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Le bazar de la charité – Mini-série – TF1 – 2019

02. Le bazar de la charité - Mini-série - TF1 - 2019Paris brule-t-il ?

   6.0   Plutôt qu’une série – en l’occurrence une mini-série – Le bazar de la charité ressemble à un roman feuilleton télévisé, développant des rebondissements permanents, intrigues croustillantes et autre cliffhanger visant à ne pas perdre son audience, comme si elle nous attachait à notre siège, des allumettes nous écarquillant les yeux, dans une démarche un peu désuète, certes, mais qui ici trouve un certain charme. Et pourtant, sur le papier, cette alliance TF1/Netflix rappelle l’épreuve que fut Marseille, autant dire qu’on y va avec le couteau entre les dents. Mais au final c’est assez beau (les couleurs, les cadrages, les éclairages) il y a quelque chose qui évoque davantage le Versailles, de Canal+.

     Il y a surtout le souffle du mélodrame, l’enchâssement du réel (l’incendie du 4 mai 1897) et de la fiction (ces trois femmes, notamment) soient toutes ces histoires montées de toute pièce comme autant de couches d’un millefeuille dont les échos vont titiller nos problématiques modernes, aussi bien dans notre réalité que dans nos fictions. A ce titre, l’écriture ainsi que le phrasé des personnages ne fait aucun effort pour sembler d’époque, il est clairement choisi de faire contemporain. La belle époque n’est que l’écrin, le point d’ancrage du fait divers.

     Je sais être friand de ce type de récit – quelque part je pense aux Fantômas ou aux Vampires, de Feuillade, ce désir d’embrasser cette mécanique feuilletonnante : C’est exactement ce qui se déroule dans Le bazar de la charité, je vois les ficelles (souvent les cordes, nœuds coulants compris) et la chantilly, les limites de l’interprétation, les incohérences narratives et la faiblesse mise en scénique (qui préfère miser sur un nombre d’effets (travelling à tire-larigot) outranciers inutiles mais qui est incapable de faire une reconstitution digne de ce nom (le café où se regroupent les anarchistes c’est vraiment cheap) mais pourtant je ne lâche pas, je suis happé, parfois ému – Ce dernier échange, tant espéré, surclasse quasi tout.

     J’ai quelques gros regrets néanmoins : J’aurais préféré, je crois, que la série nous montre davantage l’avant-catastrophe, qu’elle ne s’ouvre pas là-dessus, disons. Déjà parce qu’elle en offre trop tout de suite, aussi parce qu’il lui faut du temps avant qu’elle ne reprenne des couleurs. Ensuite parce que ses personnages auraient mérité d’être développé en amont (afin de comprendre a minima le dilemme qui anime certains et autres retournements de veste improbables). Au moins elle n’utilise pas de superflus flashbacks c’est déjà ça : Tout ce qu’on apprend de la vie (de chacun) avant le 4 mai n’est que partiellement évoqué.

     Ce qui m’amène à vous proposer mon top cinq des plus gros connards du Bazar car il y a quand même, chez les hommes une belle brochette d’enflures « y a de quoi remplir une sacrée poubelle » comme disait François Perrin dans Coup de tête. Je ne compte pas leurs éventuelles (et improbables) rédemptions finales, on va dire que c’est un top effectué après le sixième épisode :

  1. Marc-Antoine de Lenverpré (Gilbert Melki) : Monstre magistral.
  2. Julien de la Ferté (Théo Fernandez) : Ou la lâcheté personnifiée.
  3. Pierre-Henri de la Trémoille (Sylvain Dieuaide) : Qu’est-ce que c’est, dégueulasse ?
  4. Auguste de Jeansin (Antoine Duléry) : Tant de bêtise dans un seul être.
  5. Le préfet Leblanc (Gilles Cohen) : Beau mouton des connards.

Bref, tous ces empafés d’aristos, en somme.

     Un autre (imposant) reproche, c’est l’obsession Titanic. Evidemment le film de Cameron est une borne, qu’on l’appréhende du point de vue de la reconstitution, de la romance, du mélodrame, du film catastrophe, de la lutte des classes ou plus simplement en tant que divertissement populaire. Qu’un bateau coule ou que les flammes progressent, on demande à un orchestre de continuer de jouer du violon. Les hommes poussent les femmes. On se bat pour une chaloupe, on se bat pour atteindre la porte-tambour. Une bonne s’appelle Rose (Et rêve de partir en Amérique, donc sa maitresse lui achète la maquette d’un paquebot qui ressemble fortement au Titanic) et va « renaître » sous le nom d’une autre. Le problème c’est que l’ombre du film plane beaucoup trop sur la série, qui n’hésite donc pas à le citer ouvertement et qui renferme de nombreux personnages similaires, qu’il s’agisse de femme émancipée, d’anarchiste beau-gosse, de mari lâche, bon gars sacrifié, bref on y pense constamment et à ce petit match, Le bazar de la charité ne gagne pas beaucoup de points.

     Et trop de rocambolesque tue le rocambolesque. Le dernier épisode cumule les rebondissements, l’exécution stoppée in-extrémis en est l’exemple le plus représentatif. Quel intérêt de faire ça ? Quant au premier, si le crescendo est plutôt réussit, l’incendie en lui-même sent trop l’incendie numérique (encore une fois, il s’agit de trop en mettre) pour qu’on y ressente chaleur et étouffement. Regarde un film comme L’aventure du Poséidon, tu verras qu’on ressent bien tout ça, sans doute aussi parce que les acteurs y étaient exceptionnels. Ici, les acteurs oublient parfois de tousser, de transpirer ; Les maquilleurs de leur noircir les visages. Ça devrait être sale, pesant, c’est un peu grotesque.

     Reste l’histoire de ces trois femmes, leur combat, leur renaissance (chacune à leur manière) dans un monde gangréné par le patriarcat, la puissance familiale et/ou le pouvoir des élus. Une manière de rappeler que plus d’un siècle plus tard il est tout à fait possible de faire des ponts, rapprocher notre époque avec celle couvrant l’Affaire Dreyfus. C’est un féminisme un peu écrit à la truelle, mais ça fonctionne en partie car les trois actrices choisies sont parfaites. Et parce qu’elles sont le cœur du show. Ça et la mort de l’aristocratie. L’allégorie de la haute société qui brule dans l’incendie comme plus tard, elle se noiera dans un naufrage. Titanic, toujours.


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