Archives pour la catégorie Patrice Chéreau

L’homme blessé – Patrice Chéreau – 1983

01. L'homme blessé - Patrice Chéreau - 1983Les bas-fonds.

   5.2   Jusqu’à il y a peu je tenais surtout Chéreau comme l’auteur de l’un des plus beaux palmarès cannois : La cuvée 2003 avec Elephant et Uzak raflant quasi tous les prix, un choix radical et génial puisque c’était clairement les deux meilleurs films en compétition, avec Shara, The brown bunny, Dogville, Mystic River. Putain d’année en fait. Dommage que le double prix pour Les invasions barbares venaient entacher ce palmarès fort.

     Ses films, en revanche, m’avaient toujours laissé perplexe. Puis j’ai vu il y a peu La reine Margot, qui m’a impressionné par sa rage mise en scénique et son ampleur romanesque. J’espérais retrouver ceci avec L’homme blessé, l’un de ses premiers films, l’un de ses plus estimés aussi, dans lequel Anglade y décrochait son premier rôle marquant, avant Subway, 37°2 le matin ou Nocturne indien. Avant le fantôme de lui-même qu’il est devenu aujourd’hui.

     Et c’est plutôt pas mal. Moins racoleur que nombreux de ses films suivants mais surtout plus « soigné » dans son austérité et la peinture qu’il dresse d’un monde (Celui que le personnage, ado renfermé, va découvrir un soir qu’il accompagne ses parents venus déposer sa sœur à la gare, jusqu’à s’en retrouver happé) souterrain, quasi fantastique, glauque, violent, complètement hors du monde.

     La première demi-heure, avare en parole et riches en déplacements – On se cherche, on se fuit – est passionnante. Ça se délite par la suite, Chéreau ne parvenant pas à faire tenir son mystère sur la durée ni à faire émerger de l’émotion de son manifeste sale. Dommage que ça ressemble in fine plus aux Nuits fauves, de Collard qu’au sublime Neige, de Berto & Roger : Un maelstrom complaisant un peu confus plutôt qu’un tragique portrait, sans concession.

     Je retiendrai néanmoins de jolies choses, des trucs vraiment surprenants dans le cinéma français 80’s à l’image du début, sorte de cinéma dépouillé bressonien guetté par la violence friedkinienne, la séquence Claude Berri, hallucinante et la toute dernière scène, à la limite de la pose mais forte. Mais dans l’ensemble, on va dire que ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.

La Reine Margot – Patrice Chéreau – 1994

LA REINE MARGOTDe bruit et du fureur.

   7.2   Je n’aime pas Chéreau ; J’ai sans cesse la désagréable impression qu’il est persuadé de se situer au-dessus de la mêlée, qui sait où il va, mais ne tente véritablement jamais. Je n’aime pas non plus Adjani, encore moins Auteuil, qui représentent à eux seuls ce qui me rebuter dans le jeu à la française, quelque chose d’à la fois grimaçant et accablant, qu’on retrouve aujourd’hui parfois chez Seydoux ou Cluzet. C’est une partie de l’Histoire de France (Les rois de la fin de la Renaissance) avec laquelle je me sens très éloigné. On redoute aussi la partition pieds-dans-le-plat de Goran Bregovic. Et le film dure 2h30. Que dire si ce n’est que j’abordais ça à reculons, en restant poli. Pourtant, passé la séquence de noces en ouverture (Qui intrigue autant qu’elle fait craindre le pire : L’outrance et le ridicule s’y côtoient) j’ai été happé de bout en bout, d’abord dans ces festivités déviantes où la foule crache son nombre dans le plan, puis dans ce dédale monstrueux de sueur et de sang, de violences agonisantes, de clash horrifiques (Le travail sonore est hallucinant) au sein de cette ignominie familiale qui pourrait être une sorte de Game of thrones avant l’heure (Rappelons que le mariage de Marguerite de Valois et Henri de Navarre, union Catholiques/Protestants aussitôt avortée, est surnommé Les Noces Vermeilles, en raison de sa proximité avec le massacre de la St Barthélémy) avec sa kyrielle de personnages impossibles, ces infâmes arrangements et complots, cette expédition de Flandres hors-champ, son obsession de maculer le plan de corps, ruelles sans fond, pièces de château glauques, portes débouchant sur l’horreur. La reine Margot est donc l’adaptation de Dumas et raconte notamment le massacre de la St Barthélémy avec une emprise tragique orchestrale. Virna Lisi est une incroyable Catherine de Médicis, monstre absolu à la figure de cire (La voir là en quasi sosie de Nosferatu aux côtés d’Adjani évoque forcément le remake merveilleux signé Herzog) mais tout le casting est au diapason, et gargantuesque, et éclectique, jugez vous-même : Adjani, Anglade, Argento, Auteuil, Blanc (Dominique), Brialy, Bruni Tedeschi, Colin, De Fougerolles, Douchet, Duclos, Greggory, Lisi, Perez, Salinger, Schroeder, Todeschini. J’en oublie, qu’importe, le plus important est que chacun ait un vrai rôle à jouer, une douleur à crier, un secret à masquer ; ça fait plaisir de voir la mégalomanie arrogante de Chéreau se transformer en une telle folie éphémère et sauvage qui n’a d’autre but que d’alimenter la fresque par un déluge rythmique hors norme et une plongée crépusculaire dans les méandres du Mal où la mort se livre partout, sur un amoncellement de corps tuméfiés envoyés dans des fausses communes ou sur le visage de Charles IX liquéfié de sueur et de larmes de sang par le poison.

Persécution – Patrice Chéreau – 2009

Répulsion.     Persécution - Patrice Chéreau - 2009 dans Patrice Chéreau persecution_80

   2.4   Persécution se clôt sur Mysteries of love chantée par Antony & the Johnsons, reprise sur le thème splendide de la série Twin Peaks de Lynch. Mysteries of love évoque l’amour, la douleur, son grand mystère. Chéreau aurait du appeler son film ainsi car il s’agit davantage d’un film d’amour, sous toutes ses formes, qu’un film de persécution. Sinon l’amour, le don de soi. Mais pas n’importe lequel, celui qui espère un résultat. C’est la personnalité habitée par Romain Duris. Cet ouvrier obsédé par la réussite professionnelle qui navigue sur de nombreux chantiers et se retrouve embringué dans de multiples relations humaines difficiles. Avec sa petite amie, laquelle très occupée, ne peut être à ses côtés régulièrement. Un ami qui a réussi mais qui est passé au stade de looser invétéré, coincé dans sa vie de merde dira Duris. Des personnes âgées qu’il s’en va visiter, s’occupe d’eux, nous l’apprendrons plus tard, dès l’instant qu’il a perdu son père. Duris qui fait du Duris. Un peu le même que chez Audiard. Tout aussi insupportable. C’est marrant parce que la mise en scène m’a fait penser à du sous-Audiard. Des plans serrés sur les visages, une caméra qui suit chaque corps derrière la nuque, qui tourne autour, une musique – plutôt des sons – stridentes tentant de faire passer un climat d’angoisse. Chéreau tente beaucoup. Il tente tellement qu’il se produit un énorme décalage dans son film, peut-être que c’est voulu, j’en doute. Chaque personnage semble faux. Chaque relation paraît fausse. Tellement tablée sur l’écriture qu’à défaut d’être identificatrice elle en devient éreintante. On ne sait plus si l’on doit en rire ou en pleurer, une chose est certaine si le dernier est visé ça ne fonctionne pas. Je n’ai même pas parlé d’Anglade qui pourtant semble être le persécuteur du film. Pour moi il n’était qu’un chaînon manquant dans la vie de Duris, cet homme qui va lui faire se rendre compte que lui aussi, à l’instar de tous ceux autour de lui, est complètement à côté de la plaque. Anglade n’existe pas dans ce film, c’est la conscience de Duris. Il y a aussi ce surlignage sans cesse. Duris joue un personnage fou, incapable du moindre calme, d’un peu de stabilité. Et le cinéaste appuie cela en le montrant en train de parler dans ses rêves, en montrant son appartement aussi bordélique que son chantier. Scène finale plus que désagréable qui voit ce couple se défaire pour avoir ressenti cette impossibilité de cohabitation, une séquence longue de corps enlacés, de réactions violentes, pulsionnelles, un verre se casse, le couple, désormais face à face, ramasse les morceaux, les éparpille sur la table. Gainsbourg s’en va d’un côté. Duris de l’autre. Mysteries of love. Mauvais film.. 


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silencio


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