improbable. Pourtant, cet ultime plan est fort. Il obéit – et se fait point d’orgue – aux lois théoriques que le film n’a cessé de saisir avec cynisme : La relation, dans un milieu superficiel, détermine l’appartenance sociale. Il ne s’agit donc pas de finir en douceur (L’amour et la violence, chante Sébastien Tellier, dans ce morceau utilisé pour cette fin) mais de refléter la continuité d’un processus scénaristique. Qu’elle soit ou non lesbienne, Kelliah peut sortir avec Louis, puisque leur barrière sociale de base (Il est issue d’un milieu riche, elle d’une famille modeste) est évincée au profit de leur statut d’appartenance envié qu’ils se construisent dans leur école de commerce – Vous avez besoin de nous, lâche Kelliah à son proviseur, peu avant le conseil de discipline qui statuera probablement leur renvoi. Autrement dit, l’image véhiculée, aussi conformiste fusse-t-elle désormais (le couple) se sera logiquement substituée aux fondements de marché mis en place, ayant depuis trouvé son fan club. Ce baiser langoureux n’a donc aucunement valeur de happy end puisqu’il permet de réunir avec cynisme toute l’ironie d’une telle situation : La prolo de banlieue faussement lesbienne et l’hétéro de Versailles faussement hédoniste dans un même élan social, puisqu’ils sont tous deux à la tête de ce désormais fameux réseau de prostitution, construit sur les lois du marché donc de l’offre et de la demande. C’est d’ailleurs la même fin que dans Spring Breakers : On balaie le semblant d’intrigue (viré ou pas viré ?) afin d’appuyer sur le caractère purement inconséquent de la chose – Au passage, ce glissement matérialisé par ce baiser va jusqu’à effacer du plan le supposé personnage principal, alors en pleine problématique amoureuse. L’auteur semble tourner le dos à la morale et à l’idée que l’on se fait d’une fin. Mais c’est à l’image du reste du film, assez imprévisible, informe, foutraque. Tout n’est qu’un jeu, comme chez Hamony Korine : So game over, let’s fuck !

     Le film est très habile, très bien écrit et surtout drôle, tant il s’acclimate merveilleusement à ce petit monde répugnant, superficiel, tout en artifices (être en groupe pour baiser) qui obéit à la simple loi de l’effet de groupe. Mais on est surtout face à une comédie plutôt méchante, avec des monologues désopilants (« Il profite de ta beauté aujourd’hui, elle profitera de ton fric demain. C’est une transaction courante, ça s’appelle le mariage ! ») et une gestion exaltante du rythme. Le film se permet aussi des moments totalement détachés, flottements gratuits, à l’image de ces soirées festives étirées et débridées (S’égosiller sur Les lacs du Connemara, danser le slow sur du Carla Bruni : Grands moments), de ces plongeons ensavonnés dans les couloirs, de ces actions ou vérités à se tordre (« Qui t’a dit d’arrêter de faire le chat, toi ? ») ou d’un gros trip sous Ecstasy (« J’me baiserais bien ! »). Pour ne pas évoquer ce running gag d’une chanson de Rachid Taha qu’un garçon chante à son coloc au sortir de la couette. Franchement, je n’avais pas autant ri depuis un moment. Et dans ses élans explicatifs le film n’est même pas lourd puisqu’il organise systématiquement un montage hyper dynamique, alterné, mobile et musical. Il y a vraiment de la qualité dans la réalisation de Chapiron.

Dog pound – Kim Chapiron – 2010

Dog pound - Kim Chapiron - 2010 dans Kim Chapiron 19222892

Another day in paradise.   

   5.7   L’un est arrêté pour deal de coke, un autre pour vol de voiture et un dernier, récidiviste, pour avoir agressé un gardien dans un lieu de redressement. Dans un prologue Clarkien (Moins Alan que Larry), Dog pound présente ainsi les trois personnages qui s’apprêtent, scène suivante, à entrer en prison pour mineur, en dog pound, la fourrière en anglais. Ironie du titre du film qui montre des chiens enragés que l’on enferme mais qui plus tard seront bien pires (plus intelligents et vicieux) s’ils ne sont pas morts. Rien de nouveau en terme de film de prison (surtout que c’est un remake très fidèle de Scum) puisqu’il s’agit de montrer des prisonniers qui choisissent de prendre des coups ou d’en donner, d’être le fort ou le faible, de s’en sortir ou pas. Seulement pour une fois on ne joue pas vraiment sur les sentiments ni sur le passé des prisonniers, tout ici est affaire de panache, dans une ambiance très froide, très lourde, on se croirait rendu dans la première partie du film, dans un Full Metal Jacket avec des ados. Alors que l’on est censé guérir chacun, et rendre possible leur réinsertion dans la vie, tout devient prétexte à enrager davantage la bête qui sommeille (et le terme est gentil) en eux.

     Il manque probablement une prise de position, au moins politique (quelque part il y avait un peu cela dans Un prophète d’Audiard) là on est tellement au même niveau que les personnages, on est dans un climat ultra violent et menaçant, constamment, jusqu’à la fin, que le cinéaste oublie de sortir de sa neutralité. Après, c’est tellement froid, presque Hanekeien (finalement il s’agit clairement d’aliénation, lui aussi aurait très bien pu faire ce film) par moments, tellement sans complaisance et donc sans aucun ressort dramatique que le film a déjà cet intérêt là. Il restera donc quoi qu’il en soit un film (à défaut d’être une expérience, j’aurai aimé un truc plus singulier, un truc plus proche d’un Hunger par exemple, avec des scènes à rallonge malaisantes, à se chier dessus) très physique qui a l’avantage d’avoir dix dernières minutes absolument terrifiantes qui mettent KO. Je pense pouvoir dire sans me tromper que c’est mieux que Sheitan.


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