Archives pour la catégorie Patrice Leconte

Tandem – Patrice Leconte – 1987

03. Tandem - Patrice Leconte - 1987Leur refuge.

   6.5   Un Leconte plutôt méconnu (au regard de ses Rolls du box-office et des diffusions télés, disons) au sein duquel Rochefort et Jugnot sillonnent la France, au volant d’une Ford – arborant un lourd matériel sonore dans le coffre – afin de présenter une émission de radio chaque jour dans un patelin différent, de ville en ville. Le premier incarne le créateur et l’animateur du show nommé « La langue au chat » dans lequel il pose plusieurs questions à un invité autochtone. Le second campe son ingénieur du son et chauffeur, bref son assistant de plateau, de voyage, de chambrée. C’est donc un road-movie doublé d’un buddy movie. Un film qui, dit-on, était celui dont Rochefort était, de toute sa carrière, le plus fier. C’est une excellente surprise en effet tant le portrait de ces deux personnages, pathétiques et ringards, s’avère rapidement touchant par leur solitude croisée, leur besoin de croquer la France sans parvenir à en faire partie. Le film a ceci de tragique qu’on apprend vite que l’émission est en passe d’être supprimée. C’est à la fois très beau (de voir Jugnot ménager Rochefort) et un peu trop scénarisé. Un peu trop programmatique, à l’image d’Il moi refugio de Rochard Cocciante qui revient telle une litanie douloureuse.

Les bronzés – Patrice Leconte – 1978

19. Les bronzés - Patrice Leconte - 1978« Radio Galaswinda, bonjour ! »

   8.0   Soyons clairs, j’adore le volet suivant (Revu maintes fois en famille) mais pas du tout pour les mêmes raisons : c’est une déferlante de gags, running gags et répliques cultes ; ce ne sont que des situations rocambolesques, autour d’une fondue ou d’une compétition de slalom, dans un refuge avec des italiens, une crêperie ou dans un chalet de montagnards. La musique elle-même est un gag qui revient en ritournelle.

     « Azur ! Nos bêtes sont bondées d’un cri ! Je m’éveille, songeant au fruit noir de l’amibe dans sa cupule verruqueuse et tronquée. Saint John-Perse »

     Le premier opus des Bronzés c’est avant tout un quotidien de vacances pour âmes seules et/ou perdues. Bien sûr c’est surtout (très) drôle mais le film est aussi très triste (ne serait-ce que la mort de Bourseau) et très mélancolique.

     À ce petit jeu, le personnage de Jean-Claude Dusse est magnifique. Certes il est maladroit, ce n’est pas un don juan, il est hypocondriaque, il est suicidaire (« J’ai vécu avec une femme et puis au bout de 48h elle a décidé qu’on se séparerait d’un commun accord. J’ai avalé deux tubes de laxatif, j’ai mis l’Adagio d’Albinoni et hop… J’ai perdu 16kg et ma moquette »), il n’a pas grand-chose en sa faveur, mais c’est pourtant lui qui joue de l’harmonica autour du feu, qui gagne la course de pirogues, qui aura éventuellement une rencontre à la toute fin, avec la jeune anglaise (lourdée plus tôt par Popeye) qui comme lui a la peau très blanche et chasse les moustiques.

     « Ce que j’aime c’est les climats un peu humides, la Normandie, l’Eure ».

     Il y a de très beaux personnages, qui sont au fond l’opposé de ce qu’ils paraissent. Le couple Nathalie/Bernard en sera le plus bel exemple, jouant le jeu de la séduction avec plus ou moins n’importe qui simplement pour se rendre mutuellement jaloux. Avec aussi et bien entendu le sinistre beau-gosse Popeye, GO qui s’est « niqué trois mille huit cents kilos de gonzesses en deux mois, je me dégoute, parfois » mais qui au fond ne parle que de sa femme.

     En somme c’est comme si le maillot de bain révélait leur vraie nature, comme si les vacances montraient le « vrai » du français moyen, qui utilise ses congés payés pour filer draguer dans un club Med d’une station balnéaire de Cote d’Ivoire. Comme si Les Bronzés symbolisait la version post hippie du désir de liberté, le revers de Mai 1968, disons.

     « Si t’as le moindre pépin, j’suis médecin. Enfin essaie de pas me déranger pour des bricoles quand même hein, j’suis en vacances ».

     Bien sûr Les Bronzés ce sont aussi de savants détails visuels : Jérôme qui va sauver Jean-Claude de la noyade « Laissez-moi passer je suis médecin » et qui se bouche le nez avant d’entrer dans l’eau ; le Paréo « tête de VGE » porté par Christiane l’esthéticienne ; les palmes de Bourseau dans l’assiette de Gigi ; le slip de Popeye ; les tempes dégarnies de Bernard ; Jean-Claude s’essuyant les mains après avoir couru vers une fille aux seins nus pour un cliché à mettre dans sa collection de photos souvenirs. Et j’en passe.

Voir la mer – Patrice Leconte – 2011

???????????????????????????????????????????????Deux + une.

   4.0   Patrice Leconte troque ses récentes petites comédies poussiéreuses (Les bronzés 3, Mon meilleur ami, Une heure de tranquillité…) contre une veine un peu plus intimiste qui l’anime parfois. Ici ce sera un road-movie ensoleillé, entre la Bourgogne et Saint Jean de Luz, que Leconte réalise, cadre et scénarise. Un périple à trois personnages, plus un poursuivant. Le triangle amoureux n’est évidemment pas sans évoquer Jules & Jim mais si Pauline Lefevre (à cette époque présentatrice météo du grand journal) dégage une étrangeté et un sex-appeal assez magnétique, difficile d’en dire autant du duo de frangins insipides qui l’accompagne. Tout ça c’est bien mignon, mais surtout très creux.

Maigret – Patrice Leconte – 2022

23. Maigret - Patrice Leconte - 2022Depardieu et la ville morte.

   5.0   De Simenon, Leconte adapte le roman Maigret et la jeune morte. C’est un peu anachronique de retrouver aujourd’hui, sur écran, cette police à l’ancienne. Qui plus est incarnée par Depardieu, qui campe un parfait post-Gabin dans le rôle de ce fumeur de pipe, qui décide d’arrêter la pipe. C’est un film qui semble une fois de plus faire le documentaire de Depardieu lui-même, son visage, sa carrure, sa démarche, sa voix. D’une part car il dévore, comme toujours, le plan. D’autre part car l’intrigue n’a rien d’exceptionnelle. Mais Leconte insuffle à son Maigret une ambiance terne, poisseuse, assez proche du style melvillien, pour préserver une atmosphère singulière, de ville fantomatique, que viendra accentué la présence fugitive et émouvante d’André Wilms, dans son ultime rôle. Aussi, il y a au début une belle idée de mise en scène – il y en aura assez peu : En s’ouvrant sur un montage parallèle très réussi : D’un côté Maigret est ausculté chez un médecin, de l’autre la future victime qui essaie une robe dans un magasin.

Une chance sur deux – Patrice Leconte – 1998

19. Une chance sur deux - Patrice Leconte - 1998Cons de pères.

   3.0   Le degré zéro du film méta. Avec des références à Borsalino (évidemment), Flic ou voyou, Le guignolo, entre autres. Belmondo & Delon rejouent la somme des personnages qu’ils ont incarnés partout mais n’incarnent plus rien ici. Leconte fait son « Compères » à lui sans trouver un centième de magie, de drôlerie et d’émotion qui irriguait chez Veber. Le film se mélange les pinceaux dans un récit de polar avec des trafiquants russes, mais Leconte n’incarne jamais l’action. Tout va beaucoup trop vite, pour rien, au mauvais moment. C’est usant. A noter que le film est un échec commercial car il a couté bonbons. Et qu’il est sorti quasi en même temps que Titanic.

Viens chez moi, j’habite chez une copine – Patrice Leconte – 1981

20. Viens chez moi, j'habite chez une copine - Patrice Leconte - 1981Trop chèvre, le boulet.

   6.0   Revu ce film de Patrice Leconte avec beaucoup de plaisir. Les dialogues, écrits par Michel Blanc, sont ciselés à merveille. Et les diverses rencontres (pas mal d’acteurs du Splendid) qui jalonnent le quotidien de notre couple accompagné de leur boulet, sont les plus belles idées du film. C’est aussi un très beau document sur le Paris 80’s, certes Leconte aurait pu encore mieux le filmer, mais on prend plaisir à traverser la ville de long en large. Sur les appartements parisiens aussi, que tu pouvais habiter en étant serveuse chez Mc Do et déménageur, apparemment. Giraudeau était un putain de beau gosse là-dedans. Et Liotard y est sublime. Gros bémol que j’y vois depuis toujours, ce qui m’empêche d’aimer le film autant que d’autres comédies dans cette veine : Je ne crois pas au personnage incarné par Michel Blanc, surtout je ne crois pas que ses potes l’aient pas laissé tomber plutôt que de continuellement lui faire comprendre qu’il est un boulet, égoïste, lâche et goujat. Dans La chèvre, de Veber, ça fonctionne (Campana doit se coltiner Perrin) puisqu’il faut retrouver la petite Bens et qu’on est dans la comédie d’aventures, mais là, dans un moule aussi réaliste, ça crée un déséquilibre il me semble. Ça manque de nuance. Car autant je trouve le film hyper cohérent dans ses enchaînements, sauf ce qui touche à Michel Blanc (qui par ailleurs est absolument génial, littéralement à baffer) problème est qu’il est de quasi chaque plan. C’est la grosse limite du film à mon goût, que j’aime par ailleurs beaucoup tant il me suit (et ses moult diffusions télévisées) depuis longtemps.

Les bronzés font du ski – Patrice Leconte – 1979

16463873_10154387352102106_5996913839371342252_oVin chaud et planté de bâton.

   7.5   Difficile d’être objectif sur un film que l’on connaît à ce point par cœur mais je tiens juste à dire que toutes les situations sont drôles parce que bien écrites et même si tous les poncifs de la comédie sont réunis (sketchs, running gag, calembours…) le film respire cent fois mieux que toutes les comédies populaires éculées que l’on croise dans nos salles aujourd’hui.

     On a beau le connaître par cœur, chaque scène, chaque réplique, chaque enchaînement, on rit encore grassement, on ne voit pas le temps passer. Mais on le connaît par cœur, c’est un fait. Ce qui ne trompe pas ce sont les choses le plus anodines, un mot, un nombre, un objet. Par exemple, on sait que dans le village de montagnards, pendant la diffusion des chiffres et des lettres, le mot de 8 lettres c’est Blumaise. Tout aficionado des Bronzés sait ça. On sait aussi que Jean-Claude Dusse a la chambre 14 avant d’hériter de la 89. Que les skis de Bernard & Gilbert sont des Cut 70 au design bleu/rouge. On sait que Jérôme fait 67’22 alors qu’il pensait les piler au critérium après son 45’8 à l’entraînement. Que le refuge se trouve dans le massif de la coulée du grand bronze, que le cochon s’appelle Copain, le chien Pépette. Que la fausse adresse donnée par Bernard à Popeye c’est le 10 rue Montmartre. Qu’on voit dans le dernier plan du film la moonboot de Popeye et qu’elle est rouge. Bref des trucs parfaitement inutiles. Pourtant, j’ai découvert un truc qui ne m’avait jamais frappé avant : La crêperie de Gigi c’est « Aux trois petits pots de beurre ». Tu t’en tapes, hein ? Et bien pas moi. J’avais l’impression qu’on m’avait, jusqu’à aujourd’hui, caché ce plan.

     D’autant que ce n’est pas le seul inédit puisque pour la première fois je voyais Les bronzés font du ski au cinéma. Et bah « ça ramone les poumons, hein » franchement. La salle était quasi pleine, tout le monde semblait le connaître par cœur, on riait tous franchement. C’était cool.

     Toujours est-il qu’il est agréable de revoir notre petite bande de beaufs à Val d’Isère. Alors qu’ils sont tous un peu détestables ou ringards dans le fond. Ce qui fait qu’on les aime c’est probablement qu’ils sont tous un peu looser : Les couples sont souvent sur la brèche, curieusement assortis ou réfugiés dans la colère ; Les célibataires sont pas prêts de ne plus l’être, ils sont un peu tristes et risibles, Dusse autant que Popeye. Et le groupe est fragile et explosif sitôt qu’on le perd dans sur les hors pistes de haute montagne. Ils sont beaucoup trop simplets ou trop méchants ou les deux. Et on les aime comme ça. Médiocres. Touchants et dégueulasses. Leconte et sa bande auront réussi à trouver cet équilibre parfait. Ainsi qu’à trouver des situations géniales autant dans leur banalité (Essayage de chaussures, cours de ski), leur jonglage avec les clichés pour les transcender (Les skis qui s’affaissent, le télésiège qui ferme, la crêpe au sucre), leur glissement vers l’extraordinaire (Le refuge avec les italiens, la double dégustation chez les montagnards : Les deux meilleures séquences du film).

     Le film joue sur plusieurs registres d’humour et notamment le running-gag avec Bernard & Gilbert, qui ont les mêmes skis « Eh ouai t’as les mêmes sauf que les tiens ils sont vieux », la même caisse, se croisent au tire-fesses et sur leur parking. On se délecte des promesses de Jean-Claude auto persuadé qu’il va conclure, avec la réceptionniste de l’hôtel, une nana qu’il a renversé en ski, Anne Laurencin, Gigi & Nathalie quand il imagine que la fin est proche, au moment du départ avec Christiane. On aime Jérôme persuadé qu’il va remporter le critérium grâce à ses skis qui ont fait deuxième à Crans-Montana. On adore la blague de Marius qui fou du fil dans la fondue, le gros bâtard. On aime la délicieuse apparition de Roland Giraud ou celles du cousin de Martine, la femme de Popeye. On aime la boucle sur Madame Schmitt, le moniteur de ski, la liqueur d’échalote. 

     Et puis Les bronzés font du ski c’est forcément une palette d’expressions entrées dans mon langage courant :

 « J’t’expliquerai »
« Dusse, avec un D comme Dusse »
« La trouille sans doute ? »
« Ecoutez c’est formidable on est l’16 »
« On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher »
« Quelqu’un veut de mon Bordeaux ? »
« Je vois pas pourquoi je devrais supporter cette croûte »
« T’es mauvais, t’es mauvais »
« Dans dix minutes je nous considère comme définitivement perdu »
« J’me suis senti à l’aise »
« Ça tombe bien mon frère est gendarme »
« D’ailleurs on t’a pas reconnu »
« Lui dès fois j’te jure il a un humour pénible »
« On a fait un détour simplement parce que c’est joli »
« J’y vais mais j’ai peur »
« Vous l’faites, moi j’le fais pas »
« Comme quoi y a de belles balades dans le coin »
« Oh là là qu’est ce que c’est qu’c’travail »
« J’ai l’impression qu’il va faire beau »
« J’crois qu’j’vais dormir comme une masse »
« Et bonne chance surtout »

Bref, c’est sans fin. Un puits inépuisable.

Une heure de tranquillité – Patrice Leconte – 2014

Une heure de tranquillité - Patrice Leconte - 2014 dans Patrice Leconte uneheure01Un con et une ordure.

   2.0   Au-delà du fait que le film est assez navrant et prévisible dans ses enchaînements, c’est dingue de constater la paresse narrative qu’il charrie. Leconte n’a certes jamais été un cinéaste mais certains de ses films (Monsieur Hire ou Les bronzés, pour ratisser large) développent un climat et/ou un humour plutôt stimulant dans le paysage populaire. Ici, il ne reste plus rien. Il y a dix ans déjà, Leconte donnait suite à ses bronzés et leur offrait tout pareil en moins bien et en vieux. Ici il tente de convoquer Poiré et Veber en limitant l’action dans un appartement et en espérant que ça donnera une réussite similaire. Et le plus drôle c’est qu’il fait vraiment un mix entre Le père noël est une ordure et Le dîner de cons. Sans scrupule. Pêle mêle, on citera une séquence de panne d’ascenseur, un voisin polonais et une hystérie générale entre étages et paliers ; Un adultère, un con, un bon bordeaux et un tour de rein. Je ne parle même pas du sort réservé aux personnages secondaires, certes on n’est plus à ça près lorsqu’il s’agit d’évoquer la femme zombifiée (Carole Bouquet, fantomatique) ou le voisinage ; ça l’est un chouïa davantage lorsque Leconte tente grossièrement de faire évoluer sa comédie boulevardière vers le film social car là ça va très loin : La femme de ménage qui renifle sans cesse (jouée par Rosie De Palma) ou le maçon polonais mais en fait portugais (joué par Arnaud Henriet) ou la petite famille thaïlandaise, forcément cul cul la praline hein, qui est hébergé par le fiston, coeur altruiste de la maison. Quand avec tout ça, Leconte tente, dans une dernière pirouette ridicule de rendre touchant ce bourgeois gerbant et condescendant, on touche le fond, définitivement. En fait, avec Bon rétablissement, de Jean Becker, ils font la paire.


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