Archives pour la catégorie Pierre Granier-Deferre

Le train – Pierre Granier-Deferre – 1973

11. Le train - Pierre Granier-Deferre - 1973Brève rencontre.

    6.0   Apres Le chat et La veuve Couderc, Granier-Deferre adapte à nouveau un roman de Georges Simenon. C’est à la fois le récit d’un exode, celui de réfugiés belges et français lors de l’offensive allemande dans les Ardennes en mai 1940. C’est aussi le récit d’une rencontre, entre un père de famille – séparé des siens dès le début du voyage – et une femme juive allemande, dans un wagon à bestiaux. Ils n’auraient jamais dû se croiser mais ils vont être attirés l’un par l’autre dès le premier regard. L’Occupation, bien que présente dans chaque scène – et parfois lors d’instants d’une grande violence – devient toile de fond, presque providentielle, pour cette brève histoire d’amour impossible, véritable parenthèse, hors du temps et du sang. Mais c’est aussi un film sur l’exode vers l’inconnu, angoissant pour les uns, nonchalant pour les autres. La légèreté ne manque donc pas. On y rie parfois, on y joue aux cartes, on y baise. Et la violence surgit un moment donné, brutalement. Le film n’est pas exempt de défauts, à l’image de ces images d’archives qui viennent ponctuellement relier la fiction au réel. Ou de ses saynètes beaucoup trop dialoguées et pas toujours bien incarnées. Après, Romy Schneider et Jean Louis Trintignant font le boulot.

Adieu poulet – Pierre Granier-Deferre – 1975

10. Adieu poulet - Pierre Granier-Deferre - 1975Deux flics à Rouen.

   7.0   Quel bonheur de revoir aujourd’hui Adieu poulet, qui m’avait semblé avoir le cul entre deux chaises, la toute première fois, il y a longtemps. C’est le cas, mais dans le bon sens du terme. C’est à la fois un « buddy cop movie » comme on dit outre atlantique (soit un film avec deux flics au tempérament diamétralement opposé) et un thriller politique. Un film écrit par Francis Veber (qui n’avait pas encore mis en scène) lorgnant du côté de Pakula, Verneuil ou Boisset.

     Le point de départ : un fait divers de 1971, l’assassinat d’un colleur d’affiches à Puteaux. Veber et Granier-Deferre – qui avait jusqu’ici réalisé des adaptations de Simenon : Le chat, La veuve Couderc, Le train – déplacent l’action à Rouen. Et Rouen n’est pas un decorum comme un autre, la ville est filmée, sa respiration, son atmosphère de campagne électorale, ses lieux au même titre que l’époque giscardienne dans laquelle baigne l’intégralité du récit.

     Le récit est très complexe, plein de bifurcations et ramifications, réunissant corruptions politiques, grand banditisme et manœuvres hiérarchiques dans la police, intrigue et sous-intrigues, mais le cœur du film c’est bien entendu ce magnifique duo composé par Lino Ventura et Patrick Dewaere : unique fois où on les verra tourner ensemble.

     Ils sont tellement le cœur battant que le film ira le rappeler dans son ultime séquence, avec notamment cette dernière réplique qui donne son titre au film : quelle audace de planter l’intrigue de cette façon là, à la fois pour confirmer que l’intrigue sans ce duo n’a plus d’intérêt mais aussi pour dire qu’en politique une issue n’apporte pas vraiment de solution, encore moins de grand bouleversement, qu’un pourri remplacera toujours un autre pourri et que les flics n’y changeront rien.

     C’est une fin très sombre, au diapason d’un film qui l’est aussi tout entier, malgré l’humour qui le traverse, notamment par l’intermédiaire de son duo iconique. La mise en scène de Pierre Granier-Deferre est aussi efficace que l’écriture de Veber est ciselée. Allez, on aurait peut-être pu se passer de quelques saillies burlesques un peu trop grandguignolesques pour le film : le vol plané des bouddhistes, Zardi en patient balloté contre son gré dans les couloirs d’un l’hôpital. Reproches minimes pour un film assez génial par ailleurs accompagné de seconds rôles imparables (Rich, Lanoux, Guiomar…). Un polar français à deux millions d’entrées, comme on n’en fait plus.

Noyade interdite – Pierre Granier-Deferre – 1987

06. Noyade interdite - Pierre Granier-Deferre - 1987Drapeau rouge.

   5.0   J’aime bien revoir Noyade interdite, pour son cadre – le film est tourné à St Palais sur mer, station balnéaire qui m’est chère – mais chaque fois c’est le même constat : c’est pas terrible.

     Dix ans après avoir quitté sa région natale, l’inspecteur Molinat est forcé d’y retourner pour les besoins d’une enquête. En effet, un cadavre a mystérieusement été retrouvé dans la zone de baignade, une balle dans l’oreille. Et bientôt un autre et encore un autre – que des hommes – ce qui rameutent badauds et journalistes et alimente la peur générale, ce qui n’est pas trop du goût du maire, à l’aube de la saison estivale.

     C’est Les dents de la mer sans rythme, sans requins, sans scènes, sans génie et avec une musique de Philippe Sarde complètement neurasthénique. Un petit whodunit à la française, avec Philippe Noiret et Guy Marchand qui forment un duo de flics attachants et qui cabotinent à merveille. Tout résonne assez vite avec une vieille affaire du passé, d’escroquerie et d’amour, très mystérieuse aussi, dans laquelle Molinat avait déjà baigné et s’était déjà perdu.

     On dirait du Simenon, dans lequel Noiret campe un Maigret nonchalant. Du Chabrol en pantoufles. Du Mocky sage. Ou un Corman frenchy, tant le film fait défiler les nichons (qui bronzent sur les rochers coupants et pour bien les connaître, je vous assure que pieds nus c’est compliqué alors cul nu j’en parle pas). On devine tout très vite et le film est très plan-plan, mais ça se regarde.

Le chat – Pierre Granier-Deferre – 1971

09. Le chat - Pierre Granier-Deferre - 1971Cul-de-sac.

   7.0   Signoret & Gabin incarnent un couple de retraités, sans enfants, au crépuscule de leur vie conjugale. C’est le Saraband, de Granier-Deferre. Un huis-clos étouffant, se déroulant quasi entièrement à l’intérieur d’un petit pavillon de banlieue parisienne. Inutile d’avoir lu (ce) Simenon pour détecter son ombre au sein de ce récit torturé d’un amour qui s’est évaporé. Le film se déroule selon quatre zones de temporalité qu’on serait tenté d’intituler : « Avec le chat » et « Sans le chat », « Le désir » et « La mort ».

     Sans surprise, le film s’ouvre et se ferme sur la mort : Une sirène d’ambulance sillonnant les rues de Courbevoie, vient s’arrêter devant cette maison, coincée dans un cul-de-sac. Jadis, cette petite bâtisse ornait le fond d’une rue pavillonnaire. Dans un raccord fulgurant, Deferre remplace la vue de la fenêtre de la chambre d’une époque par la même d’une autre époque, afin de comprendre que les grands ensembles (tout l’entourage est en chantier) prennent possession des lieux. Que les ruines sont dedans autant que dehors.

     Dans Le chat, si ce dernier revêt une importance fondamentale, les images et sons du chantier ne sont pas en reste : On y voit et on y entend des grues, des machines, des marteaux-piqueurs, en permanence. C’est un beau film désespéré où les brèves images de bonheur sont floues comme pour raconter qu’elles sont beaucoup trop enfouies. Pourtant elles sont là, elles proviennent d’un moment de suspension, à lui comme à elle, sur des mains ou des gestes, qui enclenchent un souvenir.

     Et le chat sera le parfait vecteur du malaise puisqu’en plus de prendre sa place à elle au simple niveau de l’attention (On comprend qu’il ne l’aime plus, point, sans doute en priorité pour une question d’alcoolisme et aussi parce qu’il aime se réfugier dans les bras d’une tenancière d’hôtel de passe) en plus d’être son reflet rajeuni : Elle était trapéziste de crique dans le temps, avant qu’un grave accident lors d’un spectacle, ne la fasse boiter pour la vie.

     Un évènement qui semble le déclencheur de tout : D’une perte de désir jusqu’à l’impossibilité même de faire des enfants. Il ne reste alors plus que ce chat. Et puis bientôt plus rien. C’est un film superbe, mais terrible. Mais pas terrible de façon malsaine : C’est pas Amour, de Haneke. Deferre trouve toujours un raccord, une idée pour leur donner à tous deux beaucoup de lumière et ne jamais les écraser sous l’austérité formelle. Signoret & Gabin y sont au sommet de leur art.

La veuve Couderc – Pierre Granier-Deferre – 1971

34. La veuve Couderc - Pierre Granier-Deferre - 1971Canal et solitudes.

   7.0   Une adaptation de Simenon très classique mais élégante. Avec Signoret & Delon tous deux parfaits chacun dans leur rôle, qui ne phagocytent jamais le film. Quant à Granier-Deferre il prend le temps de filmer la vie de ce curieux périmètre de Côte d’or, autour du canal entre Champagne et Bourgogne, ainsi que le pont-levis de Cheuge, renfermant un cours d’eau et une écluse, bordées par des fermes, ainsi qu’un lavoir où tout le village se réunit pour son linge. Et au centre du récit l’histoire, violente, cruelle d’une famille paysanne, en l’occurrence un désaccord de terrain au cours duquel une veuve affronte la haine au quotidien d’une belle famille qui ne rêve que de sa ferme.

     Puis il y a l’arrivée de l’étranger, ce fuyard taiseux, mystérieux, qui sera bientôt l’employé de la veuve Couderc mais aussi un peu son protecteur, avant qu’il ne soit séduit par la jeune voisine d’en face, qui est aussi la nièce de la veuve. La tragédie est à plusieurs entrées et se joue dans un espace-temps très réduit, avec ses moments de grande légèreté et d’autres plus graves, notamment cette angoisse de la délation qui couve. Au roman de Simenon, Granier-Deferre choisit d’accentuer le romanesque plutôt que son aspect délétère, mortifère, en modifiant la situation de l’étranger (d’ancien détenu il devient l’évadé) et la résolution du récit. C’est un très beau film.

La métamorphose des cloportes – Pierre Granier-Deferre – 1965

234575_backdrop_scale_1280xauto   5.0   C’est du gentil polar avec quelques bonnes idées comme la transition en prison, après c’est trop petit Melville pour marquer vraiment et puis les acteurs en font des caisses, Aznavour en tête. Enfin les dialogues sont de Michel Audiard donc derrière ça cabotine forcément… je reconnais ne pas avoir non plus boudé mon (petit) plaisir.


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silencio


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