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Camille redouble – Noémie Lvovsky – 2012

Camille redouble - Noémie Lvovsky - 2012 dans Noémie Lvovsky 35.-camille-redouble-noemie-lvovsky-2012-300x199Ne change rien.

   7.7   C’est un film très drôle, toujours avec des bonnes idées qui dévoile une gravité, délicatement et de façon insoupçonnée. C’est sans doute sa plus grande qualité : maquiller le drame en comédie. Paraît-il que Camille redouble est une sorte de remake (ou il lui ressemble beaucoup) de Peggy Sue s’est mariée, le film de Francis Ford Coppola. Noémie Lvovsky revendique l’inspiration. Je n’ai pas vu le film de Coppola donc il m’est difficile d’effectuer un éventuel rapprochement, personnellement le film m’a beaucoup évoqué Quartier lointain, la bande-dessinée de Taniguchi, un chef d’œuvre. A première vue la mélancolie du livre n’est pas aussi poussée dans le film pourtant, et c’est la grande force de ce dernier, au-delà du fait que c’est drôle, dynamique, que c’est en somme le film médicament parfait, c’est aussi très triste et cela rejoint l’ambiance qui habitait le livre. Coppola, Taniguchi, ok, mais où se trouve Lvovsky là-dedans ? Et bien partout. C’est un film qui aurait été différent chez quelqu’un d’autre, elle a donc su digérer ses inspirations et proposer sa propre lecture de cette fantaisie. Fantaisie suprême puisque c’est l’histoire d’une femme quadragénaire, elle-même, transportée miraculeusement dans son passé, l’année de ses seize ans. Son esprit a quarante ans, son corps apparemment aussi pourtant personne ne le remarque. Et la voilà revivant une partie de son adolescence, avec ses parents, ses amies, sa rencontre avec le futur père de sa fille mais aussi bientôt le décès de sa maman.

En terme de mise en abyme c’est un caviar d’analyse – on pense à Rivette – puisque le film convoque clairement le cinéma et le métier d’acteur et l’on sait que Noémie Lvovsky touche aux deux, puisque c’est à la fois son sixième film en tant que réalisatrice et un énième dans sa filmographie d’actrice, mais pour la première fois, elle joue dans son propre film et y tient le premier rôle. Dans la première séquence, Noémie Lvovsky, jouant Camille, joue dans sa vie d’adulte, un rôle de cinéma, une femme victime d’un tueur au couteau, dans son lit, dont l’unique réplique n’est que spasmes, dans un nanar horrifique mit en scène par Riad Sattouf. C’est déjà formidablement drôle pourtant c’est aussi déjà teinté d’un désespoir inattendu puisque Camille semble survivre comme elle peu avec le peu de rôle de cinéma qu’on lui propose. Elle porte des poches de faux sang, n’a pas le droit de parole, tout juste un soupir et est au centre d’une mise en scène qu’elle ne maîtrise pas et d’une vie qu’elle ne maîtrise plus non plus car au retour chez elle on apprend qu’elle est en plein divorce et s’en remet à une conversation avec son chat. Un peu plus tard dans le film, alors que l’esprit de la Camille de quarante ans a voyagé inexplicablement dans son corps de celui de seize, elle est au centre d’une mise en scène de théâtre, qu’elle joue à la perfection parce qu’elle l’a déjà vécu et connaît évidemment son texte par cœur. De pantin ensanglanté dédoublé (une autre actrice est aussi sur le rôle) la voilà propulsée au rang de comédienne dont on ne peut se passer. C’est un glissement progressif puisqu’elle n’est pas tout à fait encore le metteur en scène de sa propre vie, elle incarne même plusieurs situations qu’elle n’avait jamais vécue par le passé. Et en toute fin de film, le glissement ultime a opéré. La voilà en train de défier les lois temporelles en traversant le temps avec des objets. Une cassette audio sur laquelle se trouve la voix de sa maman, ce qui dans sa vie d’adulte lui avait toujours manqué. Et une photographie prise par celui qui deviendra son futur conjoint et avec qui elle ne cessera de penser qu’elle a raté sa vie puisque cette relation l’aura finalement conduite à une séparation. Un objet qu’elle a envoyé dans le futur et un autre qui s’est glissé de lui-même, sans qu’elle ne s’y attende. Je pense que c’est la plus belle idée du film. L’idée qu’enfin, Camille a maîtrisé, comme si elle était devenue un metteur en scène, son existence, qu’elle avait pu choisir de retrouver ce qui lui manquait terriblement, qu’elle avait fait son director’s cut en somme, et en parallèle que cette maîtrise suprême avait engendré des choses nouvelles comme ce portrait noir et blanc d’elle-même qui sans doute, à en interpréter la fin du film, lui permettra de retrouver son amour de toujours. Je trouve cela infiniment beau de se dire que ce voyage dans le passé lui aura permis à la fois de pouvoir réécouter la voix de sa mère ad vitam, ainsi que d’avoir contre son gré – parce que ça elle ne l’a pas fait exprès – mais pas contre son désir, réussi à raviver la flamme de l’amour avec le père de sa fille.

Pour revenir au film et aux idées qui le nourrissent, film qui pourrait s’appesantir sur une espèce de nostalgie malvenue, ou sur sa dimension burlesque à la Un jour sans fin, ou sur sa fun attitude à la Back to the future, j’ai l’impression que Lvovsky a tout réussi, n’est à aucun moment tombée dans les pièges béants du genre. Par exemple, prenons la séquence tant redoutée du décès de sa maman – peur de la perte qui s’apparente clairement au Quartier lointain de Tanigushi. Il y avait mille choses à éviter. On craint que le film tombe dans une espèce de facilité lacrymale du style retour dans le passé pour sauver maman. Bien au contraire, d’une part le drame est évoqué mais jamais centralisé et ensuite Camille tente de l’éviter en prenant rendez-vous pour sa mère afin de faire un scanner ou plus tard en restant à ses côtés, essayant de détecter les indices de sa rupture d’anévrisme dont elle est certaine qu’elle se reproduira à nouveau, comme Samir l’embrassant non pas au premier réverbère comme il lui avait annoncé, ni au second mais au troisième, lors de leur premier baiser. Noémie Lvovsky choisit de garder cet instant hors champ, pourtant il se déroule exactement comme prévu. Finalement, c’est un drame contourné d’une part car il a déjà eu lieu et d’autre part car le voyage de Camille convoque bien d’autres possibilités de focalisation. L’important c’est qu’il soit contourné, et non empêché auquel cas on aurait plongé en plein délire hollywoodien avec apparition de castors, extraterrestres et autres débilités que sais-je encore. C’est cette pudeur dans l’impudeur qui me touche beaucoup. Et me rappelle la fin d’un très beau film français sorti l’an dernier, La guerre est déclarée, où la guérison de l’enfant était quelque peu ternis mais sans alourdir la charge émotionnelle, par l’évocation de la séparation de ses parents. Peut-être que le film m’a fait peur au début, un peu, parce que j’ai cette impression que ses intentions sont un poil trop appuyées. Elle force par exemple le trait en insérant des symboles temporels partout : Soirée costumée, anciens amis du lycée, c’est déjà rétro ; la montre remise en route chez l’horloger ; petite allusion sur la dimension temporelle avec ici un horloger et là un philosophe ; la robe de maman ; l’alliance. Je ne trouve jamais cela rédhibitoire mais c’était dangereux, heureusement elle se s’extirpe magnifiquement de ce piège.

Parlons de ces gimmicks temporels, dont le film pourrait puiser l’inspiration chez Retour vers le futur. J’aime que la cinéaste n’en abuse pas et en parlant de ça je tiens à signaler que l’absence de voix off est sans aucun doute une des meilleures idées qu’elle ait eues, laissant planer en permanence un mystère, celui de savoir si elle a déjà vécu ou non ce qu’elle vit sous nos yeux et surtout celui de ne jamais envahir l’image. A par cette affaire de photo ou le décès de sa maman, la mode n’est pas de refaire le film de Zemeckis qui s’appuyait sur d’innombrables objets/situations effectuant cette trouée temporelle. C’était un comique de l’énergie qui débouchait sur un autre comique, enchaînements jouissifs qui ne laissait pas de place pour un drame. C’est une idée bien trop jubilatoire pour s’immiscer dans le film de Noémie Lvovsky. Sa beauté c’est justement cet équilibre entre sa drôlerie et sa gravité, sa capacité à revivre et celle de vouloir modifier. C’est évidemment ce paradoxe qui ne cesse d’habiter le film puisque Camille veut dans un premier temps tout changer, ne pas retomber amoureuse de celui qui plus tard lui brisera le cœur avant de se rendre compte que ce qu’elle a vécu compte beaucoup dans ce qu’elle est devenue – la naissance de sa fille, essentiellement. Ainsi, elle se surprend à retomber sous le charme de ce garçon, comme au premier jour, alors que c’est encore pour elle le visage de celui qu’elle déteste, celui qui a vingt-cinq ans de plus, avec qui elle s’engueulait la veille. Je ne raconterai pas ce que leur relation nouvelle (cette deuxième prise) deviendra mais Noémie Lvovsky réussit quelque chose d’inouï.

Autre idée lumineuse : le voyage des corps. Il n’y a absolument aucune modification physique. Tous changent sauf elle. Ils changent sans changer puisque ce n’est que maquillage. Ce pourrait être ridicule (La tronche de Guesmi par exemple, ou celle de Podalydès) mais ça ne l’est jamais car l’intérêt est ailleurs. Je pense que ce resserrement dans la ressemblance (on a plus l’impression que c’est un passé de dix ans seulement) permet au film de ne jamais se situer dans une espèce de performance qui n’a pas lieu d’être ici ou dans une temporalité hyper importante. On se fiche de savoir que c’est un voyage de vingt-cinq ans en arrière, c’est le voyage qui compte. C’est un peu comme ce que l’on peut lire ci et là sur le respect du changement d’époque, entre les tenues vestimentaires et surgissements d’icônes. Il y a paraît-il quelques anachronismes. Les repérer et dévaluer le film dans la foulée c’est à mon sens une totale fausse route et un aveu d’impuissance à se fondre dans une ambiance autrement qu’en y cherchant le mauvais. Je me fiche pas mal de savoir si tel disque était sorti ou non durant cette année là, la reconstitution aussi sommaire soit-elle me suffit amplement dans la mesure ou c’est une reconstitution qui n’a pas à être exact. Ce n’est pas figé. C’est l’intime et le cosmos. C’est ailleurs : c’est l’émerveillement à « revivre » comme chantait Manset dans Holy motors il y a peu ou comme on défiait l’apocalypse dans Perfect sense. Revivre ce que l’on a vécu avec le souvenir de ce que l’on deviendra c’est un peu redécouvrir une banalité qui nous a manqué – magnifique séquence de la ratatouille.

On pourrait effectuer un parallèle avec La vie ne me fait pas peur tant les deux films ont en commun et tant l’un pourrait être l’amorce de l’autre. En effet, je pense que Camille redouble est aussi un très beau film de groupe justement parce qu’il n’en est pas vraiment un. Les quelques instants que ces quatre amies ont ensemble et la brutale ellipse qui permet de les voir aujourd’hui et il y a vingt-cinq ans permet de constater, au-delà du faible changement physique, que le groupe est resté soudé mais que depuis il a dû faire face aux problèmes de l’âge. Cette insouciance de l’adolescence ressort évidemment mais différemment, avec déjà une inquiétude car on sait forcément que Camille sera confrontée au décès de sa mère, il y a aussi cette scène où l’une de ses amies est à la recherche d’une famille adoptive et il y a cette autre scène inattendue où une autre amie aux culs de bouteilles en guise de lunettes leur apprend qu’un médecin malhabile a prédit qu’elle deviendrait aveugle. Il y a celles qui la rassurent en lui disant que c’est absurde et il y a Camille qui sait. Cette séquence prouve une fois encore que ces failles temporelles ne sont jamais utilisées à des fins jubilatoires. Il y avait déjà cette dimension tragique qui planait sur La vie ne me fait pas peur mais c’était vu par une jeune femme qui sortait tout juste de l’adolescence. A travers la Noémie Lvovsky d’aujourd’hui, ce regard mélancolique est beaucoup plus dense et prend une dimension ô combien bouleversante.

La vie ne me fait pas peur – Noémie Lvovsky – 1999

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Energie outrancière.

   5.9   Ce film me rappelle un peu La vie au ranch. Mais Contrairement à lui qui recherche la saturation par l’image et le son, l’étirement de la séquence, le plan plein, le film de Noémie Lvovsky se concentre sur des instants, saynètes foutraques qui donnent une dimension explosive.

     Cinéma de l’instant qui saisit la violence du moment. La cinéaste ne s’intéresse pas vraiment aux causes ni aux conséquences. Une bagarre éclate dans les couloirs d’un lycée après la classe, on ne saura pas pourquoi, Lvovsky ne montre pas les signes. Lorsque l’une d’entre elles tombe malade (probablement une tumeur) la cinéaste ne dira pas grand chose de son issue, simplement illustrée par un dessin d’animation comme ceux que l’on montre aux enfants dans les spots de prévention. Elle ne joue jamais la carte facile du pathos, ça ne l’intéresse pas. C’est l’énergie brute qu’elle cherche. Les deux films (avec celui de Letourneur) ont au moins ça en commun. Et aussi de rechercher la saturation par la parole. Très peu de blanc, toujours du mouvement. Mouvement par le montage chez Lvovsky, par les personnages dans le plan chez Letourneur. Parti pris honorable mais qui moi me touche assez peu, patchwork énergique de scènes montées en saccade, je trouve ça rapidement lourd. Reste que contrairement à son précédent film Oublie-moi qui jouait énormément sur cet état de trouble, d’incertitude en permanence, ce mouvement d’avant en arrière (le cinéma de Noémie Lvovsky me fait l’effet d’un surplace en sinusoïde) mais qui ne m’emportait nulle part, car cette impression d’un personnage qui stagne m’ennuyait beaucoup, La vie ne me fait pas peur est en perpétuelle évolution. Pourtant ça stagne ici aussi, mais l’univers se modifie, Lvovsky s’intéresse un peu à ce temps qui se déroule autour de ces adolescentes, en filigrane le passage du bac, ou une ellipse de trois ans, ou plus tard un raccord ado/adulte tout comme la mode vestimentaire qui apparaît essentiellement sur deux d’entre elles, l’émergence du punk etc.

     La vie ne me fait pas peur joue beaucoup sur ces enchaînements de vie et découvertes, tentations sexuelles ou expériences morbides. Ainsi l’une voudrait faire l’amour avec ce garçon dont elle est tombée amoureuse, sans doute pour être la première, pour ne pas se faire doubler par son amie. Ainsi on se perce le doigt avec une aiguille pour s’unir dans un mélange de sang, comme on se réunit autour d’une table de spiritisme. Le film n’évacue pas non plus les traumatismes (la corde) ni même les divergences au sein du groupe (le bac) aux différences parentales (au papa sympa Rego répond ce papa tyran Bideau) ou encore ces nombreux instants de délire entre filles tellement dingue que d’une part c’est impossible que ce ne soit pas un minimum vécu et d’autre part ça peut devenir insupportable. C’est aussi la limite du film. L’expérience est telle que poussée à ce point de folie le film ne devient pas facilement aimable.


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silencio


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