Archives pour la catégorie Pedro Almodovar

Julieta – Pedro Almodóvar – 2016

23. Julieta - Pedro Almodóvar - 2016Tout sur les mères.

   8.2   Pedro et moi c’est une relation un peu particulière. Je l’ai adoré il y a dix/douze ans, parce que je découvrais « le cinéma d’auteur » et comme tout novice, ce sont d’abord les portes les plus accessibles (et visibles) que l’on ouvre. C’était une époque où j’étais convaincu qu’il était le seul cinéaste espagnol en activité. Les découvertes de Todo sobre mi madre, de Hable con ella furent des moments forts. Je ne les ai jamais revus, pourtant.

     Je reste donc avec ce souvenir et ça me plait d’autant plus que tout ce qui est sorti après Volver (que j’avais aimé sur l’instant, parce que j’étais persuadé d’aimer Almodovar) m’a gentiment indifféré ou pire (L’horrible Les amants passagers), que certains que j’aimais (Talons aiguilles, Attache-moi) m’ont poliment ennuyé à la revoyure et que tout ce qui est sorti avant, que j’avais revu par curiosité lors d’une rétro maison furent des déceptions si imposantes (Femmes au bord de la crise de nerfs, que je trouve absolument imbuvable, par exemple) que je m’étais juré de m’en tenir là avec le cas Pedro.

     Julieta ne m’attirait donc pas, à priori. Je n’avais même pas prévu de le voir en salle. Mais plusieurs avis cannois parlaient d’un retour en grâce, au mélodrame et à la sobriété. J’y suis allé sur un coup de tête. Je commençais même à le sentir bien. Et j’ai trouvé ça formidable. A chaud je suis même persuadé que c’est le meilleur film d’Almodovar, le plus important, le plus sombre, aussi foisonnant dans son minimalisme qu’austère dans ses couleurs.

     Tout commence quand Julieta, la cinquantaine, s’apprête à quitter Madrid. Elle fait ses cartons et enveloppe notamment dans du papier bulle une petite statue en terre cuite. Quand elle rencontre par hasard (Hasard, c’est le titre de l’une des trois nouvelles d’Alice Monroe adaptées pour Julieta) la veille de son départ une amie d’enfance de sa fille (Qui dit l’avoir croisée une semaine plus tôt) toute sa tristesse refoulée rejaillit, ses douleurs éteintes se rallument. Elle va écrire à sa fille, alors qu’elle ne l’a pas vu depuis douze ans, elle va lui dire tout ce qu’elles auraient dû se dire il y a longtemps.

     Le film s’accroche alors tellement à son désir de retrouvailles qu’il dépasse les lignes, se libère du présent et vient raconter toute l’histoire de Julieta, vingt-cinq ans plus jeune, jouée par Adriana Ugarte, quand la Julieta du présent était jouée par Emma Suarez. Si les deux actrices ne se ressemblent pas, c’est moins la différence d’apparence physique qui frappe que ce que le regard de chacune trahit d’épreuves vécues ou à vivre. Le voyage intérieur est lancé. Jusqu’à l’impossibilité de le raconter sans se rattacher aux innombrables boucles de culpabilité.

     Le suicide de l’inconnu du train, auquel la jeune femme n’a pas daigné offrir un peu d’attention, lui permet de faire la rencontre de Xoan, l’homme qui sera le père de sa fille. Un homme sans nom (et sans valises) qui devient le premier vecteur tragique, bientôt relayé par Marian, la femme de ménage puis enfin par la guide spirituelle, qui fera disparaître Antia, la fille de Julieta. Lignes tragiques qui ne font que renforcer l’idée de la culpabilité, de la responsabilité de la mort. Tragiques parce que mystérieuses. C’est plein de creux partout : Le vrai pourquoi du comment de la disparition soudaine d’Antia ; Une relation amoureuse adolescente Béa/Antia qui semble avoir existé sans qu’on en soit certains ; Le passé aussi secret que tumultueux de Xoan. Du creux passionnant en ce sens qu’il n’a qu’un dessein : Nous convier à fusionner avec Julieta.

     La temporalité devient cette donnée abstraite, fragile. D’étranges passerelles se succèdent : un appartement voisin, un terrain de basket, la symbolique de la mer (Thalassa et Pontos), une lettre, la noyade et dans un raccord-serviette de magicien, une idée de cinéma absolument géniale, l’actrice qui jouait Julieta jeune s’efface et le visage vieilli apparait, lorsque Antia s’occupe de sa mère. Ce pourrait être cruel et dépressionnaire mais c’est pourtant l’instant qui marque sa renaissance, celle qu’elle deviendra, une femme à jamais rongée par la culpabilité mais qui va choisir d’y faire face, lui permettant alors d’affronter l’évaporation de sa fille et de refaire sa vie avec Lorenzo, l’homme qu’elle devait suivre au Portugal lors de son départ de Madrid, au présent.

     Dans cette temporalité aussi compactée que pouvait l’être celle d’Imitation of life, de Douglas Sirk, embrassant forcément les naissances et les morts, Julieta devient le manifestes des mères meurtries renfermant les disparitions et les douleurs éternelles. Que le film parvienne à ce niveau tragique tout en contant l’histoire d’un retour à la vie comme il est aussi celui d’Almodovar, le rend aussi vertigineux que bouleversant.

Les amants passagers (Los amantes pasajeros) – Pedro Almodovar – 2013

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Y a t-il un film dans l’avion ?

   1.3   Epouvantable. Je m’y attendais mais à ce point, peut-être pas. Je me rends compte que Almodovar m’emmerde prodigieusement qu’il fasse ça ou le précédent. Je n’ai même plus envie de revoir certains de ses anciens films que j’appréciais, ça ne m’intéresse vraiment plus du tout. Voilà, c’est probablement la dernière fois que j’écris sur son cinéma.

La piel que habito – Pedro Almodovar – 2011

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     5.1   Almodovar est sans nul doute le cinéaste qui illustre parfaitement l’évolution de ma sensibilité cinématographique. Aujourd’hui je n’attends aucun de ses films, j’y vais, par simple curiosité et probablement un mélange de désir de croiser à nouveau la marque de mes premières amours avec l’envie non-négligeable de se plonger encore dans un de ces récits vertigineux. Il y a quelques années, Todo sobre mi madre, puis Hable con ella avaient été des chocs telluriques tels que le cinéaste espagnol est certainement pour quelque chose dans mon amour ineffaçable pour le cinéma. Ce sont deux films que je n’ai jamais revus. J’ai peur de les revoir. Car entre-temps, mes nombreuses découvertes du reste de la filmographie du réalisateur m’ont conduit à me rendre compte, qu’il s’agisse de ses films récents (Volver, Etreintes brisées…) ou moins (Femmes au bord de la crise de nerfs, La loi du désir…) que je ne suis plus du tout sensible à ce cinéma là. Et dans le même temps je ne le déteste pas, c’est aussi pour cela que je vais systématiquement voir un film d’Almodovar, même si cela est devenu insupportable d’entendre les gens parler de la sortie d’un de ses films comme d’une importance inébranlable, de le voir chaque année en compétition au festival de Cannes avec tous ces branquignols qui s’égosillent de ne pas le voir repartir avec la plus haute distinction, comme s’il était le chef de file du cinéma européen. Ce cinéma là n’a pas bougé depuis le premier film. C’est d’ailleurs étrange cette espèce d’anachronisme permanent qui surgit des récents films d’Almodovar, comme s’il les avait tous tourner en 88. Je ne pense pas que ce soit un cinéaste qui évolue, au mieux il propose de très beaux récits qu’il agrémente avec son éternelle science du montage, on ne peut pas lui enlever ça, mais en terme de mise en scène tout est devenu morne. Car j’ai tout de même le souvenir que lorsqu’il réalise Todo sobre mi madre il y a un poil plus de dix ans, le grain est différent, le film est sombre, terrible à en pleurer et l’univers proposé (images et sons) accentue cet état funeste. Ce n’est qu’un souvenir, si ça se trouve je trouverais cela tout aussi moche que ses récents aujourd’hui je n’en sais rien, mais c’est tout de même le souvenir d’une mise en scène, d’une ambiance alliées au propos du récit. La piel que habito me semble habité d’un déséquilibre flagrant à ce niveau là : Le récit est terrible une nouvelle fois, douloureux, c’est un mélodrame extrêmement chargé comme Pedro n’en avait encore jamais fait, et pourtant j’ai sans cesse l’impression d’assister à une bouffonnerie, de m’être égaré dans une représentation du cirque Pinder ou un spectacle de Parc Astérix. Il y a quelque chose d’indigeste dans la représentation de ce mélodrame et contrairement à ce que l’on aurait vu dans une majorité d’autres films d’autres réalisateurs, l’indigestion n’intervient pas via le récit mais par l’image et le son, ces balances de couleurs assez moches, ces post synchro scandaleuses, des plans aussi travaillés que dans une sitcom. Pourtant, le récit à plusieurs niveaux ô combien casse-gueule, avec sa flopée de flash-back, se révèle rapidement (excepté la première partie du film) passionnante. J’aime l’idée qu’il y ait comme quatre films en un, que la découpe intervienne quand on ne l’attend plus, même si le procédé du double rêve m’apparaît tout de même un peu maladroit dans sa redondance et son principe d’un rêve face à un autre rêve. C’est en tout cas à partir de cet instant que l’intérêt naît de cette histoire de séquestration d’une femme cobaye à laquelle nous avions le droit depuis le début, sans trop savoir l’origine de tout ça, si ce n’est qu’on a un éminent chirurgien esthétique, spécialiste des greffes de visage, qui garde une femme dans une pièce de sa villa, qui semble être le jouet de toutes ses expériences illégales (création d’une nouvelle peau artificielle) qu’il dit réaliser sur des souris. Hormis la réalisation une fois encore, j’avais l’impression de me plonger dans un Cronenberg (Faux-semblants, Crash) le gore en moins, m’attendant à un film de chair (le film s’ouvre presque sur la scarification du corps de la jeune femme) et fascination de la souffrance, du miracle scientifique avant que justement Almodovar opère à un virage brutal, via le double rêve, précédé tout de même par l’annonce coup de poing concernant la mort de la femme du docteur Robert Ledgard (dont on apprend qu’il a offert les traits du visage à la patiente enfermée) dans un accident de voiture, quelques années plus tôt, suivi de celui de sa fille. On l’aura compris, Almodovar veut raconter davantage qu’une simple folie cronenbergienne ou qu’un mélo terrifiant à la Franju (Les yeux sans visage) ou qu’une volonté de faire revivre une morte par l’image (Vertigo). Et en cela La piel que habito devient un film très intéressant, Il n’est pas une redite, il cherche à conjuguer les genres, naviguant temporellement tout en éclaircissant petit à petit chaque zone d’ombres. Il y a comme souvent peu de subtilités même si ci et là de bonnes idées tout de même, dans le rapport à l’isolement, à l’amour, à la folie et surtout à la perte d’identité. Vicente, enlevé pour avoir selon Ledgard violé sa fille, devient Vera. Et reprend les traits de la femme de Ledgard morte six ans plus tôt. Il faudra une ruse de Vicente/Vera pour se séparer de Ledgard et s’en aller rejoindre sa mère dans le vieux magasin de fringues d’occasion. C’est très beau ce que dit le film sur l’identité, sur le fait qu’une apparence ne peut changer une identité. Vicente est méconnaissable physiquement évidemment mais ce désir de retrouver les siens est resté intact. La fin est très belle. Après c’est un film complètement improbable mais j’aime cette dimension fantastique qui nourrit le récit et souvent les films du cinéaste espagnol. Le film pourrait donc être bouleversant mais je trouve cela d’une telle platitude mise en scénique que ça occulte tout ce que j’aurais pu ressentir. Je vois ce que je n’aime pas partout donc je ne suis pas totalement emporté. Néanmoins c’est depuis Hable con ella le film de Pedro qui me surprend le plus, simplement par l’utilisation du montage qui me semble ici osé et réussi.


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silencio


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