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Johnny Guitar – Nicholas Ray – 1954

17. Johnny Guitar - Nicholas Ray - 1954Les indomptées.

   9.0   D’emblée, les couleurs sont franches, quasi irréelles. On suit l’arrivée d’un cavalier solitaire, avec une guitare en guise d’arme sur le dos. Nous assistons, de loin comme lui, à l’attaque d’une diligence, se déroulant entre deux barres rocheuses aussi hostiles que grandioses. L’homme pénètre dans un saloon, qui semble émergé de nulle part, contre vents et poussière.

     Vienna, incarnée par Joan Crawford, en est la propriétaire. On apprendra qu’elle mise sur l’implantation future d’un chemin de fer à proximité. Elle apparait bientôt à l’étage, avec aplomb impressionnant, afin d’accueillir celui qui la demande et dit s’appeler Johnny Guitar. Mais l’ambiance est très étrange : Tous deux semblent se connaître.

     Le film, bientôt, se met en action. Si les visières vertes des croupiers s’associaient au vert des tables de roulette ainsi qu’à celui de la lavallière de Vienna, il s’agissait d’un vert vif, chaleureux. Un autre vert jouera les trouble-fête : Celui de la robe d’Emma qui débarque en trombe dans le saloon, à la tête d’une milice d’hommes. Elle est la fille d’un riche éleveur terrien.

     Johnny Guitar, le chef d’œuvre de Nicholas Ray, commence à peine, mais déjà on y respire sa flamboyance, sa démesure, sa tragédie ; On s’enivre de sa finesse d’écriture, de sa colorimétrie singulière. Il suffit d’un long dialogue à la nuit tombée, en forme de réminiscence mélancolique ; Il suffit du lipstick rouge-vif de Vienna ici, de sa longue robe blanche, lorsqu’elle joue du piano dans son coin de saloon semblable à une grotte, là. Ou un peu plus loin, d’une chemise jaune éclatant d’un enfant dansant qui vient de mourir.

     A-t-on déjà vu pareille méchante, aussi terrifiante qu’Emma, campée par Mercedes McCambridge, monstre de jalousie coincé dans ses obsessions puritaines, véritable sorcière, jusque dans sa façon de bouger, quasi désarticulée, ses grimaces impossibles, son rire maléfique ? Un monstre diabolique qui aurait presque sa place dans un Mad Max. Il suffit de voir ce visage lorsqu’elle incendie l’établissement de Vienna. Terrifiant.

     Et en cela, Johnny Guitar est aussi une vive critique du maccarthysme tant la folie de ce personnage allié à l’hystérie de la foule de lâches lyncheurs évoque au moins autant que le High noon, de Fred Zinnemann cette douloureuse époque de la chasse aux sorcières, cette commission aveuglée par la haine, dont Ray ainsi que Sterling Hayden furent eux-mêmes des victimes.

     Ainsi, contrairement à ce que son titre promet, le récit n’est pas tant celui du personnage de Johnny Guitar que celui de l’affrontement entre Vienna & Emma, deux femmes. Emma est amoureuse de Dancing Kid qui lui n’a d’yeux que pour Vienna, qui elle est restée éperdument amoureuse de Johnny Guitar. Entre elles, ça ne peut que très mal se finir. Et si le film est bien entendu très masculin dans son casting, ces hommes sont au service de ce duel de femmes.

     François Truffaut en parlait si bien, en quelques mots : « On peut y voir Joan Crawford, en robe blanche, jouer du piano avec, à côté d’elle, des chandeliers et un revolver. Johnny Guitar est un western irréel, féerique, La belle et la bête du western, un rêve de l’Ouest. Les cow-boys s’y évanouissent et meurent avec des grâces de danseuses ».

     Bref, c’est d’ores et déjà l’une de mes grandes découvertes tardives, récentes. Vu deux fois coup sur coup tellement je ne voulais plus voir que ça. Avec cette sensation aussi étrange qu’agréable de voir un film qui ne ressemble à aucun autre, qu’il ne s’inspire de rien, qu’il ne sera l’héritage de rien non plus. Enfin, pas directement.

     C’est l’un des plus beaux westerns du monde. Un western romantique, un mélodrame démesuré, d’un lyrisme absolu. Où les conflits d’intérêt de propriété côtoient les triangles amoureux et les histoires passées. Un film  jamais écrasé par ses parti pris, qu’il s’agisse de son propos féministe, de son histoire d’amour, de sa dimension mélodramatique ou tout simplement de sa plasticité très marquée. Il est toujours à la limite du trop. C’est grand.

La fureur de vivre (Rebel without a cause) – Nicholas Ray – 1956

05. La fureur de vivre - Rebel without a cause - Nicholas Ray - 1956Génération rebelle.

   8.0   Depuis (quasi pile-poil) trois ans et la sortie de La La Land (qui y fait d’imposants clins d’œil) je tenais à revoir La fureur de vivre, de Nicholas Ray.

     Film que j’avais découvert, comme j’en avais découvert beaucoup d’autres, quand j’avais décidé de voir tous ces grands classiques du cinéma, référencés partout. C’était il y a quinze ans, peu ou prou mais je n’en avais pas gardé un si grand souvenir. Des bribes : La longue introduction au commissariat, la course au bord de la falaise et bien entendu son final sur les marches de l’Observatoire. Des moments qui restent par ailleurs très forts.

     Ce qui m’a frappé cette fois, c’est de constater combien le film annonce par son contenu (pas totalement non plus tant l’écrin reste bourgeois), mais pas encore par sa forme, à la fois la nouvelle vague britannique de la décennie suivante et le nouvel Hollywood. En effet, on songe à Samedi soir, dimanche matin de Karel Reisz ou bien à Deep end, de Jerzy Skolimowski – Le motif de la piscine, évidemment.

     Ces films dans lesquels l’élan de jeunesse, à la fois plein de désenchantement et d’espérance, agit en totale rupture avec le monde « sans vie » des adultes. Et c’est bien tout l’intérêt paradoxal du film de Nicholas Ray, qui en plus d’être devenu le dernier film de la carrière de James Dean, semble parfois enrobé dans une parure annonçant West side story, dans sa mécanique d’affrontements, ses chorégraphies quand bien même elles ne soient pas dansées.

     Mais ce qu’on en retient, c’est surtout l’histoire d’une jeunesse en crise, enfants paumés, sans repères, en plein conflit œdipien. Les trois personnages principaux entretiennent en effet tous des rapports sinon difficiles (Jim & Judy) avec leurs parents, carrément inexistants : Platon, qui finira par mourir.

     Ravi de l’avoir revu. J’ai adoré.


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silencio


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