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Chanson douce – Lucie Borleteau – 2019

17. Chanson douce - Lucie Borleteau - 2019Classe tous risques.

   6.5   Dans la vie y a deux catégories de gens, ceux qui aiment Joker et ceux qui aiment Chanson douce. Blague à part, je ne dis pas qu’on ne peut pas aimer les deux ni qu’on ne peut pas les aimer pour d’autres raisons que la satire sociale qui les relie, mais voilà c’est un fait, ces deux films sont sortis quasi en même temps et ce sont deux films assez proches. Deux films de gauche, disons. Sur le papier. Dans les faits, l’approche qu’en faisait Philipps était plutôt de droite : Il proposait à tous les laissés pour compte de porter un masque de clown. Chanson douce est plus subtil, plus incisif car moins spectaculaire que de voir Joaquin Phoenix cabotiner à mort. Au contraire ici, Karin Viard en fait peu, elle est comme effacée. Avec une telle retenue que le peu de micro-explosions qu’elle déclenche devient une tornade de terreur : Le fond d’un pot de yaourt qu’il faut racler avec son doigt avant de le lécher ; Le jeu du pipi sur le pot ; Un cache-cache interminable ; La carcasse de poulet sur la table. Le fait divers, Lucie Borleteau ne le filme pas, tout simplement parce que c’est impossible à filmer. C’est horrible. Mais ce qu’elle filme, c’est-à-dire ce décalage de classe, puis ce dérèglement quasi abstrait, elle le fait admirablement. Avec beaucoup d’opacité. Contrairement à Joker qui surlignait tout, tout le temps. Il y a plein de petites choses très discrètes, très mystérieuses dans la mise en scène de Lucie Borleteau (qui avait déjà offert un beau premier film avec Fidelio, l’odyssée d’Alice) notamment dès qu’il s’agit de filmer ce corps, celui de Karin Viard, sa nuque, son profil. C’est quasi hitchcockien.

     Le film pourrait emprunter tellement de voies. Celle du thriller domestique, d’abord. On pense évidemment à l’excellent La main sur le berceau, de Curtis Hanson. Celle du conte horrifique, tant le film ouvre des brèches (le poulpe notamment) sans y plonger pleinement non plus. Mais c’est bien celle de la fracture sociale que Chanson douce vise, comme un cousin du Parasite de Bong Joon-Ho. Ou de Joker. Mais à la différence de ce dernier, il ne s’agit pas de souligner cette fracture mais au contraire de la nuancer le plus possible, à l’image de ce couple de bobos parisiens, pures figures d’une modernité bourgeoise aussi sympathique qu’écrasante tant derrière l’apparat d’une générosité désintéressée se loge une condescendance gerbante. Ainsi quand ils partent en vacances au bord de la mer, ils proposent à leur nounou de les accompagner, sous le prétexte que ça lui ferait un bien fou, mais c’est évidemment pour surveiller les enfants pendant qu’ils bronzent. Et les deux acteurs sont hyper bien choisis : On les aime bien tous les deux, Leila Bekhti & Antoine Reinartz. Et le fait est que Lucie Borleteau n’en fait pas un couple infect. D’ailleurs, leur idée de prendre une nounou naît d’un désir de parité conjugale, afin qu’ils travaillent tous les deux, qu’ils s’épanouissent tous les deux. Bref, ça les rend ouverts, ça, aussi. Et ils sont sympathiques. Horriblement sympathiques. Et Karin Viard joue cette nuance aussi, ce n’est pas seulement une nounou sociopathe : le film ne cesse de nous montrer qu’elle aime ces enfants, qu’elle revit au contact de cette famille, qu’elle se prend même à rêver qu’ils fassent un autre enfant afin qu’elle s’installe plus longtemps. Et le film, avec son crescendo très ténu, fait état de cette impossibilité de l’entente sociale. Je ne connaissais pas le livre ni les tenants et aboutissants de ce fait divers, donc j’ai trouvé le final glaçant.

Fidelio, l’odyssée d’Alice – Lucie Borleteau – 2014

maxresdefault_12Alice n’est plus ici.

   5.5   Avant de parler très rapidement du film, je voulais dire que c’est le troisième en dix jours que je voie dans lequel Ariane Labed joue. Pourtant je ne la connaissais pas avant, c’est bizarre. J’aime bien le trouble qu’elle dégage : A la fois elle me parait souvent à côté et l’instant suivant elle me cueille par sa retenue et une fragilité maquillée d’énergie, indomptable façon Sandrine Bonnaire. Dans le film de Lucie Borleteau, un premier long, il y a du monde : Melvil Poupaud, qui semble tenir la vague de Conte d’été ; Anders Danielsen Lie, qui irradiait littéralement Oslo 31 août et le dernier film de Mikhael Hers ; Thomas Scimeca, que j’avais adoré dans le Inupiluk de Sébastien Betbeder ; Laure Calamy, qui sublimait Un monde sans femmes, de Guillaume Brac ; Vimala Pons, notre « fille du 14 juillet » préférée, entre autre ; Jean-Louis Coulloc’h qui partageait l’affiche du Lady Chatterley de Pascale Ferran. Oui, ça envoie du lourd. Mais le film n’est pas au niveau de son casting, malheureusement. Enfin, c’est un beau film, sensuel, sexuel, mais qui manque de chair, de mouvement, d’étirement. On rêve parfois de voir une séquence s’allonger à l’infini et trouver un tempo qui lui est propre. C’est un peu le problème de ce Fidelio, l’odyssée d’Alice, il manque d’originalité, au moins formellement, parce qu’il est trop occupé à parler (trop) ouvertement de cul dans chaque scène, faire croire qu’il est débridé, qu’il révolutionne la sexualité au cinéma. Le reste devient plus que du remplissage au sens où l’on peine à s’intéresser à ce petit groupe, on sent trop la fabrication, les dialogues sur-écrits, le manque de silences et un certain schématisme dans la métaphore, que l’on retrouve dans le titre tant le film ne cesse de parler de fidélité d’un instant à l’autre. C’est plein de défauts mais attachant malgré tout, surtout dans le portrait qu’il fait de cette femme héroïque, dans un cargo délabré, seule dans un monde d’hommes, qui voudrait tout prendre mais se confronte à son émancipation, son amour de jeunesse, son grand amour du présent et le marin mort qu’elle remplace. Car c’est aussi un beau film sur les rencontres et la transmission.


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