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Get Innocuous (LCD Soundsystem, 2007)

88409LCD I love you and you’re bringing me dance.

     Il fallait vite que je parle d’LCD Soundsystem.

     D’une part car le dernier album en date, American dream, sorti le mois dernier, est une merveille. Laissons mûrir encore mais pas impossible que ça devienne le plus beau avec Sound silver. Il contient entre autre un tube absolu à écouter en boucle, l’ouverture Oh baby, qui signe un retour en fanfare, après la séparation puis la reformation du groupe depuis This is hapenning.

     D’autre part car LCD Soundsystem n’a commis à mes yeux aucun faux pas, aussi bien depuis son premier LP éponyme que dans son excursion EP avec l’extraordinaire 45’33 conçu pour la course à pied. Je ne cours jamais avec de la musique dans les oreilles donc je ne sais pas si ça fonctionne, mais cet album me rend dingue (d’autant plus en version CD, avec trois morceaux supplémentaires bouillants !) surtout en bagnole. On retrouve d’ailleurs Someone great – présent aussi dans Sound silver – moins la voix de James Murphy.

     C’est aussi cela que j’aime chez LCD : L’impression d’être face à de (parfois) longues boucles en variations, qui se répondent en écho d’un album à l’autre ; Des bases précises, solides, qui partent en vrille sans qu’on ait vraiment pu s’en rendre compte. Franchement, impossible de faire plus jouissif et obsédant que du LCD à son meilleur.

     Pourquoi ai-je choisi Get Innocuous ? Tout simplement parce que ce fut ma porte d’entrée dans l’univers du groupe. Je ne connaissais pas à l’époque (dix ans, bordel), j’écoute ça par hasard et je me le prends dans la gueule, Get Innocuous, puis le reste. Jusqu’à New York, I love you but you’re bringing me down, que j’aurais pu poser là aussi. Le nombre de trajet de train que j’ai pu me faire avec cet album dans les oreilles, c’est indécent. Je me souviens aussi d’un réveil de soirée beuverie, quand tu dois tout remettre en ordre parce que c’est pas chez toi, et j’avais lancé ça : Rarement été aussi efficace pour ranger une baraque.

     Et Get Innocuous a ceci d’un peu différent du reste de la discographie d’LCD Soundsystem qu’il est moins ouvertement funk/disco mais ressemble à une extraction un peu batarde de dance-punk ascendant krautrock. Et puis j’aime les sentiments contradictoires qu’il m’offre : Souvent je regrette qu’il ne s’installe pas davantage, jusqu’à me happer entièrement ; parfois je me dis que si le morceau était plus long on en crèverait tellement ses bases sont énergiques et les couches qui se superposent de plus en plus fragiles ; Mais chaque fois je me dis : Purée, mais quel tube de malade ! Et puis chose rare me concernant, je préconise l’écoute à TRES haut volume, dans la maison à en faire éclater les fenêtres, dans les oreilles à t’en faire saigner les tympans. Pas si inoffensif que ça, finalement.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=-Vz_01o6Nao

All and everyone (PJ Harvey, 2011)

PJSortir du noir.

     « Death was everywhere, in the air and in the sounds coming off the mounds of Bolton’s ridge… » Quand un morceau s’ouvre là-dessus… J’en conviens, ce sera pas le plus joyeux de ma liste. En revanche, je ne vois aucun autre morceau ces dernières années capable de rivaliser d’émotion avec cette complainte magnifique. Tout, chaque instrument, chaque note, le rythme, les changements de rythme, la voix de PJ, tout tient du génie pur, t’arrache les larmes à t’en faire défaillir.

     Les trente-huit premières secondes – pourtant exempts de la voix à se damner de la sublime PJ – sont déjà essentielles. Ça se joue pas à grand-chose : un alliage autoharpe / batterie absolument somptueux qui me file chaque fois la chair de poule. L’instru sera l’élément moteur du morceau, dans ses accélérations et accalmies, qui plus est lorsqu’elle est si majestueusement agrémentée, notamment sur la minute quinze qui clôt le morceau, de façon aussi brillante que désespérée, à t’en faire danser les cadavres.

     Je ne connais pas l’intégralité des albums de PJ (et plutôt mal ses premiers) mais de ceux que j’ai écouté, Let England Shake est le seul que j’aime vraiment (avec White Chalk) et le seul qui me touche à ce point, n’ayons pas peur des mots : C’est un chef d’œuvre absolu de tous les instants. Et All and everyone, pile au centre, c’est six minutes absolument bouleversantes, Ça suinte la mort – puisqu’il raconte la guerre – mais c’est tellement beau, divin qu’on dirait un chant liturgique. La voix de PJ n’aura jamais été si majestueuse qu’ici.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=Qn7qKXPGZ-A

Olé (John Coltrane, 1961)

John_Coltrane_-_Olé_ColtraneA trance supreme.

     Quand on évoque Coltrane, c’est souvent A love supreme qui revient dans les textes et conversations, à juste titre puisqu’il est l’album de jazz imparable, complexe et serein, très accessible bien qu’hyper avant-gardiste – J’y suis probablement moins sensible à cause de son côté « performeur » : ses imposants solos (piano sur Resolution, batterie sur Pursuance, contrebasse sur Psalm) et l’omniprésence du sax ténor. On le retrouve souvent parmi les listes des plus grands albums de tous les temps et c’est assez logique. On peut dire que c’est son chef d’œuvre, oui.

     Pourtant je lui préfère toujours un album qui le précède de trois années, Olé Coltrane, sans doute parce que j’aime son intensité, sa mélancolie hispanique, et qu’il m’émeut davantage, me plonge dans une transe comme je pourrais en retrouver plus tard dans le krautrock. Je ne suis pas très jazz, à priori, mais ici et principalement sur le titre Olé qui ouvre l’album, j’y suis entièrement réceptif, dix-huit minutes durant. J’imagine que la durée y tient une place primordiale : Il faut que ça s’étire pour que je m’y fonde, mais pas trop pour ne pas que je m’y ennuie.

     La contrebasse d’abord, épaulé de la batterie (qui agit en véritable mantra sur l’intégralité du morceau), puis le sax de Coltrane, puis la flûte, la trompette, le piano. Tous les instruments ont un rôle fondamental, prennent le pouvoir ici avant de le refourguer là-bas. Je les aime tous, je n’ai pas de préférence de l’un sur l’autre, j’aime les entendre ensemble ou séparément, les voir apparaître puis disparaître. Je trouve ce morceau absolument parfait.

     Petite parenthèse : j’ai des morceaux et/ou albums préférés suivant les saisons, l’heure de la journée et le l’endroit dans lequel je me trouve. Par exemple, j’adore écouter Histoire de Melody Nelson au réveil, chez moi, un jour d’automne. Ou bien Moon Safari en été, en bagnole, vers midi. C’est comme ça. Je reviendrai sur ce délire fétichiste à mesure que ma liste s’épaissira. Toujours est-il qu’Olé de Coltrane c’est très particulier puisqu’il fait partie de ces morceaux que je peux écouter partout, à n’importe quelle heure de la journée, en été comme en hiver. Chaque fois c’est pareil, il s’affranchit de tout, m’extraie de l’espace et du temps.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=_Z5cRYd1Vr4

Maiz (Murcof, 2002)

R-83599-1450453584-9200_jpegLe désert ocre.

     Voici un morceau plus récent, de ceux que je ne me lasserai jamais.  Une déflagration glitch à tendance minimal techno, à ranger quelque part entre Autechre, Matmos et Boards of Canada, le rythme y est indécemment soutenu, chaleureux, les incursions digitales distillées à la perfection, l’arrivée incognito du violoncelle à tomber par terre. Murcof aka Fernando Corona est mexicain, seul aux commandes de Martes, ce premier album merveilleux, il réitèrera ensuite sa mécanique mais me touchera nettement moins. Là j’aime vraiment ce qu’il dégage comme atmosphère, vivante et aride, argileuse et lunaire, et Maiz est le miracle dans le miracle : Cette façon qu’a le morceau de se construire son rythme, de s’incarner en captant la matière à sa disposition, chaque grondement, vibration, écho sourd ou bruits de bugs informatiques. Là on touche vraiment à ce que j’aime infiniment dans le genre.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=H9DBeVN-CS4

Variations sur Marilou (Serge Gainsbourg, 1976)

22195354_10155123250172106_3683803542904618818_nRitournelle érotique.

     Si entre ses deux chefs d’œuvre indiscutables que sont Histoire de Melody Nelson et L’homme à la tête de chou, ma préférence change constamment (Tout dépend la musique que j’ai envie d’entendre et le texte dans lequel je veux me plonger), j’admets adorer écouter en boucle ces 7’39 de Variations sur Marilou, geste musical hallucinant et récit d’un songe désespéré bouleversant, auréolé d’une plume de poète, fine et retorse comme jamais entendue jusqu’alors, pas même chez Gainsbourg. Il faudra des dizaines d’écoutes pour en saisir la sève et les ramifications, les échos, l’érotisme et la puissance dramatique. Le sexe y est enveloppé d’effluves tabagiques et relents d’alcool, la débauche y convoque le rêve, l’orgasme solitaire et la jalousie. Le vice de Marilou y résonne avec les bulles de comic strip, le zip de ses Levis et les malices d’Alice de Lewis Caroll. Les volutes de sèche au Menthol nous embarquent vers son sexe corail écartant la corolle. Le regard absent et l’iris absinthe, les gestes qui se teintent d’extase sous-jacente, l’exil physique et cérébral, narcisse, délice, orifice, vice, calices. Plus qu’un morceau de bravoure, c’est une hymne, rock au sein d’un album éclectique, tour à tour pop, reggae, ambient, léger, tragique. Bref, un chef d’œuvre absolu.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=0XRL6S7qrx8

All Mine (Portishead ; 1997)

Portishead_-_PortisheadTout à moi.

     Dans la foulée de Neu ! j’avais plutôt prévu de poursuivre du côté de Can ou Kraftwerk, en guise de deuxième morceau indéboulonnable, histoire qu’il y ait un peu de cohérence – Je trouverai bien un moyen de revenir sur le krautrock, t’en fais pas.

     J’ai en effet appris hier, que le deuxième album de Portishead était sorti, aujourd’hui, pile poil il y a 20 ans. Portishead c’est vraiment un cas pas comme les autres dans le paysage musical : On pourrait ranger ça dans le trip hop mais j’irais pas le ranger aux côtés de Massive attack, par exemple. Trois albums seulement depuis 1994 et tous absolument immenses, différents, beaux, cohérents. Rares sont les groupes où je n’ai pas de préférence entre les albums, c’est très déroutant. Il peut donc m’arriver de préférer Dummy puis Third le lendemain puis ce deuxième opus la semaine suivante. Sans parler du magnifique live au Roseland ballroom.

     Le plus difficile restait à faire : Trouver un morceau qui me fait plus rêver que les autres. J’ai donc réécouté les trois albums hier, pour m’aider. Et j’ai hésité. Pas avec Glory box, qui est un beau morceau mais tellement peu représentatif de l’œuvre de manière générale et tellement entendu jusqu’à plus soif, qu’il ne me fait plus rien du tout.  J’ai pensé à l’incontournable Wandering star (Leur chef d’œuvre, à mon avis) ou au mélancolique It’s a fire, sur Dummy. Ainsi qu’au très mélodieux The Rip ou au complètement dingue We warry on, sur Third.

     J’ai préféré jouer le jeu et retenir un morceau de leur deuxième album. Ça aurait pu être le très Elfmanien-Morrionien Humming,  mais c’est celui qui m’a fichu les frissons en le réécoutant maintes fois hier. All mine. Mais en fait je le savais déjà, c’est un morceau qui me touche aussi viscéralement que Wandering Star. Parce qu’il est tout à moi, en effet. Plus suspendu, plus down tempo que les autres, sorte de ballade « trip hop » parfaite, ou comme si la Melody de Gainsbourg n’avait pas croisé une Rolls mais les extraterrestres.

     Et puis j’aime sa simplicité brute : Les grandes gifles de cuivres d’entrée, puis la voix de Beth Gibbons libérant ses sidérants « All mine » puis cette putain de guitare qui sort de nulle part et emporte le morceau au-delà de ce qu’il prétendait être au départ. Et puis la puissance de la batterie en mode zombie c’est à se damner. Bon anniversaire, bordel.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=2uLBYC4jKCU

Hallogallo (Neu ! ; 1972)

21767959_10155108515772106_2332930022948774617_nHard drug.

     J’ouvre une nouvelle liste, celle de mes cent morceaux préférés. Enfin, on verra, ça pourra être plus, ou moins. Dès que je pense à un morceau que j’adore plus que les autres, je viens en parler un peu dans cet album. Commençons fort. Commençons par Hallogallo.

     Evidemment, le disque entier est énorme, déroutant, expérimental. Mais Hallogallo c’est l’ouverture idéale, un tube absolu et la définition même du krautrock (Le premier morceau qui me viendrait à l’esprit si d’aventure on me posait la question) bref, un météore. À écouter en boucle ou accompagné des cinq autres morceaux que forment le premier disque du groupe allemand. C’est un peu comme un peu plus tard Autobahn, de Kraftwerk, tout l’album démonte mais le titre phare est hors norme.

     Et puis j’aime aussi qu’il procède par frustration, en brisant sa progression au bout de dix minutes d’une rythmique qui commençait seulement à vraiment s’emballer, au moment où il perd son kraut pour s’afficher clairement rock, pour résumer. Ça le rend d’autant plus puissant, je trouve. Ce motorik de batteries en continu, ces guitares libres, ces cymbales qui débarquent, nom de dieu.

     Je l’ai réécouté en bagnole ce matin. Et bien c’est hyper dangereux, si tu tiens à ton permis de conduire. Il offre cette impression de voler, sans que tu l’aies senti venir. Une impression de confort et d’ultra confiance en soi, en ses gestes, initiatives – Sur la route je passais là où d’habitude je préfère laisser passer avant de passer, si tu vois ce que je veux dire – bref, comme dirait Bodhi : « It’s 100 percent pure adrenaline. Other guys snort for it, jab a vein for it. All you gotta do is jump. » Oui, je cite Point break, là. En l’occurrence, il suffit pas de sauter mais d’écouter Hallogallo. C’était juste pour dire que c’est un peu le Heroin du krautrock, quoi.

     Bon allez, je viendrai agrémenter cette liste à mesure que l’envie me prendra. Quoiqu’il en soit, Hallogallo c’est Hallogallo. Ça pourrait largement prétendre au top ten des plus beaux morceaux ever, de mon côté.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=zndpi8tNZyQ

Daft Punk – Discovery – 2001

71bsHTr6idL__SL1500_High night.

     J’ai toujours été plus Homework que Discovery. Plus Rollin & Scratchin que One more time, si tu vois ce que je veux dire – Sans exagérer hein, j’avais onze ans et quand cette boucherie de trois fois sept minutes de Rollin & Scratchin / Rock’n roll / Burnin’ faite de pneus qui crissent, ballet de zips métalliques, beat techno bien gras et cymbales endiablées déboulaient dans la voiture familiale, je jubilais.

     J’aimais que les Daft Punk me chatouille vraiment les oreilles. J’ai toujours été un peu gêné par les phases down tempo de Discovery, type Digital Love ou Something about us, trop post disco pour moi je pense. Pourtant voilà, je réécoute beaucoup cet album depuis quelques jours et force est de constater d’une part qu’il vieillit très bien et traverse finalement mieux le temps que RAM qui mange à tous les rateliers avec son entrée très One more time et son final très Too long, ses featurings, ses relou Get Lucky / Love yourself to dance.

     De constater d’autre part qu’il est aussi plus addictif que son antécédent, Homework, donc, sublime mais disparate, qui libérait des troués folles, un tube parfait (Da Funk, imbattable) mais aussi du trop long trop vocodé (Jamais été fan d’Around the world, je le confesse), d’autre part qu’il y a une vraie cohérence d’ensemble, ce troisième album générant des bijoux électro dantesques (Aerodynamic, Crescendolls, Superhéroes, les trois morceaux vers lesquels je reviens souvent, on ne se refait pas), un tube insolent (Harder Better Faster Stronger) avant qu’il ne squate une apli Iphone, un morceau cassé en deux (Miraculeux Short circuit), une sortie idéale avec un Too long qui n’en finit plus, sans oublier ces retombées élégantes dans de pures rêveries inépuisables.

     Alors c’est sûr que ça change d’Homework. Même les morceaux les plus chevronnés de Discovery sont plus doux que les plus radiophoniques d’Homework. C’est comme si on te prenait par la main pour aller danser alors qu’on avait d’abord commencé par te balancer des bourre-pif sur la piste. J’imagine que je me suis assagi (un truc comme ça) et que je préfère dorénavant (à vérifier selon l’humeur, toutefois) les Daft Punk plus zen, généreux dans leurs compos et plus cotonneux – Si mon morceau préféré de RAM c’est Motherboard et celui de Discovery c’est Veridis quo (Pur chef d’œuvre à ranger aux côtés des inaltérables La ritournelle, de Tellier ou La femme d’argent, de Air) ce n’est pas un hasard je pense.

Top Albums 2016

15871919_10154293951322106_7796512794939865687_n     Afin de célébrer comme il se doit cette année de tristesse, confusion, deuil et incompréhension quoi de mieux que le dernier Nick Cave en tête de ma désormais traditionnelle liste des meilleurs albums de l’année et la 25e et dernière étoile de Bowie pour la clôturer ? Se joignent à ces larmes une escorte de 23 compagnons, beaux voire sublimes, chacun dans leur genre. Top25 évidemment. Bonne lecture.

Nick Cave & The Bad Seeds – Skeleton tree

     Il est certes bien difficile d’entrer dans cet album sans oublier le caractère morbide de son existence, surtout quand s’ouvre Jesus alone là-dessus : « You fell from the sky Crash landed in a field » puis suit Rings of Saturn, qui sont de véritables incantations endeuillées. Forcément, l’émotion qui nous étreint durant cette élégie passe au-dessus de l’album lui-même qui joue moins des fulgurances d’un Push the sky away, mais trouve un écho terrible, une noirceur infinie dans les compositions sophistiqués d’un orchestre de génie et dans la voix d’un père brisé, errant dans l’obscurité et le silence. C’est un peu le Desertshore de Nick Cave, quoi. Dépouillé et glaçant. Un arbre squelettique qui se bat contre la tornade de la vie. Un album qui se clôt sur le morceau éponyme, springsteenien, plus lumineux même si c’est une lumière qui vient arracher les larmes : «And it’s alright now… ».

Swans – The glowing man

     Depuis son retour en 2010, la bande à Gira soigne nos frêles oreilles. Et The glowing man, qu’il s’ouvre dans un ahurissant crescendo de rugissements « force tranquille » ou se poursuive dans une tornade sonore quasi cauchemardesque ne déroge pas à la désormais traditionnelle (Et presque annuelle) règle swansienne du voyage à base de coups de pieds/poings/boule assénés deux heures durant. Si on me demande aujourd’hui de citer un groupe de rock, un seul, qui assume pleinement ce statut (Et non une banale réactivation de standards old school) je dis Swans. En fait je n’en vois même pas d’autres. Au sens rock’n roll du terme j’entends. Que celui qui traverse sans encombre les nuages de l’oubli et de l’inconnu (Les deux premières pistes, 38 minutes, bah ouai) me fasse signe. Et le reste sera du même acabit, dans une mouvance chaque fois renouvelée. Un disque féroce, démoniaque, assourdissant, orgiaque, comme les deux précédents mais autrement – La seule chose qui ne change pas : Le titre éponyme est une boucherie. Bref, l’équilibre entre plongée méditative et bourrasque de parpaings n’aura jamais été aussi beau et précaire, envoutant et violent que dans The glowing man. C’est une bombe. Une de plus. Et comme Swans semble être venu à bout de son nouveau système (Ils vont faire autre chose, sous une autre mouture) j’en profite pour parier que cette trilogie de 6h constituée de The Seer / To be kind / The glowing man marquera à jamais l’histoire du rock. De la musique, tout court.

Zombie Zombie – Slow Futur

     Moins immédiat que ceux qui l’ont précédé, le nouveau cru du trio parisien s’impose comme une véritable bombe à retardement, tellurique et flottante, du haut de ses quatre longues pistes, tantôt brutes et rythmées, tantôt aériennes et down tempo. Après s’être joués du matériau Carpenter puis du psychédélisme futuriste avec virtuosité (Rituels d’un nouveau monde) les esthètes de l’alliage synthé/percussions/saxo font la prophétie de la désintégration, de l’esprit comme de la matière entre envolées hypnotiques et rêverie dark. Une merveille absolue, qu’il faut laisser infuser plusieurs écoutes avant d’en saisir nombre de ses subtils contours.

Rebolledo – Mondo Alterado

     Découverte surprise de l’année, le deuxième album du musicien mexicain m’a poussé à écouter son premier bébé (Super Vato, 2011) qui sans être aussi prometteur que Mondo Alterado est une déflagration, annonçait déjà une minimal house raffinée, autant inspirée de LCD Soundsystem que de Matias Aguayo, nourrie de sa formation avec Superpitcher et de son expérience DJ des plages digérée avec un sens narratif aigu et une étonnante gestion de ses durées, trous d’air et tunnels de beats dansants savamment conçus. C’était un album de collaborations quand Mondo Alterado provient d’un seul homme, d’un horizon bien défini. C’est un voyage hallucinogène, fait de nappes minimalistes et percussions d’un autre temps. A ce titre, les quinze minutes très synthwave tribale de l’ouverture Here comes the warrior (Super short version) annoncent un objet insolite, aux fines textures et mystérieux enchainements, que le très carpenterien Dance warrior dance viendra fermer en beauté. L’esthétique fils à mafieux avec regard pervers, lunettes de soleil et nénette allongée sur une corvette rouge qui ornent la pochette conviait à la danse music purement rétro mais pas à cette perfection électronique, intime et sauvage, enivrante et débraillée.

Restive Plaggona – Non Serviam

     Tu aimes la techno ? Tant mieux. Mais dans ce cas accroche-toi. Car là on n’est pas chez un rigolo. C’est de la brutale. C’est Lucy qui rencontre Shifted, en gros. Un objet colossal, qui réinvente chacune de ses percussions en permanence, qui t’enquille baffe sur baffe, ferme une plaie pour en ouvrir une autre, sans jamais se dissoudre sous la facilité et l’ennui rébarbatif. On va parfois jusqu’à discerner dans ce fracas sauvage, des montées mélodieuses (Black International), des fuites dangereuses (Escape from exile), des bougonnements monstrueux (Five Sisters Against The Tsar) ou des lamentations souterraines (Complex Interplay), élans tribaux (Death Shall Have No Dominion) et relents indus bien gras (Acceptable obscenity). On en sort rincé. C’est douloureux, selon l’humeur, mais purée ce que c’est bon.

Cliff Martinez – The Neon Demon

     C’est souvent le cas, les bandes originales (vraiment originales) sont inégales. Celle de Disasterpeace pour It Follows l’an passé, c’était pareil. L’OST parfaite se fait rare ; Récemment, me viennent à l’esprit celles de Simon Werner a disparu et The girl with the dragon tattoo, de respectivement Sonic Youth et Atticus Ross & Trent Reznor. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Les partitions de Martinez sont régulièrement passionnantes, il suffit de voir ce qu’il a su offrir comme plus-value à la série de Soderbergh, The Knick. Bref, son boulot sur The Neon Demon est sensiblement le même que sur Drive : Homérique et boiteux, envoûtant et brutal. C’est Hermann qui rencontre Moroder et Badalamenti. La brutalité se dessine dans les creux chez Cliff Martinez et son envoutement provient d’une intensité down tempo qui sait te caresser les tympans avant de t’envoyer voltiger sous une nuit de pleine lune. L’album est quasi parfait. Ses enchainement, ses variations, ses virages, ses longues suspensions. L’introduction au titre éponyme, est sidérante de perfection de bout en bout ; Messenger walks among us un puissant voyage sous les néons quand Runway entame la chute vers le macabre, dans une spirale au vertige inextricable. L’innocence est domptée, il n’y a plus d’échappatoire. Are We Having a Party constituera le sommet de cette plongée horrifique et reste à mes yeux le morceau le plus dingue de cette BO, qui dans ses percussions et ses fissures,  semble synthétiser tout l’album, tout le film. Après on pourra toujours gloser sur les deux chansons, c’est vrai. Mais quand on aime le film autant que l’album, elles finissent par se fondre dans le tout, Sia ou pas. Probablement l’album le plus écouté cette année. Et probablement l’une des OST les plus écoutées depuis toujours.

Saåad – Verdaillon

     Il est vrai que cette année, je me suis moins laissé aller à quelque aventure musicale déviante comme par le passé. Par déviant, entendre prise de risque voire saut dans le vide. J’avais vaguement entendu parler de Saåad, mais jamais écouté. Et Verdaillon peut aisément prétendre à la claque déviante de l’année. C’est une véritable bombe drone dans laquelle un orgue  de cathédrale (qui ferait flipper Hans Zimmer) vient enduire chaque paroi de son souffle humide et ses radiations tétanisantes, à peine perturbé par de lointaines giclées de flute de pan, étranges grincements, ambiances aqueuses difficile à identifier – Eternel grow semble accompagnée de percussions dont on ne sait d’où elles sortent, Incarnat III se love dans des réverbérations mystiques caressés un temps par le son d’une cloche puis par des ondes menaçantes, avant qu’on ne plonge dans le magma sidérant du final dantesque Vorde. On nous a abandonné là, dans le vaisseau d’une église. On s’y croit. Et on se prend une claque dans la gueule. Saåad a parait-il joué Verdaillon deux fois sur l’orgue de Notre-Dame de la Dalbade, à Toulouse. Je n’ose imaginer la chose.

The Field – Follower

     L’une des pièces que j’attendais le plus cette année, puisque The Field c’est un peu la musique idéalement calibrée pour moi. Il y en a un nouveau tous les deux ans donc c’est chouette. J’aime la simplicité de sa musique, son humilité, jusque dans ses pochettes, toutes similaires à la seule nuance de couleur près. Je craignais beaucoup le noir je ne sais pas trop pourquoi, sans doute la peur d’un truc trop dark. Disons que c’est une musique aérienne, mais pas dark. C’est une musique de nuit mais pas crépusculaire. En fait, cet album se trouve dans la droite lignée des autres, un poil moins séduisant probablement, un poil moins puissant aussi, délivrant ses boucles sans le zeste d’émotion qui nous parcourait jusque dans l’album précédent, encore que les désormais nombreuses écoutes me font mentir. Il y a des morceaux titanesques, des envolées redoutables, comme Soft streams. Des trucs que tu entendras nulle part sinon chez The Field.

Pantha du Prince – The Triad

     Je place l’allemand Hendrik Weber (Mr Pantha du Prince à l’état civil) comme l’une des plus belles apparitions musicales de ces dernières années, dans son domaine : La house/techno. J’irai plus loin : Je considère que Black Noise (son dernier projet solo avant The Triad) est l’un des cinq plus beaux albums, tout genre confondu, depuis dix ans. Autant te dire que lorsque je lance The Triad, je bouillonne, j’exulte, donc inéluctablement je suis fébrile. Ce nouveau bébé de 62 minutes (C’est aussi la particularité du bonhomme, il fait durer le plaisir) ne vient pas renouveler ni le genre ni le travail de Pantha himself. Ok. Mais bordel, tous ces tintements, ce fin mélange de percussions diverses, cette tendance dancefloor sans cesse perturbée par un tempo distordu et des superpositions sonores inattendues, ce que ça peut être plaisant pour les oreilles quand c’est fait avec une telle densité et maîtrise de sa densité. On pourrait danser toute la nuit là-dessus – Et ce d’autant plus si les morceaux semblent s’étirer à l’infini.

Body Scultpures – A body turns to eden

     Collectif composé de cinq musiciens scandinaves (Varg, Puce Mary, Loke Rahbek, Erik Enocksson et Vit Fana) qui officient aussi chacun de leur côté, dans des courants allant de l’ambient au synth-noise, pour faire vite, Body Scultpures sort A body turns to eden, qui avait tout pour être un magma inaudible. Pourtant, de chacun de ces morceaux, qui disons-le tout net, sortent absolument de nulle part (Tu n’as jamais entendu ça, je te dis !) s’échappent des trouées incroyables, tantôt caressantes, tantôt brutales, d’étranges sirènes (comme sur Feet into soil) ou de purs boulevards de contemplation (On the flowers face), des menaces mystérieuses (The Pyre répondant brillamment au morceau d’ouverture) ou des mixtures dantesques (Turning field), bref un album de ballades qui se brisent, tout en textures cotonneuses clouées par des stridences métalliques. Un équilibre parfait, gracieux. On attendait un uppercut glacé et désaxé, on prend une douce claque, venimeuse et sensuelle, qui atteint parfois des moments de perfection franchement indécente.

Tindersticks – The waiting room

     Je me résigne parfois à penser que la grosse carrière de Tindersticks est derrière eux mais quand j’entends un morceau aussi puissant que Hey Lucinda, ça fait réfléchir. Et tout l’album est de cet acabit – Cette excellence qu’on pouvait aussi trouver l’an dernier chez Sufjan Stevens et Timber Timbre. Tindersticks ça a pour moi toujours été le cinéma de Claire Denis mais depuis quelques années, depuis leur retour, ils se sont allégés dans leur direction personnelle. Le magnifique The something rain marquait un vrai tournant que The waiting room approfondit encore davantage. Très beau disque, ample et mélancolique.

Lucy – Self mythology

     Après le sublime et éreintant Churches, school & guns (2014) on retrouve l’italien dans des motifs plus dark et minimalistes encore : Une vraie danse tribale au coin du feu, perturbée ici et là par d’étranges voix, entre cri et murmure, et une obsession pour le chevauchement de percussions, jusqu’à parfois sombrer dans un cauchemar éveillé (Les dix minutes de Samsara, incroyables). C’est anxiogène, hypnotique, autant dans ses plongées caverneuses à la limite de l’hermétisme (A selfless act), ses lentes traversées aqueuses (Le sublime She-wolf night mourning) que dans sa plus passe-partout IDM  (Meetings with remarkable entities). Moins sidérant et immédiat que le précédent, plus bancal surtout, Self mythology dévoile malgré tout d’épiques spirales d’une générosité mélodique bluffante.

The High Llamas – Here come the rattling trees

     Un bijou de raffinement quelque part entre Morricone, La Bossa Nova et Let’s go away for a while, l’un des plus beaux morceaux des Beach Boys tiré de l’un des plus beaux albums du monde : Pet Sounds. Ce court album de 27 minutes déroule 16 pistes qui peuvent aussi n’en former qu’une seule, ce qui est raccord avec le projet puisqu’Here come the rattling trees n’est autre que la bande son d’une pièce de théâtre racontant le voyage de la jeune Amy et des cinq rencontres qui vont peuplés son chemin : Bramble, Mona, McKain, Livorno & Jackie. Une pop de génie, minimaliste, d’une douceur toute caressante et d’une grande richesse dans ses enchaînements. Et dire que je ne suis pas vraiment familier des High Llamas. Je vais vite réparer ça.

Anohni – Hopelessness

     J’allais dire qu’Hopelessness était le meilleur album d’Antony Hegarty depuis le beau Swanlights, mais il s’agissait de son dernier, donc normal. J’aime beaucoup Antony & the Johnsons, depuis le début. Antony aka Anohni lance ce projet parallèle épaulé par Hudson Mohawke (Qui a officié pour Kanye West, qui aura sorti une belle bouse cette année tiens) et Oneohtrix Point Never : Un truc pas si différent du groupe dans lequel il/elle chantait, tout aussi torturé mais plus électro, où lourds beats et nappes saturées ont remplacé le piano en gros (Obama, ce morceau, purée…) et où chaque morceau décoiffe par sa richesse et son élégance dépressive. The Drone se fera probablement un plaisir de le toper dans sa shit list (comme d’hab) voilà pourquoi je suis ravi de le glisser dans mes indispensables de l’année.

Lustmord – Dark matter

     Des albums de cette liste, ce n’est pas celui qui file le plus la pêche, ni celui qui redonne un fol espoir en l’avenir sinon dans le dark ambient. Lustmord, loin d’être un puceau du genre, offre un véritable pavé pour afficionados, trois morceaux aux variations microscopiques, aquatiques et astronomiques qui rappellent certains gestes de Thomas Köner (Dont le Tiento de la luz, cette année, est relativement décevant) et nous propulse entre vents et ressac, sirènes lointaines et textures métalliques abstraites, dans un univers abandonné (D’une balise de détresse à ces cris sourds, ou plus loin des embryons d’effluves angélique façon Popul Vuh, tout semble finalement dévoré par les ténèbres contemplatives) où il est difficile de résister à s’y laisser mourir. Après oui, mieux vaut être dans une humeur adaptée, pré-sommeil, car ça dure 70 minutes.

Mogwaï – Atomic

     Mogwaï et moi c’est une grande histoire d’amour, depuis Young Team jusqu’aux Revenants, en passant par Zidane et The Hawk is howling. Le précédent, Rave tapes, était une déception. Avec Atomic, grand cru, le groupe retrouve l’inspiration de Hardcore Will Never Die, But You Will. L’album alterne le doux (Are you a dancer ?) et le drone (Pripyat), le pesant (Bitterness centrifuge) et le majestueux (Ether), l’épique (U-235) et la menace (SCRAM), montée (Weak force) et didactisme (Little boy), nonchalance (Tzar) et gravité (Fat man) avec une cohérence dans ses enchainements, archi cinématographiques en fin de compte, ce qui n’est pas un hasard puisque l’album est un soundtrack censé accompagner un documentaire sur la bombe atomique frappant Hiroshima. Aussi étrange que cela puisse paraître – puisqu’il est assez déprimant à priori – c’est l’un des albums que j’ai le plus écoutés cette année, parfois en boucle.

Kevin Morby – Singing Saw

     Je ne connaissais pas Kevin Morby avant d’écouter un peu par hasard Singing Saw. En fait il s’agit de son troisième album solo et de son neuvième si l’on compte ses débuts de carrière en groupes. Le bonhomme a 28 ans. Voilà voilà. Kevin Morby, prodige Dylano-Cohenien. Rien que ça. La beauté de cet album est insolente, avec ou sans chœurs féminins, piano ou cordes, down tempo (Ferris wheel) ou hyper énergique (Dorothy) lui permet de révéler à mesure des écoutes une profondeur insoupçonnée avec une subtilité hallucinante dans chacun de ses arrangements. Le morceau éponyme est une pure merveille. Et Black Flowers est du même acabit. Label « Album de l’année dont j’ai cru que j’allais rien en avoir à cirer, car des songwriters folk c’est pas ce qui manque, et BIM ». Très beau.

Lafayette – Les dessous féminins

     Quand on entend les dernières créations de Benjamin Biolay et Christophe y a de quoi relativiser sur n’importe quel nouveauté dandy, pourtant inutile de faire de cadeau à Lafayette, Les dessous féminins est une délicieuse friandise pop, estivale, mélancolique, entre Elli & Jacno, Katerine, Tellier, Daho et De Roubaix, en gros, dotée de supers textes. L’album s’ouvre sur un titre (Une fille, un été) dans lequel on entend « Mes repères sont sans dessus dessous, à cause d’une fille, un été, au bord de la mer (…) Elle avait cette diction si particulière (…) Les rayures rouges et blanches de sa marinière me rappelait l’héroïne d’un film d’Eric Rohmer ». Le mec m’avait déjà comblé. Après je trouve ça assez inégal dans l’ensemble. Le sublime La mélancolie française est suivi du plus anecdotique Je perds la boussole. Et puis j’ai un peu de mal avec l’autotune, j’avoue. Mais je chipote, c’est de la belle ouvrage. Dans ce registre mélancolico-rétro-futuriste et ce si tout les oppose, je préfère cet album au dernier La Femme par exemple, que j’apprécie aussi, mais qui manque de cohésion, comme c’était déjà le cas dans Psycho Tropical Berlin. C’est plus fin, plus distingué, plus harmonieux. Et puis bon, La glanda pour finir, quoi. Super découverte.

Aphex Twin – Cheetah

     Quand Autechre sort Elseq, un éreintant pavé de 4h dans lequel ils semblent avoir mis tout leur cœur autant que les innombrables possibilités musicales qui sont à leur disposition, Aphex Twin nous offre Cheetah, 33min, crée au moyen de l’un des pires synthés jamais inventés, un truc que plus personne n’utilise, si tant est qu’on l’ait utilisé. J’aime bien ce genre de défi/tentative et puis l’album est franchement super bien fichu, aussi sage que Syro mais plus condensé donc regroupant cinq morceaux (les deux autres sont de minuscules interludes, permettant de briser le doux rythme de la première partie et accélérer le tout sur les trois pistes de fin) aux rondeurs mélodiques délicieuses, aussi limpide que complexe dans la variation de ses expérimentations d’un morceau à l’autre.  Quant à CIRKLON3 : Morceau de l’année !

Eric Holm – Barotrauma

     Plus franc dans ses textures et enchaînements que le Dark matter de Lustmord, plus condensé aussi, le nouvel album d’Éric Holm (Après le sublime Andøya, qui était traversé par des beats ahurissants en plus de son ancrage dark ambient) séduit par cet alliage déconcertant entre excursions des fonds marins et ambiance mécanique qui se répète en écho dans cette immensité underground qui parfois, au détour d’étranges bourdonnements et sifflements, ou via une modification de strate, semble nous convier dans le vide spatial. Il y a des relents de Chris Watson là-dedans ! Cette impression de voyage dans le réel (quasi que du field recording) sans cesse combiné avec le plus pur élan imaginaire, cette sensation d’arpenter un trou de verre entre propulsion spatiale et plongée sous-marine crée un vertige permanent, enveloppé dans six morceaux à appréhender dans leur continuité tant ils se complètent les uns les autres. Plus mainstream que le Lustmord dans le même genre, mais tout aussi passionnant.

Moderat – III

     Je n’avais pas retrouvé un tel équilibre chez Moderat/Modeselektor/Apparat depuis l’album sorti en 2009, que j’aime en fait énormément et de plus en plus avec le temps. Il y a quelque chose de volontiers dépressif dans leur musique – malgré son côté raves berlinois assumé – qui les propulse dans une douce musique de nuit, mélancolique et/ou endeuillée. J’aime ce paradoxe chez eux, ce qui fait que d’une écoute à l’autre et suivant l’humeur on peut trouver ça relativement anecdotique ou archi torturé. J’ai d’abord fait la gueule, durant la première écoute, quand on sent l’influence Thom Yorke, qu’on retrouve très clairement dans le début de Reminder ou celle de Fever Ray (The Fool) voire celle de The Field qui s’immisce dans le planant Running, qui semble en effet être conçu pour courir . Non pas que je n’aime pas ces artistes, au contraire, mais les influences semblaient trop prononcées. Ajoutez à cela la voix très présente de Sascha Ring (Apparat) conférant souvent un esprit pop extirpant (trop) l’album des méandres du chaos, pourtant c’est dans cette alchimie que III prend toute son ambivalence et trouve ses meilleures inspirations. J’y reviens souvent. En fin de soirée, généralement. Après Ok, ça reste de la hype assez facile dans sa conception, mais quand je compare ça aux derniers horribles albums de Justice et M83, bon, y a pas photo quoi.

Plaid – The Digging Remedy

     Moins fort que le précédent, Reachy prints, qui aurait d’ailleurs largement mérité d’être dans mes indispensables 2014 si je ne l’avais découvert après la tombée des tops, le nouvel opus du groupe londonien est tout aussi addictif, arpente des contrées assez balisées (qu’on a pu entendre grosso modo chez Aphex Twin, Boards of Canada, Autechre ou Squarepusher) qu’il s’approprie pour trouver leur propre équilibre, de subtiles mélodies, autant via des bases électro torturées et crescendo (Do matter, ouverture magnifique ; CLOCK, absolument parfait) que dans de savantes plongées acid-house. Il suffit parfois d’un rien : un beat chelou, une flûte, une spirale épileptique. Gros fan de Saladore, à titre personnel. Bref, on est en terrain connu, pourtant le disque est sans cesse surprenant.

Sébastien Tellier – Marie et les naufragés

     Pourquoi ce Tellier plutôt qu’un autre ? Bonne question. Confection ou My god is blue sont des albums que j’apprécie parce que j’adore Tellier mais très objectivement ils me paraissent bordéliques et lassants. S’il est en mode mineur comparé au sublime L’aventura, Marie et les naufragés (OST du film éponyme d’un autre Sébastien, Betbéder) délivre une partition à la fois hyper légère autant qu’elle emprunte à mesure et au fil des écoutes, de fins chemins mélancoliques. C’est simple en fait : Cet album, plus je l’écoute plus il me parait fort. Discret mais fort. Quand les autres étaient plus immédiats et finissaient par se désagréger. Et puis bon, une entrée en matière comme Don II, la merveille Deux en un (Qui rivalise avec ses deux plus belles ballades que sont La ritournelle et Aller vers le soleil), l’euphorisant Fighting the darkness et Triste soirée III en guise de fin, moi, perso, je fonds. Bref, c’est inégal mais ça bascule très nettement du bon côté pour moi.

Oren Ambarchi – Hubris

     Oren Ambarchi et moi c’est souvent quitte ou double. Et cette année aussi. Sa collaboration avec Massimo Pupillo & Stefano Pilia sur Aithein m’en touche une sans faire bouger l’autre, celle avec Keiji Haino & Jim O’Rourke sur un album au titre à rallonge me procure un ennui poli. Sauf qu’Hubris renoue avec le Krautrock de Saggitarian domain, son chef d’œuvre, à mes yeux. Et de façon archi soft. Hubris 1 pourrait en fait être le parfait morceau test pour un néophyte du genre. Pour du Ambarchi c’est de l’easy listening, franchement. Hubris 3 est plus torturé, en revanche, mais tout aussi sublime. Et le doux et bref entracte guitare qui les sépare, intitulée sobrement Hubris 2, ne fait que confirmer l’élégance de l’australien, point.

David Bowie – Blackstar

     En guise d’adieu, Bowie nous aura offert un dernier cadeau : Une magnifique étoile noire. Qui s’ouvre sur un morceau fulgurant, qui à lui seul mérite l’écoute de cet album – qui est tout sauf un disque de plus – soit un curieux mélange du Bowie d’avant qui voudrait aussi évoluer dans son temps. Et tout l’album semble construit sur ce paradoxe : à la fois vieux et moderne, confortable et aventureux, new et cold wave, pop et saxo, débraillé et distingué. Jusque dans son timbre vocal, qui peut ici autant rappeler Low ou Outside et là faire écho à du Scott Walker. Un bien bel adieu. D’autant plus que Blackstar est sorti le 8 janvier. Deux jours plus tard, Bowie s’en allait.

Top 20 Albums 2015

     Riche année musicale une fois encore. Ecouté une petite centaine d’albums, en boucle (Beach House, Sufjan Stevens) ou en souffrance (Jarre, Moroder, Strasbourg) dont voici mes vingt préférés, au sein desquels se détachent assez clairement un winner, suivi de cinq merveilles ex-aequo. Ravi de sortir ces 20-là, c’est moi tout craché.

01.-beach-house-depression-cherry-1024x1024Beach House – Depression cherry

     On pourrait se contenter de n’y voir qu’un remake / prolongement du Treasure de Cocteau Twins. C’est vrai. On peut aussi être pris dans un tourbillon émotionnel tel qu’il en devient l’issue parfaite, sublime des deux précédents albums aussi étincelants et inégaux l’un que l’autre. Depression cherry est en effet à Beach House ce que Treasure était à Cocteau Twins : Son chef d’œuvre ultime. Une bombe mélancolique sans égal. Qui terrasse par chacune de ses tentatives, chacune de ses envolées. Bloom me touchait moins. Là j’ai l’impresison qu’ils renouent avec Tean dream, en plus beau, plus cohérent.

Africa Express presents… Terry Riley’s in C Mali

     Ou l’incontournable reprise du In C de Terry Riley, pièce minimaliste majeure de 1964. Africa Express, constitué d’une dizaine de musiciens maliens (joueurs de kora, soukou, flute, djembe, balafons…) nous embarque dans un morceau de quarante minutes, variant finement couleurs et tonalités, dans une danse en spirale comme échappée d’un film de Rouch, boucles infinies d’une beauté sidérale à faire danser les cadavres.

Julia Holter – Have you in my wilderness

     Dans la continuité magnifique de Loud City Song, Julia Holter parvient à l’instar de Beach House à propulser son génie en véritable art mémorial et contemplatif. Plus magnétique, plus pop, moins impénétrable et donc plus vulnérable que ses premières tentatives, la jeune californienne s’ouvre à une élégance émotive d’une splendeur sans nom, quelque part entre Nico et Dylan, clavecin à l’appui. C’est un phénomène. Une songwritrice au talent hallucinant.

Colin Stetson and Sarah Neufeld – Never Were The Way She Was

     C’est une histoire de saxo et de violon dans ce qu’ils ont de plus frêle et cinglant, dans ce qu’ils apportent de plus ténébreux à l’image de cette intro où si le premier semble s’extirper des eaux, l’autre le rejoint à ses côtés et lui imprime sa tonalité mélancolique ; ou plus loin dans ce merveilleux et crépusculaire morceau éponyme. Sans parler de In the vespers, tout droit sorti du Different Trains de Steve Reich. Et parfois, des voix résonnent ici et là, s’allient aux effluves de violons à peine audibles au sein d’un vacarme de cuivres déchirant.

Född död – Studie I närhet, längtan och besvikelse

     On peut grossièrement parlant situé ça dans un courant dark wave, quelque part entre du Tropic of Cancer sous synthé et du Cocteau Twins minimal. Album ensorcelant, qu’il soit ou non accompagné de la voix rocheuse de SARS, qui t’attire dans ses déserts scandinaves, te perd dans ses forêts enneigées et te laisse te noyer dans la nuit froide et lunaire. 33 minutes seulement suffisent aux synthés de Varg pour engloutir son auditeur dans des nappes cotonneuses dans lesquelles on aime se lover, malgré cette inquiétude tenace, chère à l’hypnose. Album hivernal ultime.

Sufjan Stevens – Carrie & Lowell

     Tout a été plus ou moins dit sur cette merveille, l’incontournable de l’année, classique avant l’heure. Moi qui me délectais de voir Sufjan Stevens investir le monde psyché qu’il avait bâti avec le superbe The age of Adz, le voilà qu’il arrive avec ce bijou d’une douceur inouï, traversé par la grâce. Fourth of july, morceau de l’année.

LAND – Anoxia

     Sorte de cousin éloigné de Shifted, Lawrence English et Tzolk’in, une fusion qui aurait mal tourné, un mélange nocif, à la fois caverneux et tribal, tout en percus improbables, apparitions métalliques et constructions labyrinthiques. Le doublé Metamorphosis / Seconds m’a complètement retourné par son génie rythmique et suffocant. Quant au triplé Transition / Anoxia / End zone, avec ses cloches folles, et ses cymbales abandonnées, c’est probablement la plus belle « fermeture de disque » de l’année.

Jim O’Rourke – Simple songs

     On retrouve le O’Rourke pop et traditionnel, chanteur compositeur, celui de Eureka et Insignifiance. Classique ? Oui, ce qui ne veut pas dire simpliste. C’est au contraire un grand disque dense et complexe, un folk en apesanteur, pour planer dans les cordes entre deux disques d’ambient hardcore. C’est un album parfait, d’une élégance précieuse. Et des merveilles comme All your love, j’en écouterais bien tous les jours franchement.

Jasmine Guffond – Yellow Bell

     Ecoute au casque impérative comme peuvent l’être celles de Thomas Köner ou Tim Hecker, le seul moyen pour en apprécier toutes les fines textures, les strates invisibles, les inquiétants crépitements, les soubresauts microscopiques.

Alva Noto – Xerrox Vol.3

     Même en guettant chaque nouveau bébé de Alva Noto, il est parfois délicat d’être au rendez-vous tant le bonhomme est prolifique, seul comme en collaboration. Si prolifique qu’une sortie moins enthousiasmante n’alarme pas puisque l’on se persuade que le prochain, forcément imminent, sera meilleur. Ce volume 3, en plus d’être le plus beau des Xerrox, s’achemine vers une des plus belles réussites de l’allemand tout court. Certains morceaux dont le sublimissime Isola (Titre aérien de l’année ?) semble être le chef de file sont touchés par la grâce. Un album magnifique donc. Une heure de pure lévitation.

Oren Ambarchi & Jim O’Rourke – Behold

     Disque d’ambient d’une richesse folle, captant l’univers des deux larrons entre fins krautrock de fond et mélodies masquées. Une seule pièce de 42min coupée en deux morceaux qui s’opposent et se complètent. C’est comme si chaque mouvement tentait de s’élever de son côté mais n’y parvenait pas ensemble, créant ainsi une symphonie en attente, hypnotique. Le second morceau en reprend la trame mais les traits fusionnent cette fois, catapultant les discrètes évolutions vers des cimes plus franches et un rythme qui te colle à la peau. Du pur Ambarchi, du pur O’Rourke. Si on aime les deux c’est banco.

Liberez – All tense now lax

     L’ouverture caresse, chatouille, berce. Puis Grateful family débarque avec ses sabots chaussés d’une cadence rugueuse à faire pâlir les plus indus d’entre nous. Album distordu tout en textures violentes, viscérales, traversé par des saillies ambivalentes, des accalmies suspectes, des crescendos flippants (le titre éponyme), des rythmiques carnassières (Grease the axles), des danses suffocantes (How much for your brother) ou des brèches que l’on enfonce avant d’en sortir meurtris. Un goût de lait puis de sang. C’est Coil qui rencontre Swans. C’est donc assez monstrueux.

WSR – Stainless

     Certes ce n’est qu’un 4 titres. Pourtant, j’ai du mal à voir plus créatif et complexe en matière d’électro que cette petite bombe d’à peine vingt minutes, cultivant un espace sonore assez inédit, entre une ouverture modern classical carré, parfaite ouvrant bientôt sur des morphismes rugueux croisant le violoncelle, puis sur la véritable météorite à rythme que constitue No horizon jusque dans ce drone final libérateur aux stridences inouïes. Petit mais grand.

Orso Jessenska – Effacer la mer

     « J’ai plongé dans mes rêves d’émotions oubliées, mais ne reste que cendres et la beauté qui tremble, pourquoi courir après » Une fusion improbable et sublime entre Dominique A et Bertrand Belin imprime ce disque fraternel, lumineux, apaisant. Une voix mise à nu, susurrée, caressée d’un écrin musical tout aussi rêveur, entre guitares discrètes, pianos hypnotiques et ambiances jazz ouatées. Un album tremblant, qui convoque les éléments pour émettre son chant d’espoir et solaire. « Evidemment, l’ombre descend et nous avons perdu du temps, évidemment, l’ombre descend et nous avons perdu du sang ».

Godspeed You ! Black Emperor – Asunder, sweet

     Comme le précédent, c’est une reproduction de morceaux joués live, certes moins intense que leurs débuts fracassants mais ça vaut largement le détour. D’autant que cette fois il y a comme un semblant de virage : Une entrée volontiers dans le drone, débarrassé intégralement des habituels field recordings. J’ai d’abord beaucoup rejeté ce nouvel album, puis je suis allé voir leur concert au Bataclan. Du coup, il a fini par s’imposer, me faire léviter dans ses nuages gras du volume, ses crescendos fantaisistes, ses poussées violentes gorgées d’ivresse. Je suis secrètement persuadé que l’enchainement Asunder, sweet et Piss crowns are trebled est ce qu’ils ont offert de mieux depuis longtemps.

Sidony Box & Gianluca Petrella – Here comes a new challenger

     Si je connais le nantais depuis l’album au chien rose, Pink paradise, que j’aime beaucoup, son comparse tromboniste m’était lui inconnu jusqu’à cette collaboration éclatante. Il y a une construction étonnante dans leur musique, qui peut s’ouvrir dans le calme avant de libérer son atmosphère free jazz qui cogne. Certains ilots de mélodie apparaissent parfois au détour d’une écoute plus attentive que la précédente, l’univers se déploie sans cesse, les couleurs se mélangent. Un album live, cette fois, plus jazz mais plus pop encore doté de deux longs titres foisonnants desquels on entrevoit les rives d’un jazz nouveau, infini, indomptable et ça fait du bien.

Jose Gonzalez – Vestiges & Claws

     Un album d’une élégance folle qui m’aura accompagné toute l’année. Bonbon, passe-partout, classe intégrale. Solaire et pluvieux. C’est de la belle ouvrage comme on dit. A consommer sans modération.

Moon Duo – Shadow of the sun

     Très bel album, dans une mouvance Tame Impala / MGMT (Wilding rappelle beaucoup l’ouverture de Congratulations) assez stimulante, qui n’aurait quoiqu’il en soit pas vraiment sa place ici (inférieur à ses modèles, je pense) s’il n’était doté d’un des plus beau morceaux écoutés (en boucle) cette année, j’ai nommé : In a cloud, sorte de titre tombé du ciel, leur Siberian breaks.

Blanck Mass – Dumb Flesh

     Avec une ouverture pareille « Loam » quasi digne de celle qui ouvrait Street Horrrsing, ce nouvel opus d’une moitié de Fuck Buttons m’avait déjà dans sa poche, en quatre minutes. A l’image de Slow Focus, l’album est relativement inégal, pas suffisamment inspiré pour provoquer le béat de Tarot Sport, mais bordel, tout de même. Quel pied ! Certes moins de boucles enivrantes à faire décoller et nappes de synthés jusqu’à épuisement. Bref, c’est moins sauvage mais toujours aussi torturé si on s’y penche. Les débuts de morceaux laissent parfois circonspects puis déraillent d’un coup à l’image de Cruel sport ou de Detritus, ultime pièce au démarrage bien trash. Dead format flirte avec une électro hype mais nettement plus tarabiscotée ; No lite on se croirait dans une version club d’un film de Carpenter ; Atrophies évoque de loin nos Zombie Zombie d’amour ; Lung réactive un peu de Boards of Canada. Bref, ça n’invente rien mais c’est un chouette album de puriste.

Beach House – Thank your lucky stars

     Un album en ouverture de top et l’autre qui le ferme. L’année Beach House. Je n’attendais pourtant pas grand-chose de celui-ci arrivant quasi dans la foulée de l’autre avec la dure tâche de ne pas faire parenthèse, de ne pas se faire écraser. Surprise d’autant plus grande puisque c’est un superbe album, assez proche de Tean dream, une friandise donc, mais une délicieuse, offrant des miracles comme One thing ou Somewhere tonight. Avant, c’était « Chouette, du Beach House » maintenant c’est « Nom de dieu, Beach House » Mes chouchous.

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