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Le bureau des légendes – Saison 2 – Canal + – 2016

13627109_10153800357192106_2815372411416111681_nSecret défense.

   9.0   La première saison nous avait laissé sur de fines promesses et une bonne dose de frustration : Quelques lourdeurs (une voix off beaucoup trop omniprésente, des personnages fonctionnels et des scènes de formations ou d’interrogatoires un brin mécaniques et illustratives) empêchaient d’y voir ce qu’elle était pourtant déjà : Une mosaïque folle du quotidien des services des renseignements extérieurs français entre création de légende, clandestins envoyés sur le terrain, salle de crise, infiltrations et suspicions diverses autour des éventuels agents doubles.

     En filigrane de ce premier jet il y avait l’interrogatoire de Guillaume Debailly aka Paul Lefèvre aka Malotru (Mathieu Kassovitz) par la CIA, qui clôturait la saison et sera une donnée importante de celle à venir. Les dix épisodes de ce nouvel opus sont guidés par une lettre écrite par Malotru à sa fille avant son départ vers Raqqa pour une mission kamikaze. En plus de faire se chevaucher intrigues et personnages, histoires intimes et infiltrations, la série crée un vertige supplémentaire dans la gestion de sa voix off, accentuant la précarité identitaire de ses agents, veilleurs ou clandés.

     Si les intrigues précédentes (Autour de Cyclone, qui est revenu et Nadia El Mansour retenue prisonnière en Syrie, notamment) laissent quelques traces, Le bureau des légendes se concentre sur deux nouvelles sorties : Le départ de Marina Loiseau aka Phénomène (Sara Giraudeau) pour l’Iran où elle incarne une sismologue devant approcher le réseau nucléaire par l’intermédiaire du fils d’un haut dignitaire (De très loin ce que cette saison offrira de plus intense et éprouvant. Et bouleversant tant la relation entre Marina & Shaipur pourraient être l’autre versant de l’amour impossible vécu par Paul & Nadia) ; Et la neutralisation d’un djihadiste français, qui décapite les otages, qui a tout pour devenir un bourreau de Daesh (La séquence de double infiltration vécu par Raymond Sisteron avec la sœur de la cible, épisode 5 je crois, est un sommet de la saison).

     C’est rappeler combien Le bureau des légendes, contrairement aux habituelles séries françaises (à l’exception d’Engrenages) se cale énormément avec l’actualité et n’hésite pas à investir le terrain, à allonger certaines séquences, à créer du rythme avec de faux temps-morts (Nadia en Picardie, Malotru et sa fille), à créer le suspense avec de l’attente ou d’infimes évolutions de scénario (Le texto de Shaipur sur les indications nucléaires, le micro d’Henri Duflot), faire apparaître de nouveaux personnages (le journaliste allemand, incarné par Magne-Håvard Brekke, qu’on avait déjà adoré chez Mia Hansen-Love) et surtout faire naître de longues plages de tension, comme on en voit peu à la télévision – Soyons précis : Comme on en avait jamais vu ailleurs. Le fait que Rochant soit seul showrunner de cette entreprise y joue énormément : L’unité d’ensemble est le gros point fort.

     Et la série s’est construit son monde et sa propre zone d’exigence : Si chaque personnage de la DGSE se dore d’un surnom d’insulte du Capitaine Haddock, l’astuce si elle peut faire sourire, ne se vautre jamais dans le ridicule car tout est comme le reste : tient à merveille sa ligne de conduite, efficace et complexe. Ainsi, il en va de même des différents lieux que la série s’en va fouler : On y parle la langue locale, on y embrasse les coutumes. Et chaque séquence, aussi elliptique puisse-t-elle être offre un équilibre subtil dans chacun de ses récits en étoile.

     Concernant la fin du dernier épisode, aucun reproche à faire, de mon côté. Je trouve l’issue explosive nettement plus forte et mystérieuse que ne pouvait l’être celle de la fin de saison 5 d’Engrenages (qui elle était vraiment ratée) par exemple. Là on ne sait pas tout. C’est comme si plus tôt, on avait vu Marina sortir du camion sans l’interaction qui précède, on aurait trouvé ça peu crédible. Ou si l’on avait revu Shaipur avant sa probable dernière entrevue avec Marina. Je trouve que la série joue beaucoup là-dessus : Sur ce que l’on donne à voir ou non.

     Bref, on sait combien les suites sont dangereuses, combien elles peuvent briser l’ambiance originale et/ou tenter d’en faire trop, s’éparpiller et perdre en caractère. Et c’est une saison hallucinante pour ma part. Aussi bien dans la mission de Phénomène que sur celle autour du djihadiste. Tout est complexe, dense mais hyper fluide (cette fluidité qui manquait un peu à Baron Noir). Certains épisodes étaient pas loin de me faire défaillir tant ils sont tendus, éprouvants et menacent de tout faire écrouler d’un claquement de doigts.

Le bureau des légendes – Saison 1 – Canal+ – 2015

11407036_10152962216222106_1525682781981198622_nDans l’œil du cyclone.

   7.5   C’est un grand récit d’espionnage, à raison d’agents doubles, de missions secrètes internationales, de recrutement poussé, de test d’intégrité, d’infiltrations, de surveillances en tout genre. C’est d’une telle richesse, d’une telle complexité, ça frise parfois l’hermétisme, avec ces tunnels de dialogues qui succèdent aux longs entretiens en trompe l’œil. Et la construction est étonnante, variant les points de vue, les fonctionnements narratifs, les ellipses. Clairement ce que Rochant a fait de mieux depuis Les patriotes. Au-delà de cette impression positive je n’oublie pas aussi m’être régulièrement désintéressé du récit à de nombreuses reprises, sans doute car format aidant, j’ai la sensation qu’elle se disperse trop ;  c’est assez inégal, surtout au début, il faut réussir à y entrer.  Car paradoxalement je trouve que ça manque de grandes séquences, qui te restent, te collent à la peau. La série joue tellement peu la virtuosité et c’est tout à son honneur, qu’elle en devient parfois monotone. J’ai un peu pensé au Carlos de Assayas, qui lui justement se permettait ce grain de folie, se laissait gagner par l’étirement et l’énergie de sa mise en scène. Ça se regardait aisément d’une traite, Le bureau des légendes, moins, déjà. Mais je reste impressionné globalement par la densité de la chose, autant dans la caractérisation des personnages que dans l’écriture narrative. Tu sens le travail de fourmi en amont. Mais surtout, je trouve la série assez touchante, je pense que c’est là-dessus qu’elle est venue me cueillir. Moins par sa truculence et sa multiplicité donc que dans l’intimité qu’elle parvient à saisir de certains personnages, notamment Malotru (Mathieu Kassovitz) amoureux d’une libanaise (qui a est aussi pleine de secrets) sous son identité de légende, qu’il va revoir à Paris ce qui est formellement interdit dès que la mission est achevée. La série creuse aussi minutieusement ses rapports distants avec sa fille qu’il n’avait pas vue depuis six ans, pendant qu’il était en mission à Damas. Cette manière de tout resserrer sur l’intimité du personnage crée une identification forte. Il y a aussi Marina Loiseau (Sara Giraudeau) une jeune sortante de polytechnique, que l’on forme violement (à toute forme de résistance) avant de l’envoyer sur le terrain en Iran. Immense personnage. Et l’actrice est formidable, elle réussit merveilleusement à jouer la maîtrise et la candeur sans que l’on y décèle fausseté ou performance. C’est finalement cette part formatrice de la peinture de la DGSE qui me fascine vraiment dans Le bureau des légendes, moins ce qui tourne autour de Cyclone, un de leurs agents enlevé en Syrie. La fin est mortelle, surtout qu’elle annonce clairement le début d’autre chose ; La fin de l’affaire Cyclone, mais l’ouverture sur une infinité de possibles. Hâte de retrouver cette petite équipe secrète (Malotru, Pépé, Mémé, Moule à gaufres, Rim, Marie-Jeanne…) dans une prochaine saison.


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