Archives pour la catégorie Philippe Garrel

Les amants réguliers – Philippe Garrel – 2005

20. Les amants réguliers - Philippe Garrel - 200568 pour rêverie.

   10.0   Les jeunes fument de l’opium, écrivent des poèmes, s’adonnent au surréalisme pictural et surtout sont en pleins préparatifs révolutionnaires. La puissance d’un visage, la force de l’ombre de ce visage sur un mur, la profondeur d’un regard perdu ou d’un échange de regards éphémère. Garrel capte quelque chose de l’ordre de l’apparition, cette impression qu’on n’a jamais vu de visages au cinéma, qu’il est le premier à briser le vrai du faux, à nous transporter dans le songe. Des apparitions anonymes, solitaires. Des présences dans un escalier, des silhouettes au milieu du brasier.

     Entre-temps, François fuit la police qui le recherche pour refus puis nous présentation à l’incorporation au service militaire. Dans une errance sans fin le voilà lancé dans cette aventure jusque dans les beaux quartiers de Paris, où l’on brûle des voitures, on les retourne pour s’en faire des boucliers, on se protège par des montagnes de pavés, on veut montrer que la jeunesse existe. Entre explosions abstraites, fumées passagères, blessures sur les pavés, c’est un drapeau que l’on brule. C’est quelques cris confus traversés par des amas de pierres. Le film saisit, de façon singulière, la révolution de la rue. Il y a le chaos de ces espérances de feu promises par le premier intitulé de carton/chapitre. Quelque chose d’un peu hors du temps qui tient autant du Renoir de La vie est à nous, que du Guy Gilles d’Au pan coupé voire le Béla Tarr, des Harmonies Werckmeister. Philippe Garrel reste un héritier de la nouvelle vague unique en son genre.

     C’est aussi Paris que l’on trouve ici comme jamais auparavant le cinéma nous l’avait offert. On y court à travers ses rues, on se réfugie sur ses toits. Les toits de Paris sont comme une providence labyrinthique qui ouvre sur une issue qui sera aussi celle du film, impondérable, insaisissable, romantique et languissante. Des inserts étonnants servent d’ellipse. Deux indices temporels nous sont offerts, deux plaques de numéros d’habitation, le 68 puis le 69. On dirait du Resnais. Le Resnais des temps beaux et glorieux. Mais aussi une coupure de journal, ici, des fondus en iris, là. C’est La nouvelle vague mais pas vraiment non plus. C’est Garrel, qui rêve, qui se souvient, puisqu’il avait l’âge de ses personnages en 68. Les amants réguliers sera à la fois un beau témoignage abstrait et une sublime éventuelle répercussion.

     Après les pavés, on rejoint l’appartement familial où l’on retrouve papy qui nous dit qu’il faut profiter de la situation car « une occasion de révolution comme celle-ci ne se représentera plus ». Le rôle du père – ici du grand-père – est fondamental dans l’œuvre de Philippe Garrel, qu’il soit de sang dans Les baisers de secours ou spirituel dans Le vent de la nuit. Autrefois c’était son père Maurice qui se trouvait devant l’objectif, aujourd’hui Philippe Garrel, au moyen d’une splendide scène de passation de relais, filme Louis Garrel, son propre fils. Louis Garrel, cette belle gueule (du cinéma français) est une beauté mystérieuse, magnétique, qui embrase l’écran de chacune de ses apparitions, sa voix fluide et son charisme froid.

     Et le film capte aussi la séparation, ce moment où déjà les manifestants n’y croient plus. La nuit passe. La vie reprend, comme avant. Comme si l’instant avait été rêvé. Une ellipse : Un procès pour insoumission, puisque François a refusé de faire son service. C’est le début des Espoirs fusillés, nous renseigne un nouveau carton : Il ne reste que l’aventure des amants. Mais Garrel va y mettre autant de cœur, sinon davantage, en caressant les regards, les sourires, la peau, les mouvements de Clothilde Hesme & Louis Garrel. Tout en continuant de filmer ceux qui gravitent autour, les fantômes reclus dans l’opium, poètes maudits qui rivalisent d’états d’âme.

     François tombera sous le charme de la belle Lilie alors qu’elle se souvient l’avoir croisé durant les émeutes. Une histoire d’amour va naître. Une histoire née des pavés, de la colère, d’un désir de liberté. Au regard mystérieux de l’un répond le sourire angélique de l’autre. Ça devient un film qui stagne, un film troublant, aléatoire, qui pourrait s’étirer à l’infini, une sorte de trou noir sensuel, intemporel où l’on aime se perdre. C’est très doux et très radical à la fois, tant on est comme happé, coincé dans l’espace-temps. J’aime tellement ce film, son ambiance, son rythme. Son noir et blanc, charbonneux, sublime. Il pourrait durer encore des heures, ainsi.

     Les éclats d’inamertume viennent troubler un peu cet adorable vertige. Ou les répercussions de l’amour fou. Il ne reste plus que d’infimes variations, de légers tremblements, une somme d’interstices, des rêves de départs, à New York, au Maroc. Et c’est la solitude qui gagne. Les hautes solitudes, pour reprendre l’autre titre d’un film de Garrel. C’est Le sommeil des justes, quatrième partie, brève comme un flash, qui scelle cette histoire, cette parenthèse éternelle. Car il ne reste plus que le rêve d’un temps révolu, d’une esquisse de bonheur intemporel. Ou la mort. C’est un songe, Les amants réguliers. Un songe de trois heures au sein duquel 68 est monde, 68 est fiasco. Un autre film de Garrel que je n’ai pas vu s’intitule Le cœur fantôme. Un titre qui aurait pu servir de sous-titre, ici. Quand l’amour s’échappe, la vie s’échappe aussi. Peut-être ne reste-t-il plus qu’à rêver, comme François, de révolution française. C’est beau à chialer.

Marie pour mémoire – Philippe Garrel – 1968

10. Marie pour mémoire - Philippe Garrel - 1968Le vent de l’ennui.

   3.0   Au moins, après ce truc, Garrel (qui n’a alors que dix-neuf ans) ne pouvait pas faire pire. C’est vraiment un essai pénible d’étudiant imbu. Il y a toutefois un sens singulier du cadre et de l’accompagnement des personnages. J’aime aussi les deux séquences très douces et longues entre Marie et sa maman. C’est tout. Quelques passerelles formelles, narratives, thématiques (la société malade, la jeunesse déphasée, l’ennui, la solitude, l’américanisation, la folie, la grossesse, le suicide…) et autobiographiques peuvent néanmoins être faites avec son cinéma à venir – Seul intérêt que moi j’y trouve et qui me fait croire que découvrir Garrel de façon chronologique, donc par Marie pour mémoire, peut s’avérer périlleux sinon rédhibitoire. Et à ceux qui l’ont fait et souffert, je leur dit « Accrochez-vous, la suite peut valoir le coup ! »

L’amant d’un jour – Philippe Garrel – 2017

17. L'amant d'un jour - Philippe Garrel - 2017Triangle scalène.

   6.0   On peut grossièrement dire que L’amant d’un jour constitue le dernier volet d’une trilogie entamée avec La jalousie et poursuivie avec L’ombre des femmes. Une trilogie de la femme, pour les femmes, libres, indomptables, freudiennes.

     Cette histoire d’étudiante jetée par son mec, recueillie par son enseignant de père alors en pleine passion avec une fille de son cours, de l’âge de la sienne, était le plus beau des trois récits, simple et mythique à la fois. Triangle parfait, et parfaitement dissemblable, qui résonne comme l’origine du monde, adéquat avec le cinéma garrelien dont on a chaque fois la sensation qu’il réinvente et s’approprie la naissance du cinéma.

     Le résultat est pourtant aussi beau que déceptif. Inattaquable tant il est en phase avec les coutumes garreliennes comme on pourrait en dire de chaque nouvelle sortie d’un film de Hong Sangsoo (Œuvre construite sur d’infimes variations) mais peu stimulant – Et là ça reste purement subjectif : Le souvenir du film s’évapore assez vite, sa beauté est un peu figée, sculptée dans son sublime noir et blanc mais peu chaleureuse, l’émotion peine à trouver sa place.

      Il faut dire que découvrir ce dernier Garrel dans la foulée d’Ava, le vivifiant premier film de Léa Mysius, ainsi qu’en plein chamboulement généré par la diffusion attendue de Twin Peaks S3 (Et 2 jours après la diffusion de l’épisode 8, qu’on se le dise) et en plein coup de cœur Master of None S2, n’aide pas beaucoup, ni à tenter de percer son hermétisme fabriqué, encore moins à s’extraire de cette bulle régénérante offerte par un trio on ne peut plus distinct : Lynch / Mysius / Ansari.

     Et puis le postulat « Fille de Garrel » un poil trop théorique, en l’occurrence, me plait moyen  – Je préfère le Garrel qui sait couper court à ces dispositifs imposants – notamment parce que j’ai du mal avec le jeu d’Esther Garrel, qui me semble en permanence un peu haut, quand Louise Chevillotte, à ses côtés, inconnue, irradie, elle, vraiment chaque séquence – Et pas seulement lors de cette superbe séquence de rhabillage.

     Ceci dit, la fin est très belle. Garrel a toujours su soigner ses fins – J’ai un souvenir déchirant du final de Le vent de la nuit, et un souvenir ému des derniers instants d’Elle a passé tant d’heures sous les sunlights, film que je n’aime pas beaucoup et qui fait partie de ces films que je trouve sauvés par leur fin. Là il y a l’idée de boucle, puisque la fin résonne beaucoup avec l’ouverture. Un personnage a disparu, ça devrait être triste pourtant Garrel a réussi son transfert lumineux un peu par magie.

     Au centre du film il y avait aussi cette séquence de danse complètement onirique, mise en musique par Aubert sur un texte de Houellebecq. Facile et dans l’air du temps mais j’ai trouvé ça très beau. Il y a tout de même de bien jolies fulgurances.

L’ombre des femmes – Philippe Garrel – 2015

325124Les résistants de l’amour.

   7.5   C’est le plus beau Garrel depuis La frontière de l’aube. Celui qui semble le plus en phase avec son désir d’épure, qu’il tisse dorénavant de film en film, variant à peine les motifs, les plans, l’énergie mais suffisamment pour ne pas refaire le même film que précédemment. Malgré quelques embardées couleur Garrel semble revenir définitivement au noir et blanc, qui à l’image du film n’avait jamais paru aussi léger, bienveillant. C’est un Garrel qui finit bien, comme un Rohmer. C’est assez déconcertant sur le moment mais on s’y fait. C’est une caresse, une friandise, ce qui ne l’empêche néanmoins pas d’atteindre une forme de gravité fataliste chère au cinéma garrelien ; où les couples se défont par divergences discrètes et par dissonances à peine visible. L’ombre des femmes donne à voir cet invisible-là, au sein d’un couple qui se trompe mutuellement, sans le savoir, tout du moins il tente de le débusquer au moyen d’un vaudeville pas comme les autres, où les sourires sont aussi prégnants, puissants et amples que les larmes. Epure narrative convoquée jusque dans la durée même du métrage, qui aurait pu être un court mais qui est à peine plus long, comme si Garrel avait élagué au maximum pour n’en garder que la sève et la malaxer à son goût. La longueur importe souvent peu chez Garrel d’ailleurs, ses films ne se calent jamais sur une certaine idée de temps donné. Le récit glisse, diverge, se brise, reprend, s’arrête. Il y a de très belles ruptures dans L’ombre des femmes, ça aurait pu durer davantage, combler parfois entre les lignes mais le cinéaste a opté pour sa brièveté. Ce qui est fort ici c’est de parvenir à intégrer la petite histoire dans la grande, les faire résonner en écho, sans lourdeur et sans jamais dégager de temporalité distincte. C’est la voix off, discrète qui nous offre cette temporalité. Stanislas Merhar est bouleversant, je crois que c’est la première fois que je le trouve aussi beau. Il joue Pierre, alter ego garrelien comme toujours, cinéaste en quête, amoureux opaque, romantique éternel, qui traverse toute cette filmographie, des Baisers de secours à La jalousie. Garrel est probablement le cinéaste en activité dont l’œuvre est la plus cohérente, une projection complexe de lui-même. Ce sont des films au présent, dans lesquels on reçoit tous ses doutes, ses aspirations, ses souffrances. Une fois encore ici, la fin est bouleversante. Elle est pourtant à l’opposé de celle du Vent de la nuit, dont je ne me remettrais jamais. C’est fascinant. Il y a enfin un apaisement chez Garrel, une forme de sagesse sereine un peu étrange, comme s’il retrouvait une jeunesse joyeuse. Et pourtant L’ombre des femmes n’est que valse dangereuse, une partie de cache-cache, de mensonges, de trahisons, à l’image de ce vieil homme que Pierre écoute et filme, résistant de la seconde guerre, dont on apprendra finalement qu’il était de l’autre côté et s’était construit un souvenir héroïque de toute pièce. Pierre et Manon sont des résistants à leur façon, s’aiment passionnément mais sont passionnés par les dangers de l’amour, tellement qu’ils refusent tous deux d’être le miroir de l’autre, Pierre plus que Manon d’ailleurs, elle qui sait la vérité quand lui est incapable de la soupçonner « C’est toi qui me l’a dit. Tes gestes. Ta façon de te coucher. » Les femmes chez Garrel ont toujours ce temps d’avance. Les hommes ne sont que leurs ombres. A la fin c’est Manon qui annonce la supercherie du vieux résistant à Pierre. Elle est venue à son enterrement en le sachant. Sans doute uniquement pour revoir Pierre et parce qu’elle savait qu’ils retomberaient dans les bras l’un de l’autre.

Le vent de la nuit – Philippe Garrel – 1999

Le vent de la nuit - Philippe Garrel - 1999 dans * 100 25308026-300x168

Dialogue avec la mort.

   10.0   Il y a une image qui revient régulièrement dans Le vent de la nuit c’est le passage de cette Porsche rouge sur une voie rapide, comme le fantôme d’un homme bien vivant qui laisserait tout filer, un homme qui déjà ne serait plus de ce monde. Paul (Xavier Beauvois) dira quelque chose comme ça pendant le film en s’adressant à Serge (Daniel Duval), alors qu’il ne semble pas se rendre compte à qui il s’adresse. Ce qu’il y a d’étrange avec les gens suicidaires c’est qu’ils sont là mais c’est comme s’ils n’étaient plus là, ils sont là sans être là, quelque part ils sont déjà ailleurs, c’est à peu près ce que lui dit Paul. Et c’est aussi ce que dit Philippe Garrel dans Le vent de la nuit. Il s’intéresse à trois personnages en particulier, n’ayant pas de vécu similaire mais dont les destins se rapprochent. Hélène (Catherine Deneuve) trompe son mari avec Paul, elle n’est heureuse ni chez elle ni avec cet amant véritablement, car tout est rapide, tout paraît éphémère. Et Paul est jeune, il découvre, il ne sait pas où se placer dans ce monde, il ne sait pas s’il pourrait aimer Hélène comme il se doit. Durant un voyage en Italie, lors d’une exposition, cet amant va rencontrer un homme qui lui permettra de regagner Paris. Ils feront le voyage du retour ensemble. Et dans cette fascination, cette admiration que Paul vouera à cet homme, ex soixante-huitard, quelque part héros malgré lui, Serge, l’homme en question, ne semble plus en mesure d’écouter. On apprendra un peu de ce passé révolutionnaire mais aussi de la perte de sa femme, qui s’est suicidée. Le suicide chez Garrel semble être l’unique porte de sortie valable, au sens choisie. Entre ce suicide évoqué, ce suicide manqué de Hélène et celui réussi de Serge à la fin du film, il y a comme un grand vent de fin, de mort mais aussi de maturité qui s’installe ici et là. Paul est jeune, il idolâtre, cette sensation suicidaire le dépasse, il n’a pas ce rapport intime avec la mort encore. Hélène le découvre mais s’y prend mal, comme un adolescent qui aurait découvert l’amour pour la première fois, maladroitement. Serge, au contraire, dégage cette sagesse, cette certitude dépressive qui lui donne cette apparence que Paul lui donnait plus tôt, d’un type qui serait là mais en fin de compte déjà plus là. Le film se suit comme un road-movie. D’une part grâce à ce long retour vers la capitale mais aussi avec ce nouveau voyage vers Berlin. Catherine Deneuve, pourtant seule sur l’affiche du film, ne l’occupe pas vraiment ce film, en tout cas pas physiquement. En fait, son personnage est partout. Dans les pensées de Paul, toujours incertain. Et peut-être aussi est-elle une aide dans la décision prise par Serge. Le vent de la nuit est un grand film suicidaire, peut-être même le plus grand. Il y a une telle sérénité dans cette approche de la mort c’est miraculeux. Philippe Garrel prend vie dans chacun de ses films. Qu’il raconte son histoire d’amour avec Nico et l’emprise de la drogue (J’entends plus la guitare) ou la naissance d’un enfant et son impact sur le couple (Les baisers de secours) ou la révolution qu’il a mené corps et âme (Les amants réguliers) mais un sentiment étrange plane constamment sur Le vent de la nuit. Le sentiment d’un film fait pour ne pas flancher. A la fin de Elle a passé tant d’heures sous les sunlights Garrel se tient devant une fenêtre, son suicide n’est pas loin, mais la vie s’accroche à lui, l’importance d’être mari, l’amour du père. Il ne reste plus rien dans Le vent de la nuit. Tout a disparu. Il n’y a même plus d’espoir.

Les baisers de secours – Philippe Garrel – 1989

Les baisers de secours - Philippe Garrel - 1989 dans * 250 baisers-de-secours-89-01-g

La loi du désir.     

   9.0   C’est très difficile d’écrire sur le cinéma de Garrel, tout est affaire de corps, de paroles intimes, discussions intellectualisées sur les douleurs de l’amour. La caméra prend le temps de tisser les liens entre les personnages, naviguant de l’un à l’autre, jamais de champ/contrechamp, très peu de cut, tout se joue sur le plan séquence et une caméra qui fixe un visage, une parole, s’en va saisir saisir celui qui le reçoit, soit d’un regard à un autre, soit par les parties du corps, n’hésitant pas à placer la parole hors champ très souvent. C’est l’un des films de Garrel qui me touche le plus. Sans doute parce que j’ai l’impression d’entrer dans ses pensées, de découvrir son point de vue. Sans doute aussi parce qu’il parle du relais entre générations, ils jouent ici aux côtés de son père Maurice Garrel et de son fils Louis, à peine sept ans. On y voit un amour qui se détruit, tout simplement parce que Philippe Garrel, cinéaste dans le film, refuse de prendre sa femme pour jouer le rôle qu’il lui a écrit, préférant la remplacer par une célébrité. Ce sont les interrogations même du cinéaste qui tentera de ne jamais tomber dans le piège commercial. Il le réussira. Dans le film on ne sait pas trop. On sait qu’après une période de solitude, où il tente de reconquérir sa femme au moment de l’échange de l’enfant, mais où elle préfère perdre l’amour, dit-elle, plutôt que sa dignité, ils finiront par se retrouver, grâce au vecteur Lo, le petit garçon. Pas de morale chez Garrel, jamais. Quand la jeune femme est découverte au lit avec un autre, on en discute et on considère cela comme un appel au secours. Les baisers de secours ce sont ceux que reçoit le fils, ce sont ces baisers qu’il reçoit de sa mère comme de son père. J’adore les films de Garrel, jamais poseurs, toujours à l’écoute. C’est intelligent, toujours bien écrit et passionnant. C’est aussi d’une grande noirceur concernant les rapports générationnels. Même si l’on voit des instants magnifiques entre un père (Maurice) et son fils (Philippe) on apprend aussi plus tard qu’une mère ne peut plus parler avec son mari, ni avec son fils, qu’elle est obligée de se confier à son petit-fils (Lo). Comme en amour. L’amour est-il la complémentarité ou le miroir ? C’est ce que semble chercher à dire cette première séquence du film où la jeune femme tente de comprendre les choix de son mari. Quand les amants se sont retrouvés, il y a trois séquences indiscernables. Une première dans les hautes plaines montagneuses, où chacun se suit, ne marche pas ensemble. Plus tard une scène dans un restaurant qui accouche sur une mésentente à propos des valeurs de l’homme et de la femme. Et une dernière séquence dans un souterrain de métro où la femme voit sur le quai d’en face cette actrice rivale qui s’en va sans la voir, et elle de rester seule, silencieuse sur ce banc, abandonnée de tous dans le silence. Le cinéma de Garrel est probablement celui qui me touche le plus et donc celui dont j’ai le plus de mal à parler. Je pourrais voir que du Garrel, mais je ne veux pas vraiment en parler, c’est trop fort. Godard je n’y arrive pas. Garrel je ne veux pas.


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