Une bataille avant l’autre.
6.0 C’est un premier film, un brouillon mais déjà un joli brouillon à trois millions de dollars, pour un cinéaste de vingt-cinq ans, qui adapte (ou allonge ?) ici son court métrage Cigarettes and Coffee.
La première séquence est superbe. On y suit John un pauvre type fauché qui se fait alpaguer par Sydney, un vieil homme, qui lui propose une cigarette puis un petit déjeuner et l’invite à lui apprendre les rouages des jeux en l’embarquant pour Vegas, sans rien attendre en retour. S’ensuivent deux années de complicité, relation père/fils spirituelle que Paul Thomas Anderson nous privera, préférant une ellipse majeure. Mais le mystère de cette apparition bienfaitrice continue de planer sur le récit : John est le protégé de Sydney et c’est tout ?
Plus tard, l’entrée en jeu de deux autres personnages bouscule quelque peu la donne : Clémentine, la serveuse et prostituée paumée (dont John va tomber amoureux) et Jimmy, le vigile de casino excentrique. Un quatuor de personnages intéressant campé par John C. Reilly et Philip Baker Hall (que l’on retrouvera tous deux chez Anderson plus tard) ainsi que Gwyneth Paltrow et Samuel L. Jackson. Du beau monde pour un premier long en forme de film noir naviguant dans un univers quasi unique.
Si le film préserve son mystère par un jeu de dialogues et de rapports de force cher au cinéma d’Anderson à venir, il faut un virage scénaristique disons plus commun pour que la machine s’enraye et que le mystère se volatilise au profit d’une réalité plus classique et pourtant surprenante.
Reste donc un petit polar sans envergure (qui aurait peut-être une autre gueule dans la version de 2h30 souhaitée initialement par son auteur ?) mais très soigné formellement, déjà riche dans l’écriture, qui place les pions d’une filmographie plus dense.



Strange days.