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Mad Men – Saison 3 – AMC – 2009

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12/01/18

     Déjà, j’étais très impatient de connaître le choix des créateurs concernant la durée de l’ellipse. Quelque chose comme 1 an ½ avait respiré hors-champ entre les saisons 1 et 2. Ici, ce sera quelques mois, six tout au plus. Pourtant, j’ai d’abord craint cette curieuse entrée en matière de nouvelle saison. Les visions / flashbacks / souvenirs de Don Draper sur sa naissance, comme s’il était soudain frappé d’omniscience. L’avalanche de nouvelles têtes à l’agence, britanniques pour la plupart, depuis la fusion – Et Duck a dégagé, mais ça on le pressentait vu que c’était lui ou Don. Le licenciement d’un type, qui le prend mal et le fait savoir, mais qu’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam. La double promotion de Pete et Cosgrove (Je sais pas pourquoi je ne peux pas appeler Pete « Campbell » ou Cosgrove « Ken ») en tant que co-directeurs de clientèle. Le retour « comme à la bonne époque, ou presque » entre Betty & Don, même si grossesse oblige on s’en doutait un peu. Trop de bouleversements d’un coup. Puis l’épisode gagne en profondeur à mesure qu’il se déploie, jusqu’à Baltimore, retrouvant ses marques, plutôt d’autres marques, qu’on a hâte d’apprivoiser. En fin de compte, j’achève l’épisode en me demandant comment il est possible d’écrire des choses aussi fortes, de proposer des situations aussi intelligentes (la relation entre Don & Sal, dans l’hôtel, dans l’avion, l’hôtesse, le groom, l’alarme à incendie, la campagne de pub « Limit your exposure » sur laquelle repose leur voyage : magnifique), d’en proposer autant en seulement 45 minutes et d’en laisser couver dix fois plus pour les épisodes à venir. C’est Mad Men, quoi. D’ailleurs, s’il s’ouvre sur la naissance de Don, l’épisode se ferme sur une autre puisque sa fille lui demande de lui raconter le jour de la sienne. Etrange de voir Don autant en difficulté face à ce souvenir (comme s’il l’associait à sa propre naissance, extra glauque, puisqu’enfant non désiré et mère décédée en couche) se stoppant brusquement, incapable d’en dire davantage avant que Betty ne prenne son relais. Saison à peine lancée et c’est déjà immense.

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22/01/18

     L’attirance à peine perceptible qui règne entre Peggy et Don depuis le début du show s’ouvre très largement durant cet épisode – Je ne serais pas surpris de les voir tous deux succomber au charme sexuel de l’autre assez vite. C’est sans doute lié au fait qu’ils sont sur une progression inversée. Peggy est de en plus en plus sexualisée. Don se situe lui dans une phase de désexualisation : Une alarme à incendie le privait d’une infidélité supplémentaire dans l’épisode précédent ; Là le cadre familial d’une fête scolaire l’empêche de se livrer à ses habituels jeux de séduction avec la jeune enseignante de sa fille – Campée par la sublime Abigail Spencer, la sœur de Daniel dans Rectify. Et si cinéma et publicité réunis (Pepsi voudrait lancer sa campagne marketing autour se da boisson allégée sur le final de Bye Bye Birdie, le film musical de Georges Sidney)  reliaient ces deux-là ou faisait naître quelques chose entre eux qu’ils ne soupçonnaient pas ? Je m’emballe peut-être après tout. Mais y a un truc entre les deux, c’est certain.

     C’est un épisode très bizarre du reste. Sans véritable ossature, sans enjeu majeur sinon que Don gère la perte de nombreux clients de l’agence et le destin du père de Betty qui perd vraiment la boule. Sinon que Peggy se rachète une jeunesse en allant draguer un jeune étudiant. Il y a quelque chose de cassé dans l’identité de ces deux personnages. Ils n’ont pas la même histoire, ni le même âge ni les mêmes intérêts, mais ils se réunissent dans une mélancolie commune : Quand Don caresse l’herbe que l’enseignante foule de ses pieds nus, Peggy chante Bye Bye Birdie devant son miroir, c’est une volonté d’ailleurs qui s’empare d’eux, un rejet brutal de ce qu’ils se forcent à être.

     Il y a quelque chose qui s’effrite imperceptiblement dans cette saison et qui serait peut-être le reflet de ce que va traverser l’Amérique dans cette année 1963. Si l’on apprend que le mariage de la fille de Roger Sterling se déroulera le 23 novembre 1963 soit le lendemain de l’assassinat de JFK, ce n’est pas un hasard je pense. Penn Station s’apprête à laisser place au géant Madison Square Garden. On constate aussi que Betty, même très enceinte, fume et boit toujours allègrement. Etranges années 60. Insouciantes autant qu’elles sont au bord de l’implosion. L’Histoire et l’Intime dialoguent toujours dans Mad Men. Il ne serait donc pas étonnant que l’arrivée du père de Betty dans le cercle familial bouleverse le semblant d’équilibre retrouvé – D’autant que c’est Don qui prend l’initiative de le prendre chez eux plutôt que de l’envoyer en hospice. J’attends de voir, hein, je nage dans les hypothèses, mais j’ai l’impression que l’Amérique gronde jusqu’à en faire gronder ses foyers et qu’ils ne vont pas tarder à entrer en irruption.

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26/01/18

     Après un épisode 3 en deçà, plus anecdotique, disons par rapport à l’excellence habituelle, puisqu’il fait office de parenthèse durant laquelle certains dont Peggy (qui saisit chaque occasion pour accentuer son indépendance) vont jusqu’à se faire un trip marijuana au bureau pendant que les autres filent à la garden-party (et son spectacle très gênant) de Jane et Roger Sterling – durant laquelle on retiendra l’échappée de Don et sa discussion avec un barman extra-lucide – pendant que Sally choure de l’oseille à son grand-père, l’épisode suivant resserre ses fondements dramatiques, notamment en brossant la délicate relation entre les enfants et leurs parents. Il y aura un affrontement entre Betty et son père au sujet de ses funérailles, une douce (quoiqu’un peu absurde : il lui laisse conduire la voiture familiale) complicité entre Sally et son grand-père, la cassure entre Peggy et sa mère au sujet de son emménagement à Manhattan, la mégalomanie d’un jeune client et héritier persuadé qu’il tient le nouveau sport national pour égaler les réussites de son paternel, et surtout, surtout, Don qui traverse une fois de plus ces minutes en fantôme en scrutant un moment donnée une vieille photo de ses parents. Et puis l’épisode se clôt dans le deuil et trouve, grâce au personnage de Sally (qui n’avait jamais été autant sur le devant de la scène) des instants absolument bouleversants, ici sur le perron de la porte d’entrée, là dans sa rage face aux éclats de rire inopportuns des adultes puis enfin couchée en larmes devant la télévision. Très peu de plans à chaque fois mais ils sont choisi avec minutie afin d’y restituer toute la puissance que chaque séquence mérite. Et puis j’ai adoré l’issue de cette campagne publicitaire autour de la boisson allégée et de Bye bye birdie, lancée en épisode 2. Tout est fait dans les règles, chapoté par un Sal si excité (par sa nouvelle étiquette de cadre commercial) qu’il en fait douter son épouse sur sa sexualité, mais les clients n’y croient pas et admettent leur échec sans savoir ce qui coince. Personne ne parvient à trouver ce qui cloche en effet, l’impasse, excepté pour Roger qui lâche, comme il sait si bien le faire, un : « Because she’s not Ann-Margaret ». Un Roger des grands jours.

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01/02/18

     Un épisode essentiel (Une fois de plus) et je ne dis pas ça uniquement parce qu’on y retrouve Abigail Spencer. Tu sais, l’enseignante de Sally, qui faisait une sensuelle apparition en début de saison. Là on passe le cap de la simple apparition, elle tient un vrai rôle, convoque les parents pour une rixe d’enfants et se retrouve bouleversé quand elle apprend que Sally vient de perdre son grand-père. Et on saura bientôt pourquoi lors de l’appel téléphonique qui suivra, dont le ton solennel (Elle appelle les Draper pour s’excuser d’avoir sur-dramatisé la situation) est vite secoué par une ambiance de flirt mutuel entre elle et Don, puisque c’est lui qui a décroché. Ce rapprochement dans la douleur et la fuite identitaire est d’autant plus absurde et inopiné que c’est le moment qu’a choisi le bébé pour se pointer. J’imagine qu’on va la revoir. Je crois les doigts pour qu’on la revoie beaucoup, même si ça veut dire que Don poursuit sa fuite. Mais là c’est autre chose qui se joue pour le moment, un accouchement vécu de part et d’autre comme un vertige existentiel. Tout ce qui suit ne fera qu’éloigner le couple, par le récit, le plan, les rêves. Et de cette froideur conjugale naît de mystérieux et/ou chaleureux échanges pour Don : Ici avec sa fille Sally, puis avec Peggy, puis avec le jeune papa /maton dans la salle d’attente de la maternité. Lorsque Don le croise un peu plus tard, il ne semble pas le reconnaître et esquive complètement son sourire. Quant à Betty, elle fait des rêves chelou, elle recueille une chenille dans la paume de sa main, voit ses parents morts dans sa cuisine et une serpillère pleine de sang. Un peu lynchien cet épisode.

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04/03/18

     Un mois sans voir un épisode de Mad Men. Aucune explication. Je ne sais pas trop à quoi c’est dû si ce n’est que j’ai vu beaucoup de films durant ce mois de février et aucun épisode de série. AUCUN. Alors que de nombreuses me font de l’œil. Alors que j’avais laissé Mad Men sur un épisode somptueux. Vraiment pas d’explication.

     Mad Men et moi sommes recroisés hier soir pour un épisode fantastique. Encore. L’un des plus beaux, tout simplement. D’une linéarité diabolique. Dune fluidité déconcertante. Dans lequel les propriétaires de l’agence viennent un 4 juillet pour proposer leurs désirs de restructuration.

     Comme un mauvais sort concerté, jeté par Joan mélancolique à cause de son départ imminent, Don qui se voyait déjà londonien, Roger agacé qu’on l’ait zappé dans le nouvel organigramme, Lane déconcerté par sa mutation dans une succursale en Inde, un rebondissement tondeuse à gazon, spectaculairement gore viendra perturber cette nouvelle donne hiérarchique qui n’avait promu qu’Harry Crane.

     Enorme séquence. C’est comme si Cronenberg débarquait dans La Party. Et puis ça nous aura offert deux répliques d’anthologie. Roger, d’abord, débarquant sur le tard : « Jesus, it’s like Iwo Jima out there ! » et Don, patientant aux côtés de Joan à l’hôpital : « One minute you’re on top of the the world, the next some secretary is running you over with a lawnmower ».

     L’épisode permet aussi de s’intéresser à Sally qui vit très mal la naissance de son deuxième petit frère Eugène, effrayée de voir en lui la réincarnation de son grand père décédé. Dans un final bouleversant, Don la console et lui parle du bébé qui prend forcément beaucoup de place mais qui est un être à part entière et qu’on va apprendre à aimer. Bob Dylan au générique. Song to Woody. Ou quand une série a la classe.

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07/03/18

     Le 7 n’est clairement pas le plus inspiré des épisodes de Mad Men, aussi bien dans sa structure par trois que dans le flou de ses enjeux sous forme de whodunits un peu lourdingues. L’épisode s’ouvre sur trois situations à expliquer : Peggy est au lit avec un homme ; Don se réveille le nez ensanglanté dans un motel ; Et Betty se prélasse sur un sofa ancien. L’occasion de revenir sous forme de flash-back sur les jours qui ont précédés ces trois situations. Rien de bien passionnant. Reste une hallucination de Don, drogué par un couple de routards, avec la vision de son père lui racontant des blagues sur son rocking-chair. Badant.

     Si l’épisode précédent nous apprenait que Betty était diplômée d’anthropologie, on découvre dans le 8 qu’elle parle couramment l’italien. J’en bavais. Bref, bien que ce soit pour le boulot de Don, c’est une escapade à Rome, en plein mois d’août, dans une vie parallèle auquel nous convie ce voyage. Au point qu’ils vont tous deux l’espace d’un instant, quand Betty se fait draguer par deux italiens, rejouer leur rencontre. Celle qu’ils auraient pu avoir. Celle dont Betty rêvait qu’elle soit reconduite ad aeternam – A son retour elle dit ne plus supporter New York. De son côté, Pete flirte avec la nounou de ses voisins de palier, puisque Trudy est parti une semaine en vacances. Je continue d’avoir beaucoup de mal avec Pete. On avance systématiquement d’un pas pour reculer de deux avec lui.

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12/03/18

     D’un côté, le couple Draper traverse une crise silencieuse. Tandis que le bébé et le client Hilton les réveillent chaque nuit, Betty est séduite par Henry Francis quand Don s’en va retrouver Suzanne, tous deux s’enlisant dans de périlleux mensonges. De l’autre, il y a Sal, personnage infiniment tragique qui se fait draguer par un des gars de Lucky Strike et se retrouve, puisqu’il a refusé ses avances et que le client veut lui faire payer, dans une fâcheuse posture. D’abord, Roger exige qu’il prenne la porte. Mais lorsqu’il s’entretient avec Don dans la foulée, on espère que ce dernier trouvera une solution au moins aussi intelligente que sa façon de tenir le secret de Baltimore. Mais Lucky Strike étant trop important il préfère confirmer la décision de Roger en accompagnant ça d’un cinglant « You people… ». Putain. Trop dégoûté, j’adorais Salvatore Romano. Et vu le bouleversant final « Kitty je ne rentrerai pas ce soir, j’ai encore du travail, je t’aime » peu de chance pour qu’on le revoie. Rarement on avait autant senti le poids de cette agence, de ses associés, de sa clientèle sur les petits responsables ou alors il faudrait remonter à l’épisode Freddy Rumsen. C’est le moment de dire combien cette saison aura perturbé le fonctionnement pantouflard attendu « des personnages ancrés qui ne sortent jamais du récit ». Joan est partie. Maintenant, Sal. Peggy & Pete sont courtisés par Duck Philips qui travaille pour une autre agence et il faut bien le reconnaître un peu délaissés par le récit. Tout est devenu très brinquebalant au point que si je ne savais pas Mad Men étirée sur sept saisons j’aurais pu penser, ici, qu’elle filait vers son crépuscule. Un peu à l’image du couple Draper. Qui sont de plus en plus beaux sitôt pris individuellement ou quand ils font semblant de ne pas se connaître – Cf épisode précédent. Betty semble retrouver toute sa maitrise et son pouvoir dès l’instant qu’elle fait face à l’homme qui s’immisce dans ses rêves – Et ira jusqu’à son bureau à l’improviste pour lui prouver qu’elle a le dernier mot. Et Don est d’une intense fragilité au contact de la jeune institutrice. Il parait que Matthew Weiner a demandé à Abigail Spencer d’écouter Suzanne, de Leonard Cohen, pour entrer dans le personnage. Quel beau personnage, bon sang. Et quelle magnifique actrice. A part ça on entend un moment donné sur le poste de radio le discours du 28 août 1963 de Martin Luther King. L’assassinat de JFK n’est plus très loin.

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14/03/18

     Fallait bien que ça arrive. A la faveur d’un hasard de clé de tiroir oubliée dans un peignoir, Betty fait connaissance avec la boite secrète de Don, autant dire avec son autre vie : Des photos de famille – sur lesquelles il apparait légendé « Dick » – côtoient un sacré paquet de cash ainsi qu’un certificat de divorce, entre autre.

     Entre-temps, Don se retrouve à filer un coup de main au frère de Suzanne, qui lui demandera de le laisser sur le bord de la route plutôt que de l’emmener là où sa sœur croit qu’il reconstruira sa vie. L’ombre du frère de Don plane fortement sur cette curieuse et éphémère interaction et le fait qu’il lui offre sa carte avant de le laisser partir rappelle qu’il ne l’avait pas fait pour son frère – se contentant de lui filer de l’argent pour acheter son silence, son évaporation, sa mort en un sens.

     Au milieu de tout ça, Sterling Cooper fête ses 40 années d’existence. L’occasion entre autre de saluer Don Draper pour son génie et son étroite collaboration. Le regard de January Jones à cet instant-là, fait partie de ceux qu’on n’oubliera pas de sitôt. La discussion entre Suzanne et Don, au sujet des différentes perceptions de couleurs, sur laquelle s’ouvrait l’épisode, entre en écho avec la situation silencieuse de Betty qui n’attend plus que l’affrontement : La couleur qu’elle attribuait depuis tout ce temps à son mari n’était apparemment pas la bonne.

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15/03/18

     L’affrontement tant attendu n’aura pas lieu comme on l’attendait. Après moult appels du pied, toujours esquivés par Don (qui aura fait ça toute sa deuxième vie, en fait) Betty finit par lui montrer la clé, ouvrir son tiroir, sous ses yeux, au moment où il allait la quitter le temps d’un week-end et filer dans les bras de Suzanne. Il lui faudra encore du temps pour accepter la situation, pour entrer dans la discussion.

     Cette séquence prend une place conséquente dans l’épisode. De façon très posée, dont Mad Men restera coutumière, Don s’ouvre tout en reconnaissant qu’il n’a jamais pu déballer un mensonge aussi grand, quand Betty écoute, silencieusement, tout en ne masquant pas sa déception et sa colère. Ça dure une éternité et c’est somptueux.

     Chacun ses larmes, c’est sans doute ce qu’il y aura à retenir de cette mise à nu. Deux douleurs qui s’affrontent mais un gouffre de contradictions qui s’ouvre. Don en tremble au point de faire tomber sa cigarette, au point de faire cogner les glaçons de son verre de whisky. Et Betty aura cet air de compassion / compréhension, cette main sur son épaule, cette douceur dans sa voix qui évoquent paradoxalement un choix à venir sans équivoque.

     Inutile de préciser que cet épisode bouleversant s’en ira sur une note infiniment bouleversante : Un dernier halloween en famille. Au premier trick or treat, un homme ouvre la porte, reconnait the gipsy and the hobo (Sally et Bobby), avant de lever les yeux vers les parents (Don et Betty) et de demander, en prophète, plutôt qu’en blagueur : « And Who Are You Supposed to Be? ». C’est à chialer.

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16/03/18

     Immense fin de saison. Après les larmes provoquées par cette putain de boite secrète, Matthew Weiner nous aura offert des trucs attendus mais traités avec une maestria totale (L’assassinat de Kennedy), des rires (l’agence parallèle improvisée : Absolument jouissif de voir notre fine équipe devenir soudain des résistants maquisards retranchés dans leur cellule) et encore des larmes (Betty & Don, les enfants, cette séquence de canapé comme une photo de famille qui s’évapore).

     La Betty mélancolique de la première saison aurait été anéantie par cette découverte mais bouleversée par les explications de son mari. La nouvelle Betty n’aura aucune pitié, aucune faveur à offrir à ces aveux tardifs. Et comme souvent dans ces cas-là ce sont les enfants qui trinquent en premier. Cette discussion dans le salon, d’une douceur et d’une tristesse sans nom. C’est Kramer contre Kramer qui rencontre Douglas Sirk.

     Mad Men fait régulièrement entrer en résonnances l’immense fiction qu’elle construit avec le réel des années 60. Les exemples sont légion et m’est avis qu’on n’a pas fini d’en trouver dans les saisons à venir, toujours est-il que l’évènement qu’on attendait tous car nous savions qu’il ébranlerait autant la série qu’il a ébranlé les Etats-Unis ce jour de novembre 1963, c’est la mort de JFK. Réguliers sont les épisodes qui font un clin d’œil à un fait réel. Rares sont ceux qui sont construits autour de l’un de ces faits. The Grown-Ups sera de ceux-là. Et c’est probablement parce que l’annonce débarque en plein milieu d’épisode – quand celui-ci ne cessait de montrer des téléviseurs allumés dans chaque scène – qu’elle s’avère puissante : Chacun avait sa journée avant que ça ne se produise. Chacun aura une toute autre journée, alors. La diffusion de l’information dans les familles ainsi que chez Sterling Cooper est un monument de montage et d’écritures, ni plus ni moins.

     Répercussions directes chez Sterling Cooper puisqu’à l’annonce de son rachat, Don a cette idée lumineuse de créer une entité parallèle en prenant sous son aile les éléments essentiels : Roger, Bert, Lane, Joan, Pete, Peggy et Harry. Il faudra passer par ce moment où les quatre actionnaires se virent eux-mêmes : « Well gentleman, I suppose you’re fired » après que les deux commerciaux « poules aux œufs d’or » n’aient absorbé leurs capitaux clients. Cet élan résistant prononcé par Lane est l’issue qu’on n’avait même pas osé rêver.

     Si ce final season enterre un couple, il marque aussi le retour de Don dans la roue professionnelle, tant il fait table rase de ses divergences diverses en allant reconquérir Roger, Pete et plus difficilement Peggy, dans un échange de larmes discrètes absolument étonnant. La plus belle image restera celle de cet appartement improvisé bureau partagé, dans lequel Trudy fera entrer le petit déjeuner.

Mad Men – Saison 2 – AMC – 2008

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20/10/17

     Presque trois mois sans voir un épisode de Mad Men. Dingue ce que ça m’avait manqué. On repart sur des bases tout aussi solides narrativement, élégantes dans chacune des interactions entre les personnages et sublimes d’un point de vue plastique. J’appuie sur ce dernier point car je viens seulement de rattraper et finir la série 11.22.63 tirée du bouquin de Stephen King et outre sa bonne tenue sitôt prise dans le divertissement pur, c’est fou ce que ça peut être fade et bâclé, notamment du point de vue de la reconstitution. Quelques plans d’un épisode de Mad Men suffisent à faire croire qu’on est plongé dans les sixtees. Dans 11.22.63 il faut se battre pour y croire.

     Quoiqu’il en soit, cette ouverture de saison, relativement sobre, comble nos attentes sur de nombreux points. Tout d’abord puisqu’elle se joue du medium pour balancer une ellipse conséquente : plus d’un a passé depuis les derniers évènements de la saison de lancement. Trois marqueurs temporels, discrets, vont nous le dire : On apprend d’une part, selon les dires de Pete que Peggy Olson s’est arrêté cinq mois pour sa grossesse avant de reprendre son poste. On apprend d’autre part qu’il s’agit d’un jour spécial puisque c’est celui de la Saint Valentin et la télévision diffusera, le soir-même, le documentaire White House Tour, avec Jackie Kennedy. Nous sommes donc le 14 février 1962.

    Pour le reste, Betty va croiser une ancienne amie et colocataire, devenue call-girl, qui l’abordera sous son nom de jeune fille, comme l’homme mystérieux abordait Don en l’appelant Dick dans l’un des premiers épisodes de la saison 1. J’aime ce genre de boucle / clin d’œil, qui à la fois réunit les personnages autant que ça les éloigne – Leur relation en ce début de deuxième saison ne ressemble à priori en rien à ce qu’elle était ; On sent qu’une année s’est écoulée. Quant à Don, il est très troublé par un bouquin de Frank O’Hara, Meditations in an emergency. Où ça mènera ? Je ne sais pas. 

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27/10/17

     On repart dans une spirale de déprime absolue mais de déprime douce, endolorie, jamais placardée ou appuyée, avec cet épisode magistral et bouleversant, qui s’ouvre sur une fête mondaine (le soir) avant l’annonce du crash d’un vol American Airlines (le matin) dans la Jamaica Bay. Chacun a beau y balancer sa petite vanne, l’événement aura ses répercussions, directes dans la mesure où Pete apprend bientôt que son père était dans l’avion, indirects d’un point de vue marketing puisque les partenaires de Sterling Cooper souhaitent brutalement s’intéresser à la compagnie aérienne touchée et leur fournir de quoi rebondir ce qui a pour incidence de se séparer de la Mohawk Airlines, contrat pour lequel Don s’était investi.

     Et puis l’épisode ouvre clairement la voie à une critique sur le racisme ambiant sévissant dans les années 60. La première réplique de l’épisode revient d’ailleurs à Trudy, la femme de Pete : « I have no problem with Negroes, I’m just worried about the car ». Que l’on revienne à de nombreuses reprises sur ce que chacun pense de l’amoureuse (noire) de Kinsey (le barbu) entretient cette atmosphère de racisme ordinaire. Et continue d’éloigner les couples autant que les relations entre collègues sitôt qu’ils n’entrent pas dans un cadre bon enfant ou strictement professionnel. Quand Pete, choqué par l’annonce du décès de son père, vient dans le bureau de Don pour lui parler, Don le renvoie chez lui, ici ou prétexte que ce n’est pas le moment, là.

      Quant à Peggy les deux séquences qui lui sont véritablement attribuées (On la voit aussi draguer dans la soirée, se réveiller avec sa robe rouge de la veille) et qui la concerne elle et son bébé, sont très émouvantes : Ici chez sa mère qui vraisemblablement l’élève avec les enfants de sa sœur et ne manque pas de constamment le rappeler à Peggy ainsi que son refus catholique – Ce moment où elle lui demande si elle ne veut pas dire au revoir à sa fille, mon dieu. Puis plus tard, dans l’Eglise. La mère catho : Ça semble définir tout ce que Peggy ne veut pas être.

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08/11/17

     Je vais à mon rythme pour cette saison, un tout petit rythme, ce qui ne m’empêche guère de prendre un plaisir fou – En parallèle je découvre la première saison de Mr Robot et purée ce que je m’y emmerde. Bref, c’est une fois encore un épisode magnifique, je serais tenté de dire crucial mais à ce petit jeu ils le sont tous, cruciaux. Il y a deux choses importantes, ici.

     La première c’est qu’on s’intéresse enfin à Harry Crane, qui lorsqu’il découvre par mégarde que l’un de ses collègues touche une paie largement supérieure à la sienne, tente un coup de poker en proposant au patron d’une chaîne un show télé présentant le procès d’une femme à cause de son avortement, show qui ne trouve aucun sponsor. L’ironie de la situation, qui l’empêche d’en parler à sa femme : Ils sont sur le point d’avoir un bébé. C’est aussi cela Mad Men, une audace folle même dans une storyline qui semble à priori très anodine. J’aime beaucoup ce personnage d’ailleurs.

     La seconde tourne autour d’un comique, Jimmy Barrett, interprétant une publicité pour des chips appartenant à un couple de milliardaire. Sterling Cooper assure la communication, évidemment. Un incident (le type titille la mécène sur son imposant poids) perturbe la collaboration globale et Don va se charger de lancer l’idée d’un dîner de réconciliation au cours duquel le comique (joué par le formidable Patrick Fischler, l’homme qui raconte son cauchemar dans Mulholland drive) devra présenter sers plates excuses. Scénario prétexte pour une fois de plus se pencher sur la dislocation Betty/Don.

     Elle se fait ouvertement draguer pendant un cours de cheval mais garde son sang-froid. Sang-froid dont nous ne sommes dupes. Betty manque cruellement d’affection et elle se met à rêver lorsque Don lui propose de l’inviter au Lutèce (un restaurant côté) avant de déchanter lorsqu’il lui apprend que c’est pour le business, qu’elle devra y charmer un client, le fameux Jimmy Barrett. Et Don, lui, s’embarque dans un jeu dangereux de séduction avec la femme de son client. Que l’épisode se clôt sur les larmes (de joie) de Betty, avouant être ravie d’avoir contribué à la réussite du dîner en formant une équipe de choc avec son mari, rend l’atmosphère infiniment triste.

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17/11/17

     Les flashbacks sont rares dans Mad Men. Il y en deux, relativement brefs durant l’épisode 5 et ils concernent tous deux Peggy, sur son lit d’hôpital, apprenant (bien qu’on la sente plutôt dans le déni) d’abord qu’elle vient d’accoucher, puis assistée de Don qui lui rend visite et trouve les bons mots (un poil menaçants cela dit, non ?) pour lui faire oublier cette épreuve. Ce retour dans le passé (On ne savait évidemment rien de cette visite de Don, Mad Men a cette élégance de ne pas ressasser) n’arrive pas là gratuitement, il permet d’entrer en écho avec l’évènement principal de cet épisode : L’accident de voiture de Don et Bonnie (La femme de l’humoriste avec laquelle Draper continue de flirter) plus ou moins gorgés d’alcool – avant lequel Don lui avoue adorer les films, annonce sur laquelle elle rebondit : Spartacus ? La notte, lâche-t-il. Bim. Antonioni.

     Pour ne pas rester en dégrisement, Don, qui n’a pas suffisamment de cash sur lui pour payer sa caution, doit appeler quelqu’un. On pense d’abord que ce sera Rachel Menken, désormais mariée, qu’il croise dans le bar juste avant l’accident. On ne l’imagine évidemment pas demandé de l’aide auprès de sa femme. Ce sera donc Peggy. Dévouée Peggy qui donne ses 110$ (qu’elle ne manquera tout de même pas de lui réclamer plus tard « I guess when you try to forget something, you have to forget everything. »lui dira-t-il alors), propose à Bonnie de l’héberger et promet à Don de garder ce secret pour elle, comme probablement, il avait gardé le sien. C’est très beau cette histoire de secrets mutuels mais c’est un peu brinquebalant il me semble, Peggy & Don naviguant dans deux réalités complètement différentes.

     Deux épisodes très complémentaires, puisque dans le premier Surtout on s’intéresse essentiellement à Peggy, son semi-flirt avec un paroissien écarté par sa mégère jalouse de sœur qui révèle ses secrets de grossesse indésirable ; à Pete et les divergences refoulées qu’ils entretiennent sa femme et lui à propos de concevoir un enfant (ça permet de voir d’ailleurs combien Pete est faible sitôt inquiet (ses révélations archi spontanées à un médecin qu’il connait à peine) et complètement immature dès qu’il se trouve en position de force (Quand il reçoit les tests de sa fertilité et fanfaronne de façon égoïste devant sa femme qui réalise amèrement que le problème vient sans doute d’elle). Mais c’est bien chez les Draper qu’on trouvera une fois de plus les plus beaux instants.

     Cet épisode qui se focalise sur trois dimanches qui se suivent, a la particularité, pour le dimanche des Rameaux, qu’il sera travaillé, chez Sterling Cooper, qui reçoit (mais en fait non) les relous d’American Airlines. Ce qui fou bien la merde chez les Draper. Notamment dans le déséquilibre inexorable de l’éducation de leurs enfants, qui sont pas faciles aussi : Ils débarquent dans la chambre pendant que leurs parents font le hum-hum du dimanche matin, Bobby pète le tourne-disque puis se brule sur la crêpière. Et Don reste passif au grand dam de Betty qui comprend bientôt, via une confidence non souhaitée que son mari n’a pas eu une enfance cool sous les coups de son père. L’épisode se clôt dans un double moment de violence (Don balance un verre contre le mur puis bouscule Betty) suivi d’un moment déchirant entre un père et son fils.

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21/11/17

     Pas en super forme, le Don Draper. Ce qui est le plus terrible c’est de le voir à ce point perdu, honteux, blasé, mauvais, au fond du trou, sans trop savoir ce qui, véritablement, le plongé dans une telle crise existentielle. Ici devant un défilé de bikinis, là dans sa salle de bain, il a ce regard lointain, absent, indiscernable. Il est ébranlé par cette discussion avec un client qui lui annonce qu’il a construit chez lui un abri antiatomique, il est furieux en voyant Betty s’exhiber dans un maillot jaune (qui m’a fait bavé) avant de filer à la piscine, il est outré par les révélations de Bonnie sur sa réputation d’homme à femmes.

     Il me fait peur ce personnage, en fin de compte. Là où les autres nous rassurent, dans leur beauté ou bonté comme dans leur médiocrité ou vulgarité, Don, lui, dégage une aura dont la fascination qu’elle exhale n’a d’égal la crainte imminente de l’autodestruction. C’est très perturbant, à peu près tout le temps, mais plus encore lors de cet épisode où Don semble vouloir exister puis disparaître l’instant suivant, aimer Betty puis vouloir Bonnie Barrett, regarder ses enfants avec la passion d’un père aimant puis les rejeter violemment dans la foulée, être convaincu par une idée publicitaire « Jackie by day / Marilyn by night » puis s’en détacher soudainement.

     A part ça c’est un épisode où les femmes prennent clairement le pouvoir. L’affaire du bikini Playtex pour une campagne publicitaire, n’est qu’une métaphore de cette marche féminine que vont se relayer tour à tour Joan, Betty et Peggy, jusque dans une superbe séquence finale, durant laquelle la jeune Olson qui vient enfin d’intégrer le groupe commercial, essentiellement masculin, en se glissant à leurs côtés dans un club de streap tease, échange des regards très mystérieux avec Pete, très sexuels surtout.

MM2.072.07

24/11/17

     Voici sans nul doute mon épisode préféré de cette saison, jusqu’à maintenant, du reste. Véritable déflagration, à tous les niveaux. Chez les Draper, déjà, puisque lorsque Don est sur le point de se payer une Cadillac dernier cri, un flashback nous offre brièvement quelques images de ce qu’il était entre la guerre et aujourd’hui : un modeste vendeur chez un concessionnaire. Voir Don en costume dépareillé fait un peu mal aux yeux. C’était tout aussi passionnant du côté de Jane, la nouvelle (Je l’adore déjà) qui lance d’emblée une mini-rébellion en tenant tête à Joan et en se mettant Roger dans la poche, ainsi que dans le coup de foudre de Sal pour Ken Cosgrove et cette histoire de Violon d’or, qui rappelle vite fait Harry un ami qui vous veut du bien, à la différence qu’ici on ne projette ni folie ni peur mais un désir palpable. Et c’est là que Mad Men est une série intelligente : La femme de Sal, qui aurait été sacrifié du récit ailleurs, ressent tout cela, comprend les regards de son mari pour le jeune écrivain, sa façon de lui tendre son briquet. C’est bouleversant. Qui plus est dans un monde aussi codé et macho que Sterling Cooper dans les années 60.

     Mais je suis surtout séduit d’un point de vue plastique, rarement vu un équilibre aussi parfait. Mad Men est souvent irréprochable là-dessus mais là on a la sensation qu’un cap est encore franchi, dans sa façon de mettre en scène le jour et la nuit, l’intérieur et l’extérieur, d’embellir et de salir, à l’image de cette séquence parenthèse, en apparence anodine, qui voit la famille Draper au repos dans un parc sur une couverture de pique-nique. Tout respire la douce évasion, Don allant jusqu’à s’offusquer de voir sa fille préférer jouer aux dames plutôt que de regarder les nuages. Son fils, lui, n’a qu’une envie c’est de pisser contre un arbre. Et Don s’assure que les mains sont propres avant de remonter dans la nouvelle voiture, un bijou de Cadillac bleue ciel que seuls les golden boy peuvent se payer. Au moment de décoller, il jette sa canette de bière comme un lanceur sa balle de baseball, pendant que Betty secoue la nappe de déchets, avant de s’arracher. Ça sent la pisse et la crasse malgré la beauté solaire d’un tableau de Renoir. Et ça annonce clairement la séquence finale de l’épisode, avec les accusations violentes de Jimmy Barrett – Alors que tout respirait encore le flirt insouciant – qui s’élève contre ceux (Bonnie & Don) qui les empêchent de vivre, Betty et lui. Fallait bien que ça se termine sur un vomi. Et peu avant c’est le regard de Don qui glace le sang, lorsque Jimmy lui demande d’aller baiser sa femme et pas celle des autres, ce même regard ou presque que celui qu’il arbore face à cette femme, dans le flashback, qui reconnait Don mais pas son nom. Hâte que la série creuse tout ça.

MM2.082.08

12/12/17

     Il suffit d’observer l’intégralité de mes choix de photogrammes pour constater que Betty revient souvent. C’est de très loin le personnage qui me touche le plus dans Mad Men et ce n’est pas nouveau, ça dure depuis les premiers épisodes de la saison 1. Je pense que January Jones y est pour beaucoup. Il faut savoir le jouer, le rôle de cette femme pour qui chaque jour semble d’abord être une possibilité d’épanouissement supplémentaire, dans le petit territoire familial qu’elle s’est concoctée, avant qu’un gouffre de solitude, déceptions, mensonges, humiliations ne finissent par s’ouvrir sous ses pieds. Si cet épisode s’intéresse aussi beaucoup à Peggy Olson et Harry Crane, c’est avant tout un défilé Betty Draper. Pas pour me déplaire. A ce titre, si vestimentairement parlant, on savait que tout lui convenait : cette robe à pois jaunes, verts, bleus, dedieu !

     Elle est sur son cheval au galop quand l’épisode s’ouvre, ce n’est pas pour rien. Elle transpire un peu, donc. Et quand il se termine, elle vient de prendre une douche – comme pour se laver de la honte qui la gagne – et c’est les cheveux mouillés qu’elle lance sa rébellion. Entre temps, il lui faudra vider le dressing, briser une chaise, se murger, dormir seule et porter cette robe à pois vingt-quatre heures durant, comme le symbole de rupture : Tirée à quatre épingles lors de la réception, elle est comme toute chiffonnée dedans le lendemain. Rébellion qu’elle avait déjà bien amorcée sur deux accès de colère qui ne lui sont pas coutumiers : Son indignation suite à l’humiliation ressentie durant le grand diner d’invitation (l’impression d’être un rat de laboratoire, quand elle est démasquée en ménagère parfaite qui présente le panier de Heineken comme les cadres de chez Sterling Cooper l’ont fait plus tôt de leur côté, en guise d’imitation)  puis ses accusations de tromperies envers un Don impassible. Pour combien de temps ? Difficile à estimer, tant on sent Betty très loin de lâcher le morceau. Le ver est dans le fruit. Et Betty, elle, est toujours aussi sublime, ravissante, bouleversante. Espérons qu’elle ait le courage d’aller plus loin, de briser ces secrets et ce sentiment d’humiliation qui la gagne chaque jour davantage.

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14/12/17

     Episode de l’effondrement. Et d’emblée puisque Don s’éveille dans sa chambre de l’hôtel Roosevelt, sort en caleçon sur le palier pour attraper le journal du jour. Marilyn est morte. Au bureau, si les femmes sont pour la plupart anéanties, Jane et Joan comprises, Freddie, lui, signe « son arrêt de mort » en se pissant dessus, complètement bourré, juste avant de tenir une présentation lors d’une réunion commerciale. Les moments qu’il passera ensuite en compagnie de Roger & Don à boire des coups dans un casino souterrain en guise d’adieu, sont très beaux, très émouvants. C’est pourtant autre chose qui se joue bientôt : Don finit par se confier à Roger sur ses dérives conjugales et leur discussion existentielle provoque un nouveau tremblement de terre : Le lendemain, Mona débarque dans le bureau de Don, à feu et à sang. Roger l’a évincé. Pour Jane. Je ne l’ai pas vu venir, celle-là. Le show s’amuse du vaudeville en lui redonnant ses lettres de noblesse. Vaudeville cruel, quand même.

MM2.10112.10 & 2.11

27/12/17

     Deux épisodes passionnants à mettre en corrélation, tant ils sont opposés par leur déroulement, dans ce qu’ils charrient l’un l’autre, voire même dans ce qu’ils font chacun du personnage de Don Draper. Pire, je me demande si le 10 n’est pas l’épisode que j’aime le moins de cette saison et le 11 celui que je préfère.

     Dans l’un, Don se retrouve « coincé » chez ses beaux-parents (le père de Betty ayant été victime d’une attaque, apparemment sans gravité bien que son comportement s’avère vraiment inquiétant) en acceptant l’appel à l’aide de Betty. On se doute qu’il va tenter de rafistoler son couple là-dessus. Ailleurs, on se serait servi de ce tremplin pour rabibocher des amoureux éloignés. Dans Mad Men, c’est beaucoup plus compliqué que ça. D’autant que Betty en a décidé autrement.

     Dans l’autre, Don se laisse comme d’hab guider par son instinct quand lors d’un voyage professionnel en Californie, il se laisse séduire par une jeune nomade (nommée Joy, oui, Joy) qui va tout le chambouler : Il fera un malaise suite à coup de chaud, d’une part, avant de plus tard passer un mystérieux coup de fil au cours duquel il se présentera sous le nom de Dick Whitman. Qui appelle-t-il ? De toute façon, on est arrivé à un stade où on le verrait tout quitter que ça n’étonnerait même plus. Donc il peut bien appeler n’importe qui, on est prêt à tout entendre.

     Ce qui est très beau, c’est la double résonnance de ce bouleversement, avec Roger d’une part, puisque la déviation de Don évoque aussi celle de son ami avec la jeune et jolie Jane. Avec Peggy ensuite car en parallèle de ce brutal changement, Peggy change aussi, de coiffure (Elle est clairement Jackie lorsqu’on la voie devant les déclarations de Kennedy sur la conquête spatiale) et sort avec un garçon homosexuel pour aller voir Bob Dylan. Ils ont toujours été relié ces deux-là (Peggy et Don) j’aime beaucoup cette trajectoire commune que la série leur offre sans pour autant les faire résonner concrètement.

MM2.12132.12 & 2.13

30/12/17

     Immense et riche fin de saison.

     On sait dorénavant que la personne au téléphone avec Don (fin épisode 11) c’est Anna Draper. La veuve du vrai Don Draper. Je l’ai pas vu venir non plus, celle-là. On apprend que (notre) Don subvient à nombreux de ses besoins, en plus d’entretenir une vraie relation de confidence avec elle. Un discret flashback relie leur rencontre et son retour. C’est très beau. Pendant ce temps, la fusion de Sterling Cooper avec une agence anglaise, mise en branle par Duck (Mark Moses, que je ne supportais déjà pas dans Desperate Housewives, a ici hérité d’un rôle encore anti-glamour, opportuniste, alcoolique, un peu monstrueux aussi, à vérifier avec le temps) est lancée. De son côté, Pete perd un gros client, que son beau-père lui retire quand il apprend que le jeune homme souhaite adopter. Quant à Peggy, elle hérite du bureau de Freddie Rumsen. Et Joan, elle, clairement en retrait dans cette saison, se fait salement violer par son petit ami, qui avait tout du prince charmant et qui s’avère être un gros dégueulasse. Le regard de Christina Hendricks, à cet instant, est effrayant.

     L’épisode final sera un feu d’artifice. On est en Octobre 1962. Les Etats-Unis entrent dans une période difficile, c’est la fameuse crise des missiles de Cuba. La panique générale contamine l’agence et les foyers. La peur du nucléaire crée une autre apocalypse. Betty apprend qu’elle est enceinte et « fête » cette nouvelle en passant la nuit avec un inconnu. Plus qu’une vengeance sexuelle, on ressent cette action comme le degré d’indépendance qui lui manquait, pour accepter de faire revenir Don ? Pete, lui, déclare sa flamme à Peggy mais prend une sacrée veste lorsqu’elle lui avoue avoir eu un enfant de lui, avant de lui balancer frontalement qu’elle n’aurait eu aucun mal à ce qu’ils se marient si elle l’avait voulu. Bim. Quant à Don, il ne veut plus travailler chez Sterling Cooper avec Duck Philipps comme président. Bim, again. De toute façon c’était un autre Don, durant cet épisode final. La double escapade californienne / Anna Draper semble l’avoir adouci spirituellement – l’épisode précédent se fermait d’ailleurs sur une baignade un poil trop symbolique. Il est cool avec Pete. Il écrit à Betty. Il envoie bouler Duck. Me plait bien, ce nouveau Don Draper. C’est d’ailleurs quand on le découvre en train de se retrouver lui-même que Betty s’abandonne dans les bras d’un autre. Les créateurs de Mad Men ont vraiment une totale confiance en ce qu’ils sont en train de bâtir, ailleurs on aurait vu ce virage comme misogyne. Là c’est à peu près tout le contraire : Et s’il fallait tout détruire pour reconstruire ?

Mad Men – Saison 1 – AMC – 2007

     Voici le récap de mes Notes quotidiennes sur mon rattrapage Mad Men – Et qui sera très probablement ma plus grande découverte (tardive) de l’année. En espérant que je poursuivrai dans cet élan pour les saisons suivantes. Car c’est une véritable claque. De celles dont on ne se relève pas.

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20/07/17

Au rayon des grandes séries achevées, il me reste tout un tas de choses à découvrir. Six Feet Under, Les Soprano, The Shield, Oz, pour ne citer que ces quatre-là. Si j’arrêtais de mater des nouveautés je pourrais rattraper ce retard sur un an, facile. Mais j’ai pas envie d’arrêter de mater des nouveautés, y a trop de belles choses. Parmi la liste de ces « séries cultes » qui me font de l’œil, Mad Men est bien placée. J’ai appris hier que la série avait été lancée il y a dix ans jour pour jour : L’occasion idéale pour s’y mettre. Le pilot m’a permis de faire brièvement connaissance avec ce petit univers de la publicité dans le New York des années 60. De faire connaissance avec Don Draper, un nom que j’ai tellement entendu ces dix dernières années qu’il est devenu à mes yeux une mystérieuse légende. D’apprécier d’emblée l’élégance de la mise en scène, la beauté des costumes, la place centrale de la cigarette. C’est très bizarre d’entamer une série dix ans après tout le monde. Durant cet épisode de 47 minutes, Mad Men condense assez ce que je m’étais représenté de la série, son esthétique, son tempo, sur un ton un poil plus dépressif que l’image que je m’en faisais. La séquence finale est très belle. Je ne sais pas combien de temps ça me prendra mais, depuis hier soir, 19 juillet, je suis lancé !

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21/07/17

Il y a deux scènes très brèves, dans ce deuxième épisode, qui racontent beaucoup de cette ambiance paradoxale et surprenante qui habite la série. Peggy entre dans les toilettes du bureau et croise l’une de ses collègues en larmes. Deux scènes, deux femmes différentes. La première fois elle se soucie de cette femme qui pleure, s’empresse de l’approcher, mais elle est accompagnée de Joan Holloway « sa supérieure » qui lui fait signe de passer son chemin. La seconde fois, elle est seule. Et d’elle-même choisit de ne pas s’en inquiéter. Elle fait partie des lieux, elle est contaminée. Pourtant, elle aussi a ses états d’âmes quant à la lourdeur des hommes qui ne cessent de la draguer sans pincettes. C’est que derrière la légèreté de ce voile, joviale, parfois potache (la séquence du déodorant) on a le sentiment que les personnages jouent un rôle qui ne correspond en rien à ce qu’ils sont dans la vie. Don Draper le premier, qui bien qu’il continue de passer du bon temps avec sa maitresse, s’inquiète pour sa femme sujette à une mystérieuse anxiété qui la conduit à affronter un léger accident de voiture qui va complètement l’ébranler. Ce personnage féminin me fascine déjà tout particulièrement. Ici, elle semble heureuse, là elle donne la sensation de vouloir être ailleurs. A vrai dire je ne m’attendais pas à voir tout cela aussi vite. Je ne m’attendais pas à ce que la série ne cesse de crier son état dépressif latent. Une fois encore, l’épisode se ferme sur un plan d’enfermement du personnage entre deux portes ou cloisons. Il y a décidemment quelque chose de brisé et résolument tragique là-dedans, qui va à l’encontre de ce qu’on a déjà pu croiser dans les fictions traitant de cette Amérique bourgeoise et familiale. Là à chaud ça m’évoque presque Sirk ou plus récemment Mildred Pierce.

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23/07/17

Je me demande bien qui est Donald Draper. Ce publicitaire lunaire qui débarque au bureau en lançant quelques discrètes vannes tout en tirant la tronche. Cet homme mystérieux moins perturbé par la nouvelle campagne de pub Volkswagen (Qui semble ébranler tout le monde) que par cette étrange rencontre avec un vieux copain dans un train. Cet amant compulsif qui fait du gringue à une partenaire professionnelle sur le toit de son magasin avant de se raviser en lui avouant qu’il est marié. Ce père de famille qui construit une maison de jardin pour l’anniversaire de sa fille tout en s’enfilant des litres de bière. Ce mari dont les autres housewifes sont jalouses (« That man ! », s’exclame l’une d’elle en le voyant s’affairer avec son tournevis, avant qu’elle ne lui fasse la blague de l’accompagner prendre sa douche) mais qui semble trouver une oreille plus confidentielle du côté de cette femme délaissée. Don Draper, cet homme aux allures si parfaites, qui sort sa Super8 pour faire une vidéo souvenir tandis qu’il ne reviendra pas avec le gâteau d’anniversaire (préférant l’errance de ses pensées devant un passage à niveau – Sublime scène avec le bruit d’un train qu’on entend passer hors champ dont le reflet courbé de ses lumières vient couper le visage de Don au regard lointain) mais avec un labrador. Je ne sais pas encore le quart de la moitié de ce que peut ressentir ce personnage ni de ce qu’il a vécu, mais il me bouleverse déjà. Au moins autant que Betty, sa femme, complètement paumée « I do not know what to say » lâchera t-elle à la fin de Marriage of Figaro, le troisième épisode de cette saison 1, quand elle assiste au retour de Don, fêté par ses enfants heureux qu’il leur ait offert un chien. Oui, je n’en suis que là. Et déjà, je trouve ça puissant.

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26/07/17

Un épisode qui permet, entre autre, de creuser le personnage de Pete Campbell, commercial fraichement marié. On y découvre un jeune loup plus fragile et influent qu’on ne le croyait / qu’il ne laissait paraître. Le mariage les pousse, lui et sa femme, à se pencher sur l’acquisition d’un appartement au cœur de Manhattan, forcément hors de leurs prix. Plus que d’argent, c’est un épisode qui évoque la complexité des pouvoirs de domination. Pete travaille donc pense être celui qui aura le dernier mot sur cet appartement – Son salaire est insuffisant, point. Puisqu’ils sont jeunes, Trudy, sa femme imagine qu’on va les aider, que c’est dans l’ordre des choses. Quand le père de Pete bloque les négociations – Il ne semble pas s’être remis du choix de carrière de son fils – les parents de Trudy s’empressent de leur porter secours.

      A l’agence se produit un fait non pas similaire, mais dans la pleine mesure de ces rapports de pouvoir : Pete est persuadé que ses idées sont aussi pertinentes que celle de Don et le devance sur le slogan d’une maquette. Un geste finalement sans répercutions puisque si Don le vire sur-le-champ c’était sans compter un autre rapport de force – Magnifique entrevue Cooper/Sterling/Draper en chaussettes, petit détail mais petit détail qui compte tant il permet de constater qu’une série a la classe ou ne l’a pas – qui permet à Pete d’être relativement intouchable car descendant d’une famille ô combien influente chez Sterling Cooper qui lui doit une partie de son carnet d’adresses.

      New Amsterdam est un épisode passionnant dans ce qu’il génère de collision en duo : Helen/Betty ; Betty/Glen ; Rachel/Don ; Pete/Don. Pour accoucher sur deux entrevues en trio qui n’en sont pas vraiment : Dans la première, en chaussettes, Sterling est transparent, c’est Cooper qui mène la barque. Dans la suivante, lorsque Sterling fait croire à Pete que si Sterling Cooper choisit de le garder, il le doit entièrement à Don Draper, Don est présent mais ne sert strictement à rien. Il est flatté gratuitement parce qu’on voudra toujours plus le préserver lui que « that little snot » de Pete Campbell, pour reprendre les mots de Roger Sterling. Enième cinglante démonstration de pouvoir.

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27/07/17

« Who is Don Draper ? » C’est bien ce qu’on se demandait à la fin de l’épisode 3. Ces mots, ce sont ceux employés par son frère, dans 5G (1.05) dans lequel on apprend que Don s’appelle en vérité Dick. On le savait déjà un peu puisque l’homme qu’il avait croisé dans le train durant l’ouverture de l’épisode 2 l’avait alpagué par ce prénom. On en sait donc un peu plus : Don Draper a tiré un trait sur une partie de sa vie « I have a life. And it only goes one direction. Forward » dira t-il à son frère cadet avant de le planter dans le bar du coin où il n’a sans doute jamais mis les pieds, puisque c’est un homme si secret : Betty plaisante lorsqu’elle demande à une Peggy complètement perturbé si elle n’est pas saoulé par les bavardages de son mari. Car aussi étrange que cela puisse paraitre, l’épisode démarre en douceur et prend d’abord des allures de petit vaudeville, avant d’embrayer vers la tragédie de famille. Peggy décroche malencontreusement le téléphone quand Don est en discussion hot avec Midge. Et lorsque Betty vient au bureau avec les gosses pour une séance photo, Peggy est persuadé que Don est parti prendre du bon temps et elle préfère se confier à Joan. C’est très drôle de voir Elizabeth Moss jouer cette hystérie fragile, en tout cas – Moi qui ne la connaissais que dans Top of the lake, ou Queen of earth. De manière générale, l’épisode en question me séduit sur tout un tas de toutes petites choses : Jon & Betty dont les bras s’effleurent (comme pour se dire bonjour) après un réveil gueule de bois ; Le « Don’t worry about that » glissé par Don à Peggy pour la réconforter, après qu’elle ait oublié de le prévenir pour les photos ; Et bien sûr, les yeux embués de Don lorsque son frère lui demande s’il ne lui a pas un tout petit peu manqué. Je trouve la série incroyablement généreuse émotionnellement, moi qui m’attendais à quelque chose d’assez froid uniquement bercé par des joutes verbales de types en costume dans des salles de réunion. Il m’aura pas fallu longtemps pour être chamboulé, 5 épisodes seulement pour me faire pleurer durant la scène au Times Square Hotel. J’ai pas envie de trop m’emballer mais j’ai l’impression qu’il se passe un truc fort entre Mad Men et moi.

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28/07/17

Babylon est un épisode plus traditionnel, dans la lignée du pilot. Plus quotidien puisqu’on y découvre quelque coutume perverse/macho de bureau (Lipstick brainstorming faisant office de spectacle pour les hommes derrière la vitre) et qu’on se penche sur le processus d’approche de la clientèle (Le tourisme israélien) et qu’on y creuse les relations extra-conjugales respectives de Don Draper & Roger Sterling. Plus disparate car on s’intéresse un peu à tout le monde, à plein de thématiques, un peu trop vite probablement. L’épisode s’ouvrait pourtant sur un flash/souvenir d’enfance, dans lequel Don s’y remémorait la naissance de son jeune frère Adam. Une continuité parfaite à l’épisode précédent qui nous hante, en somme. Sauf qu’on n’y reviendra pas et tant mieux en un sens, la série sait nous rappeler qu’elle en garde sous le pied. Les fondements scénaristiques m’ayant moins captivé cette fois (Hormis cette très belle scène d’aveu de Rachel au téléphone avec sa sœur) j’ai eu le plaisir d’observer davantage la direction artistique. J’aime beaucoup le regard que la série porte justement sur les regards (Celui, glacial mais nonchalant de Joan, notamment) et d’autres détails qu’on aurait enfoui ailleurs comme ces mouchoirs imbibés de rouge à lèvres, cette somptueuse queue de cheval en spirale de Peggy, une discussion de lit autour de Joan Crawford. Il faut savoir mettre en scène tout cela. Et Mad Men le fait tellement bien. Episode anecdotique en apparence mais qui pourrait bien faire partie de ceux qui avance leur complexité plus subtilement. Et qui à l’instar du pilot, se ferme sur une séquence un peu en décalage avec ce qu’on vient de voir – Ici un montage alterné musical avant de s’en aller sur ce très beau plan (un peu déprimant) de Joan & Roger Sterling, devant l’hôtel, cherchant chacun leur taxi.

MM107081.07 & 1.08

30/07/17

Deux épisodes très différents mais je fais un prix groupé pour la simple et bonne raison que pour la première fois depuis mon lancement dans la série j’en découvrais deux à la suite. L’un évoque majoritairement la relation entre Sterling et Draper, l’autre celle entre Peggy et Pete. Sous ses apparences de bromance, la relation Sterling/Draper est plus fragile et cordiale qu’on ne le croit, qui plus est quand les diners sont alcoolisés et les avances impulsives (couronnant un flirt un peu bizarre entre Betty et Roger) complètement déplacées. Ça permet de voir une rivalité qu’on n’avait pas vue encore et de constater que Roger Sterling gère difficilement 23 étages à pinces après un repas d’huitres – Fin d’épisode aussi hilarante que troublante. De la même manière, le rapprochement entre Peggy et Pete, qu’on attendait depuis un premier flirt fugace (épisode 1) montre clairement ses limites entre ce besoin de posséder et la crainte de l’être d’un côté (J’ai vraiment du mal avec ce personnage pour le moment) et le désir de liberté absolue recherché de l’autre – Peggy qui danse sur Let’s twist again, ça n’a pas de prix. A part ça, Don semble être en passe de tirer un trait sur Midge, sa maîtresse, dont il est comprend qu’elle s’est entichée d’un autre, plus beatnik que lui forcément. Ce qui veut dire qu’il va probablement falloir que je tire un trait sur la belle Rosemarie DeWitt. A moins que. C’est d’ailleurs l’occasion d’un premier (J’imagine qu’il y en aura d’autres bientôt) très long flashback sur l’enfance de Don. Ça se met en place progressivement, on sent que la série a plein de choses à raconter. Car on pourrait aussi revenir sur Salvatore Romano, le graphiste, l’homme à femmes qui semble troublé par les hommes. Ou sur ces appels répétés en Don et le psy de Betty qui lui fait les comptes rendus de leurs séances. Ou sur ce qui se trame politiquement en filigrane (puisque les présidentielles approchent) avec les évocations régulières de Nixon et Kennedy. C’est donc toujours aussi riche et passionnant.

MM109101.09 & 1.10

01/08/17

Deux épisodes absolument fabuleux (Peut-être bien mes deux préférés depuis le début) durant lesquels on apprend que Kennedy grignote l’avance de Nixon au moyen d’une campagne plus concrète et proche du peuple, avant qu’il ne soit carrément appuyé par le président sortant Eisenhower. Ce qui grille le moral des troupes Sterling Cooper, qu’on sait derrière le vice-président, surtout Don qui préfère celui qui s’est fait tout seul au gosse de riche car dit-il : « I see myself in him ». Outre la politique on y parle beaucoup de cinéma. Je sais que Mad Men s’est accaparé cette spécialité, j’en attendais donc beaucoup de ce point de vue-là et je ne suis pas déçu. Ici Roger veut inviter Joan à la projection de La garçonnière avant de lui avouer que le cinéma d’aujourd’hui le gêne à toujours s’avachir dans l’excès en prenant l’exemple de Psychose. Plus loin, Joan se plaint de faire trop Doris Day et pas suffisamment Kim Novak. Et Betty est engagée pour une séance photo car on décèle en elle l’élégance d’une Grace Kelly. Ça parait léger comme ça pourtant ce sont là deux épisodes très sombres. Un premier très dur envers Betty (Je crois que je suis amoureux de January Jones, mais passons) où l’on peut constater la cruauté maligne de ce monde sans états d’âme : Elle est approché par une agence publicitaire très connue afin de la faire poser pour Coca-Cola, elle retrouve donc une nouvelle jeunesse puisqu’on apprend qu’elle était mannequin avant d’être mère au foyer. Mais c’est une approche qui en vise une autre : S’accaparer les services de Don. Elle n’en saura rien (pour l’instant ?) mais j’ai vraiment souffert pour elle. Le titre de l’épisode original (Shoot) est plus représentatif que le titre français (Changement de décor) tant c’est un virage éphémère, comme l’envol d’un pigeon terminant sa course dans la gueule d’un chien. Rien n’a changé finalement, si ce n’est qu’on a brisé le rêve de renaissance de Betty – Ses larmes retenues lorsqu’on lui fait comprendre que ça s’arrête là sont terribles. L’épisode suivant aussi est très marquant tant on a l’impression que c’est un monde en sursis, toujours sur la brèche, qu’il s’agisse de la relation électrique Don/Pete, de la perte d’un client ou d’une attaque cardiaque. L’épisode se ferme sur un Don ravagé, qui trouve en Rachel la confidente idéale. C’est très triste mais très beau.

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02/08/17

Comme son titre l’indique Indian Summer est un épisode de transition avant l’hiver, on est en octobre, il y fait excessivement chaud au point que des VRP viennent sonner aux portes des housewifes pour leur vendre des climatiseurs. La sueur ruissèle sur les peaux, les draps sont de trop et les machines à laver (Beaucoup pensé aux Bruits de Recife, de Kleber Mendonça Filho) semblent offrir au moins autant de sensations fortes que les ceintures amincissantes. Qui a dit que Mad Men était une série de mecs ? Superbe double (ou triple si l’on observe le regard bouleversant de Joan pour un Roger amorphe) représentation du désir, tout en vibrations nouvelles, aussi bien du côté de Peggy à la présentation de ce nouveau curieux projet que chez Betty qui fantasme sur un inconnu de passage. Et en filigrane, la campagne de Nixon sent le roussi si l’on en croit les dires d’un rédacteur, les dirigeants de Lucky Strike (Le gros client de l’agence) sont inquiétés par une kyrielle de procès, Don est promu actionnaire après la nouvelle crise de Roger, et le frère de Don se suicide, après avoir posté un étrange paquet réceptionné par cette petit merde de Pete Campbell qui se l’embarque sous le bras. Oui, il a fait chaud. Don a même troqué son habituel whisky pour un verre d’eau.

MM112131.12 & 1.13

03/08/17

Sommet de déprime cette fin de saison avec en point d’orgue cette cruelle double fermeture fantasme/réalité. Si Mad Men est déjà si importante à mes yeux c’est dans la gestion de cet équilibre fragile entre la légèreté et le mélo, vie de bureau et vie privée (que Don et sa sublime séance diapos fait rejoindre dans un élan curieux, à la fois somptueux et désespéré), longs instants de parole et moments de silence, le (faux) collectif et les éternelles solitudes. La petite fête arrosée qui se joue dans l’agence en attendant les résultats des élections contraste avec l’affrontement entre Pete & Don et le flashback qui raconte comment Dick Whitman est devenu Don Draper – Une histoire de désertion familiale, pas forcément celle dont Pete l’accusait, mais c’est une affaire de fuite quand même. Cette séquence sur le quai de gare, mon dieu. Quant au dernier épisode, il renverse un peu toutes les situations : Si une guerre semble engagée à l’agence, c’est autre chose qui se brise pour Betty – Tellement hâte de voir évoluer ce personnage. Moins fan du sort réservé à Peggy. Ok elle avait pris du poids, on se doutait bien que ça cachait quelque chose, mais faire exploser cela en déni de grossesse total ça sort un peu du chapeau non ? C’est vraiment pour trouver un bémol hein tant j’ai trouvé cette première saison intense, raffinée, passionnante à tous les niveaux. Allez hop, un mois de pause, bonnes vacances à tous !


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silencio


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