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Subway – Luc Besson – 1985

16387174_10154387352172106_409335189380075045_n“Debout, bande de larves ! Hin hin hin”

   4.1   Après avoir retrouvé ce que j’adorais ado dans Le grand bleu, j’envisageais de réhabiliter Subway, qui loin de faire partie de mes premières amours cinéphiles, n’en restait pas moins un film que j’appréciais, mais déjà très modérément. Je le sentais bien.

     Passé l’intro où Besson fait joujou avec la course-poursuite, qui fait modèle de nombreux films qu’il a produit depuis, le film devient très bizarre. C’est un compliment. C’est à la fois une simple cavale, un suis moi je te fuis amoureux et une entrée dans un monde parallèle, souterrain, hétéroclite. La séquence où Lambert traverse les couloirs, descend des échelles, passe dans des nuages de vapeur est assez génial. Silencieuse qui plus est. C’est comme la scène des flics dans les escaliers un peu plus loin, inutilement interminable, mais du coup fascinante par sa gratuité.

     Etrange qu’après une entrée en matière aussi effrénée que passe-partout, le reste soit si mou. J’avais pas le souvenir d’un film aussi mal ou curieusement branlé. Toujours sur un faux rythme, avec d’étranges montages parallèles plutôt ingrats – Qui semble vouloir créer du rythme mais qui casse tout – avec un penchant pour les inserts sur des personnages sans véritable intérêt, seulement là pour meubler le décor : Gros Bill, Jean Réno et ses baguettes, Anglade sur ses rollers, Galabru en commissaire bougon et désabusé.

     L’autre surprise c’est la musique. Pour moi, Subway était inondé par du Serra, plus encore que dans Le grand bleu, si tu vois ce que je veux dire. Et en fait non, pas tellement. Il y a même de longues plages silencieuses. Et tout de même des trucs aberrants comme les violons qui accompagnent le monologue traumatique de Lambert, bien ridicule. Après, il y a l’histoire d’amour entre Adjani & Lambert, deux opprimés chacun dans leur monde, cheveux en bataille. C’est mignon.

     Voilà c’est mignon, gentillet et complètement anachronique aujourd’hui. J’ai presque l’impression de voir un croisement improbable et un peu débilitant entre Neige (Le très beau film de Berto & Roger, sorti quatre ans plus tôt), Rouge-gorge (Le plus beau film de Zucca, sorti la même année), Mauvais Sang (de Carax, sorti l’année suivante) et Diva (Sorti la même année que Neige). Mais plus proche du Beineix, quoi. Un attachant nanar, bien ancré dans les années 80, donc.

Le grand bleu – Luc Besson – 1988

14354887_10153971300297106_7584268867564148315_nAu fond, les sirènes.

   8.7   C’est avec une grande émotion que j’ai revu Le grand bleu, de Luc Besson. Je ne savais pas ce qu’il m’en resterait aujourd’hui tandis qu’il fut, durant mon enfance, ce film refuge, ce parfait mélo en apnée ; Jacques était mon héros : Cet éternel enfant (dans le corps d’un adulte) incapable de vivre sur la surface terrestre, survivant d’évènements traumatiques (L’absence de la mère, l’accident mortel du père), inéluctablement happé par les abysses et ses confrères les dauphins. « Personne n’a ce genre de famille » se confiera-t-il sous ivresse, à Johanna. Incapable donc, de s’investir dans une relation amoureuse : Quand il fait l’amour (à Johanna) c’est l’image des profondeurs qui semble lui procurer son orgasme ou au contraire, plus tard, une inquiétude mystérieuse qui ressemble presque à un refus d’adultère – Son mariage avec la mer guette son aventure terrestre. Incapable de poser des questions (Ce qu’il avouera à Enzo) ou à trouver les mots pour retenir le départ de Johanna. Le jeu de Jean-Marc Barr y était parfait, quasi extraterrestre. Sérénité et sagesse (Contrairement à Enzo qui ne se rend pas compte, ici, que la mer est mauvaise) sur un regard lointain, une posture de sirène. Enzo dira qu’il a une drôle d’allure, qu’il vient d’une autre planète. Superbe séquence lorsque Jacques, de retour en Grèce, retrouve le rocher de son enfance. La scène est identique à celle du prologue, le regard comme la posture qui l’accompagne – Dingue de constater combien l’acteur qui joue Jacques jeune, ressemble déjà à Jean-Marc Barr, qu’il a ce même regard mort, de l’abandon, de la résignation – Alors que la mer n’a encore emporté aucun de ses proches.

     Pourtant, plus qu’un autre film d’inadapté ou de loup solitaire, Le grand bleu s’en va raconter une étrange amitié, qui n’en est pas vraiment une ou plutôt c’est une amitié exclusivement définie sur et dominée par le défi. Celui qui plongeait pour communier avec les poissons contre celui qui plongeait pour aller chercher des pièces. Si le résultat de l’ellipse qui nous permet de les retrouver adulte recèle une caractérisation si binaire (Jacques plonge toujours par passion des profondeurs dans une excursion scientifique assez floue sous la glace au Pérou quand Enzo plonge toujours pour sauver des plongeurs coincés dans une carcasse en l’échange d’un chèque important) c’est que le pacte de Besson avec son spectateur est resté bloqué sur le frêle théâtre de l’enfance. Il faudra pour certain, être solide pour accepter cette désinvolture sociologique, j’y reviendrai. Ce qui est pourtant passionnant c’est de voir combien ce théâtre de l’amitié virile, fait de provocations vaines et d’admirations feintes (« Tu meurs d’envie de me battre ! – C’est toi le plus fort, Enzo ») n’est que la motivation d’un suicide en marche. Si l’un a déjà clairement les pieds de l’autre côté (« Il faut parfois une bonne raison pour remonter » dira t-il) mais ne lui manquait seulement cette retrouvaille (Enzo) et cette rencontre (Johanna) pour matérialiser son départ, l’autre, castré et seul comme un champion, las de vivre de menus larcins, a besoin d’un os à ronger et va trouver en la présence de son rival rêvé (Puisqu’in fine ils ne se sont jamais vraiment affronté) un moyen de s’en aller et de reconnaître que la planète de Jacques est plus belle que la sienne, et lui avouer qu’« on est bien mieux tout au fond ». En résulte une longue préparation à ce suicide assisté, d’abord en se livrant un duel d’apnée au fond d’une piscine, alors qu’ils sont complètement bourrés ; ou plus tard et dans le même registre, boire quelques gouttes d’alcool dans une capsule sous-marine, à des profondeurs où il est même rudement déconseillé de pisser ; Et bien entendu en défiant les lois des plongées en apnée, chacun leur tour, dans un coude à coude qui ne peut que finir mal, comme on dirait aux enfants « Attention, ça va mal finir ».

     Et l’autre beauté du film, outre son intensité bleue, douce, apaisante, caractérisée par cette horizontalité circulaire (On fait le tour du monde : Grèce, Pérou, Italie, Etats-Unis) qui vire au noir terrifiant dès l’instant qu’elle est dévorée par la verticalité des profondeurs (Que Besson capte assez bien, non pas selon des attributs réalistes ou organiques mais de façon mystérieuse et sexy) c’est Rosanna Arquette. Et mon agréable surprise la concernant, c’est de constater combien elle y joue un rôle essentiel, elle n’est pas qu’un instrument périphérique de l’amitié Jacques/Enzo ni un concept de forme terrestre comme dans le souvenir que j’en avais gardé et ce bien qu’à l’époque il s’agissait déjà de cette parcelle de récit (L’amour impossible entre Johanna et Jacques) qui me touchait bien plus que le reste. Elle aère le film, lui apporte cette mobilité imprévue (Elle vient, repart puis revient) et porte toute notre incompréhension face à ces deux gamins jouant à se tuer et ce garçon à vouloir disparaître dans les fonds, sur son sourire et dans son regard. Si Besson transpirait vraiment la misanthropie et le désir de disparaître dans le néant des profondeurs, ce que nombreux critiques avaient relevé, Je ne crois pas qu’il aurait fait de son personnage terrien, un être aussi doux, lumineux, sensuel (Rarement Rosanna Arquette aura été aussi belle), sensible (Elle voudrait comprendre ce qui attire tant Jacques au fond, tente continuellement de percer sa carapace) et compréhensive (Elle le laisse finalement partir, alors qu’elle porte en elle son enfant). Johanna est tombée amoureuse d’un poisson qui croit l’avoir rencontré dans un lac, cet homme silencieux qui discute avec les dauphins, ce poète meurtri qui ne parle pas de ses fêlures, cette créature qui n’a pas le même cœur (Le premier souvenir qu’elle garde de lui, lors de son retour à New York n’est autre qu’une bande papier contenant les battements de son cœur) ni la même vision du bonheur que tout le monde :

« Tu sais ce qu’il faut faire pour vivre au milieu des sirènes ? Tu descends au fond de la mer très loin, si loin que le bleu n’existe plus, là où le ciel n’est plus qu’un souvenir. Une fois que tu es là, dans le silence, tu y restes. Et si tu décides que tu veux mourir pour elles, rester avec elles pour l’éternité, alors… Elles viennent vers toi et jugent l’amour que tu leur portes. S’il est sincère, s’il est pur et si tu leur plais alors elles t’emmèneront pour toujours. »

     Alors c’est vrai qu’il vaut mieux ne pas être allergique à la musique d’Éric Serra tant celle-ci est de chaque séquence ou presque – Mais elle fait partie intégrante du film, elle est comme Jacques, son cœur qui bat. C’est vrai aussi que Besson n’est pas le type le plus subtil de la Terre, que sa jolie psychologie de comptoir avec cette histoire de trauma ici qui percute l’enfant trop couvé-là a de quoi faire frémir par sa caricature. On passe aussi sur le regard parfois limité envers des personnages secondaires, sacrifiés puisque saisis en une mono-mimique répétitive et gratuite (Le frère d’Enzo, le président de la fédération, la Mama et ses plâtrées de pâtes, évidemment) ou de manière condescendante (L’américain de l’épave, l’équipe japonaise) et grossières (Le gardien du delphinarium, le type qui les accompagne sur la base nautique) qui sont généralement des inserts à visée purement comiques. En dépit de ces caractérisations le film est souvent tendre et bienveillant. Il y a par exemple cet oncle, entrevu pendant la séquence trauma du prologue, que l’on retrouve seul chez lui, à moitié sourd, plongé dans son bain à écouter Wagner à fond les ballons. Ce sont des petites choses un peu parasitées par un mouvement d’ensemble souvent balourd, mais qui n’empêche pas le film de tourner magistralement autour de ses trois personnages centraux.

     La surprise est d’autant plus belle que je trouve le film toujours aussi fort, émouvant. C’est un mélo atypique dont on sent que le récit vient d’un seul homme, Besson, qui à mes yeux, finalement, ne fera jamais rien d’autre de bien. C’est un one-shot parfait, naïf, désespéré. Un chant de réprouvé qui a laissé parler son cœur. Bref, je sais que c’est un film peu aimé des cinéphiles, c’est donc d’autant plus agréable d’en parler pour tenter de le défendre. Evidemment, ce n’est pas une grande proposition de cinéma qui réinventerait quoi que ce soit, qui renverserait ses modèles (Dont Besson semble dépourvu), qui tente le diable ou la désinvolture, qui fait de la sidération filmique son leitmotiv (On n’est pas dans Abyss) mais il y a une honnêteté là-dedans, quelque chose de fragile qui touche autant à l’enfance qu’à une constante maladresse, qui me touche encore aujourd’hui, infiniment.

Le dernier combat – Luc Besson – 1983

45394481    2.3   En terme d’écriture il y a peut-être un petit quelque chose, mais niveau mise en scène c’est souvent totalement ridicule, preuve accablante encore que Besson était déjà un très mauvais cinéaste il y a de cela trente ans. Jeu nul. Mise en scène boursouflée. Noir et blanc dégueulasse. Next.

Lucy – Luc Besson – 2014

lucy2   0.3   Film qui tient parfaitement ses promesses de nullité. Nanar ultime comme Besson en avait certes déjà fait mais peut-être pas aussi poussé tant ici il se fait son propre 2001 en expliquant sa démarche toutes les cinq secondes, selon des montages alternés ridicules. Absolument navrant.

The Lady – Luc Besson – 2013

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   2.9   Deuxième volet de ma rétro consacrée aux pires cinéastes vivants, après Luhrmann, j’ai nommé Besson. On est là dans une dynamique contraire puisque le film est plutôt sobre dans sa mise en scène, j’entends par là qu’on sent l’auteur plus intéressé par son récit qu’autre chose. Ne nous y trompons pas, c’est du Besson donc ça ne l’empêche pas de s’adonner régulièrement à des montages parallèles bien fumeux dont il a le secret. Des idées aussi atroces que sur-signifiantes.  L’autre problème c’est que tout est archi classique, programmatique, chiant, sirupeux. A quoi m’attendais-je, en même temps ? Le film est loin de m’être sympathique mais il ne me révulse pourtant pas. C’est juste un gros film de bébé une fois de plus. Mais je préfère tout de même quand ce gros bébé barbu s’attaque à un truc sur des bébés qui se tirent la bourre pour un titre de plongée sous-marine. Au moins c’est raccord. Là, toute proportion gardée, ça m’évoque le Schindler de Spielberg. Tu sens vite que ce sont des sujets trop grands pour eux. Un moment, dans The Lady, un militaire exécute la voyante qui venait de recevoir Aung San Suu Kyi. Ça aurait dû être froid, précis mais Besson fait dire au militaire un truc du genre « Tu l’avais pas prévue celle-là ! » Frisson de la honte. C’est fou comme ce type est systématiquement rattrapé par le ridicule de sa médiocrité. Il y a tout ici pour faire un riche document sur les années sombres birmanes et lui te salit tout comme un cochon comme s’il refaisait inlassablement Léon.


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