Archives pour la catégorie Mario Bava

La fille qui en savait trop (La ragazza che sapeva troppo) – Mario Bava – 1964

25. La fille qui en savait trop - La ragazza che sapeva troppo - Mario Bava - 1964Rome ville ténébreuse.

   6.5   Ultime film en noir et blanc de Mario Bava, celui-ci est entre autres connu pour être le film précurseur du Giallo. Dans le premier mouvement du film, assez Hitchcockien, la jeune Nora Davis débarque à Rome, en vacances chez sa tante. À l’aéroport, son voisin dans l’avion est arrêté pour trafic de drogue. Puis en l’espace de quelques minutes, elle assistera au décès de sa tante, puis elle se fera agressée avant d’assister à un meurtre, sur l’Escalier de la Trinité-des-Monts.

     Bava s’amuse de décors et d’ambiances aux antipodes, les balades dans Rome le jour répondant aux maisons lugubres la nuit. Il fait aussi intervenir le vertige d’une affaire de meurtres vieille de dix ans, avec le tueur à l’alphabet, et nous plonge aux côtés de Nora et comme elle nous ne savons plus ce qui est vrai ou faux, si on a fumé ou non (il faut rappeler que le jour de son arrivée, Nora a fumé une des cigarettes à la marijuana offerte par son voisin de siège) mais tout comme elle, fan de polars, on veut savoir. Visuellement le film est très beau.

L’île de l’épouvante (Cinque bambole per la luna d’agosto) – Mario Bava – 1972

20. L'île de l'épouvante - Cinque bambole per la luna d'agosto - Mario Bava - 1972Devine qui vient tuer.

   3.0   Le temps d’un week-end, un industriel invite sur son île plusieurs entrepreneurs, accompagnés de leurs femmes, dont un brillant scientifique, inventeur d’une résine synthétique révolutionnaire. Tous tentent de s’associer au chercheur, qui préfère préserver le secret de son invention et le monopole. Les discussions vont bon train quand petit à petit, les invités se font assassinés, les uns après les autres.

     Nouvelle variation des Dix petits nègres, cette fois signée Mario Bava, dont on sent le plaisir de – se la couler douce – tourner sur une île (en Sardaigne) plus que de raconter une histoire et tisser des personnages intéressants. Ses seuls éclats : quelques plans, extérieurs au clair de lune, intérieurs lorsqu’il capte cette villa d’architecte en grand angle, et la scène des perles dans l’escalier. Le reste n’est que succession de cadavres où les meurtres sont systématiquement hors champ.

     Il y a toujours un style visuel tranché, mais Bava semble avoir torché rapido ce jeu de massacre, se reposant sur une ambiance psychédélique, jusque dans sa bande son, mais à l’image de ces zooms intempestifs, se révélant d’assez mauvais goût.

L’espion qui venait du surgelé (Le spie vengono dal semifreddo) – Mario Bava – 1966

08. L'espion qui venait du surgelé - Le spie vengono dal semifreddo - Mario Bava - 1966Décongelé, recongelé.

   2.0   Si au détour de quelques rares plans – Et encore faut vraiment bien chercher – on retrouve le génie plastique de Bava, cette commande (Une suite à Dr Goldfoot and the bikini machine, sorte de mélange de James Bond et de beach movie, plus bis que bis) est une comédie d’espionnage absolument consternante. Contaminé par un duo comiques italiens lourdingues de chez lourdingues, un montage hystérique, des accélérations à tout va, des gags de cirque, ce film est une vraie expérience, notamment toute la séquence foraine, celle de la montgolfière ou encore celle du missile, sublimes frissons de la honte. On peine à croire que Bava, la même année, réalisait le magnifique Opération peur. Mais bon, j’imagine qu’il faut aussi penser à manger. En définitive la qualité du film est proportionnelle à son exceptionnel titre français. Par ailleurs, la restauration est très étrange, d’un plan à l’autre ça change, un coup l’image est hyper lissée, les couleurs sont très marquées, un coup elle parait abimée, fade, à peine retouchée voire parfois carrément dégueulasse. Heureusement, plaisir des yeux, il y a Laura Antonelli, dans un de ses premiers rôles. Dommage, j’ai vu le montage italien, parait-il qu’on la voie davantage dans la version américaine – Oui le film existe en deux versions très différentes, puisque Bava un peu vénère contre Antonelli l’a volontairement coupé du film quand il pouvait, et les américains se sont eux chargés de dégager le maximum des scènes avec les deux zozos – mais bon, faut pas déconner, je ne vais pas m’infliger ça de nouveau uniquement pour la voir.

Opération peur (Operazione paura) – Mario Bava – 1966

16. Opération peur - Operazione paura - Mario Bava - 1966Le masque de la vengeance.

   7.0   Une femme pousse des cris tonitruants. Elle se réfugie dans la villa de la baronne où comme poussée par une force invisible elle se jette d’une fenêtre et s’empale sur une grille. On entend alors un curieux ricanement d’enfant, à la fois doux et machiavélique, mais on ne voit rien. La caméra se met à tourbillonner dans un village morbide, qui n’est qu’un amas de ruines. Voici une ouverture qui en jette et qui, comme souvent chez cet homme d’images qu’est Bava, est une merveille plastique, un dédale gothique, plein de couleurs, fait de ruelles que tu ne voudrais surtout pas traverser, et de recoins de malédiction. Le village semble dévoré par la végétation et la brume, et cette histoire de malédiction qui le frappe jusqu’à rendre ses habitants mutiques et cloisonnés dans des superstitions morbides, tire sa force d’une tragédie provenant d’une fille de sept ans, morte dans la villa vingt ans plus tôt, revenue hantée le village tout entier qui ne lui avait pas porté secours. Haut fait du cinéma de Bava à mes yeux, non loin de sa plus grande réussite qu’est Le masque du démon, auquel on pense beaucoup tant par son ambiance gothique que dans sa dimension plastique d’orfèvre, car tous les plans, notamment dans les intérieurs, sont magistralement composés.

La planète des vampires (Terrore nello spazio) – Mario Bava – 1965

10. La planète des vampires - Terrore nello spazio - Mario Bava - 1965L’envieux passager.

   5.5   Voici donc l’ancêtre d’Alien. J’en sais rien en fait, mais j’y ai beaucoup pensé. Ne serait-ce que dans le pitch : « Au cours d’une mission d’exploration, deux vaisseaux spatiaux atterrissent sur une planète inconnue et sont décimés par un mal mystérieux caché dans la brume. Seuls quelques-uns des astronautes parviennent à y échapper et découvrent bientôt qu’une entité extraterrestre prend possession des morts dans le but de fuir sa planète en péril ». Quelques idées semblent aussi avoir inspiré Alien notamment via la découverte de cette immense carcasse extraterrestre (Le grand moment du film, impressionnant, poétique) ou via le vaisseau qui ressemble fortement au Nostromo. Alien aussi dans son côté huis clos, uniquement guidé par des trouvailles visuelles et une lourde ambiance sonore. La (grosse) différence c’est que Bava pond ça avec rien et qu’il est difficile d’être happé dans le vertige, tourmenté par l’angoisse, contrairement à ce que génèrera Ridley Scott, quinze ans plus tard. La comparaison s’arrête donc là, le film est brillant visuellement avec le peu de ce qu’il a sous la main : C’est à la fois très coloré, très imaginatif (un vrai ballet de lumières vives) dans les extérieurs gothiques comme dans ces morbides intérieurs de vaisseaux. Mais aussi trop kitch, trop cheap, pas suffisamment radical, à l’image de ces combinaisons un peu ridicules et de ces dialogues franchement trop imposants et explicatifs.

Danger, Diabolik (Diabolik) – Mario Bava – 1968

09. Danger, Diabolik - Diabolik - Mario Bava - 1968Opération délire.

   6.0   Adaptée d’une bande dessinée italienne, Diabolik a tout du nanar de luxe idéal, conscient qu’il est un nanar et complètement décomplexé quant à ses libertés visuelles. En somme, c’est un peu l’anti-épisode de James Bond. Foutraque, car le scénario, l’histoire, la vraisemblance, l’issue, tout ça on s’en tape. Interprété n’importe comment car les acteurs on s’en tape aussi, du moment qu’ils cabotinent, dans l’excès comme dans l’apathie. Mais esthétiquement délirant sans jamais pourtant se perdre dans un kitch insupportable. Diabolik c’est aussi grotesque que sublime, sorte d’ancêtre d’Austin Powers et de Fantômas. Il n’est donc pas gênant d’y voir Michel Piccoli en inspecteur d’une seule obsession : Coincer l’audacieux voleur masqué (d’une cagoule noire à se tordre) qui lui file chaque fois entre les doigts. On va dire que Diabolik c’est ce qui pouvait arriver de plus incongru et jubilatoire d’une collaboration Bava / De Laurentiis / Morricone. Ça reste hyper gratiné, hein, il faut choisir le moment propice pour se le coltiner.

Lisa et le diable (Lisa e il diavolo) – Mario Bava – 1973

16700500_10154429318367106_7331366048173177186_oAux origines.

   5.5   Etrange sensation devant Lisa et le diable, l’un des derniers films réalisé par Bava puisque j’avais souvent le sentiment d’avoir déjà vu le film, à la fois avec ces images-là et pas tout à fait non plus. Un souvenir flou de film beaucoup moins beau et nettement plus charcuté. En fait, c’est simplement que j’ai vu La maison de l’exorcisme l’an dernier (que j’ai un peu vite oublié) et en effet je me souviens avoir lu qu’il était une version commerciale de Lisa et le diable, tronquée dans ses flottements et accompagnée de séquences d’exorcisme pompées sur le film de Friedkin. Bref. Le diable c’est toujours Telly Savalas, Kojak avant l’heure, qui suce des sucettes. Et le film s’ouvre dans les ruelles de Tolède dans lesquelles il nous perd littéralement, ouverture magnifique qui entre d’emblée le film dans une rêverie morbide où Lisa se retrouvera comme happée par les forces du Mal au sein d’une demeure isolée. La version voulue par le producteur est épileptique, notamment de par son montage ingrat, la version originale est plus engourdie, hypnotique, un peu mollassonne devrais-je même dire. Je me rends compte, après avoir vu quatre Bava, que je ne suis pas vraiment touché par son cinéma, j’y vois bien entendu une forte personnalité, une esthétique à part entière (mais je lui préfère celle d’un Argento, par exemple) mais ça ne me cause que par intermittence. Le temps d’une scène ci et là, comme ici quand Lisa ère entre les pièces du manoir, là durant la scène bien gore de la voiture ou dans sa gestion d’une temporalité disloquée. Super décor le manoir quoiqu’il en soit et gros travail sur la composition des plans, à l’image du photogramme choisi.

La maison de l’exorcisme (La Casa dell’esorcismo) – Mario Bava & Alfredo Leone – 1974

21.-la-maison-de-lexorcisme-la-casa-dellesorcismo-mario-bava-et-alfredo-leone-1974-900x670Bicéphale.

   5.0   Il y a deux films en un. Du coup ça manque clairement d’unité ; on bascule d’un climat à un autre, d’une esthétique à une autre, dans un désarroi total. Mais c’est paradoxalement sur cette association farfelue que le film atteint une forme d’abstraction macabre qui en fait un électron libre qui ne ressemble à rien de déjà-vu, quelque part entre L’exorcisme, de Friedkin et Quatre mouches de velours gris, d’Argento – Je prends volontairement deux films sorti quelques mois plus tôt. C’est très bizarre. Ça peut s’avérer fascinant puis la seconde suivante imbuvable. Cauchemardesque puis ridicule. Et comme tout s’explique, la schizophrénie du film provient de cette inspiration à quatre mains, puisque Alfredo Leone a finalement tourné des scènes au détriment de Bava et les a incorporé à la première version de Lisa et le diable, jugée trop personnelle et expérimentale, qui deviendra donc La maison de l’exorcisme, que Bava reniera, bien entendu.

Le masque du démon (La Maschera del demonio) – Mario Bava – 1961

09. Le masque du démon - La Maschera del demonio - Mario Bava - 1961Le retour de la sorcière.

   7.0   Je ne connais pas bien Bava, j’avais seulement vu Les trois visages de la peur qui ne m’a pas laissé un souvenir fort. Le masque du démon est un super film, gothique à souhait, avec une ambiance des plus envoutantes, des idées formelles en permanence et un noir et blanc d’une rigueur éclatante – Le magnétisme de Barbara Steele, qui joue à la fois le rôle du vampire que de la princesse, y est aussi pour beaucoup. Quant à la séquence pré-générique des amants suppliciés, elle est une merveille de beauté et de violence mêlées. Le film cumule d’ailleurs les jeux de reflets, nuances et contrastes qu’il est impossible d’imaginer ce qu’il aurait été en couleurs (Qui était le propre des productions italiennes de l’époque) au-delà de sa virulence graphique.


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