Archives pour la catégorie Paul Verhoeven

Basic instinct – Paul Verhoeven – 1992

22. Basic instinct - Paul Verhoeven - 1992Total dizziness.

   8.5  A l’instar de Brian de Palma, le cinéaste hollandais – qui vient de faire une entrée fracassante à Hollywood avec Robocop puis Total Recall – réactive le maître du suspense. Seulement le temps d’un film, lui. D’Hitchcock, il choisit Vertigo, auquel on pense en permanence devant Basic Instinct : Avec son ancrage à San Francisco, bien sûr, ainsi que l’obsession blonde VS brune, la femme fatale, le héros pris dans un vertige qui le dépasse, Jerry Goldsmith (et son superbe thème entêtant) qui semble vulgariser Hermann à la musique, quelques plans très iconiques aussi. C’est donc déjà une belle relecture. Mais Verhoeven maquille cette relecture en thriller érotique : Le film ouvre alors la voie à un genre particulièrement fécond (mais pas très intéressant) à Hollywood durant les années 90 – Les Harcèlement, Color of night, Sliver, Excès de confiance etc.

     Rien de gratuit, pourtant, chez Verhoeven, rien qui semble fait uniquement pour émoustiller le chaland, tant sa vision du désir y est crue, malsaine et quasi abstraite, entièrement dévolue à ces deux pulsions, qui transpirent de chaque plan : Le sexe et la mort. Un Eros & Thanatos qui prend refuge frontalement tant chaque scène de cul est guettée par une pulsion de mort, qui gicle bien entendu dès la première scène – un acte torride qui vire au massacre – puis que l’on retrouve maintes fois ensuite, évidemment dès que Catherine Tramell (Sharon Stone, incandescente) et Nick Curran (Michael Douglas, un peu cabotin mais excellent) baisent, mais aussi quand ce dernier sodomise brutalement Elizabeth, sa psychiatre, pièce majeure de l’échiquier. Mais ça agit aussi de façon masquée, via le background sordide administré au personnage (mais aux autres aussi) qui place Curran, le policier, non pas du côté de l’ordre, mais bien vers une ambiguïté fragile. Rien d’étonnant à en faire un type recadré, qui ne boit plus, ne fume plus et qui au contact de l’écrivaine suspecte, va retrouver peu à peu ses travers.

     Tout dans Basic Instinct se joue dans cet écrin de séduction et de danger mais à l’image de cette scène ultra iconique – Le fameux décroisement de jambes de Sharon Stone – c’est toujours la mise en scène qui gagne, qui gicle : Il faut voir comment Verhoeven parvient à faire grimper la tension, la température de la pièce lors de cet interrogatoire, à faire de ce lieu une toile, avec le suspect comme araignée, même si on a plutôt envie d’y voir une mante religieuse. La pièce est écrasante, les visages se perlent de sueur, la parole y fuse, s’y chevauche de toute part, et au beau milieu, Catherine Tramell, tour à tour calme, cynique, nonchalante, crue, fragile, sereine, élabore un terrain de jeu qu’elle sera bientôt seule à entièrement maitriser.

     C’est un film aussi complexe et labyrinthique dans sa narration que dans sa forme. Capable de nous emmener où il veut en permanence, comme guidée par son personnage féminin, qui embarque Nick dans son histoire car elle-même écrivaine, utilise ses expériences vécues pour les glisser dans ses fictions : La police découvre que le meurtre de la rock ’star en ouverture était plus ou moins semblable à celui apparaissant dans un de ses bouquins. Nick Curran devient alors le point d’inertie de son livre en cours, le personnage central, Flingueur – en référence à son passé peu glorieux qui le vit buter des innocents lors d’une intervention – dont elle clame bientôt qu’il doit mourir car « Il faut que quelqu’un meurt ». Et il plonge dedans, il ne peut s’en extirper. Si l’idée du mimétisme (hitchcockien) s’impose avec sa kyrielle de personnages féminins, il est tout aussi génial de voir à quel point Catherine déteint sur Nick, qui reprend ses répliques cinglantes, lorsqu’il est à son tour interrogé.

     C’est dingue comme c’est tellement largement supérieur à la simple réputation sulfureuse qui l’accompagne toujours. C’est un grand film de manipulation tant Verhoeven ne cesse de manipuler son spectateur, en lui offrant toutes les clés d’emblée mais en obscurcissant les évidences à mesure que le récit se déploie de façon à ce que tout devienne flou, vertigineux, pour nous, pour Nick, personnage tellement ambigu, peut-être tout aussi manipulateur, avant qu’il ne devienne le jouet de la plus grande des manipulatrices. Si ces deux films ont peu en commun sinon leur cachet sulfureux, j’aurais tendance à comparer Basic Instinct à Sexcrimes – qui lui, viendra brillamment clore le « genre » à la fin de la même décennie. Car ce sont deux grands films de manipulateurs, ludiques et fascinants.

Tricked (Steekspel) – Paul Verhoeven – 2014

18. Tricked - Steekspel - Paul Verhoeven - 2014Tentative oubliée.

   2.0   Je croyais que Verhoeven n’avait rien fait entre Black Book (2006) et Elle (2016) à tord puisque le déroutant cinéaste hollandais s’est aventuré dans une expérience tout aussi déroutante, un projet Entertainment Experience basée sur le crowdsourcing consistant à balancer un embryon de scénar sur le web (suffisant pour poser les bases et les personnages récurrents) en laissant aux internautes le soin de poursuivre. Idée pour le moins casse-gueule puisque Verhoeven et son équipe vont recevoir des centaines de scénarii et vont démêler parmi ces milliers de pages parfois improbables des morceaux qui leur plairont. On passe sur la forme indigente digne d’un banal téléfilm érotique. On passe sur l’interprétation, mauvaise sans exception. Le vrai problème c’est le scénario justement, la construction approximative, le manque de liant, la faible durée de ces pauvres saynètes. C’est nul et ridicule, d’un bout à l’autre. Une vraie purge que Verhoeven a exploité sur une cinquantaine de minutes en l’accompagnant d’un documentaire sur la conception du projet – Nettement plus intéressant que le film, évidemment. On a du mal à croire qu’il allait faire cette merveille qu’est Elle dans la foulée ou presque. Mais peut-être fallait-il qu’il en passe par cette expérience foirée qui accouche d’un navet total, qui sait. Un mal pour un bien. Je croyais que Verhoeven n’avait rien fait entre Black Book (2006) et Elle (2016) et bien j’aurais mieux fait de continuer à y croire.

Elle – Paul Verhoeven – 2016

13346500_10153706025187106_8812903165226418890_nLa féline.

   8.0   Si j’avais entièrement confiance en Verhoeven et sa capacité de se réinventer et de pervertir un certain type de cinéma, ce qu’il a toujours fait, je restais d’autant plus sceptique que je n’ai à ce jour (Mais il vient d’entrer dans le haut de ma watchlist) jamais vu Black Book, son dernier film en date (2006) avant Elle. Au départ, Verhoeven et moi c’est Total Recall, c’est Showgirls, c’est surtout Basic Instinct. Des films qui ont donc vingt ans, sinon trente.

     Elle a fait beaucoup de bruit lors de sa sortie cannoise (coordonnée avec sa sortie nationale, j’adore quand ça se déroule ainsi) et il en faisait déjà avant puisque pour la première fois, le cinéaste hollandais avait tourné en France, une production française, avec des acteurs français ; Casting aussi flippant qu’alléchant puisque réunissant entre autre Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira, Charles Berling, Vimala Pons et Anne Consigny. Quel rapport avec la choucroute ? Le truc délirant avant l’heure.

     La séquence d’ouverture donne le ton. D’abord l’écran noir, des cris, de la vaisselle qui casse ; relayé par le plan d’un chat, qui observe et ronronne. La dimension voyeuriste chère à Hitchcock s’incarne dans la peau d’un félin. On est déjà dans la farce. Une farce inquiétante, sauvage, dont la félinité à moins à voir avec l’indécence majestueuse (Le film ne va pas hésiter à cumuler les ouvertures flirtant moins avec le mauvais goût qu’avec le mélange des genres…) qu’au détachement malade, serein (…la folie des contrastes, l’audace d’une énergie noire comme stratégie de survie).

     Ainsi, de ce (premier) viol nous en verrons deux autres versions plus tard, avec son contre-champ violent (le souvenir) et sa représentation rêvée, vengeresse. Le procédé agit moins en tant que piqure de rappel et s’incarne aucunement comme un flashback, mais cherche à disloquer les règles du genre et surtout, permet au viol de préserver sa monstruosité et le cauchemar qu’il engendre, de façon à contrecarrer ce que Michèle (Isabelle Huppert) va en tirer : Le désir de la survie.

     La grande force de Elle est de ne justement pas tout faire fonctionner autour de Michèle ou du moins de parvenir à nous faire croire que certaines interactions ne tournent pas autour d’elle et de l’intrigue qui l’alimente elle et le film. Puisqu’il s’ouvrait là-dessus, quoi de plus logique que de le voir converger chaque séquence vers cette focalisation d’intrigue ?  Du coup, Verhoeven brosse des portraits. De nombreux portraits : le fils, l’ex-mari, l’amant, la meilleure amie, le voisin. Et le père.

     La dimension horrifique du film va quasi tout entière (puisque le viol lui-même est pervertit) prendre essor dans ce passé, certes lointain (Michèle n’était qu’une gamine) mais qui continue de faire ses injustices dans le présent. On sait d’après une discussion entre mère et fille que toutes deux reçoivent régulièrement le lynchage de ceux qui les ont éternellement reliés à ce monstre de père. Qu’a-t-il fait, ce père, pour qu’une passante inconnue, vienne lui renverser volontairement son plateau sur la tronche ? Le film va y répondre par deux fois, brièvement d’abord, au détour d’une info télévisée évoquant la possibilité d’une libération conditionnelle, puis explicitement plus tard, lorsque durant ce grand repas, Michèle raconte les faits à Patrick.

     Dire qu’on n’a jamais vu une back story racontée ainsi relève de l’euphémisme, tant Huppert s’emploie à accentuer avec brio la folie de son personnage, tant Verhoeven aussi s’amuse à faire éclater la situation, notamment par un chant de messe en fond sonore. On n’avait pas vu une séquence de repas aussi folle depuis Buñuel. Et quelque part, Elle c’est Le charme discret de la bourgeoisie, version Verhoeven. Depuis quand avions-nous rit aussi franchement dans une salle de cinéma ?

     On pourrait en parler longtemps tant il regorge de tiroirs fous (cette scène hallucinante avec l’urne contenant les cendres de la mère, les images des jeux vidéo, le bébé, la masturbation et les santons géants, le vent, la cave…) ; Il n’est d’ailleurs pas exclu que j’y retourne tant je trouve ça immense à tout point de vue, riche et vivant, absolument étonnant dans sa construction, son ton et cette façon qu’il a de dynamiter avec audace le cinéma français habituel.

Robocop – Paul Verhoeven – 1988

03. Robocop - Paul Verhoeven - 1988L’homme de fer.

   7.0   C’est fou comme c’est un film passionnant ne serait ce que dans sa construction. Déjà d’entrée on nous assène d’images médiatiques sur des violences aux quatre coins du monde, avec moins la conscience du désastre que la passion maladive de l’information totale. De quoi te passer l’envie de mater n’importe quel journal télévisé. Ensuite, de façon plus classique, un personnage, Murphy, intègre le récit, il semble en être le moteur (C’est un flic qui vient de changer de division) et donc le héros ciblé. Il fait équipe avec une fille avec laquelle on pourrait déjà entrevoir un semblant de romance. Ils grimpent tous deux dans leur bagnole de mission, très volontaires ils suivent des caïds jusque dans une zone industrielle dans laquelle notre « nouveau » se fera massacrer, littéralement. Les voyous qu’ils filaient lui font sauter les membres à coup de canons sciés, lui déchiquètent son gilet par balles avant de le finir d’une balle pleine tête. La violence du machin, franchement. Tout conduit à ce que Murphy devienne le fameux Robocop, mi-homme mi-robot, évidemment. Mais il y a la manière de le faire. Qui succède qui plus est à une séquence aussi folle que terrifiante quelques minutes plus tôt, lorsqu’en pleine réunion à L’OCP, en réponse à cette volonté de créer Delta City en lieu et place de Détroit, détruite par le crime, on présente un prototype de robot flic (L’ED-209) qui sur une erreur technique va dézinguer le type qu’on avait pris pour cobaye. Le mec est transpercé de balles ; Un vrai hachis. Ça ne m’étonne guère venant de Verhoeven qui ne fait jamais rien à moitié, mais tout de même, j’avais un peu oublié à quel point le film pouvait être si sale. D’ailleurs, le film est régulièrement entrecoupé d’images de JT et publicités débilitantes de manière à accentuer l’image de cette société gangrenée par la télé poubelle. Tout se déroule dans un Détroit à moitié futuriste dans lequel les plus gros caïds sont au service d’une immense compagnie, qui régit tout y compris la police. Le Robocop est crée par un Numéro deux en réponse au fiasco du ED-209, type qui forcément se fera exécuté sans avoir le temps de profiter de sa nouvelle notoriété. C’est un film très sombre, d’autant que Murphy qui devient Robocop, conserve quelques unes de ses manies (Sa façon de ranger son arme, une réplique d’arrestation toute faite) ainsi que certains de ses souvenirs qui refont surface (Sa femme, son fils) et des flashs de ceux qui l’ont sauvagement abattu. Ironie géniale d’un film aux apparences de Vigilante movie (Forcément, Murphy va trouver le moyen de se venger) qui ne fait que triturer une société décadente, où les humains sont bientôt remplacer par des machines et où les cadavres s’empilent dans un jeu de massacre bien gore – Le futur Romano de Urgences s’en va littéralement fondre au contact d’une citerne de produit chimique (Séquence bien dégueulasse). Le sarcasme va jusqu’à faire de ces machines des pantins archi régressifs : Le système digestif de Robocop n’accepte qu’une purée pour bébé ; Le modèle de base meurt sur le dos ne lâchant plus que des cris d’enfant qui pleure. Et il y a cette arme blanche, régulièrement dégainée par Murphy (Sorte de clé Usb archaïque mais qui en jette) qui fait office de gros d’honneur. Oui, Robocop c’est quelque part un gros doigt d’honneur au tout Hollywood.


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