Archives pour la catégorie Matt Reeves

The Batman – Matt Reeves – 2022

18. The Batman - Matt Reeves - 2022Something in the rain.

   7.5   Budget de côté, on est très proche de Joker (Todd Philips, 2019) sur de nombreux points, dans ses pics de violence, sa lumière, son côté poisseux, mais surtout dans son obsession référentielle. Pour l’un c’était le Scorsese de Taxi driver & La valse des pantins. Pour l’autre c’est plutôt le Fincher de Seven & Zodiac. Pourquoi le premier me pose problème tandis que l’autre me passionne ?

     Il y a déjà une grande différence du seul point de vue de l’assise de l’acteur. Phoenix est moins dans l’incarnation que dans la performance. Tandis que Pattinson ne cherche aucunement à dévorer l’écran, c’est plutôt le décor qui le dévore. C’est aussi une affaire de personnages me direz-vous. Sans doute, oui. Mais la force du Joker, chez Nolan ou Burton, ne fonctionnait pas au détriment du film, du récit comme de son atmosphère. Il me semble que si Matt Reeves réussit ne serait-ce qu’un truc, c’est l’atmosphère de son film, qui emprunte autant au gigantisme cosmopolite de Blade runner qu’à la noirceur pluviale de Seven, donc.

     Des reproches on peut lui en faire. Des réserves, j’en ai des tas. Ne serait-ce qu’au niveau de l’enquête, qui ne fonctionne pas très bien (à renfort de devinettes dont on aurait pu se passer) ou encore de sa dimension romantique, qui ne colle ni avec ce Batman là ni avec cette Catwoman, surtout via la présentation qui en est fait au préalable. Il y a quelque chose de trop fabriqué là-dedans pour qu’on y croit. De mal écrit, aussi. Reproche que l’on peut aussi faire au dernier Matrix, par ailleurs.

     La satisfaction globale provient essentiellement d’une volonté de reprendre de nombreux codes, chers à Batman, mais aussi aux films paranoïaques tout en les utilisant autrement. Le plaisir de voir la version détective de Batman en est une. De le voir hésiter dans ses principes (l’ambiguïté de son caractère vengeur), être saisi de vertige, se gaufrer ou simplement tâtonner dans une quête qui le dépasse, bientôt le submerge. C’est un ado dépressif, abîmé, illustré grossièrement par la double utilisation de Something in the way, de Nirvana.

     Il fait tout le temps nuit, il pleut quasi en permanence. Certaines séquences se répètent, dans cette boîte de nuit notamment ou sur les toits. Le film respire le chaos. Et explose dans de longues scènes puissantes, aussi bien une course poursuite hallucinante (Dans ces moments-là je me suis demandé si l’on n’était pas face au Fury road du cinéma de Superhéros), qu’une baston dans le noir à la seule lumière stroboscopique des coups de feu de mitraillette, qu’une tétanisante scène d’attentat dans une église.

     Les références sont légion. C’est Coppola partout, Conversation secrète d’abord (les scènes d’écoutes et d’observations, à la jumelle ou à travers une technologie à base de lentilles de contact invisibles) et bien entendu Le Parrain : Comment ne pas y penser lors de la discussion avec le Falcone, lors de la cérémonie funèbre ou sur ce lit d’hôpital ? On pense aussi à French connection ainsi qu’à Chinatown. Mais aussi à Manhunter (La rencontre entre Batman & The Riddler au parloir) ou à The girl with the dragon tatoo (Fincher, encore) pour l’amour impossible, le final avec les motos et Catwoman n’est pas sans évoquer Lisbeth Salander. Ça aurait pu être écrasant, mais le film trouve son identité là-dedans.

     Je suis le premier surpris. D’une part car Batman et moi ça fait deux – c’est sans doute là que se joue la réussite finalement : et si c’était un Batman pour les non-fans de Batman ? D’autre part car la carrière de Matt Reeves me laisse un peu pantois tant je n’aurais pas misé un kopek sur le fait que le réalisateur d’un film aussi malade, osé, ramassé et singulier que Cloverfield (l’un des grands films du XXIe siècle, qu’on se le dise) puisse aussi performer dans des blockbusters aussi imposants et variés que La planète des singes (ses deux volets sont franchement très beaux) et Batman.

     Bref, c’est un superbe film noir pour moi, avec un univers dingue. Bourré de défauts mais surtout d’envie, d’idées et de volonté de ne pas rentrer dans un moule préformaté. Et trois heures qui sont passées d’un claquement de doigts – ou presque.

Laisse-moi entrer (Let me in) – Matt Reeves – 2010

Laisse-moi entrer (Let me in) - Matt Reeves - 2010 dans Matt Reeves Morse+LetMeIn2

     3.5   Nettement moins travaillé, moins beau, moins prenant que la version suédoise, Let me in n’a pas grand intérêt. Morse avait ses défauts mais il y avait de belles choses, une ambiance un peu poisseuse que la version américaine n’arrive pas à reproduire. A trop vouloir montrer (effets spéciaux, plans impossibles) le film se perd dans un remake sans intérêt d’un original poseur au mal aise néanmoins permanent. Pourtant cette suite reproduit absolument tout le reste, mais à l’Américaine. J’aime toujours autant l’histoire mais elle n’est pas le fruit d’un travail personnel comme l’était Cloverfield. On est bien loin de cette claque reçue en 2008 qui justement était un peu tout le contraire de ce film inutile. Reste que le cinéaste s’en sort bien, on ne voit pas le temps passé, on a simplement tout oublié dès l’instant que l’on sort de la salle.

Cloverfield – Matt Reeves – 2008

Cloverfield - Matt Reeves - 2008 dans * 2008 : Top 10 cloverfield2

Le filmeur.    

   8.5   Archives du gouvernement : Cassette retrouvée dans ce que l’on appelait autrefois Central Park. Le décor est planté. Cette phrase introductrice fait office de début de film. Tout ce que l’on verra donc ensuite correspond à ce qui a été filmé avant ou pendant la possible catastrophe annoncée par la disparition du parc New-Yorkais.

     Nous débarquons dans un gratte-ciel de New York, plongé dans une intimité de couple puisque ce garçon filme sa copine au réveil. A de nombreuses reprises il y a des coupes sur la bande vidéo. On fait connaissance avec un type que l’on apprendra être le frère de celui qui filmait dans la première scène et d’autres amis. Ils lui organisent une soirée pour son départ au Japon. Cette première partie qui regroupe une connaissance rapide des personnages puis cette fameuse soirée où chacun doit dire un mot face caméra au concerné n’est pas le point fort du film, néanmoins elle sert d’installation au récit. Elle permet d’accentuer son réalisme et son caractère inattendu.

     Au moment où l’on ne s’y attend plus il y a un fort mouvement, comme un séisme, un bruit sourd et le courant saute. Le périple cauchemardesque de Cloverfield commence ici. Le film ne nous lâchera plus. Sur le toit de l’immeuble dans un premier temps où nous sommes pas loin de prendre des blocs de bétons en feu sur la tronche. Dans les rues de la ville. Sur le pont de Brooklyn. Dans les souterrains du métro. Pour se terminer évidemment à central park. On pourrait très facilement dessiner, géographiquement j’entends, le parcours de notre petit groupe dont l’éclaireur – le futur japonais – n’a qu’une idée en tête : Retrouver Beth, la copine de la première scène, dans cet appartement à l’autre bout de la ville. Les fantômes du World Trade Center ne cessent de rôder dans Cloverfield. Dans la vision de tours qui s’écroulent. De cendres qui recouvrent le paysage. De cette tour penché sur sa jumelle, dans laquelle se trouve Beth. Haut la main la séquence du film. Où l’on sentirait presque l’air du 57e étage nous absorber autant que les personnages. Et puis c’est la hauteur qui donne la profondeur. Inutile de préciser qu’à cet instant on en prend plein les yeux.

     Même si l’on peut douter des capacités d’autonomie des batteries du caméscope, de sa résistance incroyable, du choix de continuer de filmer des personnages quoi qu’il arrive on ne peut remettre en cause le travail de reconstitution et le côté culotté de ne montrer pas grand chose, de présenter une caméra qui tremble. Les effets spéciaux sont bien là mais pour une fois on ne les voit presque pas. C’est le son qui fait le reste. Il y a une scène incroyable lorsque toute une armée bombarde leur assiégeant en avançant sur une avenue équipés de tanks, mitrailleuses et bazookas. Le personnage filme ça de derrière (voir en dessous) une voiture. En somme il est exactement à l’endroit où l’on ne voudrait pas être. Un peu entre tout.  Ensuite il continue de filmer ses amis qui se sont réfugiés sur le trottoir d’en face, pendant que l’on voit les pieds des soldats passer devant l’écran, que l’on entend les bombardements hors-champs, les cris du monstre.

     Revenons un peu sur le travail effectué pour donner la nette impression de cassette retrouvée, façon projet Blair Witch en fin de compte : Un film au format très court déjà. 1h10 lors de l’apparition du générique final. Choix judicieux tant le film est éprouvant. Le choix d’un début de film hasardeux, dans cette chambre, un mois plus tôt, sans aucun rapport (si ce n’est de voir Lui et Beth ensemble) avec la suite de l’histoire. Une fin de film nette, comme un cut violent, témoignant d’une fin de cassette. Pas de véritable début. Pas non plus de fin. La fin correspond à la dislocation par bombardement de la ville américaine. Il restera quelques secondes à la fin, où l’on verra notre couple dans une grande roue. Probablement la suite de la première scène du film. Une vidéo du temps de paix comme dirait Chris Marker dans La Jetée. Il y a d’ailleurs de nombreuses apparitions de ce couple dans le film. Lorsque le caméraman tente de rembobiner la cassette pour y déceler la présence à laquelle ils viennent d’assister – ceci nous ne le voyons pas évidemment puisqu’il ne se trouve pas sur la bande – il doit avancer un peu loin en la recalant ce qui a pour effet de nous montrer le film précédent puisque sur cette partie rien n’a été enregistré par-dessus. C’est à mon sens une des grandes réussites de ce film, de ne pas avoir laissé passer cela, d’avoir toujours pensé en tant que caméraman amateur. Mais caméraman amateur qui filmerait avant tout, quoi qu’il arrive !


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silencio


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