Archives pour la catégorie Marcel Carné

L’air de Paris – Marcel Carné – 1954

07. L'air de Paris - Marcel Carné - 1954Les boxeurs du paradis.

   7.0   Le voilà enfin, le film de Carné que j’aime ! Après cinq tentatives plus médiocres les unes que les autres, c’était à désespérer. Et c’est celui que j’attendais le moins, celui dont on n’entend jamais parler, qui me parle, justement. Avec L’air de Paris, Carné s’est entièrement débarrassé de Prévert et ça se sent : les dialogues sont moins affutés, plus nuancés, moins vieillots : On colle davantage au Paris populaire qu’il raconte. Gabin campe Victor, vieux boxeur raté, gérant d’une salle d’entrainement dans laquelle il espère voir éclore, un jour, un vrai champion. Sa femme, Blanche (incarnée par Arletty) est plus sceptique et moqueuse quant à la réussite du projet de son homme, mais elle l’accompagne au quotidien, s’occupe de l’accueil et de la comptabilité. Lorsque l’un de ses prometteurs poulains est terrassé par un accident, il fait la connaissance d’André, ami du garçon défunt et cheminot solitaire et désabusé, révélant un vieil amour pour la boxe. Si l’un n’a jamais eu de fils et l’autre ne semble jamais avoir eu de père, il y a dans le déploiement de récit qu’en fait Carné quelque chose de beaucoup plus subtil qu’une traditionnelle histoire de père et fils spirituel. Car d’un côté il y a Victor et ses rêves, ses illusions. De l’autre il y a André, pragmatique, cloitré dans la désillusion, la crainte de ne parvenir à rien, incapable de croire qu’il puisse être aidé (par ce boxeur déchu qui en voit en ce gamin son propre miroir et son rêve d’adolescence) et aimé – puisqu’il fera bientôt la rencontre de Corinne, une femme du monde, qui le dispersera dans ses désirs. C’est parfois pas loin d’être bouleversant cette affaire, d’autant que Carné ne brosse pas uniquement cette relation (façon Million dollar baby) mais s’intéresse aussi beaucoup aux deux histoires de couple pour en dresser un double portrait aussi tendre que mélancolique, autant qu’il crée quatre individualités (l’ouvrier, le manager, la femme du manager, la bourgeoise) aussi rêveuses, passionnées qu’elles sont tristes et paumées. Il aurait fallu à Carné la confiance en cet univers qu’avait eu Robert Wise, avec le sublime Nous avons gagné ce soir, cinq ans avant lui, car si l’on coupe toutes les scènes ratées se faisant descriptives du grand monde, L’air de Paris est un vrai beau film.

Les Assassins de l’ordre – Marcel Carné – 1971

12. Les Assassins de l'ordre - Marcel Carné - 1971Dossier noir, film dispensable.

   4.0   Je pique le (très bon) résumé qu’en fait Wikipedia : Un matin, un ancien repris de justice repenti, devenu un honnête père de famille, travaillant comme mécanicien dans un garage, est réveillé aux aurores par deux policiers de façon musclée. Ceux-ci le soupçonnent d’être l’auteur d’un « casse » au chalumeau, survenu la nuit même chez son employeur. Ils l’embarquent au commissariat, d’où il ressortira à midi, soit quelques heures plus tard, mais pour être conduit à la morgue. Sa veuve porte alors plainte. Le juge d’instruction Bernard Level (Jacques Brel) est chargé du dossier. Il doit gérer cette affaire au mieux, comme le lui a ordonné le Procureur de la République, c’est-à-dire, sans oublier que la police est la meilleure alliée de la Justice. Cependant, le juge acquiert vite la certitude que les policiers ont violenté la victime, jusqu’à l’issue fatale. Mais sa tâche s’annonce ardue. Il devra jouer finement pour les confondre, d’autant plus que la pression exercée sur lui est forte.

     Je n’ose imaginer ce qu’un cinéaste comme Cayatte (voire même Boisset) aurait fait de ce matériau aussi dense que militant. L’interrogatoire musclé qui se transforme en bavure, dans le commissariat. Le procès, en continu. La relation du juge d’instruction avec le troisième témoin, une prostituée dont on a tenté de dissimulé la présence le matin des évènements. La relation avec son fiston, aussi admiratif de son père qu’il est plongé dans un mouvement jeune en plein héritage de mai 68. L’affrontement entre la partie accusatrice et la défense, entre Brel et Denner. La dénonciation pure et simple du système judiciaire et des brutalités policières. Tout y est. Et Carné en fait un truc mou, plan-plan, hyper bavard. Chiant, quoi. Lonsdale lui-même semble s’ennuyer. Pas étonnant que le film se soit planté.

Les portes de la nuit – Marcel Carné – 1946

07. Les portes de la nuit - Marcel Carné - 1946C’est ton destin.

   4.5   Marcel Carné et moi ce n’est pas encore pour cette fois. Qu’il s’agisse du verbe de Prévert, de l’interprétation outrée globale ou de la grandiloquence du personnage incarnant « Le destin » il y a dans son cinéma un sens du tragique si imposant, si lourd qu’il en devient grotesque. Le problème ne vient donc ni de Gabin ni d’Arletty, qui m’insupportaient dans Le jour se lève, le problème est entièrement porté par la réalisation de l’auteur. Néanmoins, j’ai vu le film dans sa version restaurée et l’image est formidable : L’ambiance du café, les rues portuaires désertes, cette ligne de chemin de fer, les regards de Montand, Reggiani et Nathalie Nattier. Ça sauve quasi tout, vraiment. Pour le reste rien à faire je trouve ça suranné et je m’y ennuie très vite. J’ai l’impression de voir un Danièle Thompson d’après-guerre, en mieux certes, car la photo est jolie.

Le jour se lève – Marcel Carné – 1939

film-le-jour-se-leve2L’ennui s’éveille.

   4.0   C’est du Carné donc vraiment surestimé, comme d’habitude. Gabin et Arletty sont nuls, toujours en surrégime, tellement pas dans le tempo. Pour le reste je trouve le film vraiment pauvre en terme de mise en scène, binaire dans la caractérisation des personnages. Et puis c’est mécanique, désincarné… Pénible donc.

Les enfants du paradis – Marcel Carné – 1945

enfants-du-paradis-1-02-gL’air de Paris.

   5.5   Carné, ce n’est pas trop ma came. Je lui reconnais un sens du rythme, du cadre, de la scène, une gestion intéressante de la parole mais je m’y ennuis. Le quai des brumes, Hôtel du nord, deux films qui ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable. Et puis bon, Arletty, Gabin, très peu pour moi. Je pense que c’est un cinéma ultra surestimé parce qu’il se veut à la lisière de l’auteurisme et du film populaire. Mais ça ne lui réussit pas super bien, enfin je trouve que ça penche trop du mauvais côté. En gros je trouve que Carné est à Renoir ce que Jaoui est à Resnais. Bref. Quitte à tenter à nouveau une approche du cinéma de Carné je me suis laissé aller à poursuivre avec celui que beaucoup considère comme son chef d’œuvre. J’ai bien fait, j’ai nettement préféré celui-ci. C’est une question de durée, c’est sa longueur qui m’a séduit. Et puis la longueur c’est une des bases des plus beaux mélodrames. Disons que l’ennui (que m’a procuré l’assommante première partie) est compensé par le crescendo mélodramatique que le récit sous-tend, les sept années qui séparent les deux époques sous-tendent. N’empêche que Carné n’est pas Sirk. C’est donc la force du récit qui produit de l’émotion, rarement la mise en scène, assez peu inspirée, surtout dans les intérieurs. Au-delà de ça j’ai beaucoup de mal avec les personnages, constamment dans la caricature pour les personnages secondaires ou dans l’emphase pour les récurrents provoquée par une médiocre association avec le verbe de Jacques Prévert. Le film est d’ailleurs très bavard, trop hystérique et carnavalesque à mon goût, ne prend jamais le temps de libérer de l’inédit puisqu’il veut avant tout faire le spectacle. Une indigestion à la Amélie Poulain, toute proportion gardée. Pourtant le film m’a ému, essentiellement grâce à ce beau personnage qu’est Baptiste. Je pense que le film lui doit beaucoup, c’est un beau portrait d’amoureux transi, plus qu’il n’est une peinture, assez peu fascinante, du petit monde du théâtre du début du XIXe siècle.


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