Publié 13 mai 2026
dans Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro
Batiment J.
3.0 Ma réticence pour l’univers et le cinéma de Jeunet fait que j’ai toujours pris soin de passer à travers son premier long métrage, Delicatessen, qu’il réalise avec Marc Caro. Il y a longtemps, je ne sais plus où, j’étais tombé sur une vidéo d’analyse (sonore, probablement) qui citait un passage du film, celui où les sons de ressorts de lit, pompe à vélo, corde de contrebasse, rouleau de peinture et boîte à meuh créé une musique en crescendo, jusqu’à l’orgasme, l’explosion ou la chute. Séquence emblématique de tout Jeunet, il me semble. C’est une chouette pastille en effet, un clip rigolo, sans plus d’intérêt pour moi. Or tout le film fonctionne sur ce dispositif de saynètes agencées moins pour faire récit que suite de sketchs. C’est plutôt une curiosité au départ, disons pendant vingt minutes, puisqu’il y a un décor imposant, un lieu et ses bizarreries, un brouillard jaune, une rue cauchemardesque, une ambiance de fin du monde qui porte. La photo de Khondji compte aussi, sans doute. Mais très vite on se dit que ça parle trop. Que le film aurait mérité d’être muet. Surtout aurait mérité de s’en tenir au décor, aux personnages dans ce décor, aussi abracadabrants soient-ils mais non, il faudra souvent se les farcir en gros plan et contre-plongée. Mon intérêt s’amenuise alors au fur et à mesure. J’y vois plus un décalage poseur qu’une force poétique. Mais je reconnais que le geste ici puis dans La cité des enfants perdus est plus radical que l’aspect sucré qui irrigue les films de Jeunet à venir sans Caro. Là on les sent bien les planches, le story-board. L’inspiration chez le Gilliam, de Brazil ou le Vigo, de L’atalante. Pas ma came (du tout) mais je vois le plaisir qu’on peut y trouver.
Publié 7 novembre 2017
dans Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro
La monstrueuse marrade.
3.5 Un jour il faudrait que je revoie les Jeunet que j’aimais, ceux du début des années 2000, qui sont aussi ses deux plus gros succès au box-office, je parle bien entendu du fabuleux destin d’Amélie Poulain et d’Un long dimanche de fiançailles. J’en suis venu à les détester ou tout du moins ne plus vouloir les revoir, la faute à Micmacs à tire-larigot, vu au cinéma à sa sortie. Un calvaire. La faute surtout à un dégoût global de l’héritage Jeunet qui continue de fleurir ici chez Jaco Van Dormael (Le tout nouveau testament), là chez Jean-Pierre Améris (L’homme qui rit) entre autre. Qu’on soit clair : J’en peux plus de ce cinéma. Malgré tout, curiosité oblige, fallait bien qu’un jour je me frotte à ses premiers films, ceux réalisés en collaboration avec Caro.
Déjà dire que les gars ont engagé tout le gratin freaks du cinéma : Perlman, Emilfolk, Pinon x 10, Dreyfus, Holgado, Rufus. Il faut des gueules, des grimaces, des cris pour produire moins de la sidération que du racolage. C’est finalement ça le cinéma de Jeunet : Construire de la folie, de l’hystérie, du cauchemar sur des bases hyper méticuleuses et programmées. On n’est ni chez Lynch ni chez Browning. Tout est pénible puisque tout est laid. Oui c’est un peu l’exemple parfait du mauvais goût, ce film. Et pourtant, malgré la désagréable impression qu’on souhaite constamment me filer la gerbe, j’y trouve un univers singulier, fort, où la démesure fabriquée n’a d’égal que cette narration étoilée sous scaphandre et cette avalanche de cases indépendantes. C’est comme souvent chez Burton ou Gilliam pour moi, un film écrasé sous le poids d’une imagerie nauséeuse. Faudrait que j’essaie Delicatessen, mais vraiment pour la forme alors.