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Réalité – Quentin Dupieux – 2015

Réalité – Quentin Dupieux - 2015 dans Quentin Dupieux REALITE_CHABAT_01-810x437Kubrick, mes couilles.

   6.9   Alain Chabat joue Jason Tantra. Il y a déjà quelque chose de l’ordre du Gregor Samsa de La métamorphose. Si le pitch évoque d’emblée Blow out, on comprend néanmoins très vite que Réalité n’aura strictement rien à voir avec le chef d’œuvre de Brian de Palma. Enchâssements de films, de rêves, de réalités, collisions spatio-temporelles, interférences variées, Dupieux s’en donne à cœur joie.

     Un présentateur télé est sujet à des démangeaisons provoqués par une crise d’eczéma dont il est le seul à voir les plaques sur son corps ; Une petite fille retrouve une mystérieuse VHS dans les viscères d’un sanglier chassé par son père ; Un caméraman de télé cherche le cri parfait afin de trouver les financements pour son futur film d’horreur ; Le proviseur d’une école se déguise en femme et roule dans une jeep de l’armée ; Un producteur est confronté à un auteur moderne obsédé par le moment de l’endormissement d’une fillette.

     C’est à la fois très ludique et cauchemardesque, léger et fort. Je retrouve le Dupieux de Wrong, ses angoisses, son obsession pour les stratifications incongrues. C’est d’autant plus impressionnant ici que pour une fois la musique n’est pas de lui. Seul Music with Changing Parts de Glass se fait entendre ici et là pour accentuer cette boucle infinie, vertigineuse, géniale.

     Des situations absurdes qui se chevauchent, malgré leur différent niveau de réalité, se connectent entre elles, se déconnectent ensuite, dans un temps incertain, un espace troublé, selon des boucles infinies et des personnages coincés dans les rêves des autres. A ce niveau de non-sens génialement mortifère, jouissif et sans frontières, on pense aux heures Buñuelliennes, Daliennes et Cronenbergiennes. Entre Le charme discret de la bourgeoisie, Le Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une grenade, une seconde avant l’éveil et Videodrome. Plaisir de se perdre, angoisse de se retrouver. Du Dupieux en état de grâce.

     La grande force de Réalité et du cinéma de Dupieux en général, c’est de quasi systématiquement ouvrir un plan dans l’inconnu le plus total, de manière à installer un trouble immédiat et durable. On se souvient à ce titre de l’ouverture de Steak. Le fait est que c’est un procédé qu’il utilise au maximum, donc que ce manque de discernement des liants soit répété en continu, crée une proximité avec le spectateur intime avec le cinéma de Dupieux autant qu’il contribue à installer un état d’envoutement permanent.

     L’autre atout majeur de Réalité c’est Alain Chabat. Qu’on le veuille ou non, sa présence provoque des relents de l’humour des Nuls. C’est peut-être le propre du cinéma de Quentin Dupieux : Parvenir à capter cinématographiquement l’essence d’un humour sans égal, ici avec Chabat, comme dans Steak avec Eric et Ramzy. Avoir la volonté de mettre en scène cet humour sans que celui-ci ne la dévore. Dans Réalité, plus que dans Steak, d’ailleurs, il faut bien reconnaitre que c’est l’univers du cinéaste qui domine outrageusement l’univers de l’acteur.

     Il y a une quête perpétuelle de la pulsion dans son cinéma et au fond, son film ne parle que de ça. Wrong aussi. Et c’est peut-être parce qu’ils ne parlent que de ça qu’ils font autant maîtrisé qu’amateur. J’ai l’impression que ce compromis me touche, que ce juste dosage assez délicat à offrir me séduit. Ce n’est pas tant pour son obsession de la mise en abyme que pour un certain aveu d’impuissance. Derrière cette quête du No reason se cache en effet un désir de raconter encore des choses, de se raconter et de raconter le cinéma. En ce sens je comprends pourquoi je trouve Rubber raté. Et pourquoi j’ai moins d’attirance pour l’ovni total que constitue Wrong cops.

Wrong – Quentin Dupieux – 2012

Wrong - Quentin Dupieux - 2012 dans Quentin Dupieux wrong_dupieux-300x165Le saut dans le vide.

   6.1   Le plus enthousiasmant dans le cinéma de Dupieux c’est sa faculté d’invention de mondes parallèles. Steak était un monde à lui tout seul où tout était réel et réinventé, drôle et troublant, un burlesque déstabilisant, fusion parfaite entre le duo de comiques français le plus insondable, avec son langage, sa propre délimitation du rire, son monde à lui, et ce qui se fait de plus barré et de plus indépendamment prolifique en matière d’électro : Mr Oizo. Il y a l’esquisse d’une réalité alternative dans Wrong. Réalité alternative qui engendre une étrangeté elle aussi alternative. C’est ce qui fait à la fois la verve comique de ce cinéma là et sa mélancolie.

     Il pleut des cordes dans un bureau, doté pourtant d’un toit, cela semble ne choquer personne. Un détective fouille dans la mémoire d’une merde de chien. Une hôtesse de pizzeria nymphomane ne fait pas la différence entre Jack Plotnck et Eric Judor. Un chien s’appelle Paul, son maître se prénomme Dolph. La première scène du film montre la voie : une camionnette a brûlé, ne reste qu’une épave et un épais nuage de fumées ; à ses côtés, des pompiers présents viennent apparemment de la sortir des flammes, ils sont en train de manger ; et au milieu de tout ça l’un d’eux baisse son pantalon et chie sur le bitume.

     Wrong c’est l’histoire d’un homme qui cherche son chien. L’homme se réveille un matin, il est 7h60 et l’animal a disparu. En face, le voisin fait mine que tout va bien pourtant, calmement, il s’apprête à partir définitivement de chez lui pour sillonner le désert. Un jardinier s’étonne de voir qu’un palmier s’est transformé en sapin. Une multitude d’autres personnages viennent aussi se greffer à Dolph (jeu de mot repris aussi dans le film), cet homme qui fait le tour du pâté de maison avec un pouet-pouet avant d’engager un détective aux méthodes scatologiques puis de se faire alpaguer par un gourou, qui se fait appeler Maître Chang (maître chien ?) dont il comprend que celui-ci kidnappe les animaux domestiques à leurs maîtres afin d’anticiper le moment où ils ne s’en occupent plus, afin d’apprendre aux victimes (choisies au hasard, lui dira t-il) à entrer en communication télépathique avec leur animal, afin que l’amour éprouvé pour lui au moment de leur rendre en soit réinitialisé.

     Si le film était plus simple et reposerait moins sur des artifices gentiment absurdes et répétitifs que sur des idées nouvelles, sans cesse renouvelées, qu’elles soient en rapport à la mise en scène ou à de simples gimmicks ajoutés, ce serait beau, peut-être même bouleversant. On a malheureusement l’impression que Dupieux cultive sa petite étrangeté, en restant dans la lignée de Steak et dans son balisage. En gros, je trouve ça quelque peu suffisant. Heureusement, il y a parfois des trouées, par exemple je ne cesse de repenser à ce voisin, les deux scènes qu’ils ont en commun me fascinent.

     En l’état, il me manque quelque chose. C’est beaucoup mieux que Rubber mais ça n’atteint pourtant jamais la poésie délurée de Steak alors que le potentiel tragi-comique est nettement plus présent. Il lui manque sans doute une gestion du temps et de l’espace. Un langage cinématographique qui lui est propre. En rapport peut-être avec Tati, je ne sais pas. Ou même, instinctivement je pense à The Party de Blake Edwards et je me dis que Dupieux pourrait réussir quelque chose de très beau dans cette veine là, où il combinerait cette fois le tempo de ses séquences et le rythme entier de son film. J’adore Steak pourtant on en percevait déjà les lacunes.

     Il y a autre chose que je retiens du cinéma de Quentin Dupieux, c’est la légère inquiétude qu’il véhicule. Un absurde dans lequel on se sent bien mais avec par moment une certaine anxiété tout de même. Ce détective par exemple : c’est à peine s’il fait rire tant ses réactions et son ton monocorde perturbent notre axe de pensée et participent plus à créer une angoisse qu’un fou rire. Car l’on sent bien que Dupieux, sous ses airs d’auteur cool et absurde à son paroxysme, est angoissé par quelque chose. Le néant, peut-être. Ou peur de ne pas l’accepter.

     Le répétitif sert ici d’attestation d’une réalité comme banalité de manière à ce que le monde entrepris de montrer par Dupieux se substitut à notre regard comme un monde jamais absurde, juste différent. Une banalité nouvelle.

     Dans la nouvelle réalité de Dupieux on peut encore perdre son chien, c’est l’élément extraordinaire du film pourtant rendu normal à nos yeux dans la mesure où l’on peut le comprendre, le vivre, à la différence d’un palmier changé en sapin, d’un mort qui réapparaît le lendemain, d’une pluie dans un bureau, ou d’un réveil qui annonce chaque jour 7h60. Et l’on peut aussi être déprimé par la vie, ses enchaînements banals, puisque dans ce monde ils sont banals, c’est le cas du voisin d’en face, qui sature, commence à refuser son quotidien et veut à la différence de Dolph faire l’expérience du néant.

Rubber – Quentin Dupieux – 2010

Rubber - Quentin Dupieux - 2010 dans Quentin Dupieux Quentin-Dupieux-Mr-Oizo-Rubber-le-film

L’éveil, puis rien.  

   4.3   On s’attendait à un film audacieux, un film aussi fou que Steak, mais un film aussi sans prétention, un film qui inventerait dans chaque séquence, un film qui assumerait son statut de film bis, mais tellement beau et foutraque qu’il en deviendrait fascinant. Ça c’était mon sentiment après Steak. Rubber n’est même pas l’ombre de Steak, il en est la version prétentieuse, non assumée. On passe par deux états extrêmes dans le tout début du film. La naissance du pneu, extraordinaire. Avec sa difficulté à fonctionner, rouler, comme un bambin peinerait à faire ses premiers pas. Avec sa découverte d’un pouvoir télépathique qui lui permet d’exploser les objets, animaux ou encore humains qu’il a sous les yeux. C’est le plus beau moment du film. A côté, comme si c’était du remplissage, un shérif vient présenter cela (ce film) à des spectateurs dans un désert, qui n’attendent que de la bouffe et de l’action. Le film aura même commencé sur un regard caméra de ce même shérif évoquant quelques films cultes américains et déployant sa théorie du No reason. Je ne sais toujours pas quoi penser de cette séquence. Quoi qu’il en soit ce n’est pas vraiment ce qui me passionne. C’est le pneu qui m’intéresse. Ce que Dupieux est capable de faire avec. Est-il capable de lui donner vie ? De le rendre inquiétant ? En gros, est-il capable de faire passer des émotions par un pneu. Carpenter avait réussi à le faire avec Christine, le grand film sur l’objet tueur. Dupieux échoue parce qu’il ne s’y intéresse pas. Soit il répète inlassablement le même procédé du pneu killer, soit il préfère se concentrer sur ces spectateurs à la jumelle. Aucun intérêt. Et même si techniquement c’est admirable, même si ça fait plaisir de se dire que l’on peut voir ce genre de choses au cinéma, même s’il y a des moments aussi franchement drôles, on ne peut s’empêcher d’être déçu, vis-à-vis ce projet hybride qui ne sait pas vraiment où il doit donner de la tête.

Steak – Quentin Dupieux – 2007

Steak - Quentin Dupieux - 2007 dans Quentin Dupieux 18771579Chivers. 

   7.4   C’est quand même dingue (et plaisant) que ce genre de films puisse sortir en France aujourd’hui. Steak est avant tout un produit électrisant, de part sa musique d’abord. De toute façon il baigne dans l’électro tarabiscotée actuelle : Mr Oizo, alias Quentin Dupieux, connu pour son Flat Beat, moins pour d’autres trucs absolument fantastiques, difficiles ou non à l’oreille. Mais aussi Sébastien Tellier, qui participe à la BO et joue un petit rôle clé dans le film. Steak c’est donc une rencontre entre un fabuleux compositeur de musique électronique indépendant et deux gros poids lourds de l’humour new age, découvert avec La tour Montparnasse infernale et la série H. On pouvait craindre que ce mélange soit indigeste, il est tout le contraire. Dupieux a su filmer, et il est le seul à ce jour, le duo de l’humour lourd/gamin/gogol/in trip Eric et Ramzy. Ils sont dans leur délire mais le cinéaste construit un truc génial autour de ce délire. Il n’y en a pas que pour Eric et Ramzy, il y a avant tout le monde Steak qui est crée. Sorte de vision futuriste où la mode Chivers aurait envahi les lycées, mode complètement loufoque où l’on est pas In si l’on ne boit pas de lait, si l’on ne s’est pas fait refaire le visage, si l’on ne roule pas en Hummer, si l’on ne participe pas à un jeu étrange où il faut se frapper à coup de batte de cricket et être bon en mathématiques, si l’on fume des cigarettes, si l’on ne fait pas comme il faut un check chivers. Un truc de dingue ! Le film regorge d’inventivité dans chaque plan, à chaque seconde. Steak est un film sur l’effet de groupe. Avant tout Georges est un rejeté. Un jour il trouve une arme et tue ceux qui l’emmerdaient. Par hasard c’est Blaise, son ami, qui va se faire arrêter à sa place. Sept ans plus tard, Blaise sort de prison et Georges tente de faire partie d’un groupe, le plus ‘tendance’ du moment. Blaise désormais rejeté par son ami, se voit contraint de devenir lui aussi un chivers. Lorsque l’un s’est fait opérer du visage et porte un bandage sur toute la tête, l’autre l’imite en se mettant des agrafes sur les tempes pour que ça lui tire les traits. C’est un film aussi drôle que barré. Mais surtout c’est très bien réalisé, la caméra est posée, la musique est judicieusement choisie, et c’est un film qui ne prend pas les gens pour des cons. Steak c’est un nouveau langage. A l’image de cette phrase qui revient fréquemment : « Mais ça se dit plus ça ! ». Il faut tout réapprendre. Les personnages doivent tout réapprendre, il s redeviennent enfant, et c’est là que ce duo est une idée incroyable, quoi de plus judicieux que d’avoir pris ces deux gosses. Et de la même manière le spectateur doit lui aussi tout réapprendre, car il n’a jamais vu un ovni pareil. A sa sortie le film a fait un flop. Normal, les gens y allaient en pensant voir une merde avec Eric et Ramzy, ils ne s’attendaient pas à voir du cinéma.


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silencio


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