Archives pour la catégorie MCU

Spider-Man, Far from home – Jon Watts – 2019

07. Spider-Man, Far from home - Jon Watts - 2019La toile des illusions.

   5.5   Homecoming avait offert un vent de fraicheur à cette saga, on y découvrait un parfait Peter Parker, sous les traits de Tom Holland, largement plus jeunes que les précédentes incarnations Tobey McGuire ou Andrew Garfield. On y découvrait un univers de lycée, c’était léger, plutôt cool, pas trop bourrin – deux séquences seulement lâchaient les chevaux, en bien (Le Washington Monument) ou en moins bien (le ferry). On ne retrouvera pas cette fraicheur ici, sans doute parce qu’Endgame est passé par là, mais pas seulement, tout est plus lourd, dans l’action, dans les blagues, mais aussi dans la (triple) partie romcom. Ce qui est plutôt touchant et réussi, c’est paradoxalement ce qui dessert le film en tant qu’opus Spiderman. C’est plutôt un nouvel Iron man, en fait. Un Iron man post scriptum, un Iron man sans Tony Stark. Il n’est plus là mais il est partout, dans le masque de tristesse arboré par Peter Parker, dans l’imposante présence d’Happy Hogan, dans le McGuffin que joue l’apparition des lunettes EDITH et forcément dans le méchant, qui vient pour s’en emparer. L’idée c’est aussi de trouver un héritier à Iron Man. Et cette partie-là est plutôt bien agencée, entre l’initiation de Peter et ses doutes, sa relation avec Mysterio. Ensuite, dès l’instant que les masques tombent, le film est plus évasif dans ce qu’il tente. Les divers affrontements – à Venise, Prague ou Londres – sont pas hyper bien chorégraphiés. Mais parmi ces déceptions il y a tout de même une scène ahurissante, un truc complètement dingue, vertigineux, osé – comme si d’un coup le MCU se fichait de plaire à tout le monde : Peter Parker est balloté dans les illusions du méchant, affronte d’autres Spiderman, voit Stark sortir de sa tombe, avant de percuter un train. Franchement, c’est sans doute aussi bordélique que les scènes multidimensionnelles dans Docteur Strange mais moi ça m’a surtout fait penser à la séquence du tunnel dans le Vice Versa, de Pixar, à l’intérieur duquel les personnages deviennent des aberrations cubistes. Vraiment, à cet instant-là, je me suis demandé ce qui traversait les méninges de mon fils, assis à côté de moi, mi éberlué mi interloqué. C’est pas grand-chose, ça dure pas longtemps d’ailleurs, mais dans un circuit aussi mainstream que le MCU, ça surprend. Bref, j’ai trouvé le film plutôt attachant dans l’ensemble, mais aussi un peu trop dans la facilité, comme en témoigne la relation entre Ned & Betty. Je regrette qu’on nous tease sur le multivers (Fury qui annonce à Parker que Mystério vient d’une autre Terre) pour ne rien en faire sinon offrir cette petite friandise finale qui cite la trilogie de Sam Raimi. Enfin j’imagine qu’on va y venir, qu’on a évoqué le multivers pour le développer plus tard, comme on avait évoqué la physique quantique dans Ant-man (qui clôturait la phase II) pour l’exploiter en phase III. On verra.

Captain America, Le soldat de l’hiver (Captain America, The winter soldier) – Joe & Anthony Russo – 2014

34. Captain America, Le soldat de l'hiver - Captain America, The winter soldier - Joe & Anthony Russo - 2014Bucky, bras d’acier.

   6.5   Je ne m’attendais pas à ce gigantesque clin d’œil à GoldenEye. Les frères Russo doivent avoir un profond attachement pour ce dix-septième épisode de James Bond, c’est pas possible autrement – Et ça me va puisque c’est celui avec lequel j’ai grandi, autant dire que c’est un peu mon préféré (avec L’espion qui m’aimait) voilà pourquoi la référence me semble évidente. Déjà, il s’agit d’une retrouvaille entre de vieux amis, aussi anciens collègues de travail, qui vont devoir s’affronter, puisque l’un d’eux est passé du côté obscur on va dire. C’était Alec (Sean Bean, qui meurt, comme d’habitude) qui affrontait James (Pierce Brosnan, que j’ai toujours trouvé parfait pour ce rôle, mais passons, ce n’est pas le sujet) c’est ici Steve qui recroise Bucky. Tous deux – James & Steve – ont en commun qu’ils pensaient leur ami mort. Mais surtout, là où le film rejoue clairement une séquence, en écho au final du film de Martin Campbell : L’action se déroule sur les passerelles d’un bâtiment (La tour du Triskel abritant le SHIELD / L’antenne radio télescopique de la base de Janus) qui s’effondre. L’espace d’un instant j’ai pensé qu’ils iraient jusqu’au bout, que Bucky, sur le point de tomber, dirait « Pour l’Amérique, Steve ? » et que Rogers lui répondrait « Non, pour moi » mais ils ne sont pas allés jusque-là, heureusement. Ils ont fait mieux, la fin de la scène est très belle et scelle le retour du vrai Bucky. C’est un épisode qui par ailleurs, soigne bien ses scènes d’action. On sent qu’il a tout plein de modèles, de Heat à Mission impossible, de GoldenEye à The dark night. Qu’elles se déroulent à l’horizontal – la poursuite centrale est vraiment puissante – ou à la verticale – Revoir la scène magistrale de l’ascenseur en sortant d’Endgame, ça fait son petit effet il faut bien le reconnaître – on en sort chaque fois un peu lessivé et admiratif. Et on comprend, avec ce film, pourquoi les Russo ont réalisé tant d’épisodes ensuite : Il y a quelques chose de très grandiose mais aussi de très ramassé dans leur façon d’aborder le récit, la scène. On sent que tout est parfaitement à sa place, c’est vraiment impressionnant. Je suis certain qu’ils pourraient faire un excellent James Bond. Comment je retombe sur mes pattes, là, c’est beau.

Captain America, First avenger – Joe Johnston – 2011

01. Captain America, First avenger - Joe Johnston - 2011Le cul de l’Amérique, prémisses.

   6.0   C’était le seul opus des Captain America que j’avais déjà vu, quelques mois après sa sortie je crois. J’avais évidemment détesté. En fait c’est vachement bien. Déjà parce que c’est Joe Johnston aux commandes et qu’il imprime sa personnalité, on y retrouve nombreux de ses fétiches motifs : La machine à déformer la matière (Le Dr Zola est la version nazie de Wayne Szalinski, le gentil papa de Chérie j’ai rétréci les gosses), la rupture temporelle (Il y a du Jumanji, là-dedans), le loser héroïque et la comédie romantique. Mais aussi car c’est un beau récit de héros qui n’a d’abord rien d’un héros, la crevette de l’armée qu’on choisira de transformer en super soldat pour ses velléités courageuses et sacrificielles. Le film est passionnant aussi parce que la majorité de l’action se déroule en temps de seconde guerre mondiale – Ce qui restera inédit dans l’univers Marvel – et qu’il faut affronter un super vilain nazi tellement super vilain qu’il opère en marge des directives d’Hitler dont il était d’abord le bras droit. Evidemment tout est probablement dans les bouquins mais c’est une belle idée que Johnston exploite bien, d’autant qu’après avoir endossé les traits d’Hugo Weaving – visage à jamais associé à La Matrice – Crâne rouge devient physiquement une sorte de fusion entre Voldemort et Dark Maul. Bref, il est flippant. Dans mon souvenir le film masquait mal son ultra patriotisme, mais c’est plutôt le contraire, tant il n’est pas si tendre avec l’Amérique (Beaucoup moins que dans Iron man, par exemple) qui considère le spectacle de propagande comme le plus importants des fronts – C’est d’abord là qu’on envoie le nouveau Steve Rogers : Promouvoir les obligations de guerre lors de show ridicules où il devra jouer « Captain America ». Et puis je le disais, le film glisse souvent vers la romance – Comme c’est le cas dans chacun des films de Joe Johnston, c’est une constante dans son cinéma de grand romantique – jusque dans ce coup de fil quasi final entre Steve Rogers (avant le crash) et Peggy Carter – Et quand tu revoies ça en sortant d’Avengers Endgame, ça fonctionne à plein régime : « You know, I still don’t know how to dance ». Emouvant, forcément.

Iron man 2 – Jon Favreau – 2010

09. Iron man 2 - Jon Favreau - 2010Le MCU s’en va-t’en guerre.

   3.0   Si l’indulgence soudaine que je voue à cette saga répond très probablement au lâche mépris que j’avais pour elle depuis dix ans, il faut savoir aussi reconnaître quand c’est mauvais (Thor, le monde des ténèbres) ou raté (Docteur Strange) même si on se prend d’attachement pour l’univers en général. Et parfois c’est aussi mauvais que raté, c’est le cas d’Iron man 2. Je sauve néanmoins quelques trucs. Rourke, avec son accent russe, son perroquet et son cure-dent – mais aussi la scène sur le circuit de Monaco. Pepper Potts, la confirmation. Et bien entendu Scarlett Johansson. Même si les personnages de l’un comme l’autre sont ici totalement bâclé, à l’image du reste : Il suffit que chacun fasse son petit numéro de cabotin – Grand vainqueur à ce petit jeu : Sam Rockwell, ça vous étonne ? – et qu’on nous balance la traditionnelle séquence de destruction massive finale ici réduite à un fourre-tout explosif indigeste. Et le tour est joué.

L’incroyable Hulk (The incredible Hulk) – Louis Leterrier – 2008

04. L'incroyable Hulk - The incredible Hulk - Louis Leterrier - 2008De l’influence des rayons gammas sur le comportement d’un scientifique.

   4.0   C’est assez faible. Enfin disons plutôt que le film gâche ses promesses de départ. En effet, le choix de faire table rase des origines du personnage en balançant les grandes lignes de sa première transformation en géant vert qui fit un carnage dans le générique introductif a tout de l’idée payante. On peut même le voir comme une suite du film d’Ang Lee, qui s’arrêtait lors de la fuite de Banner vers l’Amérique du sud. Le choix de suivre ce personnage dans sa nouvelle vie-cavale dans laquelle il souhaite juste qu’on le laisse tranquille et cherche par tous les moyens l’antidote à sa schizophrénie monstrueuse permet une moitié plutôt prometteuse.

     Le semblant de raccrochage à la romance impossible aussi : En gros, Bruce Banner fuit doublement celle qu’il aime puisqu’il ne veut pas lui faire de mal, mais aussi parce qu’elle est la fille du général de l’armée américaine, soit celui qui est à ses trousses et voudrait utiliser son sang pour créer un nouveau soldat invincible – Idée relativement similaire à celle qui traverse Iron man, avec ce désir pour certains de créer cette armure d’acier à la chaîne pour qu’elle devienne l’arme de guerre ultime.

     Le film se suit bien, notamment dans sa partie favelas au Brésil, réussit la séquence de la première transformation de Banner  (la scène est bien troussée, techniquement) et promet dans son évasion à travers le Guatemala et le Mexique pour trouver ce fameux Mr Blue qui détient peut-être son sérum miracle. Sauf que dès lors tout devient lourd, ses scènes d’action aussi laides que prévisibles, son méchant n’a absolument aucun intérêt, l’abomination qui le supplante est par ailleurs super moche, sans relief, franchement il aurait mieux fallu ne pas le montrer. Quant à la bataille finale, elle est vraiment mal fichue. Dommage.

     Et puis je ne trouve pas le film indispensable au sein de la saga, j’ai même l’impression qu’il ne sert à rien. D’ailleurs, que devient Betty Ross, la petite amie de Banner ? Ce n’est jamais exploité par la suite. J’ai un peu l’impression qu’on ne creuse pas très bien le cas Hulk-Banner dans le MCU. Ensuite, concernant l’acteur, c’est un peu problématique. Enfin ça ne devait pas l’être avant, mais aujourd’hui Banner c’est Ruffalo, quoi. Il est génial dans ce rôle. Norton est bien mais comme souvent il est un peu trop dans l’emphase pour incarner à la fois la fragilité et l’intelligence de Banner. Ceci étant, ça se regarde, hein.

Iron man – Jon Favreau – 2008

07. Iron man - Jon Favreau - 2008Cas de conscience.

   5.5   En sortant d’Avengers Endgame, la moitié de la salle – J’en faisais parti – restée durant l’interminable générique de fin, se désolait de n’avoir aucune scène post générique à se mettre sous la dent – Friandise dont la saga s’est faite une habitude d’offrir. Restait ce bruit de marteau, lointain, comme étouffé. C’est tout. Grâce aux écumeurs geeks, on apprit rapidement d’où il provenait et l’hommage qu’il rendait. Il fallait revenir à Iron man : Ces coups de marteau sont ceux que l’on entend dans la grotte afghane lorsque Stark se fabrique sa toute première armure. C’est pas grand-chose, certes, mais justement, pour une saga qui ne s’est jamais fait le chantre de la subtilité, c’est assez surprenant. Je trouve ça même assez beau, en fait. C’est une belle idée de boucle – Rappelons qu’Iron man est le premier volet du MCU – aussi symbolisée par la présence discrète (dans la quasi scène finale de « tous les visages ») de Jon Favreau, réalisateur du premier opus donc, qui joue aussi Happy Hogan, le garde du corps de Stark.

     Ce premier film n’a rien de transcendant et semble être très fidèle aux comics tant la mise en scène est relativement anecdotique, passe-partout. Iron man aurait pu être réalisé par un autre yes man qu’on y aurait vu que du feu. Le film repose entièrement sur l’écriture de Lee & Kirby, et surtout sur la présence de Robert Downey Jr. qui aura créé un tel personnage qu’on ne voit vraiment pas aujourd’hui qui d’autre que lui pouvait à ce point l’incarner. Malgré tout, la première partie est sombre, l’humour inhérent au personnage n’est pas encore de mise, il faut attendre son retour d’Afghanistan et la transformation du faiseur de guerre en sauveur pour que le ton de la saga se mette en place, au détour de la relation entre Stark et Pepper Potts (Gwyneth Paltrow, sublimissime là-dedans) mais aussi de la relation de proximité que le personnage entretient avec son spectateur puisqu’on est souvent dans son casque, avec sa nonchalance et ses blagues. La trame est très classique et on voit tout venir à des kilomètres – notamment car Jeff Bridges est aussi subtil que l’était Nick Nolte dans le Hulk de Ang Lee – mais il y a un plaisir certain, ici parce que l’action est relativement lisible, là parce que les saillies burlesques sont bien disséminées et canalisées. Comme d’habitude, le final verse trop dans la prouesse pyrotechnique, en revanche la séquence d’évasion en Afghanistan est encore géniale aujourd’hui.

Avengers, Endgame – Joe & Anthony Russo – 2019

avengers-4-endgameSnap to the past.

   8.0   Je poursuis mon voyage à travers le cinéma des Studios Marvel, je fais des ponts, découvre de beaux échos, butte sur un détail avant d’en apprécier pleinement un autre. La vue d’ensemble est de plus en plus nette, les pièces du puzzle s’imbriquent et la grosse machinerie apparemment sans âme, parfois grossière, révèle ici un troublant vertige. En allant voir Endgame, je savais qu’il me manquerait encore quelques pièces, tant pis, c’est le jeu, apprécier l’univers de façon non linéaire est un fonctionnement comme un autre.

     A l’heure où j’écris, le film vient de passer devant Titanic dans l’histoire du box-office mondial. En gros il a franchi la barre des 2 milliards de recettes. En seulement douze jours d’exploitation. Record absolu, évidemment. Si je serais toujours plus admiratif de la double anomalie réalisée par James Cameron puisqu’il n’a pas eu besoin de 21 films pour tout péter avec le 22e, je dois avouer que ce colossal succès m’impressionne beaucoup et curieusement me réjouit bien plus qu’il ne me terrifie : Au moins, les gens continue d’aller au cinéma. A l’heure où tu me lis il a probablement battu Avatar. Qu’importe ce qu’on pense du film, de cette saga et du box-office en général, le raz-de-marée que le film provoque est inédit, fascinant, flippant. Mais que reste-t-il du film lui-même après la démesure de son plan marketing ? Attention, spoilers en veux-tu en voilà.

     Le film se découpe clairement en trois parties. Il sera d’abord question de deuil puis il faudra élaborer la solution avant de filer vers le grand affrontement. La partie centrale est un pur délice. On traverse le temps et on retourne dans les films précédents afin d’aller chercher les pierres et faire en sorte que Thanos ne les récupère pas. Et c’est assez jubilatoire. On retourne dans la temporalité du premier Avengers mais aussi dans celle de Captain America 2 et le film a l’audace de rejouer une scène de Thor 2, le plus mauvais épisode de la série et d’en faire une scène très belle, entre Thor et sa mère. Sur Morag, il faut devancer Quill, toujours en train d’écouter Come and get your love. Steve Rogers se bat contre son lui-même de 2012 et Tony Stark retourne chercher le Tesseract en 1970 et y fait la rencontre de son propre père. Mais avant cela, le film tente déjà beaucoup, autrement.

     L’ouverture d’Endgame prolonge la cruauté sur laquelle se fermait brutalement Infinity war et demande à partager les derniers instants de bonheur familial de Clint Barton – qui était oublié, absent de ce final tétanisant – avant que sa femme et ses trois enfants ne s’évaporent en poussière. La séquence n’est pas très longue pour un « film normal » mais pour un blockbuster, c’est tout de même un étirement surprenant – que le film se permet, comme toute sa première heure de deuil, parce qu’il dure trois heures. C’est une grâce bucolique quotidienne qui soudain vire à la quadruple disparition, qui n’est pas sans rappeler la séquence introductive de The leftovers, voire celle, moins anonyme, qui touche le personnage incarné par Carrie Coon dans la série de Damon Lindelof. Comme elle, Barton perd tout. En un claquement de doigts, c’est le cas de le dire. Pas autour d’une table de cuisine mais en plein pique-nique dominical. Dans la séquence suivante, le récit fait un bond de cinq ans. La table rase n’est donc pas encore au programme.

     En parcourant les papiers qui fleurissent autour du film, je remarque en priorité un nombre conséquent de déception vis-à-vis de l’abandon du radicalisme qui parcourait le final du film précédent. Curieux reproche tant je ne vois pas ce qu’il y a de si inattendu dans ce déroulement ? Je veux dire, on savait bien que « ceux qui restent » trouveraient un moyen de faire revenir « ceux qui sont partis », évaporés parmi la moitié des êtres humains évaporés de la planète. On savait bien que le génocide serait effacé. Que Thanos finirait par perdre. Restait plus qu’à savoir comment ? Le « comment » peut être déceptif, oui. Mais il ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe non plus, nous étions un peu prévenu. Avant de laisser la dernière pierre à Thanos, Dr Strange avait clairement annoncé à Tony Stark que son rôle serait prépondérant. Ant-man nous avait familiarisé avec la physique quantique – Et Ragnarok et son bifrost avait un peu joué là-dessus aussi. La scène post-générique d’Infinity war montrait que Nick Fury avait envoyé un SOS à Captain Marvel juste avant de se volatiliser. Et si je ne l’ai pas vu, comme par hasard quel film sort avant Endgame ? Captain Marvel, évidemment. Si l’on a appris un truc avec le MCU et sa façon d’écrire une saga de cinéma, c’est que tout s’imbrique, tout est toujours utile, il n’y a que des pistes, jamais de fausses pistes. Et tout cela, en effet, nous le verrons dans Endgame. Ça peut être déceptif mais c’est aussi un vrai tour de force, ainsi qu’un plaisir de fan service, cet opus agira en opposition au précédent : Retrouver l’humour de nos héros et retrouver nos héros. Alors si en plus tout ça s’opère en faisant du pied à Retour vers le futur, hein, allons-y gaiement. C’est un film qui semble sans cesse récompenser ses fans, leur offre pile (ou presque) ce qu’ils souhaitent. Un film qui se fait ses propres clins d’œil et revisite sa propre légende. Au moins autant que lorsque Spielberg revisite dans Ready player one, ce qu’il a en grande partie engendré. Quant aux reproches focalisés sur l’impossibilité au film de montrer le chaos que ce claquement de doigts a généré, oui, en effet, c’est pas The Leftovers. Mais bon, cette saga n’a jamais eu cette prétention, elle n’a jamais filmé le Monde. La population a toujours été réduite à de la simple figuration abstraite. Donc ce chaos ne s’incarne pas dans une dimension globale et mondiale mais uniquement via ses personnages, fortement touchés (Barton) ou non (Stark).

     Cinématographiquement, le film ne tente aucun vrai pas de côté, mais ce n’est pas nouveau, c’est comme ça depuis le premier Iron man, tous les films se ressemblent plus ou moins dans cette écurie, il ne faut surtout pas prendre le risque de briser la fidélité de la clientèle. Avec un tel marché financier et de tels chiffres, on les comprend. Il y aura parfois eu de ridicules déraillements – Thor 2, évidemment – mais aussi d’agréables interférences – l’ovni Ragnarok – mais rien qui n’entache l’univers produit par Disney. C’est donc majoritairement du fond vert dans chaque séquence d’action. Et majoritairement du plan télévisuel durant les dialogues, dont on désamorce systématiquement le sérieux, l’aigreur et/ou la lourdeur par une petite vanne, efficace, bien placée comme un produit. Thor est encore un peu dans Ragnarok, apparemment, puisque c’est lui, panse pendante et joues boursouflées, grimé en The Dude (The Big Lebowski cité ouvertement, trop, puisqu’on le voit et que les personnages le disent, deux fois ! On préfèrera, plus loin, la subtilité de son clin d’œil à l’ouverture des Aventuriers de l’arche perdue) sur qui reposera l’essentiel du potentiel comique d’Endgame. La fourmi aura aussi son rôle à jouer là-dedans. Ainsi que Le cul de l’Amérique.

     C’est curieux car l’univers de la pop culture est un peu chamboulé ces temps-ci, puisque le calendrier superpose la sortie du dernier volet d’Avengers avec la diffusion de l’ultime saison de Game of thrones. D’autant que c’était le 8.03 de GoT cette semaine-là. Loin de moi l’idée de les comparer, mais vivre cet épisode dingue et Endgame à quelques heures d’intervalle c’est l’assurance d’avoir vécu un truc à part, dans « l’histoire de la pop culture » si j’ose dire, d’être dans le vent, quoi, c’est très bizarre. Si j’ai suivi la série de Weiss & Benioff depuis ses quasi faits d’arme – J’avais rattrapé les wagons au moment de la diffusion de la quatrième saison, il y a cinq ans donc, je m’en souviens bien puisque le season finale tombait pile avec le début de la coupe du monde au Brésil – je recolle les morceaux avec la saga produite par Kevin Feige seulement depuis le mois dernier. Pourtant, je ressens des frissons similaires, quand je vois une discussion au coin du feu d’un côté, dans un bureau de l’autre, une bataille face aux marcheurs blancs ici, face à Thanos là : L’ambition n’est pas la même, la qualité d’écriture et de réalisation non plus, mais il y a le parfum de la mélancolie qui s’en dégage, une volonté de dire adieu aux personnages, qu’ils survivent ou bien qu’ils meurent. Cette même sensation de frissons s’exprime aussi via l’utilisation musicale : Dans l’un c’est au retentissement de son générique d’intro, dans l’autre c’est au moment d’une réunion dans la bataille. Deux thèmes bien bourrins comme il faut, mais qui te collent à ton siège.

     Il y a l’idée du « endgame » puisque le titre le revendique. C’est la fin d’un jeu. Evidemment le jeu s’est un peu durci, s’est un peu fait avaler par la mort à l’image du vaisseau de Thanos débarquant à la toute fin de Ragnarok et bien entendu à l’image de cet impressionnant goût de cendres que l’on respire depuis Infinity war, mais malgré tout il y a toujours l’idée du jeu et il reprend le dessus ici, très clairement, d’une part dans ses velléités comiques – la saga n’avait jamais été aussi drôle – et d’autre part dans sa volonté de tout faire péter dans un gigantesque feu d’artifice et l’idée du voyage temporel est une partie de ce feu d’artifice. Alors oui il y a une mélancolie quasi permanente parce qu’on prend le « risque » de perdre un présent parfois convenable (Les moments de complicité entre Stark et sa fille sont par ailleurs très beaux) pour revoir ceux qui se sont évaporés. Mais il y a le jeu. Et le film ira ouvertement là-dedans en citant d’abord Fortnite puis Retour vers le futur. Ce n’est pas faire offense au film de Zemeckis je crois, même si Endgame va gentiment s’en moquer, puisqu’il s’amusait déjà de ces ascenseurs émotionnels.

     Je pense, malgré tout un tas de défauts évidents – Punaise, le vrai héros du film c’est un RAT, quoi. C’est Rémy qui fait revenir Scott Lang, on croit rêver – qu’il est le plus stimulant, avec Infinity war, des films du MCU. Mais contrairement aux opus de Captain America, je ne crois pas que ces deux films s’apprécient indépendamment du reste, tant ils fonctionnent dans un ensemble, ils fonctionnent parce qu’ils sont la convergence de cet ensemble et sont donc touchants – vraiment, moi ça m’a collé un tas de frissons à plusieurs reprises voire quelques larmichettes, mais chut – si l’on a quelque atome crochu avec cet ensemble, cet univers, cette galerie de personnages.

     Il est possible que mon enthousiasme soit provoqué par le fait que je sois plongé à fond dans l’univers depuis peu – et qu’il retombe vite comme un soufflé mais qu’importe – ou bien c’est simplement le fait d’y être allé en Day2, de le voir en Imax 3D dans une salle blindée, aux côtés de ma femme et mon fils, tous deux aussi enthousiastes que moi, mais en l’état, j’ai pris un pied monstrueux. Un plaisir de divertissement idéal doublé d’une vraie mélancolie. Si on m’avait dit, il y a encore un mois, que je pourrais être ému par un film de super-héros, punaise. J’ai presque envie d’y retourner, tant ça m’a semblé aussi jubilatoire qu’astucieux. Le film réussissant aussi l’exploit d’être une belle conclusion pour les fans mais aussi de ne pas être réfractaire quant à l’idée de séduire les néophytes – Et j’en suis donc la preuve.

Thor, Ragnarok – Taika Waititi – 2017

29. Thor, Ragnarok - Taika Waititi - 2017« Je ne fais que passer »

   7.0   Suivant mon humeur, ce sera mon épisode préféré. En effet, si on apprivoise d’emblée le ton du film, volontiers facétieux, c’est un régal. On comprend rapidement que le film tourne le dos à Thor 2, on le comprend dès l’entame, quand Thor est enfermé dans une cage et discute avec un squelette, puis lorsqu’il est enchaîné au-dessus de la lave, face au grand méchant Surtur, qui lui explique son dessein d’anéantir Asgard : Le discours du démon du feu est sans cesse interrompu par le dieu du tonnerre, qui toujours suspendu, pivotant sur lui-même, lui demande d’attendre qu’il n’ait plus le dos tourné. Il faut entendre la désinvolture de Thor, apprécier le génie comique de Chris Hemsworth. Et ce dès les présentations puisqu’au très solennel « Thor, son of Odin » de Surtur, Thor répond « Surtur, son of…a bitch » ! Il faut aussi voir le combat qui s’ensuit, complètement bourrin mais complètement abstrait, sous Immigrant song, de Led Zeppelin. C’est Sucker punch. En drôle.

     Et l’ambiance continue ainsi lorsque Thor débarque sur Asgard, en vainqueur, arborant les cornes de Surtur derrière le dos. Il parle comme OSS 117. Mais c’est Loki le roi ici, statufié et héroïsé dans une comédie relatant son sacrifice : Matt Damon joue l’acteur qui joue Loki, Sam Neil l’acteur qui joue Odin et le frère de Chris Hemsworth prend le rôle de Thor. Ils apparaissent quelques secondes, puis on ne les reverra plus. Mais c’est dire la générosité du délire. Et tout est ainsi dans Thor, Ragnarok. Le film va à cent à l’heure mais il est rempli de petites surprises de ce genre, de subtiles apparitions, de superbes situations comiques (la rencontre avec Dr Strange, absolument géniale) et graphiquement il ne ressemble pas vraiment au style du MCU. Il est plus coloré, plus kitch encore que Les gardiens de la Galaxie. C’est d’un mauvais goût assumé, toujours amusant. A l’image d’Hela, déesse de la mort et sœur de Thor & Loki, grande méchante de cet opus et incarnée par une Cate Blanchett méga badass. Qui fou une pichenette au faux gant de Thanos, dans la pièce aux trésors d’Odin. C’est le WTF complet ce film, c’est impressionnant.

     Et là ce n’est que le début. Car Thor, Ragnarok trouvera ses meilleures inspirations sur Sakaar, une gigantesque décharge sur laquelle règne Le Grand-maître – dictateur magnifiquement campé par Jeff Goldblum – qui organise des combats dans une arène où il faut se battre jusqu’à la mort. L’arrivée de Thor, déjà, qui échoue ici grâce à l’un des nombreux portails cosmiques qui entourent cette planète, est super drôle. Il chute dans les poubelles, littéralement. On tombe beaucoup comme de la merde dans Thor, Ragnarok. Ce sera aussi le cas pour Valkyrie, une guerrière un brin alcoolique, mais aussi de Banner plus loin, qui s’écrase à l’entrée du bifröst avant de redevenir Hulk et affronter Fenris, le loup géant d’Hela. Cette planète permet en outre la rencontre d’un chouette personnage tout en pierres (Korg et sa réplique géniale : « Another day, another Doug ») et bien entendu permet de construire un groupe, façon Les gardiens de la galaxie, afin d’aller affronter la grande méchante. Et ce trio qui devient quatuor quand le caméléon Loki les rejoint, fonctionne à merveille, je trouve.

     Sans mentir, j’ai pris un pied phénoménal, à tel point que j’ai revu le film une semaine plus tard tant sa mécanique comique me manquait. Tant je voulais revoir Skurge répondre à Héla qui vient de buter tous les autres sbires « Je ne suis que le concierge ». Tant je voulais revoir le cri de soulagement neuneu lâché par Thor quand il découvre qu’il va affronter Hulk. Ça reste un film du MCU, hein, avec une construction attendue, des rebondissements prévisibles, mais le ton est différent, les curseurs déplacés, on a l’impression qu’il a été piraté par un gamin insolent. Ça fait plaisir. D’ailleurs c’est dans celui-ci que Stan Lee fait la meilleure apparition. C’est la seule fois où c’est vraiment drôle, en fait, puisqu’il sera le coiffeur de Thor, qui perd donc sa crinière dorée. « Un vieillard répugnant m’a coupé les cheveux » lâchera-t-il à un Banner surpris de le voir cheveux courts. Bref, Thor Ragnarok est un film hilarant et récréatif, qui a conscience d’être récréatif, vain, d’être consommable comme on consomme du popcorn. C’est un film qui ne fait que passer. Moi ça me va.

Thor, Le monde des ténèbres (Thor, The dark world) – Alan Taylor – 2013

25. Thor, Le monde des ténèbres - Thor, The dark world - Alan Taylor - 2013Il n’y a pire eau que Loki-Thor.

   2.5   Si je suis globalement satisfait de ma session de rattrapages Marvel, là en revanche, j’aurais mieux fait de m’abstenir. Purée, la purge. Autant le premier, dispensable mais pas désagréable, masquait parfois sa lourde relecture shakespearienne et son immonde esthétique branaghienne par son attachant esprit « Les Visiteurs » avec tout ce qui se joue dans la collision entre Thor et la Terre. Il y avait des instants rigolos, notamment parce que le duo Hemsworth / Portman fonctionne pas trop mal ; Et des trucs presque aussi lourds que la réalisation de Jean-Marie Poiré. Là c’est une catastrophe à tous niveaux : Graphique, narratif, interprétatif, rythmique. Les décors sont laids. Les scènes d’action sont laides. Et trop de portails, trop de Bifröst. Un peu à l’image de la scène qui semble reproduire le pire du pire de Star Wars, avec Padmée / Jane Foster et Anakin / Thor sur les bords du Lac de Côme, c’est ni fait ni à faire.

Ant-man – Peyton Reed – 2015

21. Ant-man - Peyton Reed - 2015Nano war.

    7.0   Le douzième film du MCU, qui clôt la phase II, est né d’une désillusion terrible pour la geekosphère. Leur incompréhensible héros – Franchement j’ai de la sympathie pour Hot Fuzz et Shaun of the Dead, mais ça s’arrête là, quoi, je ne comprends pas trop la hype autour de ce bonhomme – s’est fait débarquer d’un projet qu’il chérissait. Qu’il chérissait au point de trop se l’approprier, sans doute. Remplacer Edgar Wright par Peyton Reed, réalisateur plus passe-partout, capable du meilleur (Le chouette Yes man, avec Jim Carrey) comme du pire (La rupture, avec Jennifer Aniston) c’était se garantir une certaine transparence mise en scénique. C’est pas plus mal. Au moins, on n’a pas eu à se farcir une scène avec un Cornetto, c’est toujours ça de gagner. C’est un beau film de casse, une chouette comédie romantique et s’il est aussi attachant c’est probablement parce qu’il semble en apparence plus anecdotique que les autres.

     Si plus tard, Spiderman, Homecoming amorce un virage dans le capital sympathie de la Marvel Cinematic Universe qui visait plus jeune et davantage l’esprit geek que celui de la vanne formatée dessinée par Iron Man et consorts, Ant-Man bâtit une pierre supplémentaire, réjouissante tant il pourrait être le crossover idéal entre l’univers comique de Wright, la délicate approche super-héroïque de l’homme araignée qu’en avait fait Sam Raimi et L’homme qui rétrécit. Film ouvertement cité et pas seulement parce qu’on y rapetisse un homme, mais aussi par l’évocation d’abord puis la traversée bientôt de l’infra-moléculaire, véritable trouée bouleversante sur laquelle s’achève le chef d’œuvre absolu de Jack Arnold, et qui sera aussi un haut fait dans le dernier quart d’Ant-Man, réduit pour s’en tirer à passer en taille subatomique. Et puis quand on parle de capital sympathie, difficile de ne pas mentionner Paul Rudd, acteur toujours génial partout où il passe : Difficile de trouver quelqu’un de plus cool pour camper ce rôle aussi cool.

     C’est d’ores et déjà l’un de mes films préférés de la saga. Sans doute parce que ça me parle complètement, à moi qui aime d’amour L’homme qui rétrécit et bien entendu Chérie j’ai rétréci les gosses. Si on m’offrait de choisir un pouvoir, ce serait celui de pouvoir rétrécir, « sauver le monde » dans une cave ou un jardin. Sans compter que je trouve ça hyper cinématographique, faire croire qu’un jardin est une jungle, une cave un monde tout entier, c’est rappeler qu’on peut croire à l’aventure dans un studio. A ce titre, l’affrontement final entre Ant-man et Yellowjacket, dans la maison de Scott, enfin surtout dans la chambre de Cassie, que l’on suit parfois du point de vue de Scott en Ant-man parfois du point de vue de sa fille de sept ans, qui voit un combat au sein de ses jouets, est absolument réjouissant en ce sens qu’il exploite à merveille les variations d’échelles et utilise des inserts comiques hilarantes, qui rappelle les plongées au sein de l’imaginaire de l’enfant – avec les jouets qui s’animent – dans Toy Story.

     Parmi les bonnes idées qui jalonnent le film, mention spéciale à l’une de mes séquences préférés de l’intégralité des films du MCU lorsque Ant-man et Yellowjacket s’affronte dans un hélicoptère puis dans une mallette tombant d’un avion, entre multiples objets – Piles, écouteurs, boutons, clé USB, carte bleue – accompagnés par « Plainsong » que Scott a accidentellement (pour se propulser) déclenché en appuyant sur l’I phone et criant : « I’m gonna disintegrate you » ! Entendre l’Iphone répondre : « Playing « Disintegration » by the Cure » est un pur moment de grâce, tellement en phase avec la situation. Voilà, ca dure à peine trente secondes, mais c’est une belle surprise, et d’un point de vue graphique c’est fabuleux. Et puis comme la plupart des scènes d’action du film, on retrouve finalement notre échelle et cette chute de mallette s’achève modestement dans la piscine d’un quartier résidentiel.

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