Archives pour la catégorie Luc Moullet



Brigitte et Brigitte – Luc Moullet – 1966

01. Brigitte et Brigitte - Luc Moullet - 1966Mes provinciales.

   6.0   Dans une gare parisienne, Brigitte rencontre Brigitte. L’une est alpine et l’autre pyrénéenne. Deux affiches décoratives dans leur dos illustrent leurs origines (et l’affrontement) le temps de la séquence qui les voit faire connaissance. Elles vont se découvrir plein de points en commun, rien d’étonnant puisqu’elles ont toutes deux été façonnées par leur époque : « Nous sommes équidistantes de et parallèles à la norme, alternativement de part et d’autre d’elle » dira l’une d’elles. Sauf la taille et la couleur des cheveux, bien entendu. Ainsi que les études qu’elles sont venues trouver en montant à la capitale. Dès lors elles feront tout ensemble. Partageront la même chambre de bonne. Fréquenteront les mêmes amis. Jusqu’à rencontrer Jacques et Léon. Toute la légèreté, la folie, l’absurdité et l’impertinence de Moullet, qui m’avait tant séduit à l’époque où était sorti La terre de la folie (le seul Moullet vu jusqu’alors) se trouve déjà dans cette scène inaugurale : aucun mouvement de caméra, quelques objets relais et un sens des gestes et du dialogue d’une singularité aussi géniale que déstabilisante. Un fil qui tient, parfois se distend, mais ne rompt pas, c’est Brigitte et Brigitte, le premier long métrage de Luc Moullet (alors encore critique aux Cahiers et auteur de quelques courts) qui déploie un univers fantaisiste et une manière de raconter sans précédent. Pour compenser la simplicité de ses décors, Moullet utilise beaucoup le son. Dans la première scène par exemple, on entend les bruits d’une gare et cela suffit à penser que la séquence se déroule dans une gare. Il y a des moments savoureux comme le tout début du film avec notamment la visite des monuments parisiens que Brigitte et Brigitte vont sévèrement noter, c’est très drôle. Il y a aussi les cours de philologie, dictés par un Rohmer fou. Une interview par Brigitte de Samuel Fuller. Et plus tard un sondage de rue où l’on demande aux passants leurs trois réalisateurs préférés. C’est très marqué Nouvelle vague, très Godard dans l’idée, mais l’on sent que ça couve un univers plus personnel, plus burlesque, plus impertinent. Toutefois, Moullet aurait mieux fait d’en faire un moyen métrage (Un peu comme Rohmer lorsqu’il fait La carrière de Suzanne) car la seconde partie du film, plus bucolique, s’étire beaucoup pour pas grand-chose si ce n’est à la faveur d’un trop plein de répétitions. On préfère Moullet lorsqu’il va à l’essentiel. C’est d’ailleurs la bande son qui permet d’y voir plus clair, très souvent, d’accompagner le tout avec le dosage adéquat. Alors si le tout manque parfois de subtilité, il y a tellement de poésie uniquement guidée par la mise en scène, qu’on préfère garder en mémoire le meilleur.

La terre de la folie – Luc Moullet – 2010

La terre de la folie - Luc Moullet - 2010 dans Luc Moullet 19101631_jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20090506_110915-300x200 La région centrale.    

   6.5   Sujet sérieux complètement tourné en dérision, mais avec beaucoup de finesse c’est un peu comme ça que je caractériserais le nouveau film de Luc Moullet. On y parle d’une région anormalement meurtrière, souvent des histoires de famille, une coutume qui aurait traversé le temps. On est dans les Alpes du sud. Moullet s’intéresse à ces familles, ces crimes improbables et tente de faire une approche avec des problèmes thyroïdiens prenant leur source à Tchernobyl. Cette envolée délirante est assez cocasse mais n’a finalement que peu d’intérêt. Non, là où c’est formidable, c’est lorsque Moullet expérimente une idée géométrique selon laquelle la région formerait un pentagone de la mort, où il y trouverait même un épicentre. Cinq villes touchées par des drames hors du commun. Des crimes conjugaux. Des suicides après avoir décimé une famille entière. Des meurtres de gens totalement inconnus. Une petite fille entièrement découpée. Pas de quoi se réjouir. Pourtant Moullet ne s’intéresse pas aux souffrances, à ce qu’engendre les drames. Il ne s’intéresse qu’aux faits, cela pour prouver ses hypothèses. Et ce ton, constamment, anti tire larmes, presque jovial, donne un climat assez particulier au film ce qui fait qu’on ne sait plus, quelquefois, comment le prendre. Un moment donné il parlera de sa famille. D’un neveu de son arrière arrière grand oncle, ou quelque chose comme ça, qui aurait tué à coups de pioches la femme du maire, le garde-champêtre et le maire lui-même parce qu’ils avaient déplacé sa chèvre de quelques mètres. Personne ne parle de ça dans la famille, raconte Moullet. Lui au contraire aime parler de cette histoire, cela lui permet de se dire que pour le moment, il n’a pas hérité de se neveu d’arrière arrière grand oncle, car pour l’instant, dit-il, il n’a tué personne. Personnellement cette scène, racontée si solennellement m’a valu un grand fou rire. Et puis la toute fin, presque hors film, d’enguelade entre Moullet et sa femme à propos du côté provocateur de sa démarche j’ai trouvé ça formidable. Le moment le plus drôle du film haut la main !

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silencio


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