Archives pour la catégorie Maureen Fazendeiro

Journal de tûoa (Diários de otsoga) – Miguel Gomes & Maureen Fazendeiro – 2021

16. Journal de tûoa - Diários de otsoga - Miguel Gomes & Maureen Fazendeiro - 2021L’Eden et avant.

   7.5   Un carton final nous annonce que « Journal de tûoa a été tourné sous régime de confinement, au Portugal, entre août et septembre 2020 ». Un film-concept qui serait le résultat capricieux de l’impossibilité à réaliser d’autres projets ? Probablement. Pourtant, on retrouve la patte Gomes là-dedans qui n’aura cessé d’expérimenter la matière, à travers des films très différents. On retrouve beaucoup de l’aspect luxuriant, très végétal, de son Tabou (2012). On retrouve surtout ce qui irriguait déjà Ce cher mis d’août (2008) à savoir le récit du tournage intégré au film. Ici, le film tout entier tient du récit de ce tournage voire de l’impossibilité de son tournage voire de la captation, en forme de journal, donc, d’une fiction nourrie par cette drôle d’expérience, réunissant, dans une propriété de Sintra, metteurs en scène, techniciens et acteurs. Le trouble nait d’une incertitude si ce que l’on voit résulte d’une interprétation, d’une répétition ou si les acteurs sont devenus les miroirs de leurs personnages, à l’infini. Cela se ressent beaucoup au début du film, essentiellement, quand on ne les voit que tous les trois, danser, jouer au billard ou construire une volière à papillons tout en répétant les mêmes mots ci et là. Car c’est l’autre grande particularité de Journal de tûoa qui comme son titre l’indique, fait le récit du mois d’août à l’envers – tûoa pour août / otsoga pour agosto – en partant du dernier jour de tournage pour terminer au tout premier. Autre idée conceptuelle ? Au contraire, il s’agit à la fois de rendre compte d’une altération temporelle provoquée par le temps du confinement autant qu’il s’agit de déconstruire toute forme de dramaturgie : Dans Journal de tûoa tout ce que l’on voit ne produit aucune conséquence, aucune fiction, mais de simples échos, à travers des visages, des objets, un coing en train de dépourir. Plus simplement la possibilité d’apprécier de voir voler un papillon avant de rencontrer sa chrysalide. Et le cœur du film est là : dans l’observation, la beauté des êtes, des choses, des éléments, des interactions et du vide. Comme si Le mépris, de Godard (que les récurrents filtres colorés accentuent comme s’ils rejouaient la fameuse scène de Bardot) rencontrait La collectionneuse, de Rohmer (Déjà convoqué par les cartons journaliers). Une sorte de quête d’Eden rembobinée. Une volonté de faire danser au premier jour comme au dernier. Autant je ne suis pas très curieux de voir comment la pandémie a investi les terres du cinéma, autant ce qu’en tirent Gomes & Fazendeiro, je trouve cela très beau et stimulant.


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silencio


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