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Mon Roi – Maïwenn – 2015

32L’emprise.

   7.1   A l’instar de son Polisse, le dernier Maïwenn agit comme une tornade. On se libère du gouffre à faits divers et de la kyrielle de flics-personnages pour ne plus se concentrer que sur dix ans de la vie passionnelle d’une femme, amoureuse à l’infini (Ce dernier regard bouleversant, lors d’un rendez-vous à l’école de leur fils, en dit long sur ce que cet homme représente et représentera toujours pour elle) d’un monstre qui la domine, la méprise et l’humilie tout en lui faisant croire qu’il en est fou amoureux. Cassel joue cela à merveille, l’enflure absolue qui sait attendrir, aussi bien elle que nous. Bercot en face est une montagne d’émotions brutes et contradictoires, libérant des avalanches de larmes et de souffrance comme il est rare d’en voir, des sommets de bonheur et de rage mêlés, éphémères et instantanées. Et le film ne plonge jamais dans l’excès, à peine il explose qu’il se fond dans l’ellipse ; Une violente dispute peut être relayée par une douce retrouvaille. Sans cesse il rebondit, jusqu’au prochain séisme. C’est La vie d’Adèle, de Kechiche qui croise Keep the lights on, de Sachs et Nous ne vieillirons pas ensemble, de Pialat, mais une version déchirée, hurlante dans laquelle il est n’est pas aisé de se trouver une place – C’est ma limite, je préfère les cinéastes suscités pour l’étirement qu’ils parviennent à produire ; Chez Maïwenn, il faut que ça trace, que ça gicle, il faut tout casser, se donner en spectacle. Difficile aussi de ne pas faire de parallèle avec La tête haute, le dernier film d’Emmanuelle Bercot, qui bien que différent dans la portée de son récit, agissait lui aussi par coups de fouets, saillies à fleur de peau, entre fines accalmies et longues montées hystériques. Deux films qui dialoguent beaucoup dans leur mise en scène, ce qui prouve que Maïwenn a mis de l’eau dans son vin et aborde dorénavant les choses de front ; Point de suicide final abracadabrant mais l’image forte d’un couple défait, dont la relation (pour toujours ?) houleuse ne tourne plus qu’autour de l’éducation et la garde de leur enfant. Produit de leur bonheur passé, illusoire que cette étonnante construction sous forme de bribes de souvenirs (Chaque retour au présent, lourdingue à priori, avec ces séquences de masso-kinésithérapie sont superbes) ne cherche aucunement à renforcer à coups d’effets de styles ou afféteries de scénario trop fabriqués. C’est épuré, c’est rêche, c’est fort.

Polisse – Maïwenn – 2011

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   5.4   Bien que le troisième long-métrage de la cinéaste me reste en tête (ce qui n’était pas le cas des deux autres, indigestes et mauvais) et que je peux trouver mille et un arguments pour sa défense, je préfère m’attarder sur ce qui m’a rebuté et m’empêche d’y voir autre chose qu’une baudruche certes bien faite, émouvante, dynamique mais aussi et surtout maladroite.

     Je vais commencer par la scène finale, sommet édifiant de sensationnalisme gluant. Dans un montage alterné et musical assez lamentable, un enfant s’en sort pendant qu’un flic meurt. Outre le penchant pour le clip publicitaire pro forces de l’ordre, c’est une idée trop binaire pour être prise au sérieux et bien trop appuyé pour émouvoir. Car auparavant, alors que le film évitait jusqu’ici intelligemment tout voyeurisme, il a fallu que Maïwenn montre un enfant surprendre son prof de gym avec un élève dans les toilettes des vestiaires. C’est d’une part grossier de le monter mais surtout ça n’a aucun sens dans un film comme celui-là, qui s’intéresse avant tout à la brigade, l’œil extérieur, car en l’occurrence il l’est totalement, ne doit pas avoir lieu à cet instant s’il ne l’a jamais été avant. Le film gagne a prendre le risque de ne pas éteindre le bénéfice du doute, à l’image de cette première séquence culottée ou encore de ces entrevues avec ce père dangereux dont on appréhende le danger en même temps que les membres de la brigade, il n’y aura jamais de contre-champ le montrant effectuer des attouchements sur son enfant, toute cette vérité insupportable c’est d’abord sa femme qui en témoignera avant que ce ne soit lui-même, selon une nonchalance répugnante. Le film n’est jamais aussi fort que dans ces moments là.

     Il y a aussi une scène de bus lamentable où flics et enfants du voyage dansent ensemble comme s’ils partaient en colonie de vacances. Je ne vais pas m’étendre là-dessus tant le simple fait d’en évoquer le déroulement parle de lui-même. A force de chercher le réel à tout prix Maïwenn fait n’importe quoi.

     Puis il y a une séquence intéressante et symptomatique où une adolescente avoue avoir sucer pour un portable. On (le spectateur) rit beaucoup de ce moment comme s’il était anodin, c’est vrai qu’à côté du père violeur ou de la mère qui branle ses gosses pour qu’ils s’endorment c’est plutôt faible, mais tout de même, pour un film qui se veut le garant de la non-existence de sous-problèmes je trouve ça très limite. Maïwenn semble vouloir à la fois traiter ces morcellements d’histoires d’égal à égal tout en cherchant à limiter leur ampleur tragique et grave par le rire. Le problème c’est que Polisse me laisse fréquemment cette sensation et qu’au mieux je trouve ça maladroit, au pire impardonnable. Cette scène est affreuse, la pire de toute, non pas parce qu’ils rient mais parce qu’ils rient pour nous faire rire. Et ça marche, la salle était hilare ! C’est la mise en scène d’un rire, ce n’est que ça, plus aucune recherche de réel, simplement une mise en scène comique. Et le clou est enfoncé lorsqu’une fois la majeure partie de la brigade concernée appelée pour une autre affaire, un flic réapparaît en entrouvrant la porte pour balancer sa vanne. Qu’il en ressorte une mécanique pathétique d’accord (on voit ça beaucoup dans l’excellent L.627 de Tavernier) mais c’est bien à nous faire rire que cherche la réalisatrice, avec des gens sympathiques et avec une suffisance que je trouve affligeante d’un point de vue déontologique, d’autant que comme je le disais le rire en question vient perturber la portée réaliste (Entre les murs est un film entièrement réussi de ce simple point de vue là). L’autre problème majeur du film qui devient là aussi systématique et désagréable concerne la construction de la séquence. Sur le moment c’est sans doute ce qui m’a le plus dérangé. Chaque fois il faut conclure par le rire, cette scène en est l’illustration parfaite, ça devient du comique de bd, façon petites histoires au commissariat, comme on a en bout de rayon de supermarché « Les profs » ou « Les blondes ». Maïwenn ne prend pas l’initiative d’un retour au réel, donc au sérieux, qui aurait été plus judicieux. Si bien que pour moi, Polisse est un film comique, sauf que je suis très gêné qu’un film devienne comique en parlant en permanence de pédophilie…


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silencio


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