Archives pour la catégorie Na Hong-Jin

The strangers (Gok-seong) – Na Hong-Jin – 2016

14188502_10153934225582106_8085173704466199040_oRencontre avec le diable.

   7.9   Difficile d’en parler plusieurs jours/semaines après me l’être pris pleine poire en salle. A la fois c’est une expérience de cinéma insolite, immédiate, qui s’évapore comme elle nous a hypnotisé, d’un claquement de doigt. A la fois The strangers me hante sans que je puisse l’expliquer, le remettre en ordre, dire ce qui me plait tant dedans, ce qui me gêne aussi. C’est assez inexplicable, tout se mélange, se percute, des visages, des séquences, des envolées sorties de nulle part. C’est qu’en un sens, je ne l’ai pas vraiment digéré.

     J’avais déjà dit beaucoup de bien de Na Hong-Jin, lors de ma confrontation avec The murderer (en salle) qui m’avait poussé à rattraper The chaser (Chez moi). Je pense d’ailleurs que son cinéma prend toute sa démesure en salle, que seul le grand écran lui permet de s’exprimer clairement et d’entretenir une relation si étriquée avec son spectateur (ça m’avait un peu manqué pour The chaser) en lui faisant le pari de l’emmener le plus loin possible, de constamment le surprendre et de le suspendre dans une temporalité au moins aussi incertaine que sont les fondations de son récit.

     Il faut voir The strangers pour le croire. Ça dure 2h35 et ça ne redescend jamais. Une tornade. Quand tu crois que c’est réglé le film se redéploie. Rarement vu une intensité pareille. C’est Friedkin version L’exorciste, avec un zeste de Sorcerer. Avec lequel on aurait mixé Zodiac, Memories of murder et L’emprise des ténèbres, dans une version hystérique et plus trash. C’est éprouvant à souhait. Difficile même de dire s’il fait peur, au sens où l’on connaît la peur j’entends. Il terrifie à sa manière. On ne sors pas de là serein. Pas serein du tout.

     Ce soir-là, j’avais fait l’erreur de dîner copieusement avant d’aller voir The Strangers. J’en suis sorti sur les rotules et avec des maux d’estomac. Les deux premières heures sont déjà ahurissantes, brouillent sans cesse les pistes, nous tirent chaque fois davantage vers les ténèbres, pourtant le film s’en va te cueillir par ses rebondissements insensés en pagaille dans une dernière demi-heure à couper le souffle. C’est quoiqu’il en soit un haut fait de l’année. Violent, creepy, taré, drôle, anxiogène, puissant qui confirme après The Chaser et The Murderer que Na Hong-Jin n’est pas le cinéaste de la demi-mesure. En attendant de voir, maintenant, comment ce troisième intense film évoluera dans mon esprit…

The chaser (추격자) – Na Hong-jin – 2009

The chaser (추격자)  - Na Hong-jin - 2009 dans Na Hong-Jin TheChaser2Sensations fortes.

   7.0   Le plus hallucinant là-dedans c’est d’apprendre qu’il s’agit d’un premier film tant il peut aisément se confondre avec les plus grands polars asiatiques et occidentaux et qu’il tient un rythme improbable deux heures durant. On ne renouvelle donc pas le genre et c’est sans doute ce que Na Hong-jin fait de mieux : un polar noir, sec et sanguin qui casse tout sur son passage et ne s’embarrasse jamais d’effets de styles ostentatoires et autres pirouettes scénaristiques habituellement propres au genre. J’ai grand espoir en ce cinéaste coréen sans pour autant être certain qu’il fera un jour aussi puissant que ce film là. The murderer, deux ans plus tard, avaient déjà ses faiblesses. Na Hong-jin s’y affirmaient comme excellent metteur en scène du temps réel au détour d’une séquence proprement gigantesque et le film séduisait malgré tout bien que s’embourbant dans un dispositif sinon outrancier un peu trop emphatique. Pour être entièrement honnête, même si à chaud après le visionnage ce n’est pas forcément évident, on pourrait ainsi pointer du doigt le dernier quart d’heure de The chaser, quelque peu mécanique au regard des cent premières minutes qui le précèdent. En fait, la principale qualité du film et il me semble que je pensais sensiblement la même chose dans son second, c’est sa faculté à utiliser les possibilités. A priori rien de bien complexe à suivre un proxénète ancien flic, sur les traces d’un client taré qui fait disparaître ses prostituées. Pourtant, le cinéaste ne ménage pas la progression de son scénario, ne joue jamais de facilités tant tout va extrêmement vite et enchevêtre son récit de données nouvelles, apparitions de personnages, violences trop rapides où l’on se demande au bout d’une demi-heure, comment le film peut en tenir encore trois comme celle-là… J’en suis arrivé à me dire que c’était impossible que tout cela se déroule sur une seule nuit. Mais une nuit à la sauce coréenne : pas de véritable climax et surtout des changements de ton surprenants. Ça ne grimpe pas comme une course poursuite et l’arrivée du jour n’a rien de salvateur, au contraire. Les codes sont systématiquement détournés. L’intrigue s’essouffle volontairement quand on l’attend le moins et la violence refait surface quand on ne l’attend plus. Polar classieux et donc éprouvant, en réponse aux très beaux Memories of murder de Bong Joon-Ho et Zodiac de David Fincher.

The murderer (Hwanghae) – Na Hong-Jin – 2011

The murderer (Hwanghae) - Na Hong-Jin - 2011 dans Na Hong-Jin 1523718_3_f563_une-scene-du-film-coreen-de-na-hong-jin-the

Rage.

     6.4   Le déroulement du film est situé dans deux endroits géographiques bien définis. Une première partie à Yanji, ville chinoise, coincée entre la Corée du Nord et la Russie, regroupant près d’un million de sino-coréens. La seconde à Séoul, Corée du sud. Gu-nam, chauffeur de taxi, vit entièrement seul depuis le départ de sa femme à Séoul, il se ruine chaque soir au mah-jong, jeu local ce qui l’empêche de rembourser de fortes dettes, qu’il doit à des truands qui n’hésitent pas à venir lui rappeler chez lui, à l’aube, chaque jour. Gu-nam est un pauvre type. Qui rumine sans cesse sa solitude, peste contre sa femme sans vraiment savoir ce qu’elle devient et doit offrir un peu de temps à sa petite fille, que sa mère garde pour l’occasion. On se demande bien où veut en venir le cinéaste, étant donné qu’à sa manière de filmer, de passer d’une situation à une autre, son utilisation musicale, son amour du déplacement des corps et tout cela repéré dans sa simple mise en scène d’une attente, d’un immobilisme qui semblent inaltérables, on sent bien qu’il n’attend qu’une chose c’est de lâcher les chevaux !

     Le film s’ouvrait sur la rage. Un prologue rapidement narré, dont on imagine que ce sont les mots de Gu-nam, racontant une histoire de chien, son propre chien, enragé, qu’il avait dû enterrer avant que des paysans ne viennent le dévorer. La rage d’un être qui se propagerait. The murderer semble vouloir raconter ceci. Reste à savoir l’instant où cette rage apparaîtrait, se propagerait, probablement tournant autour du personnage évidemment, mais une chose est certaine, et le prologue l’attestait de façon métaphorique, le film ne lésinerait pas.

     Afin de rembourser sa dette, un parrain local qui voit là l’occasion adéquate, propose à Gu-nam un contrat : aller en Corée du sud, tuer un homme puis revenir avant telle date. Il n’aura que pour simples indications le nom de cet homme et son adresse. Et à son retour il sera complètement blanchi. Après hésitation, il accepte, puisqu’il voit d’une part l’occasion d’un nouveau départ avec le remboursement de sa dette mais surtout l’occasion de retrouver sa femme lâchée dans le grand Séoul, et probablement aussi qu’il a perdu goût à tout, à la vie et le film n’y va pas de main morte dans la démonstration – appartement sale et bordélique, photo familiale dans un cadre cassé, sans compter les multiples visions oniriques assez vaines de Gu-nam en plein rapport sexuel avec sa femme, sous une image floue et argentée pour rappeler que ce temps là n’est plus, qu’il est loin maintenant.

     Le film est divisé en quatre parties. Cette première qui précède le voyage clandestin est nommée « Le chauffeur de taxi ». Comme dans tous films qui suit un schéma chapitré, il y a une inquiétude quant à l’efficacité du déroulement du récit, d’autant plus qu’ici, le réalisme social et la course aux côtés de cet homme ne demandent en aucun cas de découpage. Là-dessus le film s’en tire bien, ce n’est jamais rédhibitoire. Inutile mais sans gravité pour sa dynamique.

     Si les premières minutes du film sont intéressantes pour s’acclimater au personnage principal, elles sont en revanche assez peu passionnantes. Très peu d’idées de cinéma et généralement tout est très appuyé, attendu, sans véritable relief. Il faut attendre ce deuxième mouvement appelé « Le tueur » pour enfin être pris à la gorge par la mise en scène à l’énergie de Na Hong-jin. Le film étant vendu comme un film d’action, on se dit que ce voyage ne se déroulera bien entendu pas comme prévu, ce qui est vrai et que les choses vont prendre une tournure effrénée, sorte de chasse à l’homme illustrant le prologue qui parlait de rage, ce qui est vrai aussi mais pas immédiatement et c’est la bonne surprise du film. C’est sans doute aussi pour cela qu’il justifie sa durée imposante.

     The murderer devient une partie de chasse scrupuleuse, quoique assez approximative (le personnage n’étant bien entendu pas un spécialiste à ce sujet), un film d’attente, de préparation, d’observation. Gu-nam cherche l’adresse de l’homme qu’il doit buter puis découvre toute une série d’éléments qui laissent à penser que la cible en question n’est pas un simple inconnu sans histoire, mais un homme d’affaire important déguisé en professeur de judo, qu’un chauffeur raccompagne chez lui chaque soir à telle heure. A son retour une grille en bas de l’immeuble est verrouillée. Le jour, Gu-nam découvre que l’homme loge au sixième étage, inaccessible via l’ascenseur qui s’arrête au cinquième. Et le soir c’est un ballet de lumière allumées/lumières éteintes qui guident le départ du chauffeur se devant d’assurer que son client est bien rentré. Bref, le contrat s’annonce au moins aussi délicat que l’entrée dans le pays, que Gu-nam a accompli dans la soute d’un bateau, irrespirable, serré les uns aux autres, entouré de certains qui ne tiennent pas le voyage. Cette phase d’observation est la plus belle réussite du film, elle instaure une tension croissante, aidée par l’échéance du calendrier puisque Gu-nam doit reprendre le bateau du retour un jour précis et s’il ne le fait pas, sa famille en Chine sera liquidée. Bien que ce soit ce qu’il y a de plus beau dans le film je ne peux m’empêcher d’être un peu déçu face aux parti pris offerts pour tuer cette attente du spectateur. C’est ce qui différencie ce cinéma du cinéma roumain de Policier, adjectif par exemple, dans lequel cette minutie silencieuse n’était jamais expliquée, la tension grimpait sans l’ornement d’effets inutiles, simplement par l’attente, la répétition. The murderer préfère injecter des séquences imaginées de l’acte pensé par le jeune homme. On a donc droit à un parallèle entre cet instant où il observe et conçoit son plan et ce qui doit exactement se produire si tout se déroule comme convenu. Ça n’a pas grand intérêt, pire je pense que ça pénalise le film de l’effet de surprise d’une montée de violence soudaine – façon Collateral de Michael Mann – alors qu’il a justement cette scène pivot qui arrive peu de temps plus tard – une scène hallucinante au passage – où le plan est oublié, remis à l’improvisation puisque Gu-nam découvre qu’il est doublé par deux types venus faire, le même soir, son boulot à lui. Là on se dit très bien, il n’a même pas besoin de passer à l’acte et c’est réglé, mais c’est d’une part oublier qu’en contrepartie de ce contrat et pour montrer qu’il est accompli, Gu-nam doit rapporter avec lui le doigt de la victime mais surtout, second problème majeur, les deux types entrés pour tuer le professeur ne s’en sortent pas comme prévu, l’un fait le saut de l’ange par la fenêtre du sixième sous l’œil de Gu-nam définitivement perdu et du chauffeur en train de cloper – mais pas si innocent que ça – pendant que l’autre est aux prises avec l’homme cible. Cette scène est incroyable car elle commence de cette manière là, soit une coïncidence énorme qu’en aucun cas nous n’avions imaginée, puis se poursuit dans un carnage sanglant avant de basculer en poursuite haletante avec des flics débarqués en nombre. Cette longue séquence restera à mon avis comme un sommet du genre.

     Dès cette séquence pivot le film change de cap. Il était silencieux, il devient assourdissant. Il était posé, il devient effréné. Il était organisé, il devient bordélique. Il comblait, il devient économe (en effets inutiles). Pourquoi pas après tout. Les scènes d’action, essentiellement en voiture, bien que rondement menées, sont filmées à l’épaule, donc on ne comprend pas grand chose. Mais surtout, et c’est ici que le phénomène de rage entre en scène, le film devient ultra-violent. Ce n’est pas forcément l’afflux sanguin qui provoque cela – finalement on n’en voit assez peu comparé à ce que l’on donne – mais le nombre de coups qu’il y a dans le film. C’est impressionnant. Déjà, il n’y a aucune arme à feu. Tout se fait à la main, alors aux poings, à l’arme blanche voire même à l’os d’agneau, c’est au choix. The murderer devient assez jouissif dans ses enchaînements renforcés par le fait que l’on ne saisisse plus vraiment les ressorts scénaristiques du récit, on s’embrouille. Séoul devient le carrefour d’un règlement de compte général, entre des hommes d’affaires locaux, le parrain qui a engagé le garçon (qui décide de venir faire le ménage lui-même) et Gu-nam, au centre, ou même plus au centre, dépassé, relégué au second plan. Enfin toujours devant les flics qui tiennent une place assez clownesque dans le film, c’est assez dommage d’ailleurs car la course poursuite après la première scène de carnage est plus qu’improbable tellement ils sont débiles.

     « Le joseon-jok » surnom donné à ces individus sino-coréens égarés à Séoul, qui n’ont pas droit d’y entrer, est aussi le nom de la troisième partie, qui démarre à l’instant où Gu-nam, qui attend bientôt de repartir par le bateau est assaillis de part et d’autres. C’est la partie chasse à l’homme. Comme un animal domestique lâché en pleine jungle.

     La dernière partie du film, plus brève, s’attarde sur son combat pour quitter cette terre et rejoindre celle d’en face. Il y a « La mer jaune » à traverser. Mais le jour où il est sensé s’en aller rien ne se passe non plus comme prévu, entre l’histoire de sa femme qui a disparu qui le retient inévitablement et des passeurs eux aussi dans le coup avec le parrain du début. Cette partie m’intéresse car rarement dans un film de ce genre je n’aurais autant ressenti cette impression que l’échappée du personnage principal est réellement insurmontable, que quoi qu’il fasse, il ne s’en tirera pas. Je n’y ai pas cru une seconde. Et j’avais raison. La fin du film se veut presque logique finalement. Un happy-end n’aurait pas marché.

     S’il a tendance à vouloir trop en montrer, appuyer sur certaines choses de façon très maladroites (la dernière scène du film et cette femme ramenée en Chine par le train attestant de l’absurdité de tout ce que l’on vient de voir, en est l’exemple le plus représentatif) c’est pour moi une réussite totale, dans sa volonté de casser le film en deux (voire en quatre), de brasser les genres et surtout de proposer un survival movie comme on n’en avait encore jamais vu. La débauche de violence et de sang n’ayant d’égal que l’énergie déployée pour donner corps à ce carnage général hyper travaillé et en fin de compte assez jouissif.


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Auteur:

silencio


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