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Douze mille – Nadège Trebal – 2020

29. Douze mille - Nadège Trebal - 2020L’économie du désir.

   7.0   Il a les qualités et les défauts d’un premier film (de fiction, puisque sa réalisatrice a par ailleurs déjà réalisé deux documentaires) mais ses qualités marquent davantage l’esprit. Douze mille m’a fait penser à deux autres premiers films, assez récents : Western, de Valeska Grisebach & Jeune femme, de Leonor Seraille. Deux films aussi réalisés par des femmes, tiens. Films étranges, bancals, écorchés vif, ni vraiment naturalistes ni vraiment barjots.

     Il y a cette idée motrice sur laquelle repose les fondements du récit : Pour Maroussia & Franck leur épanouissement sera pérenne s’il continue de gagner autant qu’elle gagne en tant que nounou – le titre du film donne son salaire annuel. Lorsqu’il est viré de la casse où il bossait clandestinement jusqu’alors, les affaires se compliquent : Il va devoir partir (Il n’y a pas de travail dans la région) et revenir quand il aura réuni cette somme.

     Douze mille a ceci de passionnant et multiple que c’est d’abord un film d’amour fou, qui transpire le désir par tous les pores – On y parle de sexe très crument, on le fait ardemment aussi – magnifique première scène de lit – et se révèle en permanence incroyablement charnel (les regards érotiques de Nadège Trébal & Ariel Worthtaler sont d’ores et déjà ancrés) et infiniment solaire. Mais c’est aussi un pur film de prolétaire, qui parle sans cesse d’argent, qui a conscience de la valeur de l’argent, de la difficulté du travail et en ce sens le film se raconte aussi lui-même, sa production probablement difficile.

     L’argent, le sexe, les mots tout est très physique dans Douze mille. On y croise aussi des visages qu’on ne voit pas souvent, entre deux usines, dans un café. On y partage des pas de danse sur une aire de repos. On y fait des rencontres, des femmes essentiellement : La mère d’un ouvrier ici, une voleuse de container là. La partie sur le port est sans doute trop longue, on aurait crânement pu couper et notamment les chorégraphies un peu inutiles des Amazones.

     Quoiqu’il en soit c’est un très beau film, vivant, charnel, nouveau, c’est un brasier qui fait parfois jaillir de belles flammes. Et la plus belle c’est probablement cet acteur / ce personnage, complètement atypique, sauvage, fascinant. Que le film soit réalisé par une femme et que celle-ci joue le rôle de la petite amie de ce personnage brulant me rend l’ensemble encore plus éblouissant.


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silencio


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