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Le quattro volte – Michelangelo Frammartino – 2010

Le quattro volte - Michelangelo Frammartino - 2010 dans Michelangelo Frammartino le-quattro-volte

Le cercle.

     7.5   C’est un film sans hiérarchie, un film sur le passage, ou plutôt un film de déplacement puisqu’il n’est pas question de relais, simplement d’une harmonie des éléments dans une même nature. C’est dans un premier temps l’homme, un vieux berger, qui vit ses dernières heures, que l’on accompagne du lever au coucher, dans son déplacement quotidien dans les ruelles de Calabre, seul lorsqu’il va chercher une solution magique (à base de poussière d’église) chez la bonne du curé en échange d’un peu de lait, ou bien dans les vallons boisés accompagné de son chien et de ses chèvres. C’est une scène fabuleuse qui va précipiter un glissement. Un plan qui revient souvent depuis le début du film où on y voit à la fois le troupeau dans son enclos, la maison du vieil homme et les rues du village qui s’engouffrent en hauteur, et une route dont on ne sait rien, qui semble descendre derrière nous, peut-être au cœur des arbres, un ravin, une rivière. Cette fois le plan va durer beaucoup plus longtemps. Et de manière assez magique, très drôle aussi, il y a comme une chorégraphie qui va naître et s’embellir. Une voiture d’où en sort des romains, vêtus de leurs parures d’époque comme s’ils s’étaient trompés de vingt siècles. Plus tard une sorte de défilé cérémonial qui apparaît avant que l’on y voit la célébration de la procession du christ portant sa croix. Par un savant travelling panoramique, on y découvre d’une part le groupe en marche vers une hauteur indéterminée où sont disposés les croix de bois comme sur Golgotha. Le travelling, en se répétant nous fait à la fois découvrir une scène burlesque de la voiture qui s’en va se crasher (après que le chien ait retiré une cale) dans l’enclos laissant les chèvres investir le village, pendant que de l’autre côté la procession atteint son but. L’un des plus beaux plan-séquences de l’année, qui avant d’être impressionnant est à la fois drôle et inventif. Le glissement intervient dès cette pirouette. L’homme se meurt, place aux animaux. Les chèvres envahissent le village, les rues, les maisons, comme précédemment les escargots avaient réussi à s’extirper de cette marmite mal fermée. Puis plus tard, un chevreau naît. On le suit presque pas à pas, en tout cas dans sa tentative de pas. C’est très beau. Puis les animaux regardent les montagnes, on voit alors des plans de montagnes. Une chèvre lève les yeux vers le ciel, on y voit un plan du ciel. L’animal est devenu personnage central. Et quand notre chevreau va se perdre dans l’immensité de la forêt c’est sous un haut sapin qu’il trouvera refuge. Nouveau glissement. Le sapin éclipse le reste. Les saisons défilent, il accueille la neige, puis les rayons du soleil. Un grand vent se met à souffler, il est venu le temps de sa coupe. Il devient alors l’objet d’un rituel, la fête de la Pita L’homme est toujours présent mais relégué au second plan, il n’est qu’initiateur de quelque chose, comme l’était le chien quelques temps auparavant. L’arbre est hissé, presque nu, vers le ciel. On le grimpe puis on le laisse s’écrouler. Il est coupé en morceau. Et s’apprête à devenir charbon de bois. Nouveau glissement opéré puisque Frammartino filme alors le destin d’une charbonnière. Tout est comme un cercle, mais pas au sens de la répétition, plutôt comme osmose générale, au sens il n’y a qu’un esprit invisible comme guide. Quatre règnes : l’humain, l’animal, le végétal, le minéral. Plus qu’un film divisé en parties, c’est un film glissé, où un règne ressort par moment plus qu’un autre, mais où tous est lié, où tout a une unité, une dignité commune. Rien ne vit indépendamment. Ce film est un poème. Sans aucun dialogue. Et c’est pourtant un film d’une grande simplicité, très facile à suivre. D’avoir opéré le déplacement dans cet ordre là n’est probablement pas étranger à ce sentiment. C’est aussi un beau travail sonore, des toussotements du vieil homme aux cris des bêtes, du vent qui caresse les arbres aux sons des charbonnières (présents assez régulièrement durant tout le film), jusqu’aux claquements de cette cheminée vide qui s’arrêtent lorsque la mince fumée finale en sort.


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Auteur:

silencio


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