Archives pour la catégorie Pierre Schoendoerffer

Le crabe-tambour – Pierre Schoendoerffer – 1977

09. Le crabe-tambour - Pierre Schoendoerffer - 1977Un chat noir sur l’épaule.

   7.8   C’est un voyage doux autant qu’il est austère, aussi magnétique que décousu, entre le Mékong et les Grands Bancs de Terre-Neuve, sur plusieurs temporalités : Les souvenirs de guerre de trois officiers de marine chevauchent le présent d’un escorteur (lors de son ultime mission avant son désarmement) brisant les vagues de l’Océan Atlantique puis bientôt la glace du Grand Nord.

     Ce présent aurait pu servir de remplissage ou de prétexte pour raconter les histoires de ce lieutenant de vaisseau autrement plus exotiques, d’apparence plus passionnantes, c’est pourtant peut-être cet étrange présent qui me touche le plus. Evidemment, comment ne pas être ému devant les échanges de Claude Rich et Jean Rochefort, deux grands du cinéma disparus cette année, à quelques jours d’intervalle, bordel ?

     Les trois officiers (Le commandant de bord, le médecin, le chef mécanicien) évoquent donc un quatrième, une figure abstraite, conradienne, roi beau, roi fou, lieutenant de vaisseau affublé continuellement d’un chat noir sur son épaule. Souvenirs et anecdotes qui remontent à l’Indochine, la guerre d’Algérie. Willsdorff (Aguirre meets Kurtz) prend les traits de Jacques Perrin aux allures d’un Klaus Kinski plus aimable, plus atténué.

     On attend un tournant, un bouleversement, un climax insensé. Rien ne vient. Et pourtant tout est là. Le voyage vers le grand Nord fusionne avec celui plus immobile dans le Sud Viêt-Nam. Lorsqu’est évoqué la mort du frère du capitaine Willsdorff, c’est la photo de Bruno Cremer qu’on croise dans la brève d’un journal. Instant fort qui nous replonge dans La 317e section où Perrin et Cremer y campaient aussi deux figures antagonistes et fusionnelles.

     C’est peut-être la plus grand réussite de ces deux films, la plus belle chose qui parcourt le cinéma de Schoendoerffer : La réunion dans le mythe, de figures opposées, qui se nourrissent l’une pour l’autre. Willsdorff existe puisqu’on se souvient de lui. Les trois officiers existent puisqu’ils activent les souvenirs qui vont nourrir leur présent. L’arrivée à Terre-Neuve c’est magnifique, c’est La grande idée simple et bouleversante du film. L’issue rêvée.

     Et puis plus simplement j’aime que le film nous montre des gens au travail. J’ai l’impression que cette minutie nous la devons essentiellement à Pierre Schoendoerffer, qui capte une dynamique singulière, un réalisme froid mais beau, puisqu’on ressent la vie à bord du navire ou sur un radeau, la vie en temps de guerre ou en temps de paix. Que Schoendoerffer soit parvenu à faire vibrer un récit aussi mortifère ce n’était vraiment pas gagné.

     Le film est par ailleurs rempli de trouées et passerelles curieuses, puisque cet étrange chat noir, qui est partout, que l’on chasse ici et qui réapparait là (Plus loin dans le déroulé du récit, plus tôt dans la chronologie) évoque continuellement, avec l’idée même du crabe-tambour, la maladie du commandant de bord, cette tumeur qui le chasse de son métier qu’il veut continuer à exercer à tout prix. Cet homme, Willsdorff, pourrait être leur cancer à tous, il pourrait d’ailleurs être mort  – Cette manière que chacun a d’en parler le place d’emblée de l’autre côté – et pourtant il est toujours vivant, devenu pêcheur sur un chalutier.

     Merci au chef op Raoul Coutard qui nous offre une fois encore une photographie à tomber, qui plus est à bord de ce paquebot chevauchant les murs de vagues de l’océan atlantique – ça ma donné envie de revoir le Léviathan, de Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel, de remonter sur un chalutier en somme.

La 317e section – Pierre Schoendoerffer – 1965

08. La 317e section - Pierre Schoendoerffer - 1965Le temps de mourir.

   7.7   Ma première rencontre avec le cinéma de Schoendoerffer père. Je n’en attendais rien et c’est une merveille. L’intégralité du film se déroule sur quelques jours de Mai, en 1954, dans la jungle du Nord-Laos au sein d’une section franco-laotienne menacée par les troupes Viêt-Minh, peu avant la chute de Diên Biên Phu. Il s’agit donc moins d’un combat que d’un repli, les soldats sont perdus, usés, chaque jour nombreux d’entre eux agonisent, et l’objectif (rejoindre une colonne de renfort, qui entend-on à la radio qui crachote les informations, aurait été prise par l’ennemi) est aussi flou que l’ennemi qu’ils fuient, dont on ne verra jamais le visage. Débarrassé d’attributs romanesques, le film capte à merveille les gestes, l’action, cet état d’épuisement, la répétition des sentiers escarpés, les embuscades, les corps dans la boue, l’attente aussi. Le noir et blanc signé Raoul Coutard est sublime. Bruno Cremer incarne un adjudant téméraire, baroudeur volubile et expérimenté qui a jadis officié dans la Wehrmacht quand Jacques Perrin (Juste avant de camper Maxence chez Demy) est un lieutenant optimiste et doux rêveur. On sent que le film est tourné sur place, la forêt transpire de chaque plan, autant d’un point de vue pictural que sonore. Surtout, les conditions militaires de tournage ont été recrées sur plusieurs semaines, afin d’accentuer la fatigue et la souffrance des corps, la fatigue des acteurs eux-mêmes, ce qui ajoute un supplément de réalisme, qui devait être une priorité pour l’auteur, qui fut photographe de guerre en Indochine.


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silencio


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