Archives pour la catégorie Naomi Kawase

Les Délices de Tokyo (An) – Naomi Kawase – 2016

16425824_10154397999747106_8791527397476386341_nTrois en un.

   5.4   Anecdotique au sein de la filmographie de la réalisatrice japonaise, Les délices de Tokyo ressemble davantage à un film de Kore-Eda (Un Still walking en mode mineur) qu’à ses précédents travaux. Ceci étant, j’ai raté Hanezu et Still the water. Naomi Kawase restera pour moi l’auteur de deux films merveilleux : Suzaku et Shara. Et d’un plus discret mais non moins passionnant, Genpin, qui sur des bases purement documentaire renouait avec son cinéma cyclique où toujours se côtoient la naissance et la mort. Mogari, déjà, m’avait déçu.

     C’est un film charmant, dans lequel un homme (au passé trouble, que le récit va éclairer un peu mécaniquement) gérant d’une guinguette qui vend des Dorayakis (Pâtisseries traditionnelles fourrées aux haricots rouges confits) se voit proposer de l’aide par une vieille dame de 75 ans qui va lui apprendre à faire la pâte (Jusqu’ici il ne la faisait pas lui-même) et à « écouter parler le haricot ». Elle va lui apprendre la vie, en somme. Toutes les séquences de préparations culinaires sont très belles, Kawase comme a son habitude observe les gestes, nous fait presque sentir les saveurs.

     Les délices de Tokyo aurait sans doute dû s’en tenir à cette approche hypnotique, d’une gestuelle très pure, d’un environnement minuscule – La première partie du film se réduit essentiellement à l’espace intime de cette échoppe. Dès qu’il s’en extraie, soit pour tenter de créer un personnage périphérique (la jeune adolescente) soit pour raconter une sombre histoire de ségrégation de lépreux, soit pour capter les fleurs des cerisiers, les rayons du soleil à travers les branches, le film est plus convenu dans son esthétique et sous les coutures du mélodrame.

     Et puis c’est tout un petit programme qu’on voit se dessiner bien trop clairement : On sait d’emblée que les mains de la vieille dame poseront problème, on sait aussi de par son âge qu’elle va mourir ; Quant à lui, mutique, on imagine qu’il transporte, quelle qu’elle soit, le fardeau de la douleur et de la solitude. Trois personnages, trois générations un peu à côté du monde, en somme – Dont on va appuyer l’enfermement par une apparition d’oiseau mis en cage que la vieille dame finira par relâcher, des branches de cerisiers croisées à des câbles électriques. C’est pas le plus subtil des films de Naomi Kawase, on va dire. Ce qui ne l’empêche pas d’être attachant et doux.

Genpin – Naomi Kawase – 2012

1544311_10151902306702106_1270787960_n     6.9   Sans doute à mes yeux (de ce que j’ai vu) le plus beau film de Naomi Kawase depuis Shara, où l’on retrouve d’ailleurs ses mêmes thèmes de prédilection et ce cycle naissance/vieillissement passés cette fois uniquement par le prisme du documentaire. Très beau film.

Shara (Sharasojyu) – Naomi Kawase – 2004

shara2_blog   8.2   Mara, vieux quartiers, Japon. Deux enfants se poursuivent à travers arbres et ruelles, ils s’amusent jusqu’à ce que l’un d’eux disparaisse. Point de départ de Shara : une disparition. Cette dernière hantera le film d’un bout à l’autre. La cinéaste s’intéresse à la reconstruction familiale. Le jeune garçon a grandit, et si le fantôme de son frère (probablement jumeau) semble encore faire corps avec lui, ce n’est pas dans la mélancolie qu’on le voit sombrer. Pendant que les grands (les parents bien sûr, l’intérêt de séparer est important à mon sens) s’emploient pour l’une à s’occuper de sa grossesse, un accouchement imminent, l’autre, président d’une fête municipale annuelle, à fignoler les préparatifs concernant un spectacle dansant, le garçon, maintenant âgé de 17 ans est à l’école ou s’isole pour peindre. Mais bientôt c’est avec une fille de son âge qu’il passera du temps, et un amour, aussi pudiquement montré soit-il, naîtra. Naomi Kawase – qui joue par ailleurs la mère enceinte dans le film – a su filmer ce drame de reconstruction simple, de manière simple justement. Caméra épaule ou plans aériens, on saisit des instants, comme on cueillerait de petites fleurs. Et en même temps c’est très intense, ça ne demande qu’à bouger, à la limite de l’explosion, à l’image de cette scène de danse fabuleuse qui fait naître la pluie et la fait s’arrêter, ou encore cette longue course inutile vers une mère qui était censé être en train d’accoucher. Tout paraît stable, tranquille ou sympathique, mais tout devient inquiétant, comme un passé loin d’être enfoui. Pendant que les uns se reconstruisent (Shara commence par une mort et termine par une naissance) les autres se construisent, se parlent. De sublimes masques tombent lors d’une discussion mère/fille très forte, sur les origines, les vérités inavouables. Shara est une plongée dans Mara, comme si l’on observait un petit échantillon de cette ancienne capitale devenue fantôme, de laquelle on ressortira vers le ciel dans un final antonionien magnifique. C’est un film fort, mais pas triste, il passe au-dessus de tout ça, il montre sans cesse les belles choses, ces riens qui empêchent de souffrir constamment : une toile de peinture, un long baiser, une scène somptueuse d’un père et son fils tout sourire, une satisfaction à toute épreuve, jusqu’à cet accouchement lumineux, d’où on peut y voir des regards pleins de joie et de tristesse passée.


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silencio


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