Voyez comme on danse.
3.5 Se cache dans Life of Chuck un très beau court métrage : la première partie, l’acte 3 – puisque la construction du film est rétro-chronologique – qui s’étire grosso modo sur vingt-cinq minutes. C’est un récit catastrophe se déroulant dans un futur proche, durant lequel le monde s’effondre. Mais c’est une approche douce de l’apocalypse, une chronique de fin du monde complètement éloignée des clichés du genre, qui m’a un peu rappelé le très beau Perfect sense. Il n’y a pas de panique général. On voit les catastrophes diverses (dans le monde entier) au travers des écrans. Mieux, la catastrophe est principalement indexée sur la disparition d’Internet. Mais ce choc s’est déjà joué, on entre ici dans un monde résigné, dans l’attente de sa finitude, au crochet d’un enseignant qui continue de donner des cours sur Walt Whitman et qui va tenter de renouer avec son ex-femme.
Il y a déjà une approche philosophique, un discours métaphysique – sur la poussière que constitue l’être humain dans l’univers, aussi bien son immensité physique que temporelle – mais ce prologue le dissémine de façon assez brillante, sans les artifices empesés (ces monologues sentencieux, au secours) et mièvres qui suivront ensuite. Vingt-cinq belles premières minutes d’autant plus belles qu’elles sont pleine de promesses. Que nous réserve le film, par la suite ? Que contiendront les deux parties (manquantes) à venir ? Et dans le même temps comment se relever de la fin de cette partie ? Comment faire suite à un champ d’étoiles qui disparait ?
Je pense que la suite du film, dans son ensemble, m’a autant ennuyé et agacé qu’il m’avait séduit au préalable. Rarement ressenti un écart aussi grand, dans un même film. C’est simple, je trouve tout ce qui suit complètement nul, aussi bien cette horrible voix off que cette musique de fond, cette construction façon jeu de piste que ce banal mélo familial, ce personnage insipide de Chuck que cette danse ou cette pièce secrète. Je n’aime plus rien. J’ai l’impression d’assister à une enfilade de tout ce que je déteste au cinéma, que j’ai pu voir chez Charlie Kauffman (Je veux juste en finir) ou Darren Aronofsky (The Fountain). Eu l’impression d’assister à une relecture de Soul (Un Pixar que j’aime assez peu, par ailleurs) qui se dégonfle de minutes en minutes jusqu’à cette ultime scène (attendue) qui semble espérer qu’on chiale mais qui m’a juste fait lâcher un : Tout ça pour ça !
Je lui en veux beaucoup en fin de compte. J’aurais adoré être ému par la suite de ce début de film qui m’avait séduit. Et j’ai trouvé que c’était de pire en pire. Je redoutais presque l’acte 0 tellement il m’agaçait. J’adore le côté énigmatique de cette première partie. J’ai hâte de revoir ces personnages (l’enseignant, l’ex-femme, le voisin, la fille en rollers, les parents d’élèves, qu’importe) dans la partie suivante, enfin précédente, du coup. Mais non, personne. Déjà, le film se fou un peu de ma gueule, je trouve.
Mais cette énigme se brise justement dès la fin de cet acte 3 dans la mesure où le film vend la mèche sur ses velléités métaphysiques. Il s’agit donc de dire que l’humanité est une poussière dans l’univers. De citer Karl Sagan, l’astrophysicien qui explique que si l’on ramène l’histoire de l’univers à une année calendaire, l’humanité apparaîtrait à 22h30 le 31 décembre. Et pourtant le film finira par vanter tout l’inverse à savoir que lorsqu’une vie s’éteint c’est tout l’univers qui s’effondre. Désolé mais non, c’est une vision qui me semble complètement ridicule et anthropocentrique.
Je crois que le film perd de sa force à cause de sa structure. Le troisième acte il doit être à la fin, pour moi. Car après l’apocalypse il ne reste rien. C’est difficile de revenir en arrière après ça. Alors oui l’effet de surprise de « la fin du monde est indexé à la mort d’un individu » ne fonctionnerait pas si le film était structuré de façon chronologique. Que tout résonne avec cette idée de contenir des multitudes, le fait que tous ces personnages sont finalement des projections de son subconscient associés à ses souvenirs.
Mais du coup c’est une impasse, pour moi. Je ne sais pas ce qu’il en est dans la nouvelle de Stephen King, dont le film est l’adaptation. Est-ce que cela fonctionne mieux à l’écrit ou non ? La mise en scène m’a semblé bien fonctionnelle d’ailleurs. Très loin de ce qui avait été proposé par Flanagan dans The Haunting of Hill House. Et si j’aime cette première partie dans le même temps je ressens un peu le Melancholia passée à la moulinette du film Deauville. Un peu à l’image de sa scène de danse. Oui, elle est jolie (et joliment chorégraphiée) mais pareil je ne ressens rien devant. J’ai l’impression que c’est la scène d’un autre film qu’on me propose. Une belle scène de danse peut me faire chialer par sa beauté, moi, suffit de citer l’ouverture de La La Land ou celle de 35 rhums, pour citer deux séquences dansées tout à fait opposées. Là rien. Petit calvaire global.

