Archives pour la catégorie Kornél Mundruczó

Pieces of a woman – Kornél Mundruczó – 2021

23. Pieces of a woman - Kornél Mundruczó - 2021Scènes de la vie d’un deuil périnatal.

   8.5   C’est un film sur le deuil de l’un des drames intimes les plus terribles qui puissent exister. Un récit écrit par ailleurs à quatre mains, celles de Kornel Mundruczo & Katie Weber (son épouse) qui ont jadis vécu sensiblement ce même drame.

     Il s’agit du troisième film de que je voie du cinéaste hongrois. Je n’avais pas aimé Delta (2008) moyennement White god (2014). La surprise est donc d’autant plus forte. Pour être honnête, je n’avais rien lu à propos du film avant de m’y plonger. Je ne savais même pas de quoi il était question, ça a dû beaucoup jouer.

     C’est le récit de la fragmentation d’une femme. En ce sens, le titre ne ment pas. Et encore moins du point de vue de sa mise en scène : Surcadrages permanents, via des vitres, des cloisons, des miroirs. Fragmentation du corps ensuite, flagrant durant le procès (bouche, mains, nuque…) autant que lors de la longue scène inaugurale, qui s’intéresse toutefois moins au corps qu’à ce que l’accouchement imminent produit là aussi par fragmentation : la sueur, le sang, les relents, les râles, les cris, les larmes.

     En effet, Pieces of a woman s’ouvre sur un morceau de bravoure : Constitué d’un long plan-séquence anxiogène d’une vingtaine de minutes, il s’agit de relater tout le processus d’un accouchement se déroulant à la maison : La perte des eaux, l’arrivée de la sage-femme de substitution, le bain, les contractions, les rots, les cris, l’extraction du bébé. Un accouchement qui a la particularité de très mal se dérouler.

     Tout le film s’agite alors autour de cette séquence introductive, qu’il s’agisse de gérer la relation conjugale ou d’affronter une mère ou un procès. Mais il choisit un angle de vue en priorité, un personnage : Martha. Son purgatoire silencieux, sa volonté de survivre dans l’absurdité jusqu’à sa résurrection par émancipation.

     On pourra toujours regretter que le film choisisse davantage Martha que Sean. Qu’il le délaisse pour le transformer en bonnet – Mais la réapparition de ce bonnet s’avère bouleversante, lorsque Martha fait face au pont achevé et libère les cendres au vent. Je pensais que le film se terminerait sur cette image, d’ailleurs. Cet épilogue est (trop ?) entièrement pour elle. On peut se dire que tout le monde n’a pas le talent de faire une fin comme celle des Parapluies de Cherbourg. On peut aussi se dire que le programme proposé par le titre est respecté : Pieces of a woman. De ce point de vue, j’accepte complétement ce déséquilibre et la sortie de Sean. Je trouve ça même déchirant.

     Il faut tout de même parler de Sean, puisqu’il est partout sans forcément être dans le champ. On peut commencer par dire que le film est découpé en sept chapitres. Sept dates très précises, accompagnées de l’image du même pont en construction. Parmi les nombreux symboles égrenés par le film, on retient le plus beau, l’histoire du pont de Tacoma, inauguré en juillet 1940, écroulé en novembre de la même année. C’est Sean qui l’intègre dans le récit. Rien d’étonnant puisque Sean construit des ponts, c’est son métier, sa passion. On apprend d’emblée qu’il rêve de montrer ce pont achevé à sa fille.

     En filigrane, il y a l’idée du contraste de classe. Elle est issue d’une famille bourgeoise, lui a grandi dans un milieu prolétaire à Seattle : Leur séparation le conduit d’ailleurs à y revenir, à repartir pour Seattle. Et ce conflit pèse sur eux en permanence, aussi bien quand il s’agit de louer une voiture que lorsqu’il faut acheter une stèle. Sean est toléré dans la famille de Martha, comme une mère tolère le choix de sa fille. Si Mundruczo le sort si vite du film c’est donc moins par désintérêt pour lui que par honnêteté envers le récit : Le film sur lui reste à faire.

     Pieces of a woman cultive donc le gout de la métaphore, du symbolisme. Mais ce n’est pas gratuit pour autant. Le pont pour Sean. La pomme pour Martha. Le pont et la pomme, c’est ce bébé, qui ne verra jamais le jour. Le pont et la pomme sont irréconciliables, dans Pieces of a woman. Il rêvait de montrer ce pont à sa fille. La seule odeur dont elle se souvient du bref moment où elle tenait son bébé vivant dans les bras, c’est celle de la pomme.

     Il faut une scène, simple, en apparence anodine, à l’opposé de ce plan séquence initial imposant pour que le film et Martha trouvent une forme de libération miraculeuse assez bouleversante : L’apparition d’une photo dans un laboratoire, révélant les cendres d’un court bonheur qui a pourtant bien existé. Une image manquante qui servira à parfaire le deuil, bien plus qu’un cruel processus d’incrimination. C’est aussi cela que raconte le film : Il n’y a pas de place pour la justice, seul l’accomplissement du deuil permet de revivre.

     Pour incarner un personnage aussi complexe, il faut une actrice habitée, en état de grâce. Immense Vanessa Kirby. C’est ma grande découverte : Il semble qu’elle ait joué un rôle majeur dans la série The crown. De mon côté, je ne l’avais vu que dans MI6 et dans un opus de Fast and furious. Rien qu’y puisse la révéler pleinement. Mais tous les comédiens sont sensationnels là-dedans, Shia LaBoeuf compris, aussi surprenant que lorsqu’il joue chez Von Trier, dans Nymph()maniac.

     Alors bien entendu, je ne suis pas contre parler de cette ouverture, incroyable – insoutenables vingt-cinq premières minutes – puisque c’est le socle. Mais j’ai lu tellement de choses ci et là, avis positifs ou non, qui ne parlent que de cette ouverture, occulte les trois quarts restants, tout aussi merveilleux à mes yeux. La tirade de la mère (Ellen Burstyn, impériale, comme souvent) par exemple, d’une puissance inédite. Ainsi que le procès. Puis cette fin. 

     Evidemment, on y trouve plein de défauts, une symbolique appuyée, une trop imposante virtuosité. Si l’on devait lui trouver une inspiration, elle se situerait entre Haneke et Bergman. Quoiqu’il en soit, difficile pourtant de nier la déflagration que le film aura produit sur moi. Il est rare que je sois à ce point en lambeaux du début à la fin d’un film. Que sa digestion soit si lente. Que je ne pense qu’à une chose, le revoir, tout en le refusant aussi, tant il est éprouvant.

White god (Fehér isten) – Kornél Mundruczó – 2014

15. White god - Fehér isten - Kornél Mundruczó - 2014Revanche canine.

   5.0   A faire écho de par son sujet puis son titre à deux films monstres que sont Birds, d’Hitchcock et White dog, de Fuller, j’attendais beaucoup de ce film hongrois – Peut-être bien celui qui me faisait le plus de l’œil dans cette liste de rattrapage – malgré le total rejet éprouvé devant Delta, autre film de Kornél Mundruczó, sorti il y a huit ans.

     Si le film fonctionne (et surprend) plutôt habilement dans sa partie centrale dévouée à l’évolution du chien, qui échoue aux mains d’Hommes plus malveillants les uns que les autres, tout ce que l’auteur brode autour, aussi bien dans son introduction (Je ne parle même pas de la toute première inutile scène, putassière, qu’on retrouvera, on le sait, une heure plus tard dans une ambiance plus appropriée), son éreintant montage parallèle avec l’adolescente, puis dans son final horrifico-métaphysico-politique un brin complaisant, est assez peu inspiré et brise le semblant d’unité fragile qui pointe parfois au détour des « dialogues » entre chiens ou de cette création abstraite de la meute ou tout simplement de plans vertigineux comme ceux débusqués dans cet étrange terrain vague au reflets infinis dans les flaques d’eau, ceinturé par des bâtiments en ruines.

     Et puis il faut bien dire que la pseudo parabole politique « Le mal engendre le mal » est assez lourde dans ses intentions tant chaque séquence semble appuyer l’idée. Si globalement j’ai retrouvé l’univers balourd de l’auteur de Delta, j’y ai toutefois trouvé des choses intéressantes, notamment visuellement car le film est assez beau, à l’image de ses impressionnants lâchés canins. Et je reconnais avoir été séduit par son étrange construction, s’ouvrant comme un truc social plombé entre Kes, de Ken Loach et Le temps du loup, d’Haneke, avant de virer vers un conte Disney façon L’incroyable voyage pas pour les enfants (Portrait d’un chien, victime de vileté humaine et moteur de la rébellion) pour s’acheminer dans la fable apocalyptique. Après, on pourra toujours vanter les performances des chiens dressés, personnellement ça me gêne, je n’aime pas ça et préfère laisser le débile du Figaro dire que cette meute de vrais chiens c’est toujours mieux que les oiseaux en carton d’Hitchcock.


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