Archives pour la catégorie Oscar du meilleur film

Moonlight – Barry Jenkins – 2017

31. Moonlight - Barry Jenkins - 2017Portrait d’un garçon de Miami.

   5.7   Ou la palme du film au démarrage insupportable et au final bouleversant. Il y a trois parties, trois époques de la vie de Chiron, afro-américain introverti installé à Miami. Le début fait peur avec cette caméra qui tournoie gratuitement autour de Juan qui sera une figure importante dans l’évolution du garçon. Puis l’objectif bouge dans tous les sens quand des gosses le poursuivent avant qu’il ne se réfugie dans un immeuble désaffecté où il rencontrera le dealer, qui deviendra une sorte d’ange gardien. La deuxième partie est plus posée mais il faut passer outre des systématismes vraiment lourds, par exemple, juste après la scène pivot entre Chiron et Kevin sur la plage, le premier va se faire tabasser par le second sous les ordres d’un chef de bande malveillant. Il y a déjà de belles idées mais le film est trop empesé, à l’image de la mère, défoncée au crack qui utilise son fils pour se procurer sa dose – Et l’actrice en fait des tonnes. Il y a aussi la disparition de Juan qui permet au film de changer d’angle, de montrer Chiron seul contre tous et les prémisses de son émancipation sexuelles et violentes.

     Constitué de trois parties, Moonlight est donc habité de deux énormes ellipses (De presque dix ans chacune) et au sein de chaque partie, les deux personnages centraux sont joués par trois acteurs différents. Parti pris casse-gueule qui se révèle idéal dans la mesure où l’on a bien l’impression d’avoir affaire aux mêmes personnages, à Chiron comme à Kevin – Même si ce dernier est quand même assez peu creusé quand on y réfléchit. Et toute la dernière partie du film, la partie adulte donc, va faire pencher le film du bon côté. D’une part en limitant les espaces traversés : Principalement un restaurant, une voiture, une maison – On ne voit toujours pas grand-chose de Miami mais il y a un vrai sens à cela enfin, le cadre resserrant sur les corps, ce qui se trame dans ce qui est tu – Parfaitement mis en chantier lors de la très belle scène sur la plage, dans le deuxième chapitre. D’autre part en jouant minutieusement sur ce qui lui faisait un peu défaut jusqu’ici : La construction d’un dialogue, la gestion des silences, l’environnement musical, les petites choses qui construisent la situation, le plan. La plus belle séquence est évidemment celle du lieu de retrouvaille entre Chiron & Kevin, ce restaurant (Tenu par le second, ravi de retrouver André Holland, qui jouait dans The Knick), tant Barry Jenkins construit sur la durée et rend palpable l’excitation et la gêne mutuelles qui accompagnent cette retrouvaille. J’aime à penser que Jenkins a voulu faire son film en partant de cette séquence : La discussion adulte entre deux anciens amants du ghetto, alors qu’ils sont devenu cuistot et gangster. C’est sûr on ne voit pas ça souvent. Alors certes on l’a déjà traité au cinéma, suffit de repenser au très beau film d’Ang Lee : Brockeback Mountain. Mais rarement on avait touché à ce point (le temps d’une scène, incroyablement étirée) au désir plus fort que tout le reste.

     Bref, ça partait mal, mais j’ai aimé, en définitive. La fin est vraiment puissante – Malgré le dernier plan Sundance style. Problème est que le film ne vieillit pas super bien dans mon esprit. Disons qu’entre le moment où j’ai vu le film (positif puisque ému par la troisième partie), celui où j’ai écrit ces lignes et maintenant, le film s’est un peu effondré. En fait je trouve que ça ne dit pas grand-chose sur ce que c’est d’être afro-américain aux USA aujourd’hui, contrairement par exemple à une série comme Atlanta (Sur laquelle je vais avoir d’autres réserves mais là n’est pas le sujet) ou tout simplement contrairement à ce que Brockeback Mountain racontait d’être cow-boy dans le Wyoming dans les années 60. Et puis le film est beaucoup trop prisonnier de son schéma narratif hyper fabriqué, où chaque partie doit déboucher sur une révélation importante, qui va te faire avaler les deux grosses ellipses et la Fin. Il s’agit d’abord de faire de réaliser à Chiron qu’il peut être homosexuel, via la discussion avec Juan. Il s’agit ensuite d’en faire un nouveau personnage qui va choisir de se forger une carapace (la prison) pour affronter ceux qui se moquent de son homosexualité. Avant de finir sur Chiron admettant enfin qu’il est amoureux de son ami d’enfance. Ça fait un peu trop dissertation en trois parties cette affaire. C’est très scolaire en fait. Mais c’est pas mal.

Titanic – James Cameron – 1998

15626413_10154254061627106_5054345512095717855_o« A woman’s heart is a deep ocean of secrets. »

   9.8   Chaque fois que je le revoie je me dis qu’il synthétise tout ce que j’aime dans le cinéma. C’est un film tour de magie, un état de grâce de trois heures. Ou comment raconter une histoire tout en dépassant le fait réel, combiner les genres, s’emparer du temps, faire des enchaînements / superpositions bouleversantes en permanence, faire résonner un naufrage en quasi temps réel et un hors champ temporel de 84 ans.

     Monument cinématographique, ni plus ni moins, Titanic est un film à la grandeur incomparable, un film que l’on ne fera plus, une œuvre patrimoine, incontournable. Le film de tous les superlatifs. James Cameron et sa flamboyance par excellence s’attaquent, après le remarquable Abyss, le jubilatoire Terminator, à un évènement de l’Histoire du XXe siècle, l’une des plus grandes catastrophes maritimes hors guerre : le géant des mers et son destin tragique, en enrobant le tout d’une envolée plus intimiste, histoire d’amour défiant les obstacles imposés par le Monde. Le souffle d’une reconstruction hors du commun couplé à une tragédie romantique éphémère.

     Tout a évidemment été plus ou moins dit, analysé sur la portée de ce film, qui n’en finit pas de fasciner et émerveiller près de vingt ans après sa sortie. On a parlé de plus grand succès de tous les temps. Du film le plus cher de tous les temps. De son ampleur alors sans égale – Et personnellement je ne lui trouve toujours pas d’égal. On a moins évoqué sa prise de position sociale, sans doute parce que dans les mémoires, Titanic c’est une histoire d’amour et un bateau qui coule. Constamment, Cameron poursuit son engagement, cette idée de renoncement d’un statut paramétré, d’un affranchissement des règles morales d’un mode de vie préétabli via Rose (Kate Winslet) qui se voit conviée par Jack (Léonardo DiCaprio) dans un mode de vie plus vivant, plus humain, où chacun a sa place, où l’on vit chaque jour comme une surprise.

     Jack est en troisième classe, vers le fond du bateau (la classe la première touchée pendant la catastrophe), vit au gré de ses dessins et se ses parties de poker qui lui ont entre autres permis d’embarquer à Southampton, puisque c’est une main chanceuse qui le fait voguer vers l’Amérique. Rose est en première. Fiancée à un certain Caledon Hockley, un riche héritier. Sa vie l’emmerde, pour rester poli. Mais sa mère fait pression parce qu’elle compte bien se refaire une santé financière avec ce mariage, ce qui leur permettra de se sortir de leur situation délicate dans laquelle le père les a laissé, sous les dettes. C’est de la prostitution en somme. L’un voit donc le rêve américain lui tendre les bras. L’autre veut couper le cordon. A défaut d’être délivrée par le suicide, Jack l’en empêchant in extremis, Rose sera sauvée par son aventure avec l’artiste, une histoire placée sous le signe de la liberté, qui malheureusement n’aura pas le temps d’éclore, mais aura existé suffisamment pour être racontée.

     Partout sont les symboles thématiques : les deux milieux sont constamment en opposition. Dans le fumoir de première on semble s’ennuyer (en tout cas nous on n’aimerait pas y être) en se perdant dans des discours politiques et masturbatoires sur la richesse de chacun. Les femmes n’y sont même pas conviées. Dans une salle dansante de troisième en revanche, ce que les riches appellent l’entrepont (ce n’est même pas un Pont, c’est un entrepont), la bière coule à flots, la musique irlandaise résonne, les gens rient, crient, bougent, vivent. Un sentiment de supériorité plane sans cesse, d’un étage envers l’autre. De la vie sur les ponts jusque dans le partage des canots. Ceux d’en bas seront les derniers à s’en sortir, les premiers à se noyer. Et leur pouvoir est absent. Lorsqu’un sbire d’Hockley suit la jeune femme, personne ne l’empêche de rentrer. Lorsque Jack monte pour voir Rose, il est bloqué par les gardes et on lui donne un bifton pour qu’il ne revienne pas. Lorsque Jack est invité, un peu plus tôt, à cette soirée pour le remercier de son acte de bravoure, on se moque, on le remarque, il est différent. Lorsque Rose danse en troisième, sapée comme une bourge, personne ne la remarque, elle est comme les autres, se fond dans le paysage. Il y a cette séquence où elle prend conscience de cette vie minable qui la poursuit : Devant elle, une fillette plie sa serviette sur ses genoux, sa mère lui demande de se tenir droite. Rose est horrifiée. Cette vie, depuis toujours c’est aussi la sienne. C’est là qu’elle rejoindra Jack dans cette fameuse scène de la proue. Et il y a d’autres symboles, plus allégorique donc plus discrets comme cette barrette papillon que Rose a dans les cheveux dès sa rencontre avec Jack, le citron dans le café du capitaine Murdoch juste avant la catastrophe, le tic-tac des pendules pendant la scène du dessin, l’évocation de la présence de glace dans la nuit. La menace gronde ici, le désir de vivre s’impose-là.

     Son replacement historique est lui aussi intéressant : outre les costumes, les coutumes, le paquebot, il y a aussi ce parallèle artistique. On évoque Monnet comme un grand. Hockley, qui croit tout savoir, pense que Picasso ne fera jamais parlé de lui. La dimension artistique est là, tout le temps. La qualité pas la taille, Rose remettra Ismay a sa place (l’architecte du paquebot qui ne considère la force qu’en fonction de la taille) en citant Freud, que lui ne connaît guère. Jack dessine, il entreprend une idée de l’art au sens noble, celui d’appréhender et retranscrire le réel. Jeune bourgeoise parée de bijou ou prostituée unijambiste, il ne fait pas de différence. Jack est le plus intelligent, le plus lucide, le plus libre de tous. Seule compte pour lui la mise à nu. Le nu abolit toutes les barrières. C’est la mise à nu qui scelle la transformation de Rose, dans l’entrepont lorsqu’elle s’enivre de bières et danse à l’irlandaise, dans la chambre lorsqu’elle s’offre en modèle. La culture n’est donc pas dans les mœurs bourgeoises, c’est la gente modeste qui la crée.

     La seconde partie du film (post iceberg) est plus trépidante, à la limite du soutenable – Reconnais que tu retiens aussi ton souffle quand Jack cherche la clé en tâtonnant derrière la grille, que tu pries pour tes mains quand Rose brandit une hache façon bûcheron du dimanche, que tu as le cœur serré quand le regard de Rose ne quitte pas celui de Jack lors de son embarcation sur le canot avant de s’en extirper in-extrémis. Centrée sur l’action, cette partie de film semble tout précipiter, comme s’il y avait mille à choses à dire et traiter et qu’il fallait tout régler au plus vite. On manque de temps, Cameron est donc moins subtil mais persévère dans sa critique sociale. La dignité suicidaire des uns affronte l’égoïsme impérieux des autres. Quand un agent ouvre le feu sur la foule et qu’il se rend compte de son geste, il retourne l’arme contre sa tempe. Quand Hockley n’a plus d’arrangements pour monter dans un canot il prend une enfant abandonnée et dit qu’elle n’a plus que lui au monde. Les musiciens, eux, continuent de jouer, se disent adieu avant de jouer encore. On ne peut pas vraiment en vouloir à Cameron de caricaturer certains rôles. Il étoffe en fait, cela lui permet d’être plus tranchant. Et puis on se doute bien que dans cette catégorie de gente aisée il devait bien y avoir une sacrée bande de salopards. La Dignité face à la Survie, tout le temps.

     Les vingt premières minutes pourraient être lourdes, elles sont une mise en abyme totale du cinéma : La quête du trésor se mue en récit romanesque ; On cherche un collier, on trouve un dessin, qui nous apporte une vieille femme qui va nous conter son histoire. Rose devient notre guide. Mais Cameron ne va pas se contenter de son souvenir et s’en va très vite là où elle ne peut savoir, du côté de Jack, avant qu’ils ne se rencontrent. Le film s’est comme émancipé, gagnant son combat contre le scénario. On reviendra au présent par deux fois seulement, avant le naufrage et à la fin, ça suffit, c’est le flash-back le plus élégant de la Terre. Et les visages face à Rose, lors de ce dernier retour, lessivés, silencieux, yeux embués, sont devenus les nôtres.

     Lors de cet épilogue, tout devient entièrement silencieux. Il n’y a plus que la musique, la douce mélodie angélique et funèbre qui résonne et orne le reste d’images, comme dernier cadeau. Images qui succèdent à celles où l’on découvre Rose aujourd’hui, jeter le cœur de l’océan par-dessus bord, montrant qu’elle l’avait toujours gardé, comme le souvenir inépuisable de ce moment érotique et magique passé en compagnie de Jack. Rose vient d’effectuer sa passation de relais, le temps du film. Jack qui n’existait que dans sa propre mémoire vivra désormais aussi dans celle de ceux à qui elle a raconté l’histoire du Titanic comme elle l’avait vécu. Ceux qui venait trouver un collier et nous, qui venions seulement voir un film. Rose peut donc s’en aller. La caméra se glisse dans sa chambre, on voit quelques photos de sa jeunesse, on imagine que Jack fut le moteur de cette vie bien remplie, cette nouvelle vie qu’elle a dû s’octroyer (sous le nom de Rose Dawson) après le naufrage de l’insubmersible. Cameron brise les convenances mélodramatiques, il en fait une fin joyeuse, où l’amour s’en va triompher de l’autre côté, parmi les fantômes : Des photos, une âme qui quitte un corps, entre à nouveau dans le Titanic, encore épave avant qu’il ne revive intégralement comme au premier jour. Rose entre à nouveau dans la grande pièce avec l’escalier et l’horloge (celle où Jack lui a baisé la main la première fois, parce qu’il voulait faire comme au cinéma) où tout le monde l’attend, comme s’il s’agissait d’un mariage, tous les visages qu’elle a croisés sur le paquebot, seulement ceux qui l’ont marqué positivement (on croise le visage de cette jeune fille lors de la danse à l’entrepont, le visage de M. Andrews et d’autres encore), elle rejoint Jack, beau comme au premier jour de leur rencontre, l’embrasse, et tout le monde autour se met à applaudir, tous les morts, ceux qui n’ont pas survécu au naufrage. Rose est acceptée parmi eux, Jack l’attendait. Ils se retrouvent de l’autre côté. Franchement ça donnerait presque envie de mourir.

     La réussite insolente de ce pur miracle cinématographique serait peu de chose sans la maestria de sa mise en scène. Car Titanic est probablement l’exemple le plus probant de la réconciliation entre le grand cinéma de divertissement et celui de la mise en scène – Mais Cameron n’avait pas attendu de faire Titanic pour qu’on s’en rende compte. Il a transformé l’essai. Ou comment parvenir à rendre l’intensité qu’elles méritent à des images d’une telle ampleur. Le travail sur le son, sur l’image est remarquable. Une mouvance permanente : travellings, plans grue, ellipses temporelles et raccords fulgurants, juxtaposition parfaite de plans lointains et proches. Oui c’est flamboyant, ça sent la tune, mais c’est beau. C’est la grâce dans l’excès.

     Au final, on peut se dire que c’est le film le plus rapide de tous les temps, à peine est-il commencé qu’il est déjà terminé, nous laissant avec nos bouches béats et nos larmes. Et surtout, Titanic n’est pas qu’une simple histoire d’amour ni qu’un simple film catastrophe, c’est une œuvre grandiose, multiple, qui côtoie le charme de l’expressionnisme, la dureté Buñuelienne, la douceur des plus belles rom’com et la flamboyance des grands mélos hollywoodiens. Un chef-d’œuvre inépuisable, que l’on redécouvre autrement, à chaque nouveau visionnage.

Spotlight – Tom McCarthy – 2016

32. Spotlight - Tom McCarthy - 2016Marche à l’ombre.

   7.7   C’est un pur film d’investigation dans la tradition du genre, un classique avant l’heure que l’on peut d’ores et déjà ranger aux côtés de The insider ou Les hommes du président. C’est précis, limpide, passionnant, toujours dans une trajectoire homogène. Le film est à l’image de ces journalistes de l’ombre, il ne retient que la minutie de son travail, n’en dévie pas du premier au dernier plan, ne déroge jamais à ses principes – Les vies privées sont à peine voire pas du tout esquissées, les fines ellipses jamais explicatives, les témoignages des victimes sans raccourcis flashback. Le film s’inspire de faits réels, ce scandale survenu à l’aube des années 2000, mettant en cause l’Eglise et trente années de ses nombreux crimes pédophiles, jusqu’ici toujours dissimulés. Il va suivre les recherches scrupuleuses d’une division du Boston Globe, nommée Spotlight, qui va se plonger dans cette affaire une année durant avant de pondre son article bien senti. Le film n’héroïse rien, n’érotise rien. Il s’en tient à son programme concret d’observation d’une sphère qui enchaine les rencontres avec les victimes, les infructueux appels téléphoniques, les allées et venues entre bibliothèque, bureau et archives. Et le cast est remarquable : Rachel McAdams, Michael Keaton, Liev Schreiber, Mark Ruffalo, Brian d’Arcy James, Stanley Tucci, John Slattery. Aux petits oignons.

Annie Hall – Woody Allen – 1977

15.-annie-hall-woody-allen-1977-900x487Woody dans tous ses états.

   8.0   C’est un film qui gagne à être revu, pour y déceler la richesse de ces nombreuses parcelles de dialogues, petits gestes ici, grands bouleversements là. Le film tente tellement de choses, c’en est surréaliste (La palme à ce sous-titrage contredisant le dialogue échangé) qu’il ne peut pas tout réussir. Ainsi s’abandonne t-il parfois à un plan de pose (Alvy seul face à l’océan) alors qu’il a soigneusement évité de faire le guide auparavant, ou parfois lorsqu’il s’engage dans un gag un peu trop gros et ridicule (Alvy éternuant sur la coke) pour se fondre dans la subtilité du reste. Des ratés minuscules au regard d’un tout si ahurissant de désinvolture.

     Il gagne à être revu car il y a un tel rythme et une telle foisonnance dans le dialogue et/ou monologue qu’il est très difficile de tout apprivoiser en un seul visionnage, deux, trois. Mais plus qu’un simple débit de stand-up (La profession d’Alvy) le film construit tout autour de sa mise en scène. C’était donc ma troisième fois et le film m’a beaucoup échappé encore, mais moins. La première, lorsque je découvrais Allen, Annie Hall était celui de ses grands classiques qui m’avait le plus échappé. Plus tard, j’avais adulé Hannah et ses soeurs et Annie Hall à la revoyure, dans la foulée, m’avait semblé aussi riche qu’étincelant tout en me laissant encore beaucoup trop sur la touche (à la fois loin du confort esthétique de Manhattan et de la pantouflardise de ces Vicky Cristina Barcelona et consorts). Aujourd’hui, après avoir enchaîné ce cinéma plus anecdotique (sa lancée européenne) et son semblant de renaissance (Blue Jasmine, que je n’aime pas mais dont j’admire le geste ; L’homme irrationnel qui retrouve un peu de sa verve Match Point) Annie Hall me saute dorénavant aux yeux par son audace constante.

     On ne compte plus tous les changements de cap, les incrustations en tout genre, Allen a plus d’une corde à son arc, surtout le film m’a cette fois fasciné dans sa peinture New-yorkaise, toujours accroché à ses personnages, mais pourtant toujours ancré dans Manhattan. Si en effet, la parole est le point névralgique du cinéma Allenien, on a rarement si bien filmé les tunnels de dialogues dans des appartements. La parole ici s’installe donc sous plusieurs formes : D’entrée un monologue face caméra, ici des digressions extra fiction, là des remarques inénarrables en tout genre. La séquence de la file de ciné où Allen s’agace d’entendre un snob grincheux cracher sur Fellini, Beckett et Mc Luhan – Ce à quoi Allen rêve de et fait donc venir le dernier pour l’épauler et rembarrer le branleur en question – en est l’un des sommets. Tout y est souvent très drôle et très violent. Sur l’environnement d’Alvy, ceux qu’il cotoie, l’Amérique en générale. Mais surtout sur Woody Allen lui-même.

     Annie Hall est donc le film sur la relation entre Woody Allen et Diane Keaton. Alvy est une projection de Woody, de ses névroses, son égoïsme, sa gouaille et sa folie. Même si dans le fond, Woody Allen joue Woody Allen et on le sait dès le premier plan. Une mise à nu sentimentale, clairement. Le récit varie entre le présent de leur séparation et les flash-back de leur rencontre et de leur vie ensemble. Quelques mots échangés après un match de tennis, de nombreuses scènes d’appartement, sur la terrasse d’un immeuble, dans la file d’attente d’un cinéma, dans une voiture folle. Il n’y a pas de temporalité distincte ni de transitions ordonnées. Toutes les conversations sont ou semblent possibles. Le film est constamment en mouvement. Il ne se pose jamais.

Macadam cowboy (Midnight cowboy) – John Schlesinger – 1969

12362854_10153325724412106_6861081349314351503_oParadis perdu.

   6.8   Je l’avais découvert en salle lors de sa ressortie il y a 7 ans. J’avais surtout été marqué par ce ton désenchanté, cette peinture désoeuvrée que le film faisait d’un New York beaucoup moins triomphant (pour ne pas dire infiniment plus sordide) que le rêve qu’il laissait planer, symbolisé par la venue de ce looser texan, qui pensait trouver là, stetson et santiags à l’appui, les clés d’une réussite inévitable mais se fait rondement engloutir par la ville et toute la flétrissure qui l’accompagne.

     C’est Dustin Hoffman qui m’avait marqué, aussi. Impressionnant en minable arnaqueur, boiteux et tubard, il est à lui seul l’incarnation d’une Amérique rejetée. Le voyage final vers Miami, quasi mutique, se révèle bouleversant dans ce qu’il dresse d’une amitié sincère et démunie. Car c’est aussi l’âge d’or qui se brise via la présence de ce cowboy naïf qui trouve en Rico un compagnon d’infortune et miroir de son incompréhension du monde.

     J’avais en revanche gardé un souvenir plus diffus de la réalisation, relativement inspirée dans son montage épileptique, variant les tonalités, partagées de souvenirs, de cauchemars, de variations de couleurs (parfois jusqu’au noir et blanc) jusque dans cette fête underground où la drogue convoque un éclatement absolu, dans une scène miroir de celle d’Easy rider, sorti la même année. Il y a quelque chose de continuellement terrifiant là-dedans, que l’on se place dans le présent comme dans le trauma.

     Quoiqu’il en soit, Midnight cowboy fait très underground pour un film à oscars (rappelons qu’il reste le seul film classé X à avoir remporté la statuette suprême) mais hyper classique – avec le recul – pour un film se situant dans la veine expérimental d’un Paul Morrissey, qui fait par ailleurs une courte apparition pendant la fête hippie. En un sens il brise l’identité d’un courant pour s’immiscer dans un autre. Pas sur que ça l’érige en objet indispensable mais ça fait toujours son petit effet.

Les chariots de feu (Chariots of fire) – Hugh Hudson – 1981

image_tech_A_0729103013Au secours.   

   0.9   J’ai trouvé ça incroyablement nul. Conventionnel, bête et laid. Et puis ces mecs qui courent sur fond de Vangelis, mon dieu. L’anti cinéma par excellence. Ou plutôt du cinéma tape à l’œil, sans subtilité, la musique de la bouse. Grimaces, poses, ralentis, tout y passe. Et puis au delà de sa laideur le film dit quand même quelque chose d’édifiant : pour aller jusqu’au bout de soi-même, il faut avoir des convictions sinon patriotiques, religieuses. Moi ça me donne envie de dégueuler.

Birdman – Alejandro Gonzalez Iñarritu – 2015

_AF_6405.CR2La forme Sabots.

   5.1   Iñarritu c’est un peu particulier pour moi. Un temps où sans doute les formes morcelées – entendre puzzle narratif – m’exaltaient, 21 grams et Amores perros avaient été des claques. Surtout le premier. Comme d’autres ont Requiem for a dream, j’imagine. Puis Babel m’avait un peu déçu, je n’en ai d’ailleurs pas gardé grand-chose. Puis il y eut la purge, Biutiful. Je ne sais pas ce que ça me ferait de revoir les premiers Iñarritu aujourd’hui. Je n’en ai pas l’envie d’ailleurs. Il y a dix ans, la sortie d’un film tourné en un seul plan séquence aurait suffi à m’enthousiasmé mais ça m’est passé. Me retrouver aujourd’hui face à ce genre de performance ne m’inspire que de la crainte. Ce qui ne m’empêche pas d’adorer L’arche russe et Irréversible, mais moins pour leur évidente prouesse (Un plan séquence unique, un montage renversé) que pour ce qu’ils me racontent de la Russie ou d’un couple. J’allais voir Birdman avec la plus grande méfiance et je reconnais que le film m’a plu sur certains aspects, soulé sur d’autres. Je trouve que le film veut trop en mettre, qu’il est à la fois dans la continuité des meilleurs Aronosky (le come-back de The wrestler, la parano maladive de Black swan) et qu’il voudrait aussi être un remake de Opening night. Je considère le Cassavetes comme l’un des plus grands films du monde, donc pas touche. A ce niveau là je trouve ça d’une pauvreté hallucinante. Tout y est appuyé, balourd, exagéré, hystérique. Et mal fichu dans sa construction. En revanche, techniquement, là où je craignais plus le film, sa prouesse de faux plan-séquence unique, je trouve que le cinéaste n’en fait pas trop, qu’il n’est pas dans le martellement ni l’ostentatoire, qu’on oublie finalement assez vite la prouesse et ça me plait. Si Birdman me mitige c’est pourtant cette prouesse qui me fait tenir, autrement j’aurais détesté. Mais du coup je ne vois pas trop l’intérêt de ce procédé, ni ce qu’il justifie. Il y a bien entendu l’idée que la vie c’est la scène et que la scène c’est la vie, qu’il n’y a pas de frontière, que tout fusionne. Sur ce point le film me parait assez réussi, d’autant qu’il ne cherche aucunement à l’ancrer dans une temporalité identique, sclérosée, naturaliste disons. Le plan fait deux heures mais le récit se déroule sur trois jours. Ces trois jours qui précèdent la représentation de la première. Le film aurait néanmoins gagné à investir les lieux plutôt que de faire semblant de les parcourir. Les plus belles scènes sont celles où apparaît Norton, notamment sur le toit, avec Emma Stone, mais elles sont hors sujet, si on replace la technique comme une représentation mentale du personnage joué par Keaton. Quoiqu’il en soit et même si le film ne devrait pas trop me marquer, j’ai trouvé ça infiniment meilleur que sa merde d’avant et ça me fait plaisir de retrouver un peu l’inspiration d’un cinéaste qui m’avait conquis voire chaviré à ses débuts.

Tendres passions (Terms of endearment) – James L. Brooks – 1984

1538696_10151892604907106_1539155165_n     8.3   Les bras m’en tombent. Et les larmes ont coulées… Je trouve ce film d’une audace incroyable, sur la vie d’une mère et de sa fille, avec une première partie sur trente ans avec des ellipses de dingues et une seconde à l’opposé, figée, encore plus belle. On dirait du Sirk. Brooks a fait son Mirage de la vie. Et les comédiens c’est simple, je n’avais peut-être pas vu autant de justesse et de subtilité émotionnelle depuis Kramer vs Kramer. Bref c’est sublimissime. J’attends de le revoir pour en écrire davantage…

French connection – William Friedkin – 1972

French connection - William Friedkin - 1972 dans 100 1349815057_2Welcome to New York.

   9.4   Plus je le vois plus il me sidère. A tel point que je le considère aujourd’hui après ce nouveau visionnage, dans un blu ray extrêmement granuleux accentuant la saleté qui transpire littéralement tout le film, comme un chef d’œuvre absolu, quasi sans parole, tout en filatures et poursuites. Un sommet du genre. Un polar urbain parfait. J’avais en mémoire surtout quelques scènes d’anthologie (métro, voiture sous les rails, hangar) mais en fait tout le film est sur le même tempo, effréné, anxiogène.

     On est en 1972. French Connection est un film de son époque – Quand Sorcerer semble lui être hors du temps. Deux flics hallucinés – Finis les policiers tous lisses et sages, place à Jimmy « Popeye » Doyle, véritable brute dopé à l’adrénaline, ripou déterminé, violent, abusif et raciste – ont décidés de faire la peau aux trafiquants de Brooklyn dont la dope envahit les rues et remontent petit à petit jusqu’au numéro un mafieux français, Charnier (Fernando Rey) qui permet l’échange entre Marseille et New York. Le film est plus ou moins tiré de faits réels où en 1962 la brigade des stups avait mis la main sur un important trafic avec la France et 50kg de poudre cachée dans les bas de caisse d’une voiture.

     Au moyen d’une mise en scène nerveuse et réaliste (caméra à l’épaule non-stop) Friedkin insuffle à ce polar à priori banal, un rythme qui lui est propre. On n’entrera jamais dans la dimension personnelle des deux poulets, French Connection choisit de montrer les gestes, rien de plus. La filature très souvent en attente, où Gene Hackman semble perdre la sensation de ses orteils dans les rues New-Yorkaises, transis de froid. La filature du trottoir opposé, récurrente ici, dont l’une qui aboutira à une séquence d’anthologie dans le métro. Et en tout début de film une poursuite à pied, effrénée, dans les rues de Harlem qui aboutira à un lynchage total dans un terrain vague par deux flics absolument prêt à tout.

     La fameuse séquence de French Connection c’est celle-ci : Le trafiquant est dans le train, il braque le conducteur pour ne pas qu’il s’arrête à la prochaine station ; Gene Hackman est dans une voiture sous les rails et poursuit sa proie à une vitesse inconsciente, les mimiques sont exagérées illustrant toute sa folie vengeresse, son appétit de violence et d’adrénaline plus que de respect de la justice. L’un des trucs les plus dingues que j’ai pu voir sur un écran. Dix minutes de tension pure aussi limpides qu’aliénées.

     Et une autre séquence formidable encore (James Gray s’en est probablement beaucoup inspiré pour We own the night) après l’échange de la drogue dans un hangar, sous un pont. On est à la toute fin du film, la tension est palpable, le climat a encore gagné en obscurité, c’est pesant. Dans le Gray c’était Joaquin Phoenix, dans le Friedkin c’était Gene Hackman et Roy Scheider. Dans l’un les roseaux, dans l’autre un labyrinthe obscur de ruines, de saletés où les flics là aussi, sont prêt à s’entretuer.

     Friedkin ira jusqu’à engager comme conseillers les flics de la véritable affaire. Un réalisme qui passe inéluctablement par son plus fidèle représentant : la présence de vrais décors. Ainsi le cinéaste tourne tout dehors, entre New York et Marseille et tout en lumière naturelle. C’est l’hiver, c’est brumeux, sale, triste. Il fallait rendre compte de cela. Parti pris renforcé par le choix de filmer majoritairement à l’épaule, où tout sera dynamisé au montage, afin de crée une sorte de réel absolu, proche du docu d’investigation.

     French Connection est un polar incroyable, haletant, idéal, réalisé par un spécialiste du cinéma de genre – partagé entre le fantastique (L’exorciste) et l’action movies. C’est un film tout en ambiguïté et en absurdité. A l’image de l’œuvre entière du cinéaste. La quasi absence musicale accentue ce trouble et cette angoisse qui contamine chaque séquence d’un film construit sur les accalmies et les soubresauts, n’hésitant pas expérimenter leurs extrêmes retranchements, soit varier entre un déroutant statisme et une nervosité de mouvement jamais vu.

12 years a slave – Steve McQueen – 2014

923429_10151932960692106_171834631_n2 hours a slave.

     4.9   Le film m’intéressait autant qu’il me faisait terriblement peur. Comment McQueen, génial réalisateur de Hunger, allait-il passer du portrait hyper esthétisé et en boucle de ce sex addict dans Shame à l’enfermement d’un homme libre afro-américain enlevé et vendu comme esclave dans une plantation de Louisiane, dans l’Amérique du XIXème siècle ?

     Je pense qu’il y avait là l’occasion d’effectuer une rupture avec son cinéma, de beaucoup moins lorgner sur le m’as-tu vu et de plonger dans la boucle et la répétition de la manière la plus radicale qui soit. En somme, de raconter l’esclavage comme on ne l’avait jamais vu, dans sa structure la plus proche du réel, dans sa dureté et sa durée quotidienne. Un ou plusieurs lieux filmés comme une journée de douze ans. Jamais pourtant McQueen ne s’éloigne formellement et distinctement de ses homologues Hollywoodiens. Hormis quelques bonnes idées, son film est engoncé dans un dispositif commun : construction classique, musique envahissante de Hans Zimmer, séquences chocs et recherche de la performance. Il n’y a plus d’expérience. Ne reste qu’un manifeste oscarisable, honorable certes, mais peu passionnant cinématographiquement parlant.

     Dans les bonnes idées il n’y a en a qu’une qui vienne vraiment de lui. Disons que la grande idée du film, déjà, c’est le choix de ce personnage, Solomon Northup, qui n’avait surtout pas volonté de survivre (« Je ne veux pas survivre, je veux vivre ! ») mais qui se plia aux exigences de se maîtres esclavagistes parce qu’il n’y avait pas d’autre moyen de s’en sortir. Bien que cette idée siée parfaitement au cinéma de Steve McQueen (qui n’aura cessé de faire interagir survie, lâcheté et martyr) c’est dans l’ouvrage de l’homme en question qu’il est allé la puiser.

     Le parti pris le plus intéressant du cinéaste est donc d’avoir tenté d’abolir toute temporalité. Ce qui rejoint ce dont j’évoquais et espérais. Le film s’appelle donc 12 years a slave mais on ne ressent pas ces douze années, on ne nous présente aucune chronologie, aucune date, aucun dispositif diégétique facile comme il est coutume de le croiser dans n’importe quel film mainstream à minima historique, avec des calendriers, des entailles sur un mur, diverses modifications physiques. Douze ans deviennent donc presque une journée, où le temps se serait arrêté pour rappeler que l’enfer n’a pas de temporalité. On est évidemment loin du compte, enfin disons qu’il y en a l’esquisse mais que tout est bien trop mécanique pour véritablement proposer quelque chose de nouveau.

     La plus belle esquisse d’une forme entièrement dévouée à la durée et à la souffrance se situe dans cet interminable plan d’ensemble où Solomon, pendu à la branche d’un arbre, après avoir échappé aux vilénies du charpentier de son premier maître, bouge légèrement les pieds un à un afin de toucher terre pour ne pas s’étrangler. Ce plan est parcouru d’un mouvement permanent en sa profondeur et d’une sublime entrée dans le champ d’une esclave (celle dont il ne supportait plus les larmes ?) lui apportant un verre d’eau. Plan fixe qui rappelle celui du nettoyage de pisse dans Hunger. Ou le travelling latéral dans Shame. Plans qui se fondaient dans un ensemble tandis que celui-ci semble s’être perdu au milieu d’un académisme global, provoquant une impression de performance un peu forcée ce qui est d’autant plus frustrant.

     J’aurais aimé un Hunger transposé à l’Esclavage, soit un film sans limite, ne ressemblant à aucun autre, fait de répétitions et de boucles ad aeternam, de chairs et de sang sans aucun contre-champ. Mais ici, Mc Queen n’a pas l’idée ingénieuse qui faisait le sel de Hunger, c’est-à-dire de s’intéresser aussi bien aux bourreaux qu’aux victimes en faisant glisser son récit. Il veut tout montrer en même temps. Le calvaire des esclaves et les démons de leurs maîtres. J’aime assez malgré tout comment est traité le personnage de Solomon. Je trouve culotté d’en faire un tel idéaliste qui vire raclure, enfin disons que c’est de la résistance par la lâcheté (tout le contraire de Hunger) ce qui du même coup offre un final des plus gênant ici, à la fois émouvant et dégueulasse.

     Autre chose intéressante, c’est la relation entre le maître Epps (Michael Fassbender) et sa petite esclave Patsey qu’il chérit à en être fou amoureux, la couvrant d’éloges lors des décomptes de quantités ramassées de cotons, la violant au clair de lune, avant de la torturer plus tard pour une histoire de savon dont il se fait une montagne de jalousie. C’est ce personnage-là, la chose la plus fascinante dans ce film, un type absolument immonde, fanatique et amoureux de ceux qu’il fouette – Cette façon d’approcher Solomon un moment donnée est là aussi très douteuse, même si l’on imagine qu’il est imbibé d’alcool. De manière générale c’est peut-être les relations croisées qui sont les plus belles car les plus mystérieuses, les relations entre Edwin Epps et Patsey, mais aussi entre Solomon et Mary Epps.

     McQueen a donc contenu sa mise en scène, l’immersion qui la caractérise et qui faisait à priori les réussites de son cinéma. Là c’est un sujet trop fort, il se noie dessous, alors certes il s’en dépêtre plutôt bien, n’importe qui aurait fait un truc absolument détestable, mais il annihile la force de ses habituels partis pris passionnants (montage en glissement, longues séquences, boucles en répétition) dans un déluge démonstratif et sur-esthétisant. Je continue de croire que c’est un cinéaste de l’intérieur et du coup tous ces plans gratuits de paysage ici font tocs.

     En revoyant Shame dans la foulée, je me suis rendu compte que j’adorais sa construction, avec cette temporalité disloquée aux extrémités, caractérisant les affres de son personnage prisonnier et cette bulle au milieu, avec cette double relation, amoureuse et fraternelle, qui pourrait s’il s’en donnait le cœur le sortir de sa torpeur. Hunger était plus fort dans la construction : trois personnages, trois parties, puis trois parties pour un seul personnage avec une scène de dialogue fleuve. Mais Shame était tout aussi culotté malgré tout bien qu’on entrevoyait déjà quelque peu les prémisses de ce 12 years a slave.

     Je pensais que Shame me décevrait à la revoyure mais il y a vraiment des trucs super forts dedans. Tout d’abord je trouve ça excellemment écrit (la scène du repas avec la collègue c’est probablement ce qu’il a réussi de plus beau) et nettement plus raccord (que 12 years a slave) en terme de mise en scène avec la douleur de son personnage. Il y a des facilités oui mais je ne pense pas que McQueen soit le garant de la subtilité non plus.

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silencio


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